"C'est mon meilleur souvenir en équipe nationale", lance franco Philippe Albert quand on l'appelle pour son debriefing, un gros quart de siècle plus tard, de ce match entré dans l'histoire du foot belge. C'est le deuxième match de groupe pour les Diables dans ce Mondial 1994. Ils ont gagné le premier, contre le Maroc, sans lui. "Dans le dernier match éliminatoire, contre la Tchécoslovaquie, il nous fallait un point pour aller aux États-Unis. J'avais pris une carte jaune en première mi-temps, et en début de deuxième, j'ai dû faire la faute nécessaire pour arrêter un gars qui partait vers le but de Filip De Wilde. Je savais que j'allais être exclu mais je devais me sacrifier, c'était le prix à payer pour la qualification. Ça m'a valu d'être suspendu pour le premier rendez-vous à la Coupe du monde."

Samedi 25 juin 1994, Orlando, où Floride rime avec torride. Avant même le tournoi, des médecins du monde entier ont mis en garde contre la programmation de matches en pleine fournaise. Ce choc entre la Belgique et les Pays-Bas est planifié sur le coup de 12h30, heure locale. "Un médecin de la fédération avait trouvé un gel qu'on se mettait sur la tête avant le match et à la mi-temps, pour moins sentir les rayons du soleil", continue Philippe Albert. "Malgré ça, c'était terrible. Dans un match pareil, on perdait entre trois et sixkilos. Je revois encore Franky Van der Elst et Lorenzo Staelens dans le vestiaire quand ça venait de se finir. Ils se sont affalés, il a fallu les allonger en urgence sur les tables de kiné et leur mettre un baxter. Mais on avait quand même été très bien préparés, on avait fait un stage en altitude à Font-Romeu. En arrivant aux États-Unis, on était au top, physiquement et psychologiquement."

"Après le but, dans mes pensées, je suis ailleurs. Je repense à tout ce que j'ai vécu en début d'année."

Philippe Albert

Dans la mémoire collective chez nous, ce duel reste associé à deux noms : Michel Preud'homme qui a tout arrêté, et Philippe Albert, qui a inscrit le seul but du jour."Preud'homme était au top depuis des années, mais c'est ce match-là qui a vraiment construit sa légende. Quand tu prends tous les ballons comme ça, comme un extraterrestre, devant la Terre entière, tu te crées un statut. Sans lui, les Néerlandais auraient marqué quatre fois au moins."

Philippe Albert, pudique comme on le connaît, ne s'est jamais vraiment épanché là-dessus, mais des pensées très particulières lui ont traversé l'esprit au moment où le ballon est entré dans le but hollandais. Il lève aujourd'hui le voile ! "Au mois de février, je m'étais déchiré le ligament interne du genou dans un match à Bruges avec Anderlecht. Le lendemain, ma femme me conduisait à l'hôpital, j'avais la jambe plâtrée allongée sur la banquette arrière. Près de Nivelles, une voiture qui arrivait en face a raté son virage et nous a percutés. Une très grosse collision. Ça aurait pu très mal se finir. À ce moment-là, j'étais loin de penser à la Coupe du monde, j'étais complètement incapable de prévoir si je serais rétabli. Alors, rien que le fait d'y être, ça a déjà été une émotion énorme. Et ce but contre les Pays-Bas, ça a fait exploser le vase. Juste après le but, on voit des coéquipiers qui viennent pour me féliciter, notamment Georges Grün, mais je suis ailleurs. Dans mes pensées. Je repense à tout ce que j'ai vécu en début d'année."

Cette Coupe du Monde allait se terminer dans la confusion pour les Belges, avec une élimination en huitièmes de finale par l'Allemagne, après le fameux match complètement foiré face à l'Arabie Saoudite pour terminer la phase de groupes. Sans ce ratage, les Diables auraient eu droit à un adversaire plus abordable en huitièmes. Philippe Albert en reparle spontanément et revient tout aussi spontanément sur la portée de la victoire contre nos voisins. "Va revoir leur compo, c'était très costaud, c'était une nation candidate à la victoire finale. Les frères De Boer, Ronald Koeman, Frank Rijkaard, Dennis Bergkamp, Marc Overmars,... Ça n'aurait pas été scandaleux de les voir rentrer aux Pays-Bas avec le trophée."

Feuille de match

But : Philippe Albert 65e

Belgique : Preud'homme, Emmers (Medved), Albert, Grün (Smidts), De Wolf, Borkelmans, Degryse, Staelens, Van der Elst, Scifo, Weber

Pays-Bas : de Goey, Jonk, Valckx, Koeman, Frank de Boer, Rijkaard, Bergkamp, Wouters, Ronald de Boer (Witschge), Roy, Taument (Overmars)

Florida Citrus Bowl, Orlando (États-Unis)

Coupe du monde, phase de groupes

25 juin 1994

"C'est mon meilleur souvenir en équipe nationale", lance franco Philippe Albert quand on l'appelle pour son debriefing, un gros quart de siècle plus tard, de ce match entré dans l'histoire du foot belge. C'est le deuxième match de groupe pour les Diables dans ce Mondial 1994. Ils ont gagné le premier, contre le Maroc, sans lui. "Dans le dernier match éliminatoire, contre la Tchécoslovaquie, il nous fallait un point pour aller aux États-Unis. J'avais pris une carte jaune en première mi-temps, et en début de deuxième, j'ai dû faire la faute nécessaire pour arrêter un gars qui partait vers le but de Filip De Wilde. Je savais que j'allais être exclu mais je devais me sacrifier, c'était le prix à payer pour la qualification. Ça m'a valu d'être suspendu pour le premier rendez-vous à la Coupe du monde."Samedi 25 juin 1994, Orlando, où Floride rime avec torride. Avant même le tournoi, des médecins du monde entier ont mis en garde contre la programmation de matches en pleine fournaise. Ce choc entre la Belgique et les Pays-Bas est planifié sur le coup de 12h30, heure locale. "Un médecin de la fédération avait trouvé un gel qu'on se mettait sur la tête avant le match et à la mi-temps, pour moins sentir les rayons du soleil", continue Philippe Albert. "Malgré ça, c'était terrible. Dans un match pareil, on perdait entre trois et sixkilos. Je revois encore Franky Van der Elst et Lorenzo Staelens dans le vestiaire quand ça venait de se finir. Ils se sont affalés, il a fallu les allonger en urgence sur les tables de kiné et leur mettre un baxter. Mais on avait quand même été très bien préparés, on avait fait un stage en altitude à Font-Romeu. En arrivant aux États-Unis, on était au top, physiquement et psychologiquement."Dans la mémoire collective chez nous, ce duel reste associé à deux noms : Michel Preud'homme qui a tout arrêté, et Philippe Albert, qui a inscrit le seul but du jour."Preud'homme était au top depuis des années, mais c'est ce match-là qui a vraiment construit sa légende. Quand tu prends tous les ballons comme ça, comme un extraterrestre, devant la Terre entière, tu te crées un statut. Sans lui, les Néerlandais auraient marqué quatre fois au moins."Philippe Albert, pudique comme on le connaît, ne s'est jamais vraiment épanché là-dessus, mais des pensées très particulières lui ont traversé l'esprit au moment où le ballon est entré dans le but hollandais. Il lève aujourd'hui le voile ! "Au mois de février, je m'étais déchiré le ligament interne du genou dans un match à Bruges avec Anderlecht. Le lendemain, ma femme me conduisait à l'hôpital, j'avais la jambe plâtrée allongée sur la banquette arrière. Près de Nivelles, une voiture qui arrivait en face a raté son virage et nous a percutés. Une très grosse collision. Ça aurait pu très mal se finir. À ce moment-là, j'étais loin de penser à la Coupe du monde, j'étais complètement incapable de prévoir si je serais rétabli. Alors, rien que le fait d'y être, ça a déjà été une émotion énorme. Et ce but contre les Pays-Bas, ça a fait exploser le vase. Juste après le but, on voit des coéquipiers qui viennent pour me féliciter, notamment Georges Grün, mais je suis ailleurs. Dans mes pensées. Je repense à tout ce que j'ai vécu en début d'année."Cette Coupe du Monde allait se terminer dans la confusion pour les Belges, avec une élimination en huitièmes de finale par l'Allemagne, après le fameux match complètement foiré face à l'Arabie Saoudite pour terminer la phase de groupes. Sans ce ratage, les Diables auraient eu droit à un adversaire plus abordable en huitièmes. Philippe Albert en reparle spontanément et revient tout aussi spontanément sur la portée de la victoire contre nos voisins. "Va revoir leur compo, c'était très costaud, c'était une nation candidate à la victoire finale. Les frères De Boer, Ronald Koeman, Frank Rijkaard, Dennis Bergkamp, Marc Overmars,... Ça n'aurait pas été scandaleux de les voir rentrer aux Pays-Bas avec le trophée."