Tu vas faire ton grand retour à La Tribune. Comment cela s'est-il passé ?

Tout s'est goupillé il y a environ un mois et demi, suite à des contacts avec Benjamin Deceuninck. Lors de mon premier passage à La Tribune, les choses n'étaient pas forcément très cadrées. Je n'intervenais que de façon sporadique, car je m'entraînais le lundi, et c'était compliqué de prendre de l'assurance, de construire mes avis. Ici, l'idée est d'être plus permanente, de participer à la construction du nouveau format. Je resterai d'ailleurs toute la durée de l'émission, pour évoquer plusieurs sujets, pas uniquement le foot féminin. Le fait que j'aie arrêté ma carrière de joueuse facilite les choses, et mes expériences au niveau de la consultance se sont révélées super positives.

C'est un moment charnière pour le foot féminin, avec la Superleague qui sera maintenant diffusée sur Eleven Sports.

Ce qui arrive avec Eleven est vraiment top, mais il était temps qu'un média se lance réellement là-dedans.

Il faut y aller petit à petit, passer les gros matches et laisser les plus petits clubs se développer sans pression.

Cécile De Gernier

Au départ, il devait y avoir un match par semaine, mais la programmation a entre-temps été réduite à des highlights le lundi soir et un match entier commenté toutes les deux semaines. Comment réagis-tu à ce changement ?

Je pense que ce n'est pas grave. La fédé a enfin décidé d'investir dans un nouveau championnat. Il faut donc y aller petit à petit, passer les gros matches et laisser les plus petits clubs se développer sans pression. Aussi, ça ne sert à rien de montrer les matches dans de mauvaises conditions. Tous les clubs n'ont sans doute pas les infrastructures pour fournir de belles images.

Quelles seront les équipes à suivre dans ce nouveau championnat ?

Les clubs de moindre envergure, mais qui sont là depuis longtemps, car leur projet respectif prend de l'ampleur. Ces clubs investissent beaucoup et veulent se développer. Mais ça se fait sur du long terme et il faut leur laisser le temps de grandir. C'est parfois là que le bât blesse. Plus on va croire en eux, plus leur projet va s'épanouir et devenir intéressant pour la télé, mais aussi le public, qui doit répondre présent. Juste derrière Anderlecht, des équipes comme le Standard, qui preste à un haut niveau depuis longtemps, mais aussi Gand et Bruges, même s'ils ont connu beaucoup de va-et-vient, seront à surveiller. Pareil pour Genk. OHL profite d'une belle académie et a mis de l'argent pour recruter des joueuses d'expérience, qui peuvent apporter leur force et leur puissance. Des femmes qui savent gérer un championnat sur la longueur (Lenie Onzia et Sara Yüceil, pour ne citer qu'elles, ndlr).

Il y a des nouvelles venues, notamment du côté du Sporting de Charleroi.

Je trouve ça super qu'un club prenne le lead dans le Hainaut. Mais j'avoue ne connaître aucune joueuse qui a signé là-bas et je me demande donc avec quelle équipe elles vont se présenter. J'espère simplement qu'elles n'ont pas sous-estimé le niveau de la Superleague. Elles ont un grand nom, beaucoup de talents dans la région, mais une équipe ne se construit pas du jour au lendemain. Mais je suis très curieuse de voir ce qu'elles vont réaliser. Pareil pour le White Star, à Woluwe-Saint-Lambert.

Le retour de Tessa Wullaert, c'est la vitrine idéale pour la Superleague ?

(Enthousiaste) C'est trop bien qu'elle soit de retour pour la visibilité du championnat, oui. On connaît ses motivations familiales et personnelles. C'est top pour elle, parce qu'elle se sent bien, ce qui est indispensable pour continuer à apporter son savoir-faire en équipe nationale. Il ne faut pas oublier qu'elle n'a que 27 ans et encore quelques belles années devant elle. J'espère qu'elle pourra tirer l'équipe vers le haut, y compris en Champion's League, car c'est aussi pour ça qu'ils l'ont recrutée, pour grandir au niveau européen. Un peu comme Lyon l'a fait il y a vingt ans. Mais il ne faut pas croire que le Sporting va tout gagner facilement, même avec Tessa (rires).

Avec cette arrivée, Anderlecht est clairement le grand favori cette saison. Ce manque de concurrence ne risque-t-il pas de porter préjudice à la compétition ?

Je pense que ce n'est pas un problème, car il faut toujours une locomotive. En France, Lyon s'est développé et a emmené le PSG et Montpellier dans son sillage. Le risque pour Anderlecht, avec cette politique, c'est de ne pas se baser sur le développement des jeunes, car ils n'ont pas encore une grosse école derrière. Ça va peut-être venir, mais je ne peux concevoir que le plus gros club belge n'ait pas une académie solide à sa base. Un autre aspect qui pourrait se révéler problématique, c'est le fait que plusieurs internationales risquent de se retrouver sur le banc, et ainsi stagner en sélection. Par exemple Charlotte Tison ou Kassie Missipo (22 ans chacune, ndlr), qui vont entrer en concurrence au poste de numéro 6. Ou Amber Maximus (23 ans, ndlr), qui est une excellente numéro 9, soit le poste qu'occupera Wullaert. Quelles conséquences est-ce que ça va avoir sur le développement de jeunes joueuses, qui sont censées être les futures cadres de l'équipe nationale ? Après, ce n'est pas le problème d'Anderlecht. Eux, leur objectif, c'est de disposer du meilleur noyau possible, pour augmenter le niveau général, ne serait-ce qu'aux entraînements. Certes, c'est aussi là qu'on progresse, mais c'est surtout en match qu'on s'améliore.

Avec le recul, tu ne te dis pas que tu es née dix, quinze ans trop tôt ?

Oui et non. Je trouve ça beau d'avoir participé à ce développement. Les gens l'oublieront peut-être mais moi, je sais que j'en ai fait partie. Peut-être que ma carrière aurait été différente si j'étais née plus tard, mais elle est déjà très belle. Je fais partie d'une génération, tout comme Janice Cayman, qui est elle encore en activité, qui a amené beaucoup d'avancées, qui a consenti beaucoup de sacrifices. J'espère que les nouvelles générations, qui bénéficient d'un réel impact au niveau public, saisiront cette chance et s'impliqueront dans tout ça. C'est une chance réelle, qui résulte du combat de générations précédentes qui se sont battues pour ça. Mais je n'ai aucun regret.

Cécile De Gernier sous le maillot des Red Flames, en 2015., ISOSPORT
Cécile De Gernier sous le maillot des Red Flames, en 2015. © ISOSPORT
Tu vas faire ton grand retour à La Tribune. Comment cela s'est-il passé ? Tout s'est goupillé il y a environ un mois et demi, suite à des contacts avec Benjamin Deceuninck. Lors de mon premier passage à La Tribune, les choses n'étaient pas forcément très cadrées. Je n'intervenais que de façon sporadique, car je m'entraînais le lundi, et c'était compliqué de prendre de l'assurance, de construire mes avis. Ici, l'idée est d'être plus permanente, de participer à la construction du nouveau format. Je resterai d'ailleurs toute la durée de l'émission, pour évoquer plusieurs sujets, pas uniquement le foot féminin. Le fait que j'aie arrêté ma carrière de joueuse facilite les choses, et mes expériences au niveau de la consultance se sont révélées super positives.C'est un moment charnière pour le foot féminin, avec la Superleague qui sera maintenant diffusée sur Eleven Sports.Ce qui arrive avec Eleven est vraiment top, mais il était temps qu'un média se lance réellement là-dedans.Au départ, il devait y avoir un match par semaine, mais la programmation a entre-temps été réduite à des highlights le lundi soir et un match entier commenté toutes les deux semaines. Comment réagis-tu à ce changement ?Je pense que ce n'est pas grave. La fédé a enfin décidé d'investir dans un nouveau championnat. Il faut donc y aller petit à petit, passer les gros matches et laisser les plus petits clubs se développer sans pression. Aussi, ça ne sert à rien de montrer les matches dans de mauvaises conditions. Tous les clubs n'ont sans doute pas les infrastructures pour fournir de belles images.Quelles seront les équipes à suivre dans ce nouveau championnat ?Les clubs de moindre envergure, mais qui sont là depuis longtemps, car leur projet respectif prend de l'ampleur. Ces clubs investissent beaucoup et veulent se développer. Mais ça se fait sur du long terme et il faut leur laisser le temps de grandir. C'est parfois là que le bât blesse. Plus on va croire en eux, plus leur projet va s'épanouir et devenir intéressant pour la télé, mais aussi le public, qui doit répondre présent. Juste derrière Anderlecht, des équipes comme le Standard, qui preste à un haut niveau depuis longtemps, mais aussi Gand et Bruges, même s'ils ont connu beaucoup de va-et-vient, seront à surveiller. Pareil pour Genk. OHL profite d'une belle académie et a mis de l'argent pour recruter des joueuses d'expérience, qui peuvent apporter leur force et leur puissance. Des femmes qui savent gérer un championnat sur la longueur (Lenie Onzia et Sara Yüceil, pour ne citer qu'elles, ndlr). Il y a des nouvelles venues, notamment du côté du Sporting de Charleroi.Je trouve ça super qu'un club prenne le lead dans le Hainaut. Mais j'avoue ne connaître aucune joueuse qui a signé là-bas et je me demande donc avec quelle équipe elles vont se présenter. J'espère simplement qu'elles n'ont pas sous-estimé le niveau de la Superleague. Elles ont un grand nom, beaucoup de talents dans la région, mais une équipe ne se construit pas du jour au lendemain. Mais je suis très curieuse de voir ce qu'elles vont réaliser. Pareil pour le White Star, à Woluwe-Saint-Lambert.Le retour de Tessa Wullaert, c'est la vitrine idéale pour la Superleague ?(Enthousiaste) C'est trop bien qu'elle soit de retour pour la visibilité du championnat, oui. On connaît ses motivations familiales et personnelles. C'est top pour elle, parce qu'elle se sent bien, ce qui est indispensable pour continuer à apporter son savoir-faire en équipe nationale. Il ne faut pas oublier qu'elle n'a que 27 ans et encore quelques belles années devant elle. J'espère qu'elle pourra tirer l'équipe vers le haut, y compris en Champion's League, car c'est aussi pour ça qu'ils l'ont recrutée, pour grandir au niveau européen. Un peu comme Lyon l'a fait il y a vingt ans. Mais il ne faut pas croire que le Sporting va tout gagner facilement, même avec Tessa (rires).Avec cette arrivée, Anderlecht est clairement le grand favori cette saison. Ce manque de concurrence ne risque-t-il pas de porter préjudice à la compétition ?Je pense que ce n'est pas un problème, car il faut toujours une locomotive. En France, Lyon s'est développé et a emmené le PSG et Montpellier dans son sillage. Le risque pour Anderlecht, avec cette politique, c'est de ne pas se baser sur le développement des jeunes, car ils n'ont pas encore une grosse école derrière. Ça va peut-être venir, mais je ne peux concevoir que le plus gros club belge n'ait pas une académie solide à sa base. Un autre aspect qui pourrait se révéler problématique, c'est le fait que plusieurs internationales risquent de se retrouver sur le banc, et ainsi stagner en sélection. Par exemple Charlotte Tison ou Kassie Missipo (22 ans chacune, ndlr), qui vont entrer en concurrence au poste de numéro 6. Ou Amber Maximus (23 ans, ndlr), qui est une excellente numéro 9, soit le poste qu'occupera Wullaert. Quelles conséquences est-ce que ça va avoir sur le développement de jeunes joueuses, qui sont censées être les futures cadres de l'équipe nationale ? Après, ce n'est pas le problème d'Anderlecht. Eux, leur objectif, c'est de disposer du meilleur noyau possible, pour augmenter le niveau général, ne serait-ce qu'aux entraînements. Certes, c'est aussi là qu'on progresse, mais c'est surtout en match qu'on s'améliore.Avec le recul, tu ne te dis pas que tu es née dix, quinze ans trop tôt ?Oui et non. Je trouve ça beau d'avoir participé à ce développement. Les gens l'oublieront peut-être mais moi, je sais que j'en ai fait partie. Peut-être que ma carrière aurait été différente si j'étais née plus tard, mais elle est déjà très belle. Je fais partie d'une génération, tout comme Janice Cayman, qui est elle encore en activité, qui a amené beaucoup d'avancées, qui a consenti beaucoup de sacrifices. J'espère que les nouvelles générations, qui bénéficient d'un réel impact au niveau public, saisiront cette chance et s'impliqueront dans tout ça. C'est une chance réelle, qui résulte du combat de générations précédentes qui se sont battues pour ça. Mais je n'ai aucun regret.