Le gars, il ose ! Lors de sa présentation à Liège, il y a quelques semaines, Luis Pedro Cavanda a eu quelques petites formules qui tuent. Par exemple, il a dit : " Le Standard est le meilleur club de Belgique. " Il a lâché, aussi : " Je m'inspire du parcours d'Anthony Vanden Borre. " Pourquoi VDB ? Parce qu'après avoir été dans le trou, il a su se relancer à Anderlecht et finir par jouer la Coupe du Monde au Brésil. Les Diables Rouges, c'est ça le kif de Luis Pedro Cavanda, qu'on avait vu ici pour la dernière fois avec des dreadlocks et qui est rentré au pays avec la boule à zéro.
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Le gars, il ose ! Lors de sa présentation à Liège, il y a quelques semaines, Luis Pedro Cavanda a eu quelques petites formules qui tuent. Par exemple, il a dit : " Le Standard est le meilleur club de Belgique. " Il a lâché, aussi : " Je m'inspire du parcours d'Anthony Vanden Borre. " Pourquoi VDB ? Parce qu'après avoir été dans le trou, il a su se relancer à Anderlecht et finir par jouer la Coupe du Monde au Brésil. Les Diables Rouges, c'est ça le kif de Luis Pedro Cavanda, qu'on avait vu ici pour la dernière fois avec des dreadlocks et qui est rentré au pays avec la boule à zéro. Zéro... il repart un peu de zéro. Au niveau de l'équipe nationale mais aussi dans son parcours en club. Parce qu'il sort d'une saison de misère avec Galatasaray. Là-bas, il n'a pas joué l'équivalent de huit matches complets en un an. Blessures, méforme persistante, manque de confiance de la part du staff technique : son passage à Istanbul a été un flop. Il veut que sa relance s'écrive du côté de Liège. Là où il a fait une partie du début de sa formation, avant de fuir seul en Italie à l'âge de 14 ans. Bref retour sur sa désertion de l'époque, avant d'attaquer sa relation compliquée avec l'équipe nationale. En 2014, Sport Foot Magazine obtient, à Rome, sa toute première interview à la presse belge. Il explique un incident à l'internat du Standard. " J'étais avec des copains, dont ThomasMeunier. Un jour, en voyant les policiers, on s'est mis à leur balancer : -Poulet, poulet. Des petites blagues de ce style, rien de bien méchant. Le seul qui a pris pour les autres, c'est moi. ChristopheDessy, qui était directeur de l'Académie, m'a mis sept claques, sept tartes. Ma famille a voulu réagir et j'ai été exclu du Standard. J'ai dû trouver un autre club et j'ai eu la chance de tomber sur la Lazio. Ce qui m'est arrivé, c'était peut-être un mal pour un bien. Si j'étais resté au Standard, je n'aurais peut-être pas percé. "Christophe Dessy réagit via un droit de réponse. " Luis Pedro Cavanda n'avait pas vraiment une attitude appropriée. Il était notamment l'auteur de menaces verbales et parfois même physiques envers les autres jeunes (...) Nous n'avons jamais eu d'actes de violence vis-à-vis de qui que ce soit. Mais il fallait que ses agissements cessent avec effet immédiat (...) Malgré tout cela, nous n'avons pas exclu Luis Pedro Cavanda du club et nous comptions sur lui pour l'avenir. C'est un agent qui l'a placé en Italie et il n'y a eu aucune discussion avec le club. " Et donc, son histoire avec l'équipe nationale. Elle est tortueuse. Bourrée d'embûches. De quelques moments d'espoir. De déceptions, surtout. D'abord, Luis Pedro Cavanda aurait pu jouer pour trois pays. Il l'a d'ailleurs fait pour deux. Son père, décédé très tôt, était angolais, et le gamin est né là-bas. Sa mère est congolaise, elle est venue s'installer chez nous, à Verviers, quand Luis Pedro et sa soeur étaient tout petits. L'Angola et le Congo lui ont plusieurs fois fait des appels du pied. Un jour, il a accepté une convocation de la fédé congolaise. " C'était avec les U18, pour un match au Luxembourg. À l'époque, je jouais aussi pour les sélections belges de jeunes. La Lazio m'a demandé de choisir entre les deux pays parce que je ratais trop d'entraînements. J'ai choisi la Belgique. " Choix logique. " Déjà, je suis belge. Je suis né en Afrique mais j'ai grandi en Belgique. La meilleure preuve, c'est que quand je vais au Congo, on m'appelle l'Européen. Bon, c'est vrai qu'en Belgique, on m'appelle l'Africain du coup... " Quand il se confie à Sport Foot Magazine, on est à deux mois de la Coupe du Monde au Brésil. Il n'a jamais été appelé en équipe A mais il y croit encore. " Aussi longtemps que le coach n'a pas rendu sa liste, tout le monde est susceptible d'être appelé. Il peut encore se passer pas mal de choses. Et puis, si je ne suis pas repris, pas grave, je bosserai et j'essayerai d'être repris plus tard. " S'il garde à l'époque un espoir d'aller au Brésil, c'est parce qu'il est occupé à faire une grosse saison avec la Lazio. Sa cuvée 2013-2014, c'est peut-être même sa cuvée de référence chez les pros. Sur les huit matches de poule en Europa League, il en joue sept et il ne loupe le huitième qu'à cause d'une suspension. En championnat, il joue plein de chocs : Juventus, AS Rome, AC Milan, Inter, ... Mais... Marc Wilmots est beaucoup moins chaud pour l'incorporer dans ses 23 pour le Brésil. Glacial, même. Parce que Luis Pedro Cavanda continue à traîner, en plus de sa réputation de rebelle et de bad boy, un petit clash avec la Fédération. En 2012, après un match des Espoirs de Johan Walem en Israël, il tuait le temps dans l'aéroport de Tel-Aviv en attendant que leur avion soit prêt. " J'étais avec Michy Batshuayi. Un dirigeant de la fédé nous a crié dessus comme on crie sur un chien, en disant qu'on devait se taire et se mettre dans la file. Ça ne m'a pas plu, je lui ai répondu que ça ne servait à rien de se mettre dans la file puisqu'on était quand même bloqués, lui comme nous. À cause de cet incident, j'ai été évincé des Espoirs. " Alors, quand on parle de Cavanda à Wilmots, le coach répond sèchement : " Cavanda c'est non, pour des raisons de comportement. " Clair, net. Et le joueur ne comprend pas tout : " J'ai directement pensé à Walem et je l'ai appelé. Il m'a dit qu'il ne comprenait pas cette déclaration de Wilmots, surtout que le différend avec moi était réglé. " Il comprend d'autant moins qu'il a entre-temps reçu des pré-convocations de l'entraîneur des Diables. " Pourquoi m'envoyer des présélections s'il estimait que ma mentalité était mauvaise ? " Le tournant, c'est en octobre 2015. Les Diables peuvent valider, à Andorre, leur qualification pour l'EURO en France. Le décor est tout sauf sexy. En face, il y a une bande d'amateurs. Les tribunes sont désertes. Et le terrain synthétique est dans un état lamentable. La qualification est évidemment officialisée, et pour Luis Pedro Cavanda, c'est une soirée historique : il tient ses premières minutes de jeu en équipe belge. Il a dû attendre d'avoir 24 ans.Pendant la préparation de ce match, la presse s'est bien occupée du joueur. Elle est revenue sur son passé, ce qui ne l'amuse qu'à moitié. Il regrette qu'on " ressorte chaque fois les vieux dossiers ", il signale que son " étiquette de gars à problèmes " ne l'a pas aidé. Il ajoute : " Oui, j'ai fait des conneries, comme tout le monde, mais c'est derrière moi. Finalement, ces conneries m'ont aidé à devenir l'homme que je suis aujourd'hui. " Wilmots a clairement passé l'éponge. Il se félicite que Cavanda soit définitivement belge : " Cette fois, il est à nous. C'est une très bonne chose pour l'avenir. " Quelques jours plus tard, il reste sur le banc lors du match à domicile contre Israël. Et encore un tournant international pour Luis Pedro Cavanda en novembre 2015. Le soir des attentats de Paris, la Belgique accueille l'Italie en amical. Victoire 3-1 pour les Diables mais ce n'est pas la victoire de LPC. Aligné au back droit, il foire complètement son rendez-vous. Quand il est remplacé par Jason Denayer après une heure, on est content pour lui que son supplice s'achève. Là encore, Wilmots lui balance quelques fleurs : " Oui, il a beaucoup souffert mais il a aussi montré quelques bonnes choses. Il est à revoir. Je lui ai dit qu'il cherchait à trop bien jouer au foot, je n'aime pas ça. Il doit prendre moins de risques, expédier le ballon dans les tribunes quand ça chauffe. Ce n'est pas du futsal, ici. " Le coach finit par une allusion à sa nouvelle mentalité : " Avec lui, c'est no problem. " Cavanda n'est clairement pas content de son match ; il refuse de lâcher le moindre mot en mixed zone. Il a raté l'avion pour le Brésil, il pressent peut-être que cette prestation bâclée va lui faire louper le déplacement à l'EURO français. Et effectivement, il ne sera pas du voyage.Roberto Martinez ratisse large dès qu'il devient le patron des Diables. Et donc, il ratisse jusqu'en Turquie. En novembre 2016, Luis Pedro Cavanda est à Galatasaray. Sa récompense après une très bonne première saison en Süper Lig avec Trabzonspor. Il ne joue pas avec le géant d'Istanbul mais il est repris pour les matches aux Pays-Bas et contre l'Estonie. Lui-même a du mal à masquer son étonnement : " C'est mon frère qui m'a appelé pour me dire que j'étais convoqué. Comme il y avait une alerte à la bombe, Internet était bloqué et je n'ai pas pu voir l'annonce de la sélection en direct. Vraiment, je ne m'y attendais pas. " Il revient alors sur son cauchemar face à la Squadra : " Je ne garde pas du tout un mauvais souvenir de ce match. C'était une titularisation contre une des meilleures équipes du monde. C'était une fierté pour moi. Le match n'a pas été dans mon sens mais j'étais content de porter le maillot des Diables. Simplement, ce n'était pas le vrai Luis Pedro Cavanda ce soir-là. L'important, aujourd'hui, c'est de renverser la vapeur. " Il a vécu l'EURO en supporter, sans amertume. " J'ai vu les bonnes prestations de Thomas Meunier à mon poste, il était là avant moi, il le méritait. Je n'ai raté aucun match. Quand les Diables gagnaient, on sortait faire la fête. Quand ils perdaient, on restait à la maison. " À ses yeux, son arrivée à Galatasaray doit lui permettre de s'installer durablement dans le noyau belge. " Je suis arrivé dans un club qui vise le titre et la Coupe, et qui doit aussi bien jouer. Les objectifs sont différents par rapport à ce que j'ai vécu jusqu'à présent. Les attentes sont énormes, on a 25 millions de supporters. Je n'ai jamais eu peur d'avoir laissé passer le train des Diables. Tout va très vite dans le football, dans un sens comme dans l'autre. " Martinez justifie sa sélection : " Ce que j'aime chez Cavanda, c'est sa capacité à jouer les un contre un sur tout le côté. Il peut facilement s'adapter au rôle d'ailier, à droite comme à gauche. Et je veux aussi voir comment il s'adapte dans le groupe. C'est le bon moment pour le rappeler. " Tous des propos qui remontent à un an. Entre-temps, le Vanden Borre de Verviers ne s'est pas du tout rapproché de l'équipe nationale. Il a lui-même sollicité son retour en Belgique, croyant que c'était la meilleure façon d'avoir une chance d'aller en Russie. Son pote Paul-José Mpoku a laissé tomber son nom, durant l'été, dans une conversation avec Bruno Venanzi et Olivier Renard. Le directeur sportif a été directement intéressé par son profil de Belge pouvant jouer des deux côtés. Ils sont vite tombés d'accord sur le salaire, et le fait qu'il n'entrait pas dans les plans de l'entraîneur de Galatasaray a joué pour lui. Le Standard a obtenu un prêt avec option d'achat, mais c'est une option chère et il faudrait que Luis Pedro Cavanda fasse une saison de feu pour que le Standard l'achète à ces conditions. On a douté de son retour lors de ses premières semaines à Liège parce qu'il jouait très peu. Il vient maintenant d'enchaîner deux matches complets, les victoires contre Courtrai et à Mouscron. Le vrai départ des Rouches ? Et la vraie réhabilitation pour Cavanda ? Pour ce qui est d'un retour en équipe nationale... " Le Mondial, j'y crois. Sinon, j'arrête le foot tout de suite. " Par Pierre Danvoye