Comment voyez-vous l'avenir du football espagnol ?

Je pense qu'il doit se préparer à des temps très difficiles. Les droits de télévision sont très mal répartis : la part du lion revient au Real Madrid et au FC Barcelone, tandis que les autres clubs ne reçoivent que les miettes. Les faillites ont déjà commencé dans les divisions inférieures, le temps n'est plus très loin où un club de D1 devra mettre la clef sous le paillasson.

Il y a cinq ans, un footballeur en Espagne percevait le double ou même le triple de ce qu'il perçoit aujourd'hui. Donc, que font les meilleurs joueurs ? Ils s'en vont, la plupart en Angleterre. Et donc, le niveau du championnat d'Espagne baisse.

Aujourd'hui, un footballeur de D1 espagnole gagne encore bien sa vie, mais il n'est pas à l'abri pour le restant de ses jours. Je parle des joueurs des équipes moyennes, bien sûr, pas de ceux des grands clubs qui gagnent encore dix millions d'euros par an. Avec ce que l'on a gagné comme footballeur, on peut mener une existence confortable pendant quelques années, mais après un certain temps, il faudra tout de même chercher un boulot.

C'est la réalité du football actuel. Dans de nombreux cas, l'image du footballeur-millionnaire ne colle pas à la réalité. Certes, un salaire de 600 à 700.000 euros bruts reste très appréciable, mais si l'on ne gère pas bien son argent, on se retrouvera vite sur la paille.

Est-ce un message pour les jeunes footballeurs ?

Oui, car certains perdent la tête et ne pensent pas au lendemain. Or, la vie est parfois longue.

Cette insouciance n'est-elle pas logique lorsqu'on est jeune ?

Oui, sans doute. C'est la raison pour laquelle les jeunes ont besoin d'un accompagnement. Chaque cas est différent. Certains footballeurs proviennent d'une famille unie et terre-à-terre, d'autres sont peut-être orphelins. Lorsqu'on est jeune, on n'est pas toujours au courant des pratiques en vigueur dans le monde du football.

Il est important que d'anciens footballeurs expérimentés viennent dans les centres de formation pour parler aux jeunes et leur expliquer que le succès n'est que temporaire, qu'ils doivent garder les pieds sur terre. Je dis toujours qu'arriver en première division n'est pas très difficile, mais qu'y rester dix ou quinze ans est un vrai défi.

La vie d'un footballeur n'est pas toujours aussi rose qu'on le laisse entendre. Il faut se soigner, s'entraîner dur... On est souvent éloigné de la famille. Lorsqu'on se retrouve seul dans sa chambre d'hôtel, on se demande parfois ce que l'on fait là.

Aimeriez-vous que vos enfants deviennent à leur tour footballeurs ?

Ce n'est pas indispensable. J'aimerais qu'ils pratiquent un sport. Si c'est le football, tant mieux. Mais si c'est le basket, c'est bon aussi. Le sport, c'est bon pour la santé, et cela donne une occupation pendant le week-end. Je n'aimerais pas que mes enfants passent leur temps dans la rue ou en discothèque.

L'âge critique, c'est autour de 15 et 16 ans. J'en parle en connaissance de cause. A 15 ans, je jouais chez les jeunes de l'Espanyol. Un samedi, une fête était organisée et mes amis insistaient pour que j'y participe. Je n'étais pas enthousiaste car j'avais un match le lendemain. En outre, je n'étais jamais sorti. Mais à cet âge, la tentation est grande et j'ai fini par céder.

Nous avons bu beaucoup de calimocho (un mélange de vin rouge et de coca, ndlr) et je suis rentré à trois heures du matin. Le lendemain matin, je me suis rendu au match avec mes parents, qui n'avaient rien dit. Ce fut une catastrophe. J'ai été remplacé à la mi-temps, tellement j'étais mauvais.

L'après-midi, papa et maman m'ont apostrophé : 'Qué pasa ? As-tu vu à quel point tu as été ridicule ?' Oui, j'avais constaté. Ils m'ont répondu : 'Ecoute, tu peux choisir : le football ou tes amis. Mais les deux ensemble, cela ne va pas.' J'ai réfléchi et j'ai finalement opté pour le football."

Par Steve Van Herpe

Retrouvez l'intégralité de l'interview de Joan Capdevila dans votre Sport/Foot Magazine

Comment voyez-vous l'avenir du football espagnol ?Je pense qu'il doit se préparer à des temps très difficiles. Les droits de télévision sont très mal répartis : la part du lion revient au Real Madrid et au FC Barcelone, tandis que les autres clubs ne reçoivent que les miettes. Les faillites ont déjà commencé dans les divisions inférieures, le temps n'est plus très loin où un club de D1 devra mettre la clef sous le paillasson.Il y a cinq ans, un footballeur en Espagne percevait le double ou même le triple de ce qu'il perçoit aujourd'hui. Donc, que font les meilleurs joueurs ? Ils s'en vont, la plupart en Angleterre. Et donc, le niveau du championnat d'Espagne baisse.Aujourd'hui, un footballeur de D1 espagnole gagne encore bien sa vie, mais il n'est pas à l'abri pour le restant de ses jours. Je parle des joueurs des équipes moyennes, bien sûr, pas de ceux des grands clubs qui gagnent encore dix millions d'euros par an. Avec ce que l'on a gagné comme footballeur, on peut mener une existence confortable pendant quelques années, mais après un certain temps, il faudra tout de même chercher un boulot.C'est la réalité du football actuel. Dans de nombreux cas, l'image du footballeur-millionnaire ne colle pas à la réalité. Certes, un salaire de 600 à 700.000 euros bruts reste très appréciable, mais si l'on ne gère pas bien son argent, on se retrouvera vite sur la paille.Est-ce un message pour les jeunes footballeurs ?Oui, car certains perdent la tête et ne pensent pas au lendemain. Or, la vie est parfois longue.Cette insouciance n'est-elle pas logique lorsqu'on est jeune ?Oui, sans doute. C'est la raison pour laquelle les jeunes ont besoin d'un accompagnement. Chaque cas est différent. Certains footballeurs proviennent d'une famille unie et terre-à-terre, d'autres sont peut-être orphelins. Lorsqu'on est jeune, on n'est pas toujours au courant des pratiques en vigueur dans le monde du football.Il est important que d'anciens footballeurs expérimentés viennent dans les centres de formation pour parler aux jeunes et leur expliquer que le succès n'est que temporaire, qu'ils doivent garder les pieds sur terre. Je dis toujours qu'arriver en première division n'est pas très difficile, mais qu'y rester dix ou quinze ans est un vrai défi.La vie d'un footballeur n'est pas toujours aussi rose qu'on le laisse entendre. Il faut se soigner, s'entraîner dur... On est souvent éloigné de la famille. Lorsqu'on se retrouve seul dans sa chambre d'hôtel, on se demande parfois ce que l'on fait là.Aimeriez-vous que vos enfants deviennent à leur tour footballeurs ?Ce n'est pas indispensable. J'aimerais qu'ils pratiquent un sport. Si c'est le football, tant mieux. Mais si c'est le basket, c'est bon aussi. Le sport, c'est bon pour la santé, et cela donne une occupation pendant le week-end. Je n'aimerais pas que mes enfants passent leur temps dans la rue ou en discothèque.L'âge critique, c'est autour de 15 et 16 ans. J'en parle en connaissance de cause. A 15 ans, je jouais chez les jeunes de l'Espanyol. Un samedi, une fête était organisée et mes amis insistaient pour que j'y participe. Je n'étais pas enthousiaste car j'avais un match le lendemain. En outre, je n'étais jamais sorti. Mais à cet âge, la tentation est grande et j'ai fini par céder.Nous avons bu beaucoup de calimocho (un mélange de vin rouge et de coca, ndlr) et je suis rentré à trois heures du matin. Le lendemain matin, je me suis rendu au match avec mes parents, qui n'avaient rien dit. Ce fut une catastrophe. J'ai été remplacé à la mi-temps, tellement j'étais mauvais.L'après-midi, papa et maman m'ont apostrophé : 'Qué pasa ? As-tu vu à quel point tu as été ridicule ?' Oui, j'avais constaté. Ils m'ont répondu : 'Ecoute, tu peux choisir : le football ou tes amis. Mais les deux ensemble, cela ne va pas.' J'ai réfléchi et j'ai finalement opté pour le football."Par Steve Van HerpeRetrouvez l'intégralité de l'interview de Joan Capdevila dans votre Sport/Foot Magazine