L'Estonie, la Lituanie, la Géorgie, l'Arménie, l'Azerbaïdjan, la Biélorussie et l'Ukraine ont au moins deux points commun. Jusqu'au début des années 90, ces pays faisaient partie de l'Union soviétique et le service militaire y est encore obligatoire. Au cours des deux dernières années, le président Volodymyr Zelensky a introduit de nombreuses réformes en Ukraine, mais comme l'est du pays est en état de guerre depuis 2014, il n'est pas question d'assouplir ou d'abolir le service militaire. Sans son statut de footballeur professionnel, Bogdan Mykhaylichenko aurait donc dû passer 18 mois sous les drapeaux. "Si je suis content d'y échapper? Pour moi, la différence n'est pas très grande", dit-il avec l'aide de son interprète et professeur d'anglais Kenny Bosman. "Si on m'avait appelé, j'y serais allé. Quand il faut, il faut..."
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L'Estonie, la Lituanie, la Géorgie, l'Arménie, l'Azerbaïdjan, la Biélorussie et l'Ukraine ont au moins deux points commun. Jusqu'au début des années 90, ces pays faisaient partie de l'Union soviétique et le service militaire y est encore obligatoire. Au cours des deux dernières années, le président Volodymyr Zelensky a introduit de nombreuses réformes en Ukraine, mais comme l'est du pays est en état de guerre depuis 2014, il n'est pas question d'assouplir ou d'abolir le service militaire. Sans son statut de footballeur professionnel, Bogdan Mykhaylichenko aurait donc dû passer 18 mois sous les drapeaux. "Si je suis content d'y échapper? Pour moi, la différence n'est pas très grande", dit-il avec l'aide de son interprète et professeur d'anglais Kenny Bosman. "Si on m'avait appelé, j'y serais allé. Quand il faut, il faut..." Sous la direction de Vincent Kompany, vous êtes devenu un des arrières gauches les plus fiables de Jupiler Pro League. Comment vous-êtes vous adapté à la vie en Belgique? BOGDAN MYKHAYLICHENKO: Au début, on venait me chercher à l'hôtel pour aller à l'entraînement et on m'y ramenait le soir. Je ne connaissais donc que ma chambre et le centre d'entraînement. Frank Vercauteren parle un peu le russe et il était donc le seul Belge à qui je pouvais parler. Il m'avait fait une liste de mots en anglais et c'est ainsi que j'ai petit à petit appris la langue. J'étais aussi en contact avec Oleg Iachtchouk. Nous allions régulièrement manger un bout et les gens reconnaissaient Oleg. Ils semblaient aussi savoir qui j'étais, ce qui m'a donné l'impression d'être le bienvenu. C'était la première fois que vous quittiez l'Ukraine. Y étiez-vous préparé? MYKHAYLICHENKO: Comment aurais-je pu me préparer à quelque chose sans savoir ce qui m'attendait? J'ai laissé venir. La chose la plus importante était d'apprendre l'anglais. Ma femme, qui a vécu aux États-Unis, m'a appris mes premiers mots. On vous a tout de suite catalogué comme un joueur méchant, car la saison dernière, en Ukraine, vous aviez écopé de onze cartes jaunes et d'une rouge. MYKHAYLICHENKO: Serhiy Sereberennikov et Kompany m'ont dit ce que la presse belge pensait de moi. En Ukraine, les arbitres dégainent plus vite, surtout pour rouspétances. Et c'était mon problème. Ici, les arbitres laissent davantage jouer. Et comme je ne parle pas français, je ne peux pas rouspéter. (Il rit). Comment Kompany vous a-t-il expliqué sa vision du football au début si vous ne le compreniez pas? MYKHAYLICHENKO: Après les tests médicaux, il m'a fait part de ses plans, avec l'aide d'un interprète. Avant mon premier match contre Saint-Trond, il a demandé à Iachtchouk de venir à Neerpede pour m'expliquer ce qu'on attendait de moi sur le plan tactique. De août à mi-décembre, vous avez pratiquement toujours été titulaire, puis vous vous êtes retrouvé dans la tribune pendant trois mois. Désormais, vous êtes à nouveau une valeur sûre et votre concurrent direct, Kemar Lawrence, est parti. Comment avez-vous vécu cette période? MYKHAYLICHENKO: Je n'ai pas compris pourquoi je ne jouais pas et j'en ai souffert. Je me suis dit qu'il y avait une raison. Est-ce que je m'entraînais mal? J'ai demandé des explications à Kompany et il m'a tout de suite rassuré. Il m'a dit qu'il était satisfait de mon engagement à l'entraînement et que je devais continuer de la sorte. Ai-je douté de moi? Oui, ce n'était pas facile. Heureusement, j'ai livré de bons matches en Coupe et ça m'a rassuré. N'avez-vous jamais songé à tout laisser tomber et à rentrer en Ukraine? MYKHAYLICHENKO: Je me doutais que je vivrais des moments difficiles. Le plus dur, c'était de voir que ma famille doutait. Beaucoup de choses me passaient par la tête. J'ai songé à demander à être prêté, mais je ne voulais pas m'écarter de mon but: disputer l'EURO. Après avoir discuté avec Kompany et avoir compris qu'il comptait sur moi, j'ai retrouvé confiance et je me suis dit que tout allait s'arranger. Début juin, les sélectionneurs doivent rentrer leur liste pour l'EURO. À combien estimez-vous vos chances d'en faire partie? MYKHAYLICHENKO: Je suis déjà sur la liste. Dans la pré-sélection, du moins. À moi de prouver au sélectionneur que j'ai ma place. J'ambitionne de jouer à l'EURO, mais je conçois que mes concurrents, Eduard Sobol et Viktor Korniyenko, ont de l'avance sur moi, car je ne suis arrivé que cette saison. En équipe nationale, on retrouve des joueurs comme Andriy Lunin (Real Madrid), Andriy Yarmolenko (West Ham), Oleksandr Zinchenko (Manchester City), Viktor Kovalenko (Atalanta), Ruslan Malinovskyi (Atalanta) et Roman Yaremchuk (Gand). Est-ce la meilleure équipe ukrainienne de l'histoire? MYKHAYLICHENKO: C'est certainement une des générations les plus fortes, mais il y a eu l'équipe construite autour d'Andriy Shevchenko. C'est lui qui a ouvert les frontières européennes à de nombreux joueurs ukrainiens. C'est la première star du pays. La levée actuelle veut aussi s'imposer dans de grands championnats européens et Zinchenko, qui est extrêmement populaire en Ukraine, est notre nouveau porte-drapeau. Les équipes nationales d'âge ukrainiennes se débrouillent toujours très bien lors des tournois internationaux, mais les résultats de l'équipe A laissent à désirer. À l'EURO 2012 et à l'EURO 2016, l'Ukraine a été éliminée en phase de poules. En Coupe du monde, elle a atteint les quarts de finale en 2006, mais ne s'est plus qualifiée pour une phase finale depuis lors. Qu'est-ce qui ne va pas? MYKHAYLICHENKO: Le Dynamo Kiev et le Shakhtar forment les meilleurs joueurs du pays, mais ils ont peur de les laisser partir à l'étranger. Ils préfèrent les faire jouer en espoirs où les prêter à des clubs ukrainiens de seconde zone que les vendre. Nous avons perdu pas mal de bons joueurs à cause de cela, mais les choses sont en train de changer et c'est bon pour l'équipe nationale. Les trois-quarts des internationaux jouent encore en Ukraine. Est-il difficile de quitter le pays? MYKHAYLICHENKO: Il faut tenir compte du contexte. Avant, nos salaires étaient si élevés que ça ne valait pas la peine d'aller à l'étranger. Maintenant, ils ont chuté et il faut que le déclic se produise. Des joueurs comme Roman Yaremchuk nous ont facilité la tâche. Les clubs belges viennent voir ce qu'il se passe en Ukraine. Les internationaux qui évoluent à l'étranger peuvent aider à accélérer le processus. Vous avez été formé au Dynamo Kiev. Expliquez-nous la rivalité entre ce club et le Shakhtar. MYKHAYLICHENKO: En équipes d'âge, déjà, on nous dit que le Shakhtar, ça ne vaut rien. Les entraîneurs nous demandent de leur rentrer dedans, mais pas au point de les blesser volontairement. Je me rappelle qu'il y a quelques années, Júnior Moraes est passé du Dynamo au Shakhtar: ce fut une affaire d'État. Par le passé, lors des matches, il y avait souvent des bagarres entre joueurs et entre supporters. Depuis le début de la guerre civile, les deux clubs s'entendent mieux, surtout au niveau de la direction. Sur le terrain, on se bat toujours pour chaque ballon mais en dehors, on essaye de s'entraider. Tavriya Simferopol a remporté le premier championnat d'Ukraine, en 1992. Depuis, le Shakhtar Donetsk et le Dynamo Kiev se partagent tous les titres. Ce n'est pas bon pour le football ukrainien. MYKHAYLICHENKO: ( Il approuve) C'est un problème, en effet. Par le passé, le Metalist Kharkiv et Dnipro ont tenté de briser l'hégémonie du Dynamo et du Shakhtar, mais le budget de ces deux clubs est si important que plus personne ne peut rivaliser avec eux. L'Ukraine sort doucement de la crise financière et j'espère que l'un ou l'autre millionnaire investira dans un projet visant à concurrencer les deux grands clubs.