Christophe Galtier jure un bon coup. Quelques minutes plus tard, dans la salle de presse de l'Olympique Lyonnais, l'entraîneur de Saint-Etienne renverse une chaise. L'ASSE vient de perdre le 111e derby rhônalpin, le dernier disputé au Stade de Gerland avant le déménagement vers le Groupama Stadium. Mais Galtier est surtout fâché d'avoir perdu son attaquant Robert Beric, victime d'un tacle assassin par derrière à dix minutes du terme. Jordan Ferri n'en est pas à son coup d'essai mais il s'en sort avec un carton jaune. Pour Beric, par contre, la saison est terminée alors qu'on n'est qu'à la mi-novembre : les ligaments croisés de son genou droit sont déchirés. Il sait ce que cela signifie car huit ans plus tôt, en Slovénie, il a été victime de la même blessure au genou gauche. Cette fois, la rééducation dure six mois, avec une nouvelle opération pour recoudre les ligaments. Il ne revient sur le terrain que le jour du dernier match de Ligue 1 et ne sait pas encore que cet accident constitue le début de la fin de sa carrière à Saint-Etienne.
...

Christophe Galtier jure un bon coup. Quelques minutes plus tard, dans la salle de presse de l'Olympique Lyonnais, l'entraîneur de Saint-Etienne renverse une chaise. L'ASSE vient de perdre le 111e derby rhônalpin, le dernier disputé au Stade de Gerland avant le déménagement vers le Groupama Stadium. Mais Galtier est surtout fâché d'avoir perdu son attaquant Robert Beric, victime d'un tacle assassin par derrière à dix minutes du terme. Jordan Ferri n'en est pas à son coup d'essai mais il s'en sort avec un carton jaune. Pour Beric, par contre, la saison est terminée alors qu'on n'est qu'à la mi-novembre : les ligaments croisés de son genou droit sont déchirés. Il sait ce que cela signifie car huit ans plus tôt, en Slovénie, il a été victime de la même blessure au genou gauche. Cette fois, la rééducation dure six mois, avec une nouvelle opération pour recoudre les ligaments. Il ne revient sur le terrain que le jour du dernier match de Ligue 1 et ne sait pas encore que cet accident constitue le début de la fin de sa carrière à Saint-Etienne. Jusque-là, il n'avait connu que le succès. Il avait suivi le trajet que parcourt chaque joueur un tant soit peu doué : à quinze ans, il était devenu professionnel à Krsko, le club de sa ville. A dix-sept ans, il avait effectué ses débuts en D1 avec Interblock, et deux ans plus tard, il avait signé à Maribor. En Slovénie, on ne l'avait pas directement considéré comme un buteur. " Plutôt comme le Slovène le plus doué de sa génération ", dit Amir Ruznic, son agent depuis 2011. " Personne n'avait donc été surpris qu'il signe à Maribor avant même d'avoir 20 ans. Le fossé entre Interblock et le plus grand club du pays était immense mais il avait directement gagné sa place. " Il s'était aussi fait remarquer au niveau européen. A Maribor, on parle toujours des deux buts qu'il a inscrits face au Zeljeznicar Sarajevo au tour préliminaire de la Ligue des Champions. " En 2013, après cinq saisons et 39 buts en Prva Liga, il avait suivi son entraîneur, Darko Milani?, à Sturm Graz, en Autriche. Il ne lui avait fallu qu'un an pour convaincre le Rapid Vienne de l'engager. L'ex-joueur du Bayern Munich Carsten Jancker y était entraîneur adjoint et allait faire de lui un véritable tueur des surfaces. La métamorphose était impressionnante : sur 37 tirs cadrés, Beric en mettait 27 au fond des filets. " A la fin de la saison, Schalke 04, le Werder Brême et surtout Reading le voulaient ", dit Ruznic. " Les Anglais étaient prêts à aller très loin et lui avaient fait une proposition formidable. Mais il estimait qu'il progresserait davantage en France. " Le Bombardier de Krsko a donc rejoint Saint-Etienne en échange de 6 millions d'euros, ce qui faisait de lui le transfert entrant le plus cher des Verts. Un investissement qu'il allait très vite rentabiliser. Pour son tout premier match, contre Rosenborg, il ouvrait le score après quatre minutes. Lors des onze matches suivants, il inscrivait encore quatre buts. Christophe Galtier essayait de jouer plus ou moins comme le Rapid Vienne. " Avec deux joueurs sur les flancs et un numéro 10 assez proche de Beric ", dit-il. " Il fallait l'alimenter en centres mais ce serait diminuer ses qualités de dire que c'est typiquement un joueur de surface. On peut l'impliquer dans le jeu sans problème car il manie bien le ballon et se débrouille aussi dans les petits espaces. J'ai travaillé avec lui pendant deux ans et j'ai le sentiment qu'on n'a pas vu le vrai Beric. Mais le public l'adorait car il ne comptait pas ses efforts. On ne pouvait pas l'accuser de jouer à l'économie. " En France, on garde de Beric l'image d'un attaquant toujours bien placé dans le rectangle et qui laisse les tâches plus raffinées à d'autres joueurs. Son égalisation dans le temps additionnel face au PSG, le 9 septembre 2016, constitue un exemple frappant : son contrôle de la poitrine n'était pas des plus précis mais il a tout de même réussi à marquer à la renverse. Thomas Meunier n'a rien pu faire. Les joueurs qui ont affronté Beric en Slovénie disent qu'il leur fait penser à Olivier Giroud : il protège très bien son ballon, est habile dans les 16 mètres et capable d'inscrire de très beaux buts s'il est dans un bon jour. " Il sent où le ballon va arriver ", dit Ruznic. " Selon moi, il n'y a pas de meilleur finisseur que lui dans toute l'ex-Yougoslavie. " Par Alain Eliasy