Vendredi dernier, le renouvellement du contrat des droits de retransmission figurait pour la deuxième fois à l'agenda de la Pro League. Fallait-il déjà tenir compte d'un championnat belgo-néerlandais ? Non. La firme Deloitte est certes en train d'élaborer les critères - sportifs mais surtout financiers - d'une telle compétition mais celle-ci n'est pas encore pour demain. Et ce n'est pas comme pour le Brexit : il n'y a pas de date-butoir.
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Vendredi dernier, le renouvellement du contrat des droits de retransmission figurait pour la deuxième fois à l'agenda de la Pro League. Fallait-il déjà tenir compte d'un championnat belgo-néerlandais ? Non. La firme Deloitte est certes en train d'élaborer les critères - sportifs mais surtout financiers - d'une telle compétition mais celle-ci n'est pas encore pour demain. Et ce n'est pas comme pour le Brexit : il n'y a pas de date-butoir. Au cours des dernières semaines, les rédactions de Voetbal International et Sport/Foot Magazine ont pris la température de leurs lecteurs et des clubs de l'élite de leurs pays respectifs. Voici ce qui en ressort : les (grands) clubs belges sont plus enthousiastes que les clubs d'outre-Moerdijk. Leurs dirigeants, en tout cas. Car d'autres médias ont sondé les entraîneurs qui, eux, sont nettement moins partisans d'un championnat commun. Ils préféreraient que chacun balaye devant sa porte et change les règles afin de rehausser le niveau. Pour reprendre les mots de l'Allemand Bernd Storck, entraîneur du Cercle Bruges : " Les Suisses et les Autrichiens ne retirent tout de même pas leurs meilleures équipes de leurs championnats nationaux. " Côté belge, le peloton des partisans est emmené par Bart Verhaeghe, le président du Club Bruges. Son raisonnement est le suivant : tout change très vite et la vérité d'un jour n'est pas celle du lendemain. Si, en 2024, le paysage footballistique européen implose et que les diverses compétitions sont revues, il faudra accrocher le bon wagon. Et il faut donc envisager dès maintenant des moyens d'augmenter son budget. C'est pourquoi Verhaeghe tient à avoir son nouveau stade pour cette date. Et un autre format de compétition. En Belgique, dans un premier temps, un championnat à 20 clubs (au lieu de 24 répartis entre la D1A et la D1B comme c'est le cas actuellement) dont une partie jouerait ensuite dans une compétition commune avec les Pays-Bas. Et un système de compensation pour ceux qui ne disputeraient que le championnat de Belgique. Le problème, selon lui, c'est que trop de clubs belges appartiennent à des étrangers qui ne veulent pas prendre leurs responsabilité. Ils investissent peu dans la formation ou les infrastructures. Ce qui les intéresse, c'est d'utiliser la D1A ou la D1B comme vitrine, pour mettre des joueurs en valeur. Verhaeghe veut que le football belge, et surtout le Club Bruges, aille de l'avant. Hasard ou pas : les clubs qui le soutiennent sont ceux qui appartiennent encore à des Belges. Aux Pays-Bas aussi, c'est le leader du championnat qui soutient le plus le projet. En Eredivisie, l'Ajax a atteint les limites de sa croissance : il voit plus grand. Sur le plan commercial, le club amstellodamois se porte très bien mais les droits de télévision néerlandais sont trop limités pour lui permettre d'avoir des ambitions internationales à long terme. La BeNeLeague constitue donc la première option logique à explorer. En 2018, Edwin van der Sar, son directeur général, déclarait dans une interview à Voetbal International que, pour lui, le club avait l'obligation morale de rester en Eredivisie. Mais il prévenait : " Nous sommes à la croisée des chemins. Ça fait longtemps que l'UEFA envisage d'autoriser de telles compétitions internationales et il se pourrait qu'elle donne prochainement son feu vert. " Comme les choses n'ont pas évolué comme il l'aurait souhaité, Van der Sar a changé d'avis. Lors des réunions au Philips Stadion, l'ex-gardien s'est fait le porte-parole du top 6. Il n'est pas encore aussi convaincu que le propriétaire du Club Bruges de l'utilité d'une fusion mais en coulisses, il est tout de même considéré comme le chef de file néerlandais. Pour Peter Croonen, le président de la Pro League (l'association des clubs professionnels) et du RC Genk, la Belgique est trop petite pour 24 clubs pros, comme il l'explique par ailleurs (voir p. 36). Il considère dès lors la BeNeLeague comme une bonne solution. Anderlecht aussi. Pour Michael Verschueren, administrateur et directeur sportif du club bruxellois, c'est un bon moyen d'ouvrir les horizons des clubs ambitieux. Officiellement, Gand, le Standard et le YRFC Malines sont d'accord de collaborer. L'Antwerp, qui retrouve les sommets après des années en D2, n'est pas invité à la table des négociations et se veut prudent mais il est plutôt pour. Même dans le chef de son entraîneur, le Roumain László Bölöni, qui pense que le niveau va augmenter. Ce qui le préoccupe le plus, c'est la façon dont les tickets européens seront distribués. Le G6 néerlandais n'est pas encore aussi unanime que le G5 belge. C'est ainsi qu'AZ participe au financement de l'enquête de Deloitte mais qu'il n'est pas favorable à une fusion. Robert Eenhoorn, son directeur général, a la réputation d'être un visionnaire mais il est aussi réaliste et se base sur des faits. Tant qu'il n'y aura pas de business plan, AZ fera preuve de neutralité. La conclusion principale de Deloitte, jusqu'ici, c'est qu'en combinant deux marchés, on générera plus d'argent. C'est logique et tout le monde pourrait en dire autant. Mais à AZ, on trouve l'argumentation trop sommaire pour donner son aval. On se montre positif mais on se pose encore des questions. Le FC Utrecht, un des six clubs néerlandais qui a donné mission à Deloitte de réaliser l'enquête, fait toujours preuve d'enthousiasme. Ça fait des années qu'en matière de croissance, l'Eredivisie présente des chiffres parmi les plus faibles d'Europe et selon Frans van Seumeren, le propriétaire du club, la BeNeLeague pourrait apporter un nouvel élan. " Aujourd'hui, la distance n'est plus un frein ", dit-il. Pour lui, le moment est venu de passer à autre chose car " le sommet de la pyramide est de plus en plus fermé et la tâche des pays de deuxième zone est de plus en plus difficile. " A l'époque où ils s'affairaient à professionnaliser l'encadrement des Diables Rouges, Bart Verhaeghe et Mehdi Bayat étaient unis comme les doigts de la main. Dans ce dossier, par contre, le président du Club Bruges est aux antipodes de l'homme fort du Sporting Charleroi, élu président de l'Union belge en juin dernier. Une casquette qui oblige Bayat à défendre les intérêts de l'ensemble des clubs. C'est également sa volonté et il plaide pour un statu quo : pas de BeNeLeague et pas de championnat à 20 clubs pros. " Je ne m'engage que dans des projets auxquels je crois vraiment et ici, je n'y crois pas ", dit-il. Lui aussi se demande comment on distribuerait les tickets européens en BeNeLeague et il ne veut pas non plus entendre parler de réductions à 20 clubs professionnels en Belgique. " Les clubs qui proposent cela manquent d'ambition et ne pensent qu'à eux ", dit-il. Les opposants belges et néerlandais au projet sont surtout issus du groupe des petits clubs, qui n'ont pas envie de voir disparaître les grands clubs et, par conséquent, les affiches. Ce sont eux qui ont les plus petits budgets (voir encadré) et attirent le moins de spectateurs. " Sans les grands clubs, le championnat sera moins attractif ", dit Dirk Huyck, président de Waasland-Beveren, le club qui présente le plus petit budget de D1A et lutte chaque année contre la relégation. Nous avons compulsé les chiffres qu'il présente en matière de nombre de spectateurs et ce qu'il avance se vérifie. Les matches contre le Club Bruges, l'Antwerp ou le YRFC Malines attirent 4.500 à 4.800 spectateurs au Freethiel. Les rencontres face à Ostende, Mouscron ou même le Standard rassemblent entre 3.000 et 3.400 personnes. Sans ces grands matches, il y a un manque à gagner. Celui-ci peut-il être compensé par le pool de marketing de la BeNeLeague ? Courtrai, Ostende ou le Cercle se posent aussi la question. " Je préférerais un championnat de Belgique plus fort ", dit Vincent Goemaere, le nouveau président du Cercle." Côté néerlandais, les petits clubs disent la même chose. Wouter Gudde (35), directeur du FC Groningue : " Pour moi, la BeNeLeague en est encore au stade de la discussion de comptoir, surtout en Belgique. " Ronald Lubbers, président du FC Emmen : " Pour les fans, c'est dramatique. Actuellement, les gens prennent un abonnement pour pouvoir assister aux matches contre l'Ajax, Feyenoord et le PSV. Si on enlève la crème fraîche, l'Eredivisie va devenir une sorte de deuxième division. " Isitan Gün, économiste et propriétaire du Fortuna Sittard, est tout aussi préoccupé. " Pour moi, un championnat de football, c'est local ", dit-il. " D'abord, le football appartient aux fans. C'est eux qu'il aurait fallu consulter en premier mais on ne l'a pas fait. Pire : on les ignore complètement. Le processus manque aussi de respect aux autres clubs et à la communauté du football. Déjà, l'étude devrait être rendue publique, afin que chacun puisse se faire une idée sur base de faits disponibles. De plus, il y a de nombreux problèmes d'ordre pratique et logistique. La sécurité et la répartition des tickets UEFA, par exemple. Tertio, si le succès n'est pas au rendez-vous, je m'attends à une catastrophe. Si vous êtes marié et que vous quittez votre femme pour une fille plus belle ou plus jeune, vous n'avez pas intérêt à ce que cette nouvelle relation capote, sans quoi vous rentrez à la maison la queue entre les jambes. Et le mal est fait. Je me demande enfin comment on va indemniser les clubs qui ne participeront pas à la BeNeLeague. J'entends parler de solidarité mais il y aura des dégâts collatéraux, comme la diminution des revenus du sponsoring." Conclusion : de nombreux clubs attendent avant de se prononcer, ce qui veut dire que pas grand-chose n'est clair. Que disent les chiffres ? C'est la raison pour laquelle, outre Moerdijk surtout, on attend. Par les rédactions de Sport/Foot Magazine et Voetbal International