La Belgique monte sur la pelouse avec les jambes du lendemain. Celles qui peinent à quitter le confort de ce lit où elles ont oublié les douleurs de la veille. Au sortir d'un interminable marathon de matches, entamé en mai 2020 et presque pas interrompu, les Diables s'apprêtent à lancer leur sprint final. Forcément, les premières foulées sont empruntées. Surtout quand Eden Hazard et Kevin De Bruyne ne sont pas là pour servir de tapis roulant à la marche en avant diabolique. Même Youri Tielemans, devenu au fil des ans patron de substitution, n'est pas là pour dessiner les trajectoires du jeu belge.

Privé de ses guides historiques, Roberto Martinez confie le GPS national, en même temps que le brassard, à un Romelu Lukaku flanqué des deux solistes les plus audacieux du Royaume. Yannick Carrasco à sa gauche, Jérémy Doku à sa droite, et un plan qu'on imagine vite orienté autour d'une possession envoyée vers les côtés, jusqu'à ce que la finesse de l'un et le dynamisme de l'autre transforment les passes en occasions de buts.

En face, la Grèce ne semble rien avoir du sparring-partner de rêve, à une grosse semaine du coup d'envoi de l'EURO auquel elle ne participera pas. Le score final montrera le contraire, tout comme la joie titanesque de Georgios Tzavellas au moment de son égalisation. Parce que la Belgique est la première nation mondiale et que contrairement aux Diables, les Grecs jouent à l'ombre de l'Atomium le match le plus important de leur fin de saison. Pour comprendre la rage installée dans chaque duel (57% de duels gagnés au coup de sifflet final) par les Hellènes, il faut se rappeler les frissons de la nation quand la toute jeune génération dorée s'était mesurée à l'Angleterre à Wembley en 2012, à quelques jours d'un EURO qu'elle allait vivre par écran interposé.

LES AILES DE L'ENFER

Signe d'un effort soigneusement calculé, la Belgique ne conteste pas les premières passes grecques. Les hôtes sont presque surpris, mais s'habituent vite à cette aisance pour faire circuler le ballon en défense. En face, le Diable a les jambes lourdes, à l'image d'une passe en retrait manquée de Toby Alderweireld qui permet au très remuant Masouras de s'offrir un face-à-face avec Simon Mignolet, avec la complicité d'un Dedryck Boyata vissé à la pelouse bruxelloise. Le rythme belge met dix minutes à s'installer, offrant encore aux visiteurs une frappe au bout d'une diagonale manquée de Thomas Meunier et d'un contrôle orienté adverse mal négocié par un Jason Denayer rarement bien placé en perte de balle.

Le réveil noir-jaune-rouge sonne au bout du pied d'Alderweireld. Avec sa diagonale de toujours (dix passes longues sur les dix-neuf réussies par la Belgique), l'ancien Ajacide fait sortir le flanc gauche belge des starting-blocks. Thorgan Hazard dévie, Yannick Carrasco fait le reste. L'autre aile s'envole dans la foulée, quand Doku se retourne à toute allure entre les lignes et envoie le très actif Dennis Praet servir Lukaku sur un plateau, renversé de justesse par un réflexe éblouissant du dernier rempart grec.

La Belgique s'anime d'une manière différente. Comme pour placer Doku et Carrasco plus loin de l'axe, et ainsi augmenter l'effet de leur course d'élan, Meunier et Hazard passent beaucoup de temps à l'intérieur du jeu. Les deux dribbleurs nationaux mangent la craie, puis la défense grecque. Un une-deux vertigineux entre Thorgan et Carrasco permet au premier de déverrouiller le marquoir (1-0), puis Doku fait exploser ses cuisses à deux reprises: d'abord pour un centre mal calibré vers Lukaku, puis pour une balle sèche qui transperce la défense et atteint Thorgan Hazard dont les rêves de doublé échouent sur le poteau.

LES DÉFENSEURS ET LE SYSTÈME

À peu de choses près, le jeu belge ne ressortira plus des vestiaires. Parce qu'en perdant Lukaku et Doku pour un Michy Batshuayi moins directif et un Dries Mertens moins impliqué, la Belgique abandonne l'idée de gêner la relance grecque, et délaisse Praet et Leander Dendoncker dans une zone centrale à gérer en infériorité numérique. Mission d'autant plus difficile que derrière eux, Boyata ne cesse de faire reculer la ligne arrière, réflexe malheureux d'un défenseur qui craint l'adversaire plus rapide que lui depuis sa mésaventure de début de rencontre. Sans unité ni intensité, les faiblesses d'une défense à trois deviennent criantes et ses vertus disparaissent. Pour tenter de sauver la Belgique, il n'y a plus que Yannick Carrasco, lancé à trois reprises dans la grande profondeur et capable comme personne de transformer un ballon désespéré en situation dangereuse.

L'unique but de la seconde période tombe pourtant à l'autre bout du terrain. Déjà proche de l'égalisation quand il s'invite dans le dos d'un Denayer plus impliqué sur ses percées balle au pied que la surveillance de ses arrières, Masouras dépose un coup franc dans la surface belge, et l'intervention de Dendoncker se transforme en poteau via une tête grecque, puis en but au rebond. Les nombreuses fautes belges (neuf en deuxième période) auront fini par coûter cher, tout comme le "manque d'intensité en défense placée" regretté par Martinez après un coup de sifflet final atteint sans autre péripétie, mis à part un dernier tir cadré concédé, le cinquième des Grecs contre trois pour les Diables. Si la défense mérite d'être pointée du doigt au bout de cette deuxième période, c'est plus le désintérêt dans l'attitude générale que les limites d'un secteur spécifique qui a causé les avaries dans le navire national.

"Ce match n'a pas été programmé pour qu'on le gagne", dira encore le sélectionneur, au cas où le message n'aurait pas été compris quand Matz Sels a pris la place de Mignolet à l'orée des arrêts de jeu. De la part d'un coach qui avait l'habitude de jouer sans gardien sur le banc quand les remplaçants étaient limités à quatre en Championship, le choix était déjà suffisamment explicite. Les seuls chiffres qui intéressaient les Diables, c'étaient les minutes qui décollent et les efforts qui se calibrent. Une manière un peu trop médiatisée de faire tourner les jambes à quelques encablures du grand rendez-vous international de l'année. Et l'occasion de se rappeler qu'à l'autre bout de l'Europe, les deux grands favoris du Tour de France regardent le Dauphiné depuis leur home-trainer.

Par Guillaume Gautier

La Belgique monte sur la pelouse avec les jambes du lendemain. Celles qui peinent à quitter le confort de ce lit où elles ont oublié les douleurs de la veille. Au sortir d'un interminable marathon de matches, entamé en mai 2020 et presque pas interrompu, les Diables s'apprêtent à lancer leur sprint final. Forcément, les premières foulées sont empruntées. Surtout quand Eden Hazard et Kevin De Bruyne ne sont pas là pour servir de tapis roulant à la marche en avant diabolique. Même Youri Tielemans, devenu au fil des ans patron de substitution, n'est pas là pour dessiner les trajectoires du jeu belge.Privé de ses guides historiques, Roberto Martinez confie le GPS national, en même temps que le brassard, à un Romelu Lukaku flanqué des deux solistes les plus audacieux du Royaume. Yannick Carrasco à sa gauche, Jérémy Doku à sa droite, et un plan qu'on imagine vite orienté autour d'une possession envoyée vers les côtés, jusqu'à ce que la finesse de l'un et le dynamisme de l'autre transforment les passes en occasions de buts.En face, la Grèce ne semble rien avoir du sparring-partner de rêve, à une grosse semaine du coup d'envoi de l'EURO auquel elle ne participera pas. Le score final montrera le contraire, tout comme la joie titanesque de Georgios Tzavellas au moment de son égalisation. Parce que la Belgique est la première nation mondiale et que contrairement aux Diables, les Grecs jouent à l'ombre de l'Atomium le match le plus important de leur fin de saison. Pour comprendre la rage installée dans chaque duel (57% de duels gagnés au coup de sifflet final) par les Hellènes, il faut se rappeler les frissons de la nation quand la toute jeune génération dorée s'était mesurée à l'Angleterre à Wembley en 2012, à quelques jours d'un EURO qu'elle allait vivre par écran interposé.Signe d'un effort soigneusement calculé, la Belgique ne conteste pas les premières passes grecques. Les hôtes sont presque surpris, mais s'habituent vite à cette aisance pour faire circuler le ballon en défense. En face, le Diable a les jambes lourdes, à l'image d'une passe en retrait manquée de Toby Alderweireld qui permet au très remuant Masouras de s'offrir un face-à-face avec Simon Mignolet, avec la complicité d'un Dedryck Boyata vissé à la pelouse bruxelloise. Le rythme belge met dix minutes à s'installer, offrant encore aux visiteurs une frappe au bout d'une diagonale manquée de Thomas Meunier et d'un contrôle orienté adverse mal négocié par un Jason Denayer rarement bien placé en perte de balle.Le réveil noir-jaune-rouge sonne au bout du pied d'Alderweireld. Avec sa diagonale de toujours (dix passes longues sur les dix-neuf réussies par la Belgique), l'ancien Ajacide fait sortir le flanc gauche belge des starting-blocks. Thorgan Hazard dévie, Yannick Carrasco fait le reste. L'autre aile s'envole dans la foulée, quand Doku se retourne à toute allure entre les lignes et envoie le très actif Dennis Praet servir Lukaku sur un plateau, renversé de justesse par un réflexe éblouissant du dernier rempart grec.La Belgique s'anime d'une manière différente. Comme pour placer Doku et Carrasco plus loin de l'axe, et ainsi augmenter l'effet de leur course d'élan, Meunier et Hazard passent beaucoup de temps à l'intérieur du jeu. Les deux dribbleurs nationaux mangent la craie, puis la défense grecque. Un une-deux vertigineux entre Thorgan et Carrasco permet au premier de déverrouiller le marquoir (1-0), puis Doku fait exploser ses cuisses à deux reprises: d'abord pour un centre mal calibré vers Lukaku, puis pour une balle sèche qui transperce la défense et atteint Thorgan Hazard dont les rêves de doublé échouent sur le poteau.À peu de choses près, le jeu belge ne ressortira plus des vestiaires. Parce qu'en perdant Lukaku et Doku pour un Michy Batshuayi moins directif et un Dries Mertens moins impliqué, la Belgique abandonne l'idée de gêner la relance grecque, et délaisse Praet et Leander Dendoncker dans une zone centrale à gérer en infériorité numérique. Mission d'autant plus difficile que derrière eux, Boyata ne cesse de faire reculer la ligne arrière, réflexe malheureux d'un défenseur qui craint l'adversaire plus rapide que lui depuis sa mésaventure de début de rencontre. Sans unité ni intensité, les faiblesses d'une défense à trois deviennent criantes et ses vertus disparaissent. Pour tenter de sauver la Belgique, il n'y a plus que Yannick Carrasco, lancé à trois reprises dans la grande profondeur et capable comme personne de transformer un ballon désespéré en situation dangereuse.L'unique but de la seconde période tombe pourtant à l'autre bout du terrain. Déjà proche de l'égalisation quand il s'invite dans le dos d'un Denayer plus impliqué sur ses percées balle au pied que la surveillance de ses arrières, Masouras dépose un coup franc dans la surface belge, et l'intervention de Dendoncker se transforme en poteau via une tête grecque, puis en but au rebond. Les nombreuses fautes belges (neuf en deuxième période) auront fini par coûter cher, tout comme le "manque d'intensité en défense placée" regretté par Martinez après un coup de sifflet final atteint sans autre péripétie, mis à part un dernier tir cadré concédé, le cinquième des Grecs contre trois pour les Diables. Si la défense mérite d'être pointée du doigt au bout de cette deuxième période, c'est plus le désintérêt dans l'attitude générale que les limites d'un secteur spécifique qui a causé les avaries dans le navire national."Ce match n'a pas été programmé pour qu'on le gagne", dira encore le sélectionneur, au cas où le message n'aurait pas été compris quand Matz Sels a pris la place de Mignolet à l'orée des arrêts de jeu. De la part d'un coach qui avait l'habitude de jouer sans gardien sur le banc quand les remplaçants étaient limités à quatre en Championship, le choix était déjà suffisamment explicite. Les seuls chiffres qui intéressaient les Diables, c'étaient les minutes qui décollent et les efforts qui se calibrent. Une manière un peu trop médiatisée de faire tourner les jambes à quelques encablures du grand rendez-vous international de l'année. Et l'occasion de se rappeler qu'à l'autre bout de l'Europe, les deux grands favoris du Tour de France regardent le Dauphiné depuis leur home-trainer.Par Guillaume Gautier