Les secondes semblent s'être déguisées en minutes, tant le temps passé à poursuivre le ballon paraît éternel. Huit minutes et autant de secondes après le premier coup de sifflet de la rencontre, Nacer Chadli arrache un ballon des pieds de Luka Modric, et met un terme au supplice national. Jusque-là, on n'a vu que les Croates, leur médaille d'argent mondiale et leur possession ouatée. À l'instant précis de l'intervention de Chadli, les compteurs indiquent 19 passes réussies pour la Belgique, contre 111 pour ses hôtes du soir. Si la pelouse du Heysel donne l'impression d'être devenue le cadre d'un toro sur grande surface, le danger n'arrive pourtant pas jusqu'aux gants de Thibaut Courtois, protégé par une défense rôdée qui règne sans partage sur sa propre surface.

Le Diable se cherche, comme un enfant qui vient de changer de chorégraphie après avoir répété machinalement les mêmes pas à chaque leçon de danse. Parce que la sélection au damier et son milieu étoilé ne s'affrontent pas sans un peu s'adapter, Roberto Martinez aligne un onze à l'allure d'équipe-type, mais surprend en y plaçant Nacer Chadli. Pas seulement pour accumuler les minutes, mais surtout parce que le sélectionneur a rectifié son plan pour contrer le secteur fort de son adversaire, où le Ballon d'or 2018 est accompagné par Mateo Kovacic et Marcelo Brozovic au coeur de l'un des triangles les plus clinquants d'Europe.

Dans un système belge qui attaque toujours en 3-4-2-1, mais défend dans un 4-3-2-1 en sapin de Noël, Chadli s'affaire sans cesse le long de la guirlande centrale. Collé à la craie en possession, puis aux basques de Modric en perte de balle, Nacer trouve le rythme en même temps que le cuir dans les pieds du génie madrilène, pour mettre un terme à huit minutes de torture croate. Quelques secondes et une faute obtenue par Yannick Carrasco plus loin, la Belgique est enfin sur le terrain. De retour dans son costume brésilien, si précieux au coeur de l'été 2018, Chadli passera l'heure qui suit à justifier sa sélection aux yeux de ceux qui ne la voyaient que comme un éternel remerciement, en jouant un rôle qu'il est sans doute le seul à savoir si soigneusement interpréter.

LA VOIE TIELEMANS-LUKAKU

Une fois les avaries en perte de balle réglées, il reste au paquebot belge à naviguer vers l'embouchure. À l'aube du quart d'heure, la connexion entre Youri Tielemans et Romelu Lukaku envoie le second à la rencontre du gardien croate, dans le dos d'une défense prise de vitesse. Pas d'occasion à la clé, mais un avertissement qui force Vida et Caleta-Car à jouer avec un oeil dans le rétroviseur, et donc à s'éloigner de la sentinelle Brozovic. La porte s'ouvre, et le Diable n'a plus qu'à entrer dans la pièce. Le 3-4-2-1 belge affiche ses vertus avec un carré offensif qui encercle le triangle croate.

Sur la voie très fréquentée qui sépare Tielemans de Lukaku entre les lignes, la Belgique utilise ses déplacements pour fluidifier le trafic. Très axiaux pour recevoir le ballon, Carrasco et Dries Mertens obligent Kovacic et Modric à s'inquiéter de ce qui se passe dans leur dos, et Leander Dendoncker en remet une couche pour attirer le regard de Brozovic et esseuler Youri Tielemans. Le Babyface playmaker gagne du temps, et le rentabilise à merveille.

Dans ce coeur du jeu où les fausses pistes se multiplient, Toby Alderweireld profite des voies dégagées pour alerter immédiatement Lukaku à la demi-heure. Le Nerazzurro se retourne, joue des coudes entre trois Croates et envoie son pied gauche tutoyer la lucarne. Au rebond, Carrasco trouve la barre, et donne le coup d'envoi du temps fort national.

Tous les chemins mènent à Rom': celui de Jan Vertonghen, qui offre à son attaquant une frappe croisée, puis celui de Tielemans, qui permet à Lukaku de décaler un Carrasco dont le tir manque de puissance. Finalement, il y aura encore le chemin d'une phase arrêtée et de ses aléas, bondissant jusqu'au pied droit d'un Big Rom' qui se retourne en souplesse et finit en force: 1-0.

EDEN ET LA BELGIQUE

Thomas Vermaelen remplace Vertonghen au retour des vestiaires, mais le plan ne change pas. Au centre de la défense, Jason Denayer est bien plus à l'aise qu'à gauche, parce qu'il défend mieux dans la peau d'un ascenseur que d'un essuie-glace. La Croatie voit un peu moins le ballon, et toujours aussi peu la couleur des gants de Courtois. Il faut attendre 52 minutes pour que Bruno Petkovic offre aux visiteurs leur premier tir cadré. Les exploits techniques à répétition d'un Luka Modric en tenue de gala ne suffisent pas à devenir des occasions, alors que chaque apparition de Big Rom' approche la Belgique des filets croates. Un appui entre les lignes, une ouverture vers le couloir, puis un centre qui manque toujours un peu de justesse pour alourdir l'addition. Au final, quatre des cinq tirs cadrés belges du soir seront partis du numéro 9.

À l'abri d'un pressing adverse dont son équipe le protège soigneusement, Youri Tielemans grimpe aux côtés de Lukaku vers le statut d'homme du match. Parce qu'il semble toujours avoir vu où devait aller le ballon avant même qu'il arrive dans ses pieds, le Fox reçoit de plus en plus de passes (62 au total, seulement devancé par Alderweireld côté belge) et perd toujours aussi peu de ballons. Et comme, en plus, son compteur de récupérations dépasse la dizaine (12) au coup de sifflet final, il n'y a plus grand monde pour lui contester le statut de grand patron du rond central, malgré une concurrence de très haut vol.

Le rythme du match diminue quand le nombre de changements augmente. Les caméras quittent presque la pelouse pour se concentrer sur l'échauffement d'Eden Hazard, mais la montée au jeu du numéro 10 est éclipsée par les démarrages sans tour de chauffe de Jérémy Doku, la passe téléscopique de Tielemans vers un Thorgan Hazard brouillon, le centre brossé d'Hans Vanaken sur le front puissant de Lukaku qui échoue sur un réflexe de Livakovic, puis encore la main divine de Courtois qui sauve l'égalisation dans les arrêts de jeu. Face à tout cela, Eden n'a pour l'instant qu'une talonnade à proposer. Et la meilleure nouvelle belge de la soirée, c'est sans doute tout ce que les hommes de Roberto Martinez ont montré sans lui.

Par Guillaume Gautier

Les secondes semblent s'être déguisées en minutes, tant le temps passé à poursuivre le ballon paraît éternel. Huit minutes et autant de secondes après le premier coup de sifflet de la rencontre, Nacer Chadli arrache un ballon des pieds de Luka Modric, et met un terme au supplice national. Jusque-là, on n'a vu que les Croates, leur médaille d'argent mondiale et leur possession ouatée. À l'instant précis de l'intervention de Chadli, les compteurs indiquent 19 passes réussies pour la Belgique, contre 111 pour ses hôtes du soir. Si la pelouse du Heysel donne l'impression d'être devenue le cadre d'un toro sur grande surface, le danger n'arrive pourtant pas jusqu'aux gants de Thibaut Courtois, protégé par une défense rôdée qui règne sans partage sur sa propre surface.Le Diable se cherche, comme un enfant qui vient de changer de chorégraphie après avoir répété machinalement les mêmes pas à chaque leçon de danse. Parce que la sélection au damier et son milieu étoilé ne s'affrontent pas sans un peu s'adapter, Roberto Martinez aligne un onze à l'allure d'équipe-type, mais surprend en y plaçant Nacer Chadli. Pas seulement pour accumuler les minutes, mais surtout parce que le sélectionneur a rectifié son plan pour contrer le secteur fort de son adversaire, où le Ballon d'or 2018 est accompagné par Mateo Kovacic et Marcelo Brozovic au coeur de l'un des triangles les plus clinquants d'Europe.Dans un système belge qui attaque toujours en 3-4-2-1, mais défend dans un 4-3-2-1 en sapin de Noël, Chadli s'affaire sans cesse le long de la guirlande centrale. Collé à la craie en possession, puis aux basques de Modric en perte de balle, Nacer trouve le rythme en même temps que le cuir dans les pieds du génie madrilène, pour mettre un terme à huit minutes de torture croate. Quelques secondes et une faute obtenue par Yannick Carrasco plus loin, la Belgique est enfin sur le terrain. De retour dans son costume brésilien, si précieux au coeur de l'été 2018, Chadli passera l'heure qui suit à justifier sa sélection aux yeux de ceux qui ne la voyaient que comme un éternel remerciement, en jouant un rôle qu'il est sans doute le seul à savoir si soigneusement interpréter.Une fois les avaries en perte de balle réglées, il reste au paquebot belge à naviguer vers l'embouchure. À l'aube du quart d'heure, la connexion entre Youri Tielemans et Romelu Lukaku envoie le second à la rencontre du gardien croate, dans le dos d'une défense prise de vitesse. Pas d'occasion à la clé, mais un avertissement qui force Vida et Caleta-Car à jouer avec un oeil dans le rétroviseur, et donc à s'éloigner de la sentinelle Brozovic. La porte s'ouvre, et le Diable n'a plus qu'à entrer dans la pièce. Le 3-4-2-1 belge affiche ses vertus avec un carré offensif qui encercle le triangle croate.Sur la voie très fréquentée qui sépare Tielemans de Lukaku entre les lignes, la Belgique utilise ses déplacements pour fluidifier le trafic. Très axiaux pour recevoir le ballon, Carrasco et Dries Mertens obligent Kovacic et Modric à s'inquiéter de ce qui se passe dans leur dos, et Leander Dendoncker en remet une couche pour attirer le regard de Brozovic et esseuler Youri Tielemans. Le Babyface playmaker gagne du temps, et le rentabilise à merveille.Dans ce coeur du jeu où les fausses pistes se multiplient, Toby Alderweireld profite des voies dégagées pour alerter immédiatement Lukaku à la demi-heure. Le Nerazzurro se retourne, joue des coudes entre trois Croates et envoie son pied gauche tutoyer la lucarne. Au rebond, Carrasco trouve la barre, et donne le coup d'envoi du temps fort national. Tous les chemins mènent à Rom': celui de Jan Vertonghen, qui offre à son attaquant une frappe croisée, puis celui de Tielemans, qui permet à Lukaku de décaler un Carrasco dont le tir manque de puissance. Finalement, il y aura encore le chemin d'une phase arrêtée et de ses aléas, bondissant jusqu'au pied droit d'un Big Rom' qui se retourne en souplesse et finit en force: 1-0.Thomas Vermaelen remplace Vertonghen au retour des vestiaires, mais le plan ne change pas. Au centre de la défense, Jason Denayer est bien plus à l'aise qu'à gauche, parce qu'il défend mieux dans la peau d'un ascenseur que d'un essuie-glace. La Croatie voit un peu moins le ballon, et toujours aussi peu la couleur des gants de Courtois. Il faut attendre 52 minutes pour que Bruno Petkovic offre aux visiteurs leur premier tir cadré. Les exploits techniques à répétition d'un Luka Modric en tenue de gala ne suffisent pas à devenir des occasions, alors que chaque apparition de Big Rom' approche la Belgique des filets croates. Un appui entre les lignes, une ouverture vers le couloir, puis un centre qui manque toujours un peu de justesse pour alourdir l'addition. Au final, quatre des cinq tirs cadrés belges du soir seront partis du numéro 9.À l'abri d'un pressing adverse dont son équipe le protège soigneusement, Youri Tielemans grimpe aux côtés de Lukaku vers le statut d'homme du match. Parce qu'il semble toujours avoir vu où devait aller le ballon avant même qu'il arrive dans ses pieds, le Fox reçoit de plus en plus de passes (62 au total, seulement devancé par Alderweireld côté belge) et perd toujours aussi peu de ballons. Et comme, en plus, son compteur de récupérations dépasse la dizaine (12) au coup de sifflet final, il n'y a plus grand monde pour lui contester le statut de grand patron du rond central, malgré une concurrence de très haut vol.Le rythme du match diminue quand le nombre de changements augmente. Les caméras quittent presque la pelouse pour se concentrer sur l'échauffement d'Eden Hazard, mais la montée au jeu du numéro 10 est éclipsée par les démarrages sans tour de chauffe de Jérémy Doku, la passe téléscopique de Tielemans vers un Thorgan Hazard brouillon, le centre brossé d'Hans Vanaken sur le front puissant de Lukaku qui échoue sur un réflexe de Livakovic, puis encore la main divine de Courtois qui sauve l'égalisation dans les arrêts de jeu. Face à tout cela, Eden n'a pour l'instant qu'une talonnade à proposer. Et la meilleure nouvelle belge de la soirée, c'est sans doute tout ce que les hommes de Roberto Martinez ont montré sans lui.Par Guillaume Gautier