Réfléchir soigneusement à la meilleure manière de s'ouvrir les portes de la surface adverse n'a jamais été l'exercice tactique favori de Philippe Clement. Quand les filets se rapprochent, le coach du Club préfère faire confiance aux inspirations de ses talents offensifs pour trouver la voie idéale, plutôt que de leur servir de GPS avec des chemins précisément balisés. Une approche qui fait dire à Ryota Morioka, premier maestro de sa carrière de coach, que "avec le ballon, on n'avait pas de tactique. On pouvait créer des choses, on avait de la liberté."
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Réfléchir soigneusement à la meilleure manière de s'ouvrir les portes de la surface adverse n'a jamais été l'exercice tactique favori de Philippe Clement. Quand les filets se rapprochent, le coach du Club préfère faire confiance aux inspirations de ses talents offensifs pour trouver la voie idéale, plutôt que de leur servir de GPS avec des chemins précisément balisés. Une approche qui fait dire à Ryota Morioka, premier maestro de sa carrière de coach, que "avec le ballon, on n'avait pas de tactique. On pouvait créer des choses, on avait de la liberté." L'option a ses vertus, mais aussi ses limites. Parce que pour mener à bien une action collective, encore faut-il que tous les instincts parlent le même langage. Débarqué un hiver avant Bas Dost sur le pré vert de la Venise du Nord, Michael Krmencik n'est ainsi jamais parvenu à faire de son mètre nonante la dernière pièce du puzzle offensif de ses nouvelles couleurs. Les centres au premier poteau partis des pieds de Krepin Diatta ou d' Eduard Sobol cherchaient souvent vainement un destinataire. Chez le nouveau buteur néerlandais du Club, l'irruption en première zone est un art, sans égal sur les pelouses belges. Une arme dont Philippe Clement avait déjà pu apercevoir le potentiel quand ses dirigeants lui avaient offert le fantasque buteur Mbaye Diagne, finalement écarté après avoir été souvent décisif quand il montait sur la pelouse. Contre le Standard de Michel Preud'homme, l'attaquant sénégalais avait pourtant eu le temps de se mettre en évidence en offrant le but égalisateur à David Okereke, grâce à un appel au premier qui avait emmené toute la défense rouche dans son sillage. Les arrières liégeois, cette fois emmenés par Mbaye Leye, ont vécu la même mésaventure quand un appel magnétique de Dost a libéré Noa Lang au bout d'un centre en retrait de Clinton Mata. Le buteur oranje et son gabarit massif incitent forcément les défenseurs à être attirés par ses courses, d'autant plus quand ses rares moments de liberté aux abords des filets ont presque systématiquement un impact au marquoir. L'impression visuelle d'un buteur toujours à l'arrêt s'efface quand le but approche. Dans la surface, Bas Dost se déplace comme un prédateur, qui maîtrise l'art de jaillir vers sa proie au moment idéal. Il entame sa course quelques instants avant le départ du centre, juste assez tard pour surprendre le deuxième arrière central, mais juste assez tôt pour devancer le premier. En vrai, le Néerlandais exploite à merveille ces fractions de seconde passées à mi-chemin entre un défenseur et l'autre. Cet instant minuscule où il cesse d'être sous la surveillance du premier, mais n'est pas encore sous celle du second. Sa façon à lui d'être libre.