Mi-août 2020. La presse néerlandaise s'intéresse au cas de Bart Verbruggen. Il va commencer la saison comme deuxième gardien avec le NAC Breda. Il n'a pas encore un seul match pro au compteur. Mais là-bas, on n'arrête pas de dire et écrire qu'un grand avenir l'attend. Il a 18 ans, il culmine à 193 centimètres, il fait partie des sélections nationales de jeunes (avec une Coupe du monde passée sur le banc sur son CV), on le dit très complet.
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Mi-août 2020. La presse néerlandaise s'intéresse au cas de Bart Verbruggen. Il va commencer la saison comme deuxième gardien avec le NAC Breda. Il n'a pas encore un seul match pro au compteur. Mais là-bas, on n'arrête pas de dire et écrire qu'un grand avenir l'attend. Il a 18 ans, il culmine à 193 centimètres, il fait partie des sélections nationales de jeunes (avec une Coupe du monde passée sur le banc sur son CV), on le dit très complet. "Je sais déjà que je ne serai pas titulaire cette saison. Je pourrais devenir fou à cause de ça, mais alors, je serais sûr de ne pas jouer. Le club a vraiment confiance en moi, c'est chouette. Combien de temps je me donne pour devenir numéro 1? Si je bosse beaucoup, ma chance viendra", dit le principal intéressé au journal régional BN DeStem. Le gamin ne veut pas brûler les étapes. Mais on sent quand même qu'à l'intérieur, ça bout. Anderlecht s'est déjà renseigné. Il s'en remet à son bureau d'agents (qui compte aussi Memphis Depay et Thomas Kaminski parmi ses clients). "On a convenu qu'ils ne me contactent que si je dois vraiment faire un choix." Et il ajoute: "Je suis très ambitieux. Si un bon club vient, j'écouterai." Fin août 2020. Il signe à Anderlecht. Le journal néerlandais BN DeStem titre: "Anderlecht dépouille le NAC du joyau de la couronne." Parce que, oui, Bart Verbruggen est considéré comme une grande promesse du foot batave. C'est pour ça que les médias de là-bas parlent de "joyau". Et pour expliquer le terme "dépouille", il faut s'intéresser au montant du transfert: 300.000 euros, c'est une somme déjà conséquente pour un club de deuxième division. En plus, des bonus sont prévus en fonction du nombre de matches joués par Verbruggen, en fonction aussi des trophées qu'il gagnerait avec Anderlecht et de participations à la Ligue des Champions. Mais 300.000 euros pour un jeune gardien auquel on prédit un avenir doré, ce n'est rien du tout. Bart Verbruggen ne serait pas chez nous si le staff mauve n'avait pas été remodelé l'année dernière, avec l'arrivée d'un nouveau préparateur des gardiens. Ce Jelle ten Rouwelaar n'a pas fait une carrière de portier phénoménale. Mais une carrière honnête quand même. Il est passé par le PSV et l'Austria Vienne. Mais c'est surtout à Breda qu'il a écrit une petite histoire. Il a fait là-bas la moitié de son parcours. Il a aussi été signalé une fois ou l'autre en sélection néerlandaise, du temps de Bert van Marwijk. Après avoir remisé les gants, il a pris en mains les gardiens du NAC. C'est comme ça qu'il a découvert Verbruggen. Il a continué à le façonner. En travaillant beaucoup son jeu au pied, une priorité pour les gardiens aux Pays-Bas. Alors, quand il a appris que le Sporting cherchait un gars capable de bien se débrouiller dans le jeu au pied, pour correspondre au football visé par Vincent Kompany, il a directement renseigné son ancien élève. Vince the Prince exige de ses gardiens qu'ils ne soient pas simplement habiles avec les mains. Thomas Didillon le sait, c'est pour ça qu'il a été poussé vers la sortie et remplacé par Hendrik Van Crombrugge. Jeu au pied, acte I. Les déplacements au Club Bruges permettent à Kompany de lancer des gardiens. En début de saison, c'est Timon Wellenreuther qui s'y est collé. Van Crombrugge a dû sortir, sur blessure, à la mi-temps. L'Allemand l'a remplacé. Sur la première action brugeoise, il a encaissé. Un penalty de Hans Vanaken qui ne lui a laissé aucune chance. Au cours des mois suivants, Wellenreuther a parfois étonné dans le bon sens. Mais il a aussi commis quelques flingues. Notamment sur des phases où il devait négocier le ballon avec les pieds. Les débuts de Verbruggen, sur la même pelouse, sont liés à ça. Le staff anderlechtois a fini par conclure que Wellenreuther était trop juste. Personne ne s'attendait à le voir dans la compo de départ pour le premier match des play-offs. Lui était au courant depuis deux jours. Et Kompany a reconnu que le staff était occupé à le préparer depuis quelques semaines. Dans ce match, Verbruggen a parfois semblé hésitant. Mais il n'a pas commis de véritable erreur, et surtout, il a été impeccable dans le jeu au pied. Assez pour que le coach conclue qu'il avait parfaitement réussi ses débuts. Les play-offs sont donc pour lui. Et Wellenreuther sait qu'il peut se chercher un nouveau club. La saison prochaine, le ticket sera Van Crombrugge-Verbruggen. Entre-temps, la presse néerlandaise signale qu'Anderlecht a fait une affaire en or. Et à Breda, on se mord déjà les doigts de ne pas avoir accéléré le dossier de la prolongation de contrat de Bart Verbruggen. Parce qu'il y avait des négociations en ce sens, mais personne ne semblait pressé de finaliser. Aujourd'hui, les gens du NAC se disent que si leur joyau était resté et s'était imposé en équipe première, il aurait sans doute été revendu pour un paquet de millions dans quelques années. 19 janvier 2021. Anderlecht-Charleroi, 23e minute. Lukas Nmecha ouvre la marque sur penalty. Le ballon à peine au fond, il court vers le banc, accompagné de Hannes Delcroix et Francis Amuzu. Il saisit un maillot, avec le numéro 16 dans le dos et le nom de Verbruggen. Il le porte en l'air. Un hommage au jeune Néerlandais. Quelques jours plus tôt, il a perdu son père, âgé de seulement cinquante ans. Arrêt cardiaque. Malgré le drame qui le frappe, Verbruggen est quand même là, comme réserviste. Quand les joueurs rentrent au vestiaire à la mi-temps, il remercie son coéquipier. Mais il rame, évidemment. Et il continue à ramer. Après ses débuts à Bruges, son tout premier match officiel chez les pros, il a directement évoqué son père, qui l'a toujours suivi: "Il aurait été tellement fier de moi." Quand Bart était gamin, il arrivait que toute la famille traverse les Pays-Bas pour aller voir un match du NAC, en sachant que le fiston ne serait de toute façon que sur le banc. Parce que pendant une saison complète, il a très peu joué, à cause de la concurrence d'un autre jeune gardien qu'on disait taillé pour le haut niveau et qui a fini par filer à Feyenoord. Avec le recul, il affirme que cette saison blanche l'a rendu mentalement plus fort. Son père a joué comme gardien en amateurs. Le gamin a découvert le job à l'âge de douze ans. Pour son anniversaire, il a reçu un stage d'un an dans une académie. Ça lui a permis d'être recruté par le club de Breda. Et d'y signer son premier contrat pro à 17 ans. À l'époque, il déclare: "Mon trajet jusqu'ici a été fait de hauts et de bas. Maintenant, j'y suis. Mon objectif est bien clair: devenir titulaire avec le NAC." C'est aussi la prédiction du directeur sportif du club à ce moment-là. Un Belge, Tom van den Abbeele: "Bart Verbruggen est un des gardiens néerlandais les plus prometteurs de sa génération. Il a tout pour devenir numéro 1 dans ce club." Le DS a quitté le navire entre-temps et il lâche maintenant: "Si j'avais toujours été là-bas et si j'avais eu mon mot à dire, Verbruggen ne serait jamais parti pour un montant aussi limité. Parce qu'il a le potentiel pour devenir international", affirme-t-il dans le Nieuwsblad. Il revient aussi sur le drame personnel que le gamin vient de vivre: "Des événements aussi traumatisants peuvent faire craquer une personne. Lui, il est resté debout. Ça veut dire beaucoup sur sa force de caractère."