L'oasis de verdure du Coppietersbos ou du domaine Koude Keuken. De larges rues aux façades bien ordonnées entourent l'Olympia. Pareil pour les nombreuses infrastructures sportives, notamment une piscine olympique, un club de tir, un club de hockey et les terrains de football du club de P4 d'Eendracht Bruges, dont on ne parle jamais. C'est le théâtre de la rencontre entre des familles en pleine fleur de l'âge et de retraités qui se promènent... Bienvenue à Sint-Andries, petite commune de l'entité brugeoise, à l'ouest de la ville.
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L'oasis de verdure du Coppietersbos ou du domaine Koude Keuken. De larges rues aux façades bien ordonnées entourent l'Olympia. Pareil pour les nombreuses infrastructures sportives, notamment une piscine olympique, un club de tir, un club de hockey et les terrains de football du club de P4 d'Eendracht Bruges, dont on ne parle jamais. C'est le théâtre de la rencontre entre des familles en pleine fleur de l'âge et de retraités qui se promènent... Bienvenue à Sint-Andries, petite commune de l'entité brugeoise, à l'ouest de la ville. Depuis les années 70, deux clubs de D1A, le Cercle et le Club, y ont établi leurs quartiers. Les jours de match, ceux du Club en tout cas, l'endroit prend des allures chaotiques, surtout lorsque l'adversaire est un grand club. En 1998, le domaine Koude Keuken (appelé ainsi parce que, au XIVe siècle, il appartenait à la chatelaine Catelyne Coudeceucken) a été le théâtre d'une bagarre entre des centaines de hooligans de Bruges et de l'Antwerp, les deux camps étant renforcés par des amis néerlandais. Dans le milieu du hooliganisme, on considère encore ce 15 février comme un des "temps forts" de la "période de gloire". Pour les habitants du quartier, le stade Jan Breydel est donc à la fois une fierté et une source de frustration. Et le projet de construction d'un nouveau stade du Club pour 2023 n'y change rien. C'est en tout cas ce qui ressort des nombreux messages de protestation postés sur les réseaux sociaux. Mais comme souvent, on note une différence entre ce qu'on lit sur internet et ce qu'on entend dans la rue. Nous parcourons le quartier au cours des heures précédant la journée d'ouverture des Champions play-offs, à l'occasion de laquelle Bruges accueille son grand rival, Anderlecht. Il y a du vent, mais un soleil printanier. Des enfants jouent dans la rue. Au loin, on entend les cris des fans de Bruges qui, malgré les mesures sanitaires, ont ressorti leurs écharpes et leurs feux de Bengale pour attendre le car des joueurs sur De Platse. Traditionnellement, c'est sur la petite place juste en face de l'église de Sint-Andries que le noyau dur du Club se rassemble pour fêter le titre ou lors de chaque match important. Et même quand il n'y a pas de public dans le stade, on entend le bruit des fusées et des fumis. On entend aussi beaucoup d'aboiements. Ce sont ceux des chiens du quartier, effrayés. Les habitants, eux, ne font plus attention. Au contraire, ils savourent! Sur le pas de sa porte, Daniel Maertens regarde l'animation sur l'avenue Léopold III. Sa maison est juste à l'entrée principale du stade Jan Breydel et au coin de De Platse. Daniel, un ancien surveillant d'école, habite ici depuis plus de vingt ans. Et il aime ça. "Bien sûr", dit-il résolument. "Le football me permet d'exercer mon hobby préféré sans sortir de chez moi: observer les gens. Ici, les jours de match, on voit de tout. Ce que je préfère, ce sont les papas avec leurs enfants équipés de la tête aux pieds. C'est vrai que, parfois, il y a des gens bizarres, mais je n'ai pas de plainte à formuler. C'est surtout après le match, quand ils ont picolé, que ça peut dégénérer. Avant la rencontre, leur seule préoccupation est d'arriver à l'heure au stade." Impossible de ne pas lui demander ce qu'il pense du projet de nouveau stade. Plus grand mais plus vert, a-t-on promis aux habitants du quartier. Daniel hausse les épaules. "Laissez-les venir. Les plans sont beaux, mais on verra ce que ça donnera en pratique, surtout en matière de mobilité. Je ne comprends pas les gens qui se plaignent. Quand tu habites à Zaventem, tu sais que tu entendras les avions." Tous les gens que nous croisons pensent la même chose. Jeunes ou vieux. Un père et son fils sortent du parc Koude Keuken, ils reviennent du patro. Le père n'aime pas trop le football, mais le fils est un grand fan du Club. "Hormis quelques difficultés de parking pour les grands matches, nous n'avons pas de problème", dit le père. "Maintenant, je peux comprendre que pour ceux qui habitent tout près du stade, c'est plus dur à vivre, à cause du vandalisme et des routes barrées. En ce qui me concerne, le Club et le Cercle peuvent rester ici. De toute façon, il faut qu'ils jouent quelque part. Et cette histoire a déjà suffisamment duré." Au bord du terrain d'Eendracht Bruges, nous croisons Shairaz, un trentenaire néerlandais qui vient d'aller jouer au foot avec un copain. Il marche dans la rue balle au pied, en tenue de l'Ajax. Nous lui faisons remarquer que c'est risqué, mais il rigole: "Ça va encore. Jusqu'ici, on ne m'a fait la remarque qu'une seule fois. C'était il y a quelques années, j'étais entré dans une friterie habillé de la sorte. Et pour le moment, il y a beaucoup de Néerlandais à Bruges, hein." Ça fait trois ans qu'il vit à Sint-Andries avec sa femme et son fils. Et il aime habiter tout près d'un stade réputé. "Ça met de l'ambiance dans le quartier. Et puis, un grand club dans un quartier populaire, ça a son charme. C'est un peu comme en Angleterre. J'aime l'aspect traditionnel du football." Quelques minutes plus tard, nous rencontrons un vieux couple, qui est du même avis. "Nous n'aimons pas spécialement le football, mais grâce au Club et au Cercle, il se passe quelque chose ici le week-end. Car en semaine, c'est très calme." Ils préfèrent le Club. Les jours de derby, en tout cas. Sinon, ils supportent les deux équipes brugeoises. Et si le Club est champion, ils marcheront jusqu'au stade pour humer l'ambiance. Le seul avis négatif que nous recueillions est celui d'une pensionnée qui habite le quartier depuis quelques années. Ce qui la dérange le plus, c'est le bruit ("Les hélicoptères, monsieur!") et le vandalisme ("J'ai des voisins qui, après chaque match, doivent ramasser des déchets dans leur jardin, quand leur haie n'a pas été détruite."). Elle souligne aussi que la problématique n'a fait qu'augmenter depuis qu'on ne joue plus uniquement le week-end. "Il y a même des matches le lundi, le mardi ou le mercredi. Ça veut dire qu'on est dérangé toute la semaine. Les jours de match, on ne peut pas entrer ni sortir de la rue." Assise sur un petit banc, son amie écoute attentivement et hausse les épaules. "Bah, ce n'est quand même pas si grave. Tu es trop sensible. Moi, je m'en fiche, j'ai habité ici toute ma vie. Et j'aime bien le football. Avant, j'allais même souvent au stade. J'allais voir mon beau-frère, Gilbert Baillu, qui a joué au Club et au Cercle. Je ne veux pas partir d'ici. Il y a de la verdure, on est proche du centre et de l'autoroute, il y a tout ce qu'il faut dans le quartier." Ça, c'était pour l'aspect ambiance. Car qui dit foot de haut niveau dit aussi business. Ce n'est pas un hasard si Bart Verhaeghe et la direction du club font tout ce qu'ils peuvent pour que les habitants du quartier cessent de protester contre les plans du nouveau stade. Voici peu, ils ont organisé une nouvelle réunion d'information en ligne. La troisième, déjà. L'enquête publique a pris fin le 19 mai. Une date cruciale, car un nouveau report aurait un effet néfaste sur l'évolution du Club Bruges. Mais il faut d'abord trouver une solution pour le Cercle, car c'est surtout de là que viennent les protestations. Jean-Marie De Plancke est supporter du Cercle, il habite juste en face du stade et est conseiller communal Open VLD à Bruges depuis 2000. "Je n'ai rien contre le fait qu'on construise un nouveau grand stade pour le Club, même s'il devait arriver jusqu'à la limite de mon jardin", dit-il. "La plupart des autres membres du conseil communal pensent la même chose. Mais il est important qu'on trouve un nouveau stade pour le Cercle. Pas question de rénover le stade actuel et de construire celui du Club à côté, car c'est trop. Le projet le plus concret est celui d'un nouveau stade aux Blauwe Toren (un parc industriel à Sint-Pieters, au nord de Bruges, ndlr). Je pense que, pour la plupart des fans du Cercle qui viennent à vélo d'Assebroek, peu importe qu'on joue ici ou là. Mais il y a aussi des protestations contre ce projet: c'est la conséquence d'une dispute personnelle au plus haut niveau de la Ville. Tant que ce ne sera pas réglé, je crains qu'on continue à remettre en cause les plans de construction d'un stade pour le Club." Il voit avant tout les avantages d'avoir du football de haut niveau dans le quartier. "Les cars des joueurs et des supporters passent devant ma porte. Voir les supporters visiteurs montrer leur cul aux badauds, ça me fait marrer. J'aime aussi les voir repartir avec une tête d'enterrement après le match." Comme il a une allée devant sa maison, il n'a pas de problème de parking. Le plus gros inconvénient, c'est de retrouver un paquet de frites dans sa haie ou un cadenas de vélo volé dans son jardin. Il précise que, pour ce genre de petit vandalisme, la Ville de Bruges a prévu un fonds de soutien qui intervient dans les frais éventuels." JohanDeCaluwé, journaliste à Sporza, habite dans le quartier depuis trente ans. "Je suis du bon côté, du côté de la piscine", dit-il. "Ici, c'est plus calme qu'à l'opposé du stade, où il y a De Platse et quelques cafés de supporters comme Den Comptoir ou, plus loin sur la Gistelsesteenweg, 't Putje. Mais je connais aussi des voisins de ces établissements qui adorent cette ambiance. Comme le producteur musical Jean Blaute, qui va souvent boire un café sur De Platse. Les autres habitants célèbres de Sint-Andries sont Marc Degryse, Luc Van Lierde, Kristof Arys et Franky Van der Elst, ils habitent tous du côté calme." Pour le commentateur de Sporza, l'Olympia rend le village un peu spécial. "Lorsque ma femme et moi sommes venus voir un terrain à bâtir, c'était à la tombée du jour", dit-il. "La première chose que j'ai remarquée, c'étaient les pylônes du stade. C'était quelque chose de magique. J'ai tout de suite dit à ma femme que je voulais habiter ici"