Chaloupe reste Chaloupe. Tranquille. Mais quand il faut se défoncer, il est là. Le come-back médical d'Axel Witsel, entre janvier et le premier rassemblement, restera dans l'histoire de l'équipe nationale. On ne guérit pas d'une déchirure du tendon d'Achille en cinq mois. Pas raisonnable, pas envisageable. Il l'a fait. Roberto Martínez l'avait repris, officiellement, pour le lancer dans les matches à élimination directe. Là encore, il a pris de l'avance. Museler Ronaldo et ses potes dans la chaleur de Séville, il l'a fait. Et bien fait. Rencontre en vue du clash de Munich face à la Squadra.
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Chaloupe reste Chaloupe. Tranquille. Mais quand il faut se défoncer, il est là. Le come-back médical d'Axel Witsel, entre janvier et le premier rassemblement, restera dans l'histoire de l'équipe nationale. On ne guérit pas d'une déchirure du tendon d'Achille en cinq mois. Pas raisonnable, pas envisageable. Il l'a fait. Roberto Martínez l'avait repris, officiellement, pour le lancer dans les matches à élimination directe. Là encore, il a pris de l'avance. Museler Ronaldo et ses potes dans la chaleur de Séville, il l'a fait. Et bien fait. Rencontre en vue du clash de Munich face à la Squadra. On a déjà été surpris de te voir monter dans le deuxième match contre le Danemark, puis tu as carrément joué le match complet contre la Finlande. AXEL WITSEL: On avait prévu que je jouerais une heure. Mais à ce moment-là, j'étais encore bien. À un quart d'heure de la fin, le coach m'a demandé comment je me sentais. Bien, toujours... On avait tout le temps le ballon, on gérait bien physiquement, donc j'ai dit que je pouvais aller jusqu'au bout, pour continuer à retrouver du rythme. Et le lendemain, je n'avais pas de douleur, pas de réaction, rien. Tu sens qu'il te manque encore quelque chose? WITSEL: Sur le terrain, non, je suis complètement libre dans ma tête, je joue comme d'habitude. Je peux enchaîner des sprints, tout est normal. C'est seulement dans les exercices en salle que je sens quelque chose. Je n'ai pas encore récupéré toute ma force dans un mollet, je le sens sur des exercices spécifiques. Et le souffle, ça va aussi après cinq mois sans jouer? WITSEL: J'ai juste eu un petit souci après une petite demi-heure contre la Finlande. J'ai fait un gros effort, je me suis senti un peu essoufflé. Mais mon deuxième souffle est vite revenu. Tu n'as pas eu d'appréhensions, de peur que ton tendon lâche? WITSEL: Un peu au début du mois de mai, quand je suis retourné sur le terrain. J'avais peur sur les exercices où je devais changer de direction, normal parce que c'est en faisant ça que je me suis blessé. Je devais passer une petite étape, mais super importante, passer un cap dans ma tête, pouvoir tout refaire librement. C'était vraiment important. On a eu l'impression que depuis le début de ta rééducation, il n'y a eu que des bonnes nouvelles, que tu n'as pas arrêté de prendre de l'avance sur les pronostics des médecins. Il n'y a pas eu des moments de découragement? Tu ne t'es jamais dit que l'EURO, tu n'allais pas y arriver? WITSEL: Penser que je n'allais pas y arriver, non. Quand je suis retourné pour la première fois sur le terrain, ça s'est bien passé. Un soulagement. Mais le lendemain, j'ai eu une petite réaction au talon. Dès que je courais d'une certaine façon, c'était comme si on me donnait un petit choc électrique. Là, je me suis dit: "C'est pas possible, j'ai travaillé quatre mois sans douleur, et maintenant ça!" J'ai un peu gambergé ce jour-là. Mais les médecins m'ont expliqué que c'était normal. On a décidé de diminuer l'intensité. J'ai arrêté de travailler sur le terrain, je suis allé sur la plage, une surface plus molle, et la douleur a disparu. Comment tu expliques ta blessure? Il n'y a pas eu de choc, tu n'as pas fait de mouvement particulier. WITSEL: Il y a pas mal de gens qui m'ont posé la question et il n'y a toujours pas d'explication rationnelle. C'est arrivé d'un coup, comme ça. Aucune douleur avant, aucun signal d'alerte. C'est peut-être dû à une usure au fil des années. Est-ce qu'on ne joue pas trop? WITSEL: C'est clair qu'il y a beaucoup de matches, surtout cette année. Le Covid a tout décalé. Dans une saison normale, tu as des semaines où tu joues tous les trois ou quatre jours, mais aussi des semaines plus tranquilles entre-temps, et ça permet de récupérer. Depuis le Covid, c'est tout le temps comme ça, il n'y a plus de pause. Si tu joues tous les matches, c'est très dur. Il faut être costaud pour tenir. Il y a eu plusieurs blessures graves à Dortmund, un joueur s'est fait les croisés, un autre a eu un souci au genou, Thorgan Hazard a eu deux grosses déchirures, moi le tendon d'Achille. Mais bon, je remercie Dieu de m'avoir épargné. Pendant mes seize premières années en tant que pro, je n'ai rien eu de grave. Je n'ai pas le droit de me plaindre. Tu relativises plus facilement parce que tu crois en Dieu? WITSEL: C'est clair. Je suis toujours resté parfaitement zen par rapport à tout ça. C'était une sale blessure, mais je ne l'ai pas mal prise du tout. J'avais deux possibilités: prendre la situation de façon négative et flancher dans la tête, ou me dire que j'avais été chanceux pendant seize ans. Quand tu montes au jeu à Copenhague, ton père craque en tribune. Et toi, il se passe quoi dans ta tête? WITSEL: Je pense que je n'ai pas trop réalisé sur le moment, j'étais dans ma bulle. Je ne pensais qu'au match, je voulais aider l'équipe et il y avait du boulot parce qu'on était malmenés. Si on m'avait donné le choix, j'aurais préféré rentrer dans un match plus tranquille, où on menait 2-0. Mais au final, c'était peut-être une bonne chose que ça soit chaud comme ça à ce moment-là, ça m'a peut-être évité de trop réfléchir. Je n'avais pas le temps pour ça. La question à ce moment-là, ce n'était pas "Comment ça va se passer après cinq mois sans jouer?", mais "Comment faire pour inverser la tendance du match?". Il n'y a pas eu de réactions à Dortmund, quand Roberto Martínez a annoncé qu'il te reprenait pour l'EURO? Parce que ça aurait pu hypothéquer ta reprise avec ton club si ça s'était mal passé, contrarier ta saison. WITSEL: Non, au contraire, ils ont été très positifs. J'ai reçu des messages d'encouragement. En mai, le grand boss et le directeur sportif m'ont écrit qu'ils me souhaitaient d'aller à l'EURO. Je n'ai jamais eu l'impression qu'ils avaient envie que je me préserve. Tu n'es pas retourné une seule fois à Dortmund depuis la blessure? WITSEL: Non, j'ai fait toute ma rééducation en Belgique, c'était mon souhait dès le départ. On a directement discuté, avec le staff médical, ils m'ont demandé ce que je préférais. Ce n'est pas que je ne fais pas confiance au staff de Dortmund, mais c'est important de faire une rééducation pareille avec des gens que tu connais. Mentalement aussi, c'est important. Quand tu es loin des terrains pendant des mois, je ne sais pas si c'est une bonne chose d'être H24 au club. Tu vois tes coéquipiers qui s'entraînent normalement, et toi, tu es en salle. Je trouve que c'est plus sain de bosser dans un environnement où il y a d'autres gars qui se battent pour revenir. On est dans le même état d'esprit, qu'on fasse du foot, du basket ou du volley. On discute beaucoup et on crée des liens. Chez Lieven Maesschalk, j'étais avec Nacer Chadli au début, on faisait la route ensemble. Puis Dedrick Boyata est venu, il y a aussi eu un joueur de Leverkusen. Le fait d'être avec ma famille, ça m'a aussi beaucoup aidé. Tu n'es même pas retourné en Allemagne pour la finale de la Coupe? WITSEL: Non, c'était trop compliqué, j'aurais dû me mettre en quarantaine pendant quatre jours, ça m'aurait fait perdre du temps dans ma rééducation. Et puis de toute façon, vivre une finale en tribune, ce n'est pas du tout la même chose que la jouer. Enfin bon, elle est à mon palmarès puisque j'ai joué des matches de Coupe en première partie de saison. Il m'a manqué le couronnement, mais je l'ai gagnée. Je suis à Dortmund depuis trois ans, j'ai déjà une Supercoupe et une Coupe, je suis content. Tu as dit que c'était sans doute ton dernier EURO. Tu auras 35 ans en 2024, c'est encore jouable! WITSEL: Quand je vois Thomas Vermaelen qui est toujours là, je me dis que c'est peut-être faisable, oui. Je ferai tout pour être encore là dans trois ans, ce n'est pas moi qui déciderai d'arrêter. C'est encore loin... Mais on y sera vite... Bref, je n'en sais rien! On est tous conscients qu'on prend de l'âge, mais d'un autre côté, des gars comme Cristiano Ronaldo et Pepe sont toujours là. On a une super génération. Mais elle n'a encore rien gagné. La troisième place à la Coupe du monde, c'était beau, mais ce n'est pas un trophée. Dans un an et demi, au Qatar, on aura une nouvelle occasion. Je ne pense pas qu'il y ait un seul Diable qui ait l'intention d'arrêter entre-temps. Jouer le Portugal champion d'Europe après avoir gagné vos trois matches de poule, c'était illogique... WITSEL: On savait qu'on avait des grandes chances de prendre le troisième du groupe de la mort, il faut accepter ça. Si tu veux aller très loin, tu es obligé de prendre plusieurs gros. Il n'y a pas photo entre les deux côtés du tableau. Maintenant, on avait la partie de tableau avec la Hongrie et le pays de Galles à l'EURO 2016 et on s'était quand même fait avoir. Tu ne maîtrises pas ton programme. Et ici, il y a aussi des équipes qui sont handicapées par des milliers de kilomètres de vols, alors que d'autres jouent chez elles et ont leur public. Pendant que les Italiens et les Anglais jouaient chez eux, on se tapait Copenhague et deux fois Saint-Pétersbourg. Et tu crois que la Hongrie aurait fait des matches pareils si elle n'avait pas joué dans son stade avec 65.000 personnes? Je ne pense pas. Quand tu sens tout un stade derrière toi, tu peux faire quelque chose contre l'Allemagne, même si tu es dix fois plus faible sur le papier. On en a pas mal parlé entre nous. Avec le groupe qu'on a, on aurait quand même mérité d'avoir un stade et de jouer des matches à la maison. Les supporters aussi l'auraient mérité. Tu crois que les voyages pèsent sur les organismes? WITSEL: Sans doute pas chez moi parce que je n'ai pas eu une grosse saison, mais pour des gars comme Kevin De Bruyne ou Romelu Lukaku, qui ont beaucoup joué, ça peut avoir une influence, oui. De Bruyne a vite montré qu'il avait récupéré, il a directement été décisif. Ça vous a étonnés? WITSEL: Il y a des choses que tu ne perds pas, même pendant une période sans jouer. Par exemple, il voit des choses que les autres ne voient pas. Prends ses passes décisives dans les trente derniers mètres, il sait en une fraction de seconde où il doit mettre la balle. Moi, je ne vois pas ça. Les autres non plus. Les gens étaient quand même un peu déçus de ce que vous avez montré dans les matches de poule. Vous avez tout gagné, mais il y a rarement eu l'étincelle. Tu es d'accord? WITSEL: C'est souvent comme ça dans les tournois, les grosses équipes qu'on attend ont du mal à se mettre en route. Est-ce que l'Allemagne, le Portugal et l'Espagne ont mieux commencé que nous? Tout le monde se cherche, on est un peu timides. Mais je trouve qu'on a super bien géré, à part la première mi-temps contre le Danemark. On a cherché nos marques pendant une petite demi-heure contre la Russie puis on a été dedans. Contre les Danois, on a su renverser le match en trois quarts d'heure. Et la Finlande... Ce n'est pas simple de jouer contre une équipe qui met trois bus derrière. Tout le monde attendait peut-être du tiki-taka, des 3-0 ou des 4-0. Mais il ne faut pas oublier qu'on sort d'une saison compliquée. Eden Hazard a eu des problèmes. Kevin De Bruyne sortait d'un gros choc. Moi, je n'ai pas joué pendant cinq mois. Pour moi, le seul point négatif des trois premiers matches, c'est la blessure de Timothy Castagne. Parce qu'il aurait pu nous faire du bien dans les matches suivants. Jouer plus tard en défense, pour toi, c'est une option? Tu l'as fait en Ligue des Champions contre Bruges. WITSEL: Peut-être, mais alors vraiment tout à la fin de ma carrière. Quand je n'aurai plus le moteur pour faire continuellement des allers-retours dans le milieu. J'avais fait ça à Bruges juste pour dépanner. Roberto Martínez ne t'en a jamais parlé? WITSEL: Une fois, en rigolant. Ce n'est pas ma position. J'ai fait un bon match comme défenseur à Bruges, mais on savait que ce n'était qu'un one-shot. Jouer en défense, c'est simple quand ton équipe a le ballon parce que tu as tout le jeu devant toi. C'est quand elle n'a plus la balle que ça devient compliqué parce qu'il faut penser à un tas de choses: rester en ligne, monter, penser aux espaces dans ton dos. Tu suis des cours d'entraîneur. Elle est là-dedans, ta reconversion? WITSEL: Je ne sais pas. Je suis les cours quand il y a des rassemblements de l'équipe nationale, il y en a aussi à distance. Avec Kevin De Bruyne, Romelu Lukaku, Youri Tielemans, Dries Mertens, Jan Vertonghen. Je pense que c'est toujours bien d'avoir les diplômes. On ne peut pas passer la Licence Pro pendant qu'on est encore joueur, mais on peut avoir jusqu'au diplôme UEFA A. C'est mon objectif d'ici la fin de ma carrière. Je sais que je veux rester dans le monde du foot, et au final, il n'y a pas trente-six millions de possibilités. Soit coach, soit directeur sportif, soit dirigeant. Ça t'aide sur le terrain, ces cours? WITSEL: Avec les années d'expérience qu'on a, non. Par contre, ça nous aide à mieux comprendre les objectifs des entraînements, à comprendre plus vite certaines choses. Pourquoi tu as accepté d'investir dans l'immobilière qui a racheté le stade du Standard? Tu mets ton argent dans un club qui n'est pas en bonne santé financière! WITSEL: Je n'ai pas investi au Standard! J'ai investi dans la société immobilière. C'est donc un investissement dans l'immobilier. Comme si j'investissais dans une maison, sauf que c'est plus gros qu'une maison... Je fais ça au Standard parce que c'est le club de mon coeur, parce que le projet est vraiment top, mais je ne le fais pas pour faire plaisir. Investir directement dans le club, je ne l'aurais jamais fait. Je pars du principe qu'à partir du moment où tu gagnes de l'argent dans le football, il ne faut pas le remettre dedans...