"Le meilleur gardien du championnat, c'est Arnaud Bodart. Et je ne dis pas ça parce qu'il a marqué un but récemment. C'est lui qui a pris le plus de points pour son équipe. Il est impressionnant par sa maturité aussi." Ces mots sont sortis de la bouche de Jean Butez, dernier rempart de l'Antwerp.
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"Le meilleur gardien du championnat, c'est Arnaud Bodart. Et je ne dis pas ça parce qu'il a marqué un but récemment. C'est lui qui a pris le plus de points pour son équipe. Il est impressionnant par sa maturité aussi." Ces mots sont sortis de la bouche de Jean Butez, dernier rempart de l'Antwerp. Oui, Arnaud Bodart peut être considéré comme le gardien de l'année 2020. Sacrée revanche pour ce bout d'homme qui, depuis son affiliation au Standard en U8, a failli se faire dégager un paquet de fois. À cause d'un handicap qui l'a poursuivi toute son enfance, toute son adolescence: trop petit pour jouer dans le but. Des radios du poignet l'avaient prouvé très tôt, ça devait donc être vrai. Sans Jean-François Lecomte, Christophe Dessy et Philippe Vande Walle, c'est sûr qu'il aurait été éjecté. Mais ils ont chaque fois réussi à convaincre la direction que le gamin méritait de rester. Entre-temps, il a subitement pris des centimètres via une croissance tardive, autour de 17 ans. Il culmine maintenant à 186 centimètres. Pas énorme, mais suffisant, clairement. Entre ses vrais débuts de titulaire en équipe A, en août de l'année passée, et aujourd'hui, Arnaud Bodart a facturé une soixantaine de matches, dont un quart de clean-sheets. En août de cette année, il a lâché dans L'Avenir: "Confirmer, c'est ce qu'il y a de plus difficile." Done! Avec brio. Les avis éclairés sur la plus belle histoire liégeoise des derniers mois, c'est ici. "Quand j'entraînais les gardiens de l'équipe première, j'allais voir les matches des jeunes et je l'avais repéré. Je trouvais qu'il avait quelque chose. On m'a répondu que le Standard ne comptait pas trop sur lui. Il était trop petit, trop frêle. Il n'y avait pas beaucoup de commentaires positifs. J'ai proposé à Aleksandar Jankovic de le prendre au stage de janvier. Après ça, il n'a plus quitté le noyau. Il mordait, il ne posait pas de questions. Pour les deux derniers matches de play-offs II, j'ai dit à José Jeunechamps, qui dépannait comme T1, que ce serait bien de le lancer. Je l'ai tapé dans le goal, en fait. Depuis, il ne fait que confirmer. Il a beaucoup de maturité, il gère parfaitement son parcours et aussi ses émotions. Il a la chance d'être très bien entouré chez lui. C'est un gars structuré. Il sait comment il faut appréhender chaque entraînement, chaque situation particulière d'un match, la vie de pro en général. Il sait ce qu'il veut et ce qu'il doit faire pour y arriver. Il ne s'enflamme pas, malgré ses prestations. On a eu beaucoup de gardiens qui commençaient à marcher à côté de leurs pompes après quelques bons matches. Avec lui, à ce niveau-là, c'est risque zéro. Il va toujours se remettre en question, quelle que soit la qualité de sa dernière prestation. S'il a eu beaucoup de boulot, s'il a sauvé sept buts et si son équipe a perdu 1-0, il ne va pas dire que sans lui, ça aurait été 8-0... Il va mettre le collectif en lumière et dire qu'il était là pour arrêter des ballons. Au niveau technique, il est toujours en pleine évolution. Il apprend peut-être plus vite que certains autres parce qu'il a plus de travail, chaque semaine. Et ça, ce n'est pas normal au Standard. Trois fois sur cinq, Arnaud Bodart est l'homme du match. C'est illogique. Mais tant mieux pour lui, ça lui permet de prouver qu'il est toujours là, au taquet. Il prépare de la même façon un match contre Waasland-Beveren et un Clasico, il sait qu'il doit aussi être au taquet contre les petits. La panoplie classique du gardien, le travail sur la ligne, la détente, les réflexes, il maîtrise tout ça. Il continue à bosser deux aspects qui sont devenus de plus en plus importants: la gestion des situations en un- contre-un et le jeu au pied. De mon temps, quand un attaquant déboulait vers le but, on sortait et on plongeait dans les pieds. C'est presque fini, ça. Tu vas à la rencontre du joueur, mais tu dois surtout essayer de faire écran le plus possible avec ton corps. Tu dois te rapprocher le plus possible, et là, construire une barrière avec un pied, un genou, les bras écartés. Quand on plongeait dans des situations pareilles, il suffisait d'une petite pichenette de l'adversaire et c'était terminé. Aujourd'hui, on essaie de le mettre en difficulté avec cet écran. C'est un domaine dans lequel Bodart doit continuer à s'améliorer, il doit encore apprendre à mieux sentir le timing, les distances. Et le gros truc, c'est le jeu au pied. Le dégagement en drop aux seize mètres, ça a quasi disparu. Même des dégagements au petit rectangle, on en voit de moins en moins. Les gardiens sont devenus des joueurs de champ. Bodart fait bien l'analyse. Il prend le risque le plus calculé possible. Le but, c'est de construire sans aller trop loin dans le risque. Simon Mignolet et Ederson peuvent se permettre de tenter un crochet ou un petit pont dans le rectangle parce qu'ils ont l'expérience. Et la confiance en eux qui va avec cette expérience. Avec sa lucidité mentale, Bodart peut arriver très loin dans cet art-là. Pour le moment, dans le jeu au pied, il est déjà haut par rapport à la moyenne. Il fera encore des boulettes, mais il n'a pas beaucoup de lacunes. Il ne met pas la barre trop haut dans le spectacle. Tu peux avoir un gardien qui va dribbler deux adversaires, le public va dire: Putain, quel joueur! Bodart n'a pas besoin de ça, il préférera faire passer simplement le ballon entre les deux adversaires. C'est moins spectaculaire, mais aussi efficace. À son image." "Avant le début de la saison dernière, le Standard voulait un autre gardien, ils ont pris Vanja Milinkovic-Savic, mais Bodart a montré qu'il était meilleur et il a forcé sa place de titulaire. C'était déjà une première grande victoire pour lui. Il a su passer au-dessus des doutes. Entre-temps, il a confirmé. Se montrer au début, ça peut marcher. Mais confirmer dans la durée, c'est plus compliqué. Il est là chaque semaine, à un bon niveau, et de temps en temps il fait un petit exploit, comme son but contre Eupen. Mais sans se mettre trop de pression. Je l'ai pas mal côtoyé en Espoirs. C'est un gars sérieux et sociable. À la fédération, il a longtemps été considéré comme un joueur à maturité tardive, ça s'expliquait aussi par le temps qu'il a mis pour prendre de la taille. Au début, j'ai préféré faire confiance à Mile Svilar, un talent fou à un très jeune âge. Bodart était donc condamné à rester dans son ombre, mais plus le temps passait, plus on remarquait que la différence de niveau entre les deux se réduisait. Malgré ça, on continuait à aligner Svilar parce qu'il ne faisait pas d'erreurs. Il a fallu que Svilar soit bloqué par le Covid pour qu'on lance Bodart. On constatait aussi que le fait de jouer tous les matches avec le Standard lui donnait une confiance énorme, il était bien dans ses baskets. C'est aussi un gardien intelligent dans l'analyse du jeu. Il sait adapter son positionnement en fonction des circonstances spécifiques d'une action. Il sait directement s'il doit prendre le ballon ou le boxer, il ne fera pas n'importe quoi. Il n'a besoin que d'un temps minimum pour prendre la meilleure décision. Il est très bon dans les face-à-face et il travaille pour améliorer son jeu au pied. Chez les Espoirs, il utilisait volontairement son mauvais pied pour progresser." "Arnaud Bodart est la meilleure surprise au Standard depuis plus d'un an. Franchement, je ne pensais pas qu'il arriverait à un niveau pareil, vu sa taille. Il n'a sûrement pas le gabarit idéal. Je l'ai vu plusieurs fois avec les Espoirs du Standard quand ils jouaient contre Gand, je me disais que c'était un bon gardien, mais qu'il serait trop juste pour jouer en équipe première du Standard, parce qu'il lui manquerait toujours quelques centimètres. On considère que dans le foot moderne, un gardien doit être très grand, point à la ligne. Mais lui, il arrive à compenser en s'adaptant. Notamment parce qu'il a une vitesse d'exécution supérieure à la moyenne. À Gand, j'ai travaillé avec Lovre Kalinic. Il fait deux mètres, donc il n'est pas obligé de se déplacer très vite sur la ligne parce qu'il a une envergure énorme. La différence d'envergure avec Bodart, ça doit faire une quinzaine de centimètres. Bodart doit se déplacer beaucoup plus pour augmenter son rayon d'action, il est obligé de le faire avec des petits pas, et il sait le faire très vite parce qu'il est très explosif. Ça lui permet d'être toujours très bien placé. Il faut aller revoir le coup franc dans la lucarne qu'il sort contre les Rangers. Sur un ballon pareil, Kalinic n'aurait dû faire qu'un pas pour arriver dans le coin. Bodart a dû en faire plusieurs, mais il a eu le temps de les faire, c'était une action type pour ce que j'explique. Il travaille beaucoup ses déplacements latéraux, ça saute aux yeux quand on est dans le métier. Ce qui frappe aussi, c'est qu'il est très bien dans sa tête. Il a de la pression et il la gère parfaitement. Quand il fait une petite erreur, il se remet directement au-dessus, ça ne l'empêche pas de tout donner à nouveau dans le duel suivant. Mais on sait qu'il doit encore progresser dans sa façon d'aborder les duels. Il doit devenir plus costaud, c'est un travail sur le long terme. Il ne sera jamais taillé pour l'Angleterre, sa taille lui barrera toujours la route. Je parle parfois avec Thomas Kaminski, il m'explique que là-bas, un gardien doit souvent négocier une dizaine de gros duels par match, et ça y va! On met le ballon dans le paquet et tout le monde donne tout ce qu'il a dans le corps. C'est difficile en tant que gardien si tu n'es pas très grand. Je vois plus Bodart en Espagne ou en France parce que c'est plus technique, on joue plus au foot." "Je ne suis pas d'accord quand on ramène systématiquement l'analyse des gardiens à leur taille. Tout dépend du profil de ton équipe. Si tu fais 1m80 et que tu es très bon avec tes pieds, tu peux jouer à Barcelone. Marc-André Ter Stegen ( 1m87, ndlr) en est la parfaite illustration. Anthony Lopes ( 1m84, ndlr), le gardien de Lyon, n'est pas grand non plus. Et Fabien Barthez mesurait combien? ( 1m80, ndlr) À côté de ça, il avait une détente de malade. Il y a des équipes qui ont besoin d'un gardien de grande taille pour aller dans les duels aériens, d'autres qui ont besoin d'un gars qui sait très bien jouer avec les pieds. J'ai énormément de respect pour Gianluigi Buffon, un des meilleurs gardiens du monde, mais il n'aurait jamais joué à Barcelone. Il y a aussi la question de la détente. Je vois des grands qui ont du mal dans les sorties et des gars de 1m85 qui ont une détente phénoménale, ça compense, ça leur permet d'aller chercher les ballons au-dessus de la tête d'attaquants de grande taille. Arnaud Bodart sait très bien où il se situe dans le débat, il sait qu'il doit faire la différence dans le jeu au pied par exemple, alors il passe beaucoup de temps à le travailler. Il a le bon profil pour le Standard actuel. Le bon profil humain aussi. Si Philippe Montanier lui a déjà donné le brassard de capitaine, ça veut dire qu'il a un certain bagout et la reconnaissance du vestiaire. Je trouve bizarre qu'il n'ait pas été récompensé récemment par une convocation chez les Diables rouges. Officiellement, on avait besoin de lui en Espoirs au même moment, pour des matches importants. Mais il y a des joueurs de champ qui sont allés quelques jours avec l'équipe A puis ont rejoint les Espoirs. Pourquoi ça ne s'est pas fait avec Bodart? Il n'aurait pas joué avec les Diables, c'est sûr, mais il aurait au moins eu l'occasion de découvrir l'ambiance, de faire connaissance et de négocier des frappes de joueurs des meilleurs clubs européens. Roberto Martinez aurait aussi pu voir comment il s'intégrait dans le groupe. C'est une occasion ratée."