Avant un match entre Waregem et le Standard, nous nous étions simplement adressé à l'entraîneur néerlandais Hans Croon, pendant l'échauffement, si nous pouvions l'interviewer après le match. Cela ne posait pas le moindre problème.

Croon précisa qu'il allait téléphoner à sa femme, pour qu'elle prépare un plateau de fromage. "Ce sera plus convivial." L'entretien allait durer trois heures. Sans être meublé par des platitudes mais enrichi par de profondes analyses. Le plateau de fromage était délicieux, le vin rouge qui l'accompagnait aussi. Hans Croon avait savouré sa longue soirée, bien que Waregem ait été défait 0-2 quelques heures plus tôt.

Nous avons fait notre deuxième interview avec Nico Rijnders. Une vedette de l'époque en or de l'Ajax de Johan Cruijff. Rijnders a ensuite rejoint le Club Bruges. Des problèmes cardiaques ont mis un terme à sa carrière et il est devenu entraîneur d'Harelbeke. Il nous a raconté son histoire dans un café de village. De temps en temps, des gens s'adressaient à lui mais Rijnders ne s'en offusquait pas. Il n'était pas vaniteux et il ne considérait pas une interview comme une obligation ennuyeuse. Au contraire, il l'accordait de tout son coeur.

A l'époque, les rendez-vous étaient vite pris. Même à l'étranger. Par exemple avec Swat Van der Elst que vous vouliez visiter à West Ham United. Il avait veillé en personne à ce que nous puissions suivre de près la préparation. Trois heures avant un match, nous avons vu les joueurs arriver à l'hôtel en rigolant et commander une bière avant de se retrousser les manches et de se livrer à fond pendant 90 minutes.

Prenez Horst Hrubesch qui, transféré de Hambourg au Standard, avait oublié un rendez-vous. Il s'était excusé mille fois et pour se racheter, durant un jour de congé, il était revenu expressément d'Allemagne à Sclessin. Ou encore Jean-Marie Pfaff au Bayern. Il n'était pas nécessaire de passer par le club : Pfaff venait vous accueillir à l'aéroport, vous faisait visiter le complexe d'entraînement et vous présentait à Uli Hoeness. Ensuite, il vous emmenait chez lui, où on vous servait des spaghettis pendant que sa fille Kelly vous offrait un dessin.

L'interview est une des plus belles facettes de ce métier et elle n'était pas censurée par les clubs, jadis. Il y a eu Lei Clijsters, qui a fustigé l'ambiance régnant à Malines, Walter Meeuws qui trouvait que le Standard perdait sa lutte dans l'entrejeu, Marc Wilmots qui racontait sans fard pourquoi il avait mis un terme à sa carrière d'international. Tout passait car rien n'était relu avant parution. Plus important encore : même quand ils se faisaient taper sur les doigts par leur club, les joueurs maintenaient leurs propos.

Après 40 ans de foot pro, les entraîneurs restent des kleenex

Evidemment, il ne faut pas romantiser le passé ni prétendre que tout était mieux jadis. Pourtant, il est agréable de se replonger dans ces histoires anciennes. Les 40 ans de football professionnel en Belgique forment la trame de ce premier numéro 2015. C'est une promenade anecdotique à travers quatre décennies, agrémentée de photos jaunies et d'un top 40 des footballeurs belges qui ont eu le plus gros impact sur cette période. Une liste qui peut faire discussion, comme c'est toujours le cas avec ce genre de classement.

Le football a changé, de même que la société a évolué. Le froid professionnalisme prend souvent le pas sur la convivialité. Seuls les entraîneurs restent traités de la même façon que jadis : ce sont des kleenex. On l'a encore vu ces derniers jours à Mouscron, à Waasland-Beveren et même à Westerlo, qui a pour habitude de respecter ses contrats. Chaque fois, on sacrifie une pseudo ligne de conduite sur l'autel de la vision à court terme.

Les dirigeants professionnels restent rares dans notre football. D'intelligents anciens (grands) footballeurs n'obtiennent pas de rôle-clef, ils ne peuvent pas déterminer la gestion. Tous les dirigeants marquent soigneusement leur territoire et piétinent. Ça n'a pas changé non plus en 40 ans de football professionnel.

Avant un match entre Waregem et le Standard, nous nous étions simplement adressé à l'entraîneur néerlandais Hans Croon, pendant l'échauffement, si nous pouvions l'interviewer après le match. Cela ne posait pas le moindre problème.Croon précisa qu'il allait téléphoner à sa femme, pour qu'elle prépare un plateau de fromage. "Ce sera plus convivial." L'entretien allait durer trois heures. Sans être meublé par des platitudes mais enrichi par de profondes analyses. Le plateau de fromage était délicieux, le vin rouge qui l'accompagnait aussi. Hans Croon avait savouré sa longue soirée, bien que Waregem ait été défait 0-2 quelques heures plus tôt. Nous avons fait notre deuxième interview avec Nico Rijnders. Une vedette de l'époque en or de l'Ajax de Johan Cruijff. Rijnders a ensuite rejoint le Club Bruges. Des problèmes cardiaques ont mis un terme à sa carrière et il est devenu entraîneur d'Harelbeke. Il nous a raconté son histoire dans un café de village. De temps en temps, des gens s'adressaient à lui mais Rijnders ne s'en offusquait pas. Il n'était pas vaniteux et il ne considérait pas une interview comme une obligation ennuyeuse. Au contraire, il l'accordait de tout son coeur. A l'époque, les rendez-vous étaient vite pris. Même à l'étranger. Par exemple avec Swat Van der Elst que vous vouliez visiter à West Ham United. Il avait veillé en personne à ce que nous puissions suivre de près la préparation. Trois heures avant un match, nous avons vu les joueurs arriver à l'hôtel en rigolant et commander une bière avant de se retrousser les manches et de se livrer à fond pendant 90 minutes. Prenez Horst Hrubesch qui, transféré de Hambourg au Standard, avait oublié un rendez-vous. Il s'était excusé mille fois et pour se racheter, durant un jour de congé, il était revenu expressément d'Allemagne à Sclessin. Ou encore Jean-Marie Pfaff au Bayern. Il n'était pas nécessaire de passer par le club : Pfaff venait vous accueillir à l'aéroport, vous faisait visiter le complexe d'entraînement et vous présentait à Uli Hoeness. Ensuite, il vous emmenait chez lui, où on vous servait des spaghettis pendant que sa fille Kelly vous offrait un dessin. L'interview est une des plus belles facettes de ce métier et elle n'était pas censurée par les clubs, jadis. Il y a eu Lei Clijsters, qui a fustigé l'ambiance régnant à Malines, Walter Meeuws qui trouvait que le Standard perdait sa lutte dans l'entrejeu, Marc Wilmots qui racontait sans fard pourquoi il avait mis un terme à sa carrière d'international. Tout passait car rien n'était relu avant parution. Plus important encore : même quand ils se faisaient taper sur les doigts par leur club, les joueurs maintenaient leurs propos.Evidemment, il ne faut pas romantiser le passé ni prétendre que tout était mieux jadis. Pourtant, il est agréable de se replonger dans ces histoires anciennes. Les 40 ans de football professionnel en Belgique forment la trame de ce premier numéro 2015. C'est une promenade anecdotique à travers quatre décennies, agrémentée de photos jaunies et d'un top 40 des footballeurs belges qui ont eu le plus gros impact sur cette période. Une liste qui peut faire discussion, comme c'est toujours le cas avec ce genre de classement. Le football a changé, de même que la société a évolué. Le froid professionnalisme prend souvent le pas sur la convivialité. Seuls les entraîneurs restent traités de la même façon que jadis : ce sont des kleenex. On l'a encore vu ces derniers jours à Mouscron, à Waasland-Beveren et même à Westerlo, qui a pour habitude de respecter ses contrats. Chaque fois, on sacrifie une pseudo ligne de conduite sur l'autel de la vision à court terme. Les dirigeants professionnels restent rares dans notre football. D'intelligents anciens (grands) footballeurs n'obtiennent pas de rôle-clef, ils ne peuvent pas déterminer la gestion. Tous les dirigeants marquent soigneusement leur territoire et piétinent. Ça n'a pas changé non plus en 40 ans de football professionnel.