Laszlo Bölöni est le premier à sortir la kalash. Et à arroser. À la Bölöni. On est en octobre 2017. Premier match de championnat entre le Standard et l'Antwerp depuis un gros paquet d'années, vu le long purgatoire des Anversois dans l'antichambre. Directement, ça part fort. Le Roumain finit le match en tribune. Puis il se lâche en conférence de presse. Sur l'arbitrage et son ancien employeur liégeois.
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Laszlo Bölöni est le premier à sortir la kalash. Et à arroser. À la Bölöni. On est en octobre 2017. Premier match de championnat entre le Standard et l'Antwerp depuis un gros paquet d'années, vu le long purgatoire des Anversois dans l'antichambre. Directement, ça part fort. Le Roumain finit le match en tribune. Puis il se lâche en conférence de presse. Sur l'arbitrage et son ancien employeur liégeois. " J'ai été exclu parce que j'étais révolté par certaines décisions qui ont favorisé l'équipe adverse. Je ne sais pas si les arbitres ont trop de pression, mais ils n'arrivent pas à la gérer. Je constate que, chez nous, il y a des choses qu'on juge impardonnables alors qu'elles sont pardonnables chez les autres. Nous ne sommes pas tous jugés de la même manière. Et c'est toujours à l'avantage des grands. La pression pour que les grands reviennent dans le championnat, elle existe. Et le Standard est toujours un grand. Il met toujours la pression sur les arbitres. " Bölöni a été exclu pour s'en être pris à un adjoint de Ricardo Sa Pinto et avoir envoyé un deuxième ballon sur le terrain. Puis il a pris tout son temps pour quitter la zone neutre. Tout un show. Joué en duo parce que Sa Pinto n'est pas plus calme, et lui aussi a profité de ce match électrique pour se mettre en avant. Pendant la rencontre, il s'est montré menaçant envers le quatrième arbitre. Après le coup de sifflet final, il a rejoint Bölöni sur le thème d'une cabale arbitrale, mais dirigée contre son club. " On nous a privés de deux penalties évidents. Il y a aussi eu une agression d'un joueur de l'Antwerp qui méritait un carton rouge. C'est incroyable que des décisions pareilles pénalisent systématiquement le Standard. " Depuis le retour de l'Antwerp au plus haut niveau de notre foot, les deux clubs se sont affrontés cinq fois. Deux nuls en 2017-2018. Une victoire anversoise à Sclessin puis un nouveau draw en phase régulière cette saison. Et enfin un premier succès rouche, au début des play-offs en cours. Une constante dans ces matches : ce fut rarement calme, pratiquement jamais serein. Qu'on ait, sur les bancs, Laszlo Bölöni, Ricardo Sa Pinto ou Michel Preud'homme, ça chauffe. Compréhensible parce qu'on a là trois entraîneurs bouillants. Alors, quand même les directions s'y mettent pour faire monter la sauce, on obtient des chocs qui risquent à tout moment de déraper. Aujourd'hui, le Standard et l'Antwerp bataillent dans la même zone du classement pour un même objectif. Les Liégeois se déplacent au Bosuil ce vendredi. Nouveau clash en vue ? Lucien D'Onofrio est un homme posé. Avare en interviews, en confidences. Pendant sa longue période de dirigeant du Standard, on l'a rarement surpris à attaquer un concurrent. Alors, on n'a pas compris qu'il dézingue subitement Bruno Venanzi en janvier, dans les pages du Soir et de La Meuse. Morceaux choisis d'une interview qui a fait grand bruit. " Le Standard a aujourd'hui un anesthésiste à sa tête. Je n'invente rien. Bruno Venanzi a anesthésié tout le monde. Il n'y a plus de réaction, plus d'émotion, plus de sentiment, ni de la part des supporters, ni des médias. Tout est devenu normal, personne ne dit plus rien. Il n'y a plus la passion que j'ai connue quand j'étais dans ce club. " Au passage, il dit aussi : " C'est dommage pour un club comme le Standard de vendre ses bijoux de famille. Ne plus être propriétaire à 100 % de ses infrastructures et devenir locataire de son stade, c'est une opération destinée à ne pas s'investir pleinement, mais le club perd de sa valeur (...) Avec Robert Louis-Dreyfus, on défendait la politique inverse : on avait tout fait pour racheter les terrains de l'Académie, mais la Région Wallonne n'avait pas voulu. " Et puis, ce qui peut passer pour une conclusion de son interview : " J'avais de bonnes relations avec Bruno Venanzi mais je n'en veux plus. Il sait pourquoi. Ça remonte à la période où il a racheté le Standard. Disons qu'il s'est comporté d'une façon pas très élégante, pas nécessairement avec moi mais avec un ami. " On peut interpréter cette attaque frontale de différentes façons. On peut se dire que D'onofrio ne digère toujours pas d'avoir dû quitter le Standard en 2011 quand Margarita Louis-Dreyfus, détentrice de trois quarts des actions du club suite au décès de son mari, avait décidé de les vendre à Roland Duchâtelet. D'Onofrio avait été embarqué dans la tourmente. Alors, quand il a l'occasion de titiller son ancien club, il ne s'en prive pas. Quand il négocie avec Roger Vanden Stock pour intégrer la direction d'Anderlecht, il sait que ce n'est pas spécialement bien vu à Sclessin. Quand il joue l'intermédiaire entre Junior Edmilson et le FC Porto, alors que le Standard souhaite conserver ce joueur, il sait que ça ne plaît pas dans son ancien club. Quand il dit qu'il ne désespère pas d'amener Axel Witsel et Marouane Fellaini à l'Antwerp pour leur fin de carrière, il se doute que ça peut piquer à Liège. On doit donc peut-être placer son interview explosive sur la même ligne. Bruno Venanzi a eu le mérite de ne pas en rajouter. Il s'est contenté d'une réaction succincte dans un journal concurrent de celui qui avait donné le crachoir à D'Onofrio - ce n'est pas innocent. " Ce que les déclarations de Lucien D'Onofrio m'ont inspiré ? Une citation de Georges Courteline qui disait que passer pour un idiot aux yeux d'un imbécile est une volupté de fin gourmet. " Entre le premier pétage de plombs de Bölöni, en octobre 2017, et ce ping-pong verbal entre les patrons de l'Antwerp et du Standard, il y a eu d'autres clashes. Comme s'il était devenu inévitable que ces clubs se rentrent dans le lard chaque fois qu'ils s'affrontent. Et ce sont surtout trois hommes qui se sont chargés d'allumer des feux. Trois coaches. Laszlo Bölöni, Ricardo Sa Pinto, Michel Preud'homme. Le plus souvent, ils se sont visés directement, personnellement, mutuellement. Par exemple, on met en cause, à Liège, le style de football pratiqué par les Anversois. Un foot qui serait trop négatif. Trop attentiste. Trop violent. D'Onofrio ne comprend pas cette critique. " Est-ce que c'est une façon d'essayer de nous déstabiliser ? Je regrette qu'on parle comme ça de l'Antwerp. On joue à l'anglaise, mais on a aussi beaucoup de qualités techniques. Il y en a qui essaient de nous caler dans un coin pour influencer ainsi des personnes importantes. Les arbitres et ceux qui prononcent des suspensions. L'Antwerp pratique un bon football, à sa manière. Pas meilleur mais pas pire que les autres. C'est dans notre ADN. Et aussi dans celui du... Standard. " Ricardo Sa Pinto avait un avis tranché sur la question. Après un Standard - Antwerp conclu sur un nul (1-1) en décembre 2017, il analysait la partie : " Notre adversaire n'a rien montré mais c'est la vie. En tout cas, ce résultat est une grande injustice. L'intention de l'Antwerp était claire dès la première minute : jouer pour ne pas perdre, pas jouer pour gagner. C'est incroyable qu'une équipe qui ne joue pas au football, qui joue un match sans rien essayer, juste défendre, reparte avec un point. Et leur jeu dur n'a pas été sanctionné. " Ce soir-là, Sinan Bolat avait stoppé un penalty d'Orlando Sá dans les dernières secondes. Bolat, en plus ! Et on a eu droit à une conférence de presse mémorable. En pénétrant dans la salle de presse, Sa Pinto n'a pas masqué son agacement d'être suivi à la culotte par la caméra d'une télé flamande. Puis il s'est assis à la table des coaches et a soupiré en constatant que Bölöni tardait à se pointer. Il a enchaîné en attaquant de front un journaliste francophone : " Je suis content que tu sois revenu, tes questions m'ont manqué. Elles sont toujours négatives. " Une ambiance au niveau de ce qu'on avait vu sur le terrain : les duels entre l'Antwerp et le Standard sont souvent particulièrement engagés. Bölöni est arrivé un peu en retard en conférence mais il a quand même pris le temps de faire du Bölöni, comme quand il a évoqué ce penalty de fin de match : " Y avait-il vraiment penalty ? Oups, pardon, rien sur l'arbitrage... " Comme s'il s'était subitement souvenu qu'après son exclusion dans le match aller, quelques semaines plus tôt, il avait reçu une amende de 1.000 euros. Parce que depuis la saison précédente, une sanction financière est prévue pour les entraîneurs qui mettent en cause l'intégrité des arbitres. Donc, ce soir-là, le Roumain a préféré ne pas tirer sur le corps arbitral. Il avait, sous le coude, une attaque pour Sa Pinto. Mais il l'a gardée pour le lendemain, vu qu'il était invité à La Tribune sur la RTBF. Il a commencé par évoquer les critiques du Portugais sur le style soi-disant défensif de l'Antwerp. " Je ne suis pas d'accord avec lui. Au niveau des statistiques, l'équipe qui ne joue pas au football, c'est-à-dire l'Antwerp, a marqué 23 buts. Le Standard, 18. Je reconnais qu'ils sont extraordinaires, ils sont très très bons et nous on est mauvais. " Et puis il a enchaîné avec cette punchline rapidement devenue virale, sur le joueur Sa Pinto qu'il avait eu sous ses ordres au Sporting Lisbonne : " Je vais être un peu méchant. Mon président m'avait dit à la fin du championnat : On est champion mais on a eu une chance fantastique, c'est que Sa Pinto s'est blessé lors du premier match. Ce n'est pas parce que c'était un mauvais joueur mais il a un caractère conflictuel. Vous savez quelle est la différence entre le bon Dieu et Sa Pinto ? Le bon Dieu, il ne veut pas être Sa Pinto. C'est un bon entraîneur mais il cherche toujours les conflits. " Bam. Donc, Sa Pinto démolit la philosophie de Bölöni. Bölöni dézingue la personnalité de Sa Pinto. Sa Pinto en veut à mort à Preud'homme d'avoir piqué sa place au Standard... mais ça c'est une autre histoire, rien à voir avec la rivalité entre les deux clubs de l'E313... Reste le rapport Bölöni - Preud'homme. Leur façon de parler l'un de l'autre dans les médias. Et ce n'est guère plus joyeux que tout ce qui précède. Bölöni a beau dire qu'il apprécie et respecte Preud'homme, il ne se prive quand même pas de le tacler à l'occasion. En décembre dernier, il nous expliquait ceci : " Je ne vais jamais tacler le Standard, c'est un club merveilleux où j'ai passé des moments que je ne vais jamais oublier. Après, quand il y a des choses qui me dérangent, je peux me permettre de faire comprendre que ça me dérange. Si j'ai piqué Sa Pinto à la télé, c'est parce qu'il le méritait. Et avec la direction, c'est exactement la même chose. J'ai entendu des avis à propos de moi que je n'ai pas appréciés. Que ce soit clair, je n'ai pas essayé de retourner au Standard avant qu'ils signent Sa Pinto. Il y a sans doute des agents qui ont essayé de me caser là-bas mais je n'avais donné aucun mandat à aucun agent pour me représenter. " Une suite à son nouveau passage à La Tribune, peu de temps avant, quand il avait lancé : " Il y a eu des rumeurs concernant mon retour au Standard, l'année passée. Oubliez. Et puis, la direction du Standard voulait un jeune entraîneur, elle l'a eu. Je cherchais des dirigeants qui savent comment construire et diriger un club. On a tous eu ce qu'on voulait. Voilà, un petit tacle. " Dans la foulée de l'interview qu'il nous a accordée en décembre 2018, Bölöni vise nommément Preud'homme dans Het Laatste Nieuws : " Il a beaucoup d'amis dans le football belge, en plus de gens qu'il connaît bien. Aujourd'hui, il essaie d'utiliser ce pouvoir pour dresser un tableau négatif de l'Antwerp. Il n'a pas besoin de ça. Il a assez de qualités comme entraîneur - c'est le meilleur - et comme homme. Mais Michel Preud'homme n'est pas Moïse qui écarte les eaux de la Mer Rouge. Il n'est pas Harry Potter. Michel Preud'homme n'est que Michel Preud'homme. Il peut aussi se tromper, tu sais. " À la même période, Preud'homme et Ivan Leko ont signalé que notre championnat n'allait pas progresser avec des équipes pratiquant un football à l'anglaise. L'Antwerp était visé. Réponse de Bölöni dans la même interview : " C'est facile de parler, avec leur budget (...) Qui entraînait le Standard qui a joué contre Liverpool, Everton, Arsenal et l'Olympiacos ? À l'époque, j'ai porté bien haut le drapeau du football belge. Il y avait plus de folie que dans le jeu de l'Antwerp actuel mais ça s'expliquait par la qualité de mon noyau. " Et ceci pour conclure : " Preud'homme et tous ceux qui l'écoutent nous diabolisent par opportunisme. De quel droit me donne-t-on des leçons ? De quel droit me fait-on passer pour le mauvais ? " Preud'homme avait lâché, après un nul sur le terrain de l'Antwerp en janvier dernier : " Quand on veut jouer au foot contre l'Antwerp, on se fait descendre. On a formé une équipe pour jouer au football et on a essayé de le faire. Mais ici, tu sais que tu vas prendre des coups, et apparemment, c'est autorisé en Belgique. " Sans citer Bölöni. Mais bon, on avait compris.