On ne s'étonne plus depuis belle lurette du renvoi d'un entraîneur. Samedi, le limogeage de Philippe Montanier était déjà le septième de la saison en D1A. On ne doit plus s'étonner non plus que des coaches quittent un club quand ils reçoivent une meilleure opportunité. Par le passé, c'était sporadique: en 2011, Franky Vercauteren quittait Genk pour Al-Jazira, Michel Preud'homme prenait une année sabbatique en 2017 durant sa dernière saison de contrat au Club Bruges, et quelques mois plus tard, en décembre, Philippe Clement abandonnait Waasland-Beveren pour Genk. Cette saison, deux cas se sont déjà présentés: début novembre, Jess Thorup a quitté Genk pour Copenhague et il y a dix jours, Ivan Leko a fait part à l'Antwerp de l'intérêt qu'il suscitait en Chine, de la part de Shanghai SIPG. Une offre impossible à refuser. Le Croate passerait ainsi d'une ville portuaire à une autre. En football, le pas est vite franchi.
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On ne s'étonne plus depuis belle lurette du renvoi d'un entraîneur. Samedi, le limogeage de Philippe Montanier était déjà le septième de la saison en D1A. On ne doit plus s'étonner non plus que des coaches quittent un club quand ils reçoivent une meilleure opportunité. Par le passé, c'était sporadique: en 2011, Franky Vercauteren quittait Genk pour Al-Jazira, Michel Preud'homme prenait une année sabbatique en 2017 durant sa dernière saison de contrat au Club Bruges, et quelques mois plus tard, en décembre, Philippe Clement abandonnait Waasland-Beveren pour Genk. Cette saison, deux cas se sont déjà présentés: début novembre, Jess Thorup a quitté Genk pour Copenhague et il y a dix jours, Ivan Leko a fait part à l'Antwerp de l'intérêt qu'il suscitait en Chine, de la part de Shanghai SIPG. Une offre impossible à refuser. Le Croate passerait ainsi d'une ville portuaire à une autre. En football, le pas est vite franchi. Et pourtant, ce pas n'est pas si petit. La raison face à l'émotion, l'ego face à l'esprit de groupe. Le 28 mai, lors de sa présentation au poste d'entraîneur, Ivan Leko débordait d'ambition. Une ambition qui convenait au président, qui investit sans compter dans l'équipe et le stade, et voulait entamer un nouveau chapitre, après trois saisons sous Laszlo Bölöni. Depuis des mois, Leko avait envoyé des signaux au Bosuil. Six mois plus tard, son bilan est positif: l'Antwerp a remporté la finale de la Coupe, le Great Old a développé un football plus soigné, il a pris la mesure de Tottenham et passera l'hiver en Europe. Dimanche, en battant Charleroi, Leko a placé l'Antwerp à proximité de la quatrième place, qui donne accès aux PO1. Le club a même paru pouvoir briguer davantage, mais ses matches compliqués contre Genk (4-2) et le Club Bruges (0-2) ont affiché ses limites (provisoires): l'Antwerp est un cran en-dessous des deux équipes qui vont se disputer le titre. Il n'est toujours qu'un outsider. Le bilan est également positif au niveau de la progression des talents individuels, nécessaire pour récupérer les efforts fournis sur le marché des transferts. Évidemment, Didier Lamkel Zé est ingérable et s'est placé lui-même dans une impasse. Mais des joueurs comme Hongla, Seck, Miyoshi ainsi que les vieux De Laet et Refaelov ont été brillants cet automne. L'Antwerp dépend moins de Mbokani, même s'il a marqué le but de la victoire dimanche. Dieu n'est pas encore mort, pour paraphraser Nietzsche. La transition entre Bolat et Butez dans le but s'est opérée sans pli, à une exception près: quand Alireza Beiranvand a reçu sa chance, sur base de ce qu'il montrait à l'entraînement. Il l'a galvaudée en voulant mettre en évidence ses qualités personnelles - sa longue remise en jeu - au détriment du collectif, la construction depuis l'arrière. L'Antwerp a été défait par le Club Bruges, Leko a été critiqué, Beiranvand a perdu la face et l'équipe trois points précieux. Trois jours plus tard, Zulte Waregem a encore un peu plus remué le couteau dans la plaie en infligeant à l'équipe une quatrième défaite d'affilée - en comptant le revers à Tottenham. C'était la sixième en championnat et la plus douloureuse, avec la défaite au Cercle. C'est à ce moment qu'Ivan Leko a fait part à Luciano D'Onofrio de l'intérêt que lui portait Shanghai SIPG. Le timing n'était pas idéal, mais on choisit rarement son moment en football. L'équipe a les reins solides. Elle a été éliminée en demi-finales de la Super League chinoise et en huitièmes de finale de la Ligue des Champions asiatique. André Villas-Boas a entraîné le club de Shanghai jusqu'à ce que Vitor Pereira le remplace, il y a trois ans. C'est un club riche et ambitieux, qui figure parmi l'élite. Leko a obtenu des informations sur l'équipe (par exemple que la star Oscar resterait, mais pas Hulk) et a reçu une proposition. Le Croate n'a pas sauté dans les bras des Chinois. Il peut y gagner énormément d'argent, mais doit consentir de gros sacrifices: sa famille veut rester à Anvers. Ses filles y étudient avec brio. Son staff professionnel est démantelé. Son adjoint, Rudi Cossey, lui a immédiatement signifié qu'il n'avait absolument pas envie d'une aventure chinoise et Edward Still a hésité. S'il refuse, comme il avait fait l'impasse sur l'aventure à Al Ain, aux Émirats arabes unis, Leko se rendra seul en Chine. Ivan Leko était conscient de tout cela quand il a mis l'Antwerp au courant de la démarche du club chinois et il hésitait. Il aurait suffi de revoir son contrat pour le conserver. Leko est conscient du potentiel du Bosuil, grâce à ses supporters, une fois que la pandémie sera surmontée. Les renforts sont arrivés tard, trop tard à ses yeux pour cette saison, mais le club recèle suffisamment de qualités pour réussir. Mais coach Ivan a commis une erreur de jugement, en anticipant mal la réaction du board anversois vis-à-vis de sa démarche. Au lieu d'insister pour qu'il reste, la direction lui a froidement demandé: "Tu disposes d'un contrat jusqu'au 30 juin 2022, combien Shanghai est-il prêt à verser pour nous dédommager?" Leko, âgé de 42 ans et doté d'un tempérament volcanique, a été choqué. Lui qui se livre corps et âme au club du lundi à huit heures du matin jusqu'au dimanche à minuit ne méritait-il pas une réaction moins froide? Un autre élément joue un rôle. Le scandale qui a secoué le monde du football en octobre 2018. Tous les journaux, belges et étrangers, ont publié sa photo en Une. On parlait de fraude fiscale, de blanchiment d'argent. Deux ans plus tard, on aborde le volet financier de cette affaire. Elle coûte cher. Il y a les frais d'avocats et probablement des arriérés, assortis d'une forte amende. Dans ces conditions, une offre qu'on ne peut refuser vient à point pour assurer l'avenir de sa famille. Et ça joue. Car il arrive que l'on prenne une décision en suivant la raison et pas ce qu'on veut vraiment. L'Antwerp doit maintenant chercher un successeur à un entraîneur qui, après ses deux saisons au Club Bruges, avait encore imposé sa loi, imperméable à toute pression, qu'elle vienne de l'intérieur ou de l'extérieur. Un entraîneur têtu, qui a aligné Mbokani jusqu'à ce que ça soit vraiment impossible, puis l'a ménagé, y compris à Londres. Un homme qui est entré en guerre avec Refaelov - et d'autres vedettes - à Bruges pour le reprendre à Anvers, quand le joueur a compris ses erreurs. Un homme qui travaillait dur, mais suivait toujours sa propre voie, en acceptant les critiques qui pouvaient survenir, concernant sa tactique à Courtrai ou son choix de gardien. Un entraîneur qui laisse un héritage, à Bruges comme à l'Antwerp. Un coach qui a apporté de la couleur en ces temps grisâtres.