Après de longues minutes passées au sol, sans susciter d'autre sentiment que l'indifférence à tous ceux qui l'entourent, il finit par se relever. C'est l'heure de la course, soudaine et frénétique, comme s'il ne suivait que son instinct. Le ballon passe d'un joueur à l'autre et, pendant une bonne minute, il ne cesse de le poursuivre, arrivant systématiquement trop tard, mais ne semblant jamais perdre sa détermination. Du bord de la pelouse, des cris tentent presque désespérément de le ramener à la raison: "Didieeeer, Didieeeeer!"
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Après de longues minutes passées au sol, sans susciter d'autre sentiment que l'indifférence à tous ceux qui l'entourent, il finit par se relever. C'est l'heure de la course, soudaine et frénétique, comme s'il ne suivait que son instinct. Le ballon passe d'un joueur à l'autre et, pendant une bonne minute, il ne cesse de le poursuivre, arrivant systématiquement trop tard, mais ne semblant jamais perdre sa détermination. Du bord de la pelouse, des cris tentent presque désespérément de le ramener à la raison: "Didieeeer, Didieeeeer!" L'image a des allures d'hommage, un peu moins d'un mois après le décès de Jean-Pierre Bacri. Pas sûr, pourtant, que Frank Vercauteren se soit assis dans une salle obscure aux trois quarts des nineties pour voir l'acteur alors quarantenaire donner la réplique à un Alain Chabat au sommet de sa gloire. En matière de cinéma, le coach du Great Old semble surtout se lasser de la mauvaise scène jouée par Didier Lamkel Zé en cette fin de première période sur la pelouse de Sclessin. En 45 minutes, le Camerounais vient d'étaler l'intégralité de sa panoplie. Des duels musclés, une simulation interminable, mais aussi des appels tranchants à la limite du hors-jeu, et une course d'ailier de rugby ballon au pied pour ravager le flanc droit défensif du Standard et offrir le but égalisateur à Nill De Pauw. Si après le coup de sifflet final, son coach s'évertue à remettre la partition collective sur le devant de la scène, difficile de passer à côté des nouveaux rugissements solitaires de son Lion indomptable. Pour sa huitième apparition depuis le début de l'année 2021, le numéro 7 de l'Antwerp est décisif pour la sixième fois. Presque inimaginable en se souvenant qu'il n'avait passé que 79 minutes sur les terrains entre la fin du mois d'août et le départ pour la Chine d' Ivan Leko. Carrément improbable quand on se rappelle que sa première apparition publique de l'année avait eu lieu avec un maillot d'Anderlecht sur les épaules, tentant de forcer les portes du Bosuil en même temps qu'un transfert vers le Panathinaïkos de son ancien mentor Laszlo Bölöni. Dans la Métropole anversoise, il n'y avait plus grand monde pour lui faire confiance. Au sein du vestiaire, même des soutiens de longue date comme Dieumerci Mbokani et Abdoulaye Seck avaient fini par lâcher l'affaire, lassés par les frasques d'un joueur de plus en plus incontrôlable. En plus de ses compatriotes Frank Boya ou Martin Hongla, le dernier allié de DL7 semble être Lucien D'Onofrio, convaincu que le Camerounais n'a pas fini son histoire anversoise. Une version des faits à laquelle Frank Vercauteren est visiblement plus réceptif qu'Ivan Leko. Longtemps protégé par un Laszlo Bölöni qui avait fini par se mettre une partie de son vestiaire à dos en prenant sa défense, Lamkel Zé se heurte rapidement à un nouveau coach beaucoup moins enclin à faire des exceptions. Le Croate perd très vite patience, quand son numéro 7 est aux abonnés absents le jour des tests physiques. En cause: une opération capillaire qui l'empêche de transpirer démesurément, de s'exposer au soleil ou de se mouiller le crâne pendant plusieurs jours. Furieux, Leko livre un verdict sans appel: tant que ses tests physiques n'auront pas été effectués, hors de question de voir le Camerounais prendre part à un entraînement collectif du Great Old, qui prépare pourtant sa finale de Coupe face à Bruges avec un effectif décimé par les prêts arrivés à échéance et les contrats non renouvelés. En habile politicien des vestiaires, Lucien D'Onofrio parvient à arrondir les angles, et l'ailier est finalement l'un des hommes les plus en vue de ce premier soir d'août couronné par un trophée. Pourtant, c'est sur le banc des remplaçants que l'ancien Chamois (il est arrivé en provenance de Niort) entame le championnat au Canonnier, au bout d'une semaine à nouveau marquée du sceau de l'imprévisible. Il n'est ainsi pas rare qu'à une demi-heure du premier entraînement de la journée, l'absence de Lamkel Zé commence à inquiéter le reste du groupe, qui cherche à obtenir en vain les causes de sa non-apparition du jour. Un peu comme sur la pelouse, il est décidément difficile de lire dans les cartes du Camerounais. En quête de vitesse pour mener ses reconversions offensives quand son premier Antwerp peine encore à presser, Ivan Leko titularise DLZ trois fois de suite, avec une passe décisive, mais seulement une victoire à la clé, puis le fait disparaître de son groupe après une dernière apparition contre Malines, au bout de ce mercato estival à rallonge. L'ailier passe alors l'essentiel de son temps sur les terrains du KFC Nijlen, sur les bords de l'E313 qui mène de la Métropole au Limbourg. C'est là que l'équipe réserve du Great Old dispute ses rencontres, et c'est notamment à cette occasion qu'il croise Sébastien Dewaest, également sur une voie de garage à Genk. À la différence de l'ancien Zèbre, le diamant insaisissable du matricule 1 profitera cependant du changement de règne sur le banc de touche pour recevoir une nouvelle chance. Rien ne semble désormais en mesure de se mettre entre Didier Lamkel Zé et le terrain. La grogne des supporters les plus chauds de l'Antwerp ne suit pourtant qu'une courbe ascendante, au fil des frasques de celui qui était pourtant devenu l'un des chouchous des tribunes la saison précédente. Pendant que le Camerounais s'affiche sur Instagram dans les tribunes du Kiel, à l'occasion d'un match forcément fou entre le rival mauve et Saint-Trond (6-3), Ivan Leko justifie son absence du groupe devant la presse: "Si je vous donnais une liste de tout ce qu'il a fait ces derniers mois, tout le monde comprendrait. On lui a déjà pardonné tant de choses. Pas seulement moi, mais aussi les joueurs. À un moment, il faut s'arrêter. Personne n'est au-dessus de l'équipe." Les évènements de début janvier ne font qu'accroître la fissure, qui n'a jamais vraiment le temps de cicatriser. Sur les réseaux sociaux, le joueur passé par le centre de formation du LOSC relaie au quotidien des vidéos de supporters du Panathinaïkos, des messages lui demandant de rejoindre Athènes ou des articles évoquant la piste qui le relie à son ancien coach. Dans la foulée de sa tentative d'entrée au Bosuil avec le maillot anderlechtois de Yannick Bolasie sur les épaules, il ajoute: "Demain, ce sera le maillot du Beerschot." Le vase déborde de toutes parts, et la vidéo grotesque d'excuses postée sur les réseaux sociaux du club, interprétée avec autant de naturel qu'une pièce de théâtre de fin de primaire, n'aide en rien à interrompre l'inondation d'indignation qui se répand chez ceux qui peuplent habituellement les tribunes anversoises. Moins scriptées, les excuses en direct dans la foulée de son but contre le Beerschot n'ont pas plus d'effet auprès des fans du Great Old. Incarnation sur le terrain des habitués de la mythique tribune 2 du Bosuil, Ritchie De Laet reste d'ailleurs un spectateur très distant de la célébration royale d'un Lamkel Zé qui s'en va s'asseoir dans les tribunes givrées du Kiel dans la foulée de sa tête plongeante posée hors de portée de Mike Vanhamel. Tout comme Lior Refaelov, autre ténor du vestiaire anversois, le capitaine (en l'absence de Faris Haroun) ne semble pas prêt à faire la sourde oreille face à l'amas de casseroles qui accompagne chacun des mouvements de son imprévisible équipier. Au fil des semaines, les buts sont presque plus nombreux que ceux qui viennent les fêter avec Didier Lamkel Zé. Quand il donne la victoire à ses couleurs en fin de match contre le Cercle, seuls le passeur Frank Boya et Nana Ampomah sont à ses côtés pour célébrer la reprise décisive. Face à Waasland-Beveren, alors qu'il décoche une frappe magistrale des trente mètres dans la lucarne de Nordin Jackers, le numéro 9 de fortune du Great Old ne reçoit qu'une tape sur l'épaule de Seck en guise de félicitations. Finalement, les compliments les plus prononcés viennent de Frank Vercauteren. Peut-être parce que dans son football organisé, les coups de génie et les runs balle au pied du Camerounais sont la voie la plus fiable pour se procurer des occasions sans mettre en péril la solidité de son bloc défensif. Ou alors, parce que le vécu anversois de l'ancien Petit Prince du Parc Astrid est encore trop bref pour comprendre le ressentiment d'une bonne partie de son vestiaire. Difficile de comprendre quel aura été l'écart de trop, pour certains membres du groupe anversois. Parce qu'à un joueur capable de vous gagner un match sur un coup de génie, on peut pardonner les arrivées en retard au petit-déjeuner collectif, pain au chocolat à la main et PlayStation dans le sac à dos pour une partie de FIFA matinale improvisée au beau milieu de la salle de presse. Les rancoeurs étaient déjà tenaces en début de saison dernière, quand le surnom de " Mario Balotelli du Aldi", décerné par la presse dans la foulée de son carton rouge contre l'AZ Alkmaar qui précipite l'élimination prématurée des siens de la scène européenne, le fait rire aux éclats et suscite la colère de certains vétérans du vestiaire. Elles s'étaient visiblement apaisées, avant de reprendre de plus belle cette saison, pour sans doute ne plus s'éteindre jusqu'à un départ probablement programmé l'été prochain. Pour briller une dernière fois dans la Métropole, affranchi de la présence d'un public local qui l'a pris en grippe, Didier Lamkel Zé peut encore compter sur deux soutiens majeurs. Frank Vercauteren et Lucien D'Onofrio. Parce que le premier voit en lui des victoires. Et le second, des millions.