Au moment où le ballon franchit la ligne du but laissé vide par Anthony Moris, les supporters unionistes, désabusés, pensent déjà à la revanche au Jan Breydel dans trois jours. En tribune de presse, les discussions s'attardent sur une potentielle position d'hors-jeu. À désormais 0-2, dans les dernières secondes de la rencontre, personne ne semble prêter attention à la joie débordante du buteur : Antonio Nusa, auteur de son tout premier but pour le Club de Bruges, dans ce duel décisif des Champions play-offs.
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Au moment où le ballon franchit la ligne du but laissé vide par Anthony Moris, les supporters unionistes, désabusés, pensent déjà à la revanche au Jan Breydel dans trois jours. En tribune de presse, les discussions s'attardent sur une potentielle position d'hors-jeu. À désormais 0-2, dans les dernières secondes de la rencontre, personne ne semble prêter attention à la joie débordante du buteur : Antonio Nusa, auteur de son tout premier but pour le Club de Bruges, dans ce duel décisif des Champions play-offs. L'été dernier, le prix de son transfert, à l'instar de celui d'Owen Otasowie (4M€, après seulement 7 matchs pros), avait pourtant fait jaser. Depuis lors, le Club prend le temps de polir son joyau, à l'ombre de l'équipe première. Né l'année du dernier titre de champion (2005) d'un certain TrondSollied, Antonio Nusa grandit dans la banlieue sud d'Oslo, où il découvre le football sur le terrain du club amateur de Langhus. À 13 ans, le norvégien d'origine nigériane par son père traverse la capitale et rejoint le centre de formation de Stabaek. Aux côtés d'un certain Kristian Arnstad (de deux ans son ainé), le talent d'Antonio fait d'emblée l'unanimité dans cette académie de référence en Norvège.Sponsorisé par Nike à 14 ans, signé professionnel un an plus tard, Nusa aime sauter les étapes et fait ses débuts en première division norvégienneen mai 2021 (la saison d'Eliteserien s'étale d'avril à fin novembre), alors qu'il vient tout juste de fêter son seizième anniversaire. En quelques semaines, sa carrière prend une nouvelle dimension. D'un but somptueux, de l'extérieur de la surface, l'adolescent marque lors de sa toute première titularisation, fin juin. Trois jours plus tard, par deux frappes sèches du gauche, son moins bon pied, Nusa devient le deuxième plus jeune joueur du championnat à inscrire un doublé... derrière Martin Odegaard. La presse norvégienne se découvre un nouveau phénomène. "Nous savons ce qu'il a livré au niveau junior auparavant, donc je ne suis pas surpris. Mais qu'il le fasse si vite, chez les adultes, contre une meilleure bien meilleure opposition, ça en dit long", commente alors au micro de NRK (service public norvégien) Gunnar Halle, coach de l'équipe nationale norvégienne U16, qui l'a eu sous ses ordres. Dans cette pâle équipe de Stabaek, en lutte pour son maintien (et reléguée depuis), l'impact et le style de jeu séduisant de Nusa est l'un de rares motifs de satisfaction. "Il a des compétences hors du commun avec le ballon. Il peut défier, dépasser et créer un déséquilibre. Mais ses qualités de finition sont ce qui le distingue vraiment des autres joueurs de son âge", argue encore Gunnar Halle. Particulièrement à son aise dans un rôle de faux ailier, où il peut faire parler ses qualités de percussion et de dribbles, Nusa aimer citer Neymar au moment d'évoquer ses modèles. "Toute proportion gardée, il y a en effet des similitudes en termes de mouvements et d'utilisation du ballon", admet Mats Solheim, son coéquipier à Stabaek, dans les colonnes du quotidien norvégien Aftenposten. Attentif à son évolution depuis de longs mois, son coach, Jan Jönsson, est, quant à lui, surpris par la maturité du joueur, que cela soit sur ou en dehors du terrain. "Parfois, ce type de joueur aime prendre quelques touches supplémentaires et devient trop élaboré" expliquait-il au Aftenposten, pendant le stage de présaison, lors duquel Nusa commençait à déjà faire parler de lui. "Mais Antonio sait trouver le bon équilibre et utilise sa technique à bon escient, grâce à une bonne compréhension du jeu et un 'esprit combatif'. Il a déjà un comportement adulte et sage."Fort de ses deux premières titularisations fracassantes, le lycéen traverse l'été 2021 dans la peau d'un titulaire. "Son prix augmente à chaque minute qu'il joue", titre alors NKR. Plusieurs clubs anglais, Arsenal en tête, s'intéressent au joueur. Le dernier jour du mercato, c'est finalement le Club de Bruges qui décroche le gros lot. Le clan du joueur se serait laissé convaincre par la consistance des sollicitations brugeoises, venu le visionner à plusieurs reprises. Trois mois à peine après ses premières minutes en pro, Nusa devient ainsi le troisième plus gros transfert sortant (3M) de l'histoire de son club. "On ne voulait pas vendre Nusa cet été, mais quand une telle offre arrive, on ne peut pas dire non", confiait Jon Tunold, directeur général de Stabaek, au Aftenposten. Sous ses presque nouvelles couleurs (Stabaek joue aussi en bleu et noir), le norvégien retrouve des jeunes de sa tranche d'âge. Bruges souhaite d'abord que sa nouvelle pépite devienne un pion important en équipe réserve. Avec la Youth League et le top 4 du championnat synonyme de qualification pour la D1B, les enjeux sont majeurs cette saison pour le groupe de Rik De Mil. Globalement, peu d'allées-venues s'opèrent entre le noyau A et les U21. Nusa prend ainsi part à la quasi-totalité des matchs du Club NXT, et excelle à plusieurs postes (flanc gauche, flanc droit, et second attaquant). Par de brèves déclarations dans la presse, le staff de Philippe Clément puis d'Alfred Schreuder affirment à plusieurs reprises rester attentif à ces prestations. En équipe première, l'international U18 effectue ses grands débuts contre Deinze, en Coupe de Belgique, deux mois après son arrivée. Monté au jeu à 30 minutes du terme, il livre une prestation sérieuse. À la suite d'un joli débordement, il est d'ailleurs au pré-assist sur le but de Bas Bost (3-0). Philippe Clément préfère toutefois tempérer à l'issue du match : "Nous devons rester calmes et le laisser grandir", déclare-t-il.De fait, sur l'ensemble de la phase classique, le norvégien n'est finalement convoqué qu'à quatre reprises, et ne monte au jeu qu'une seule fois, une poignée de secondes contre Charleroi, mi-février. Déjà éliminé de Youth League, contre toute attente (défaite 3-2 contre Midtjylland, malgré un doublé de Nusa), le Club NXT joue à se faire peur en fin de saison. Les jeunes brugeois n'assurent leur troisième place en championnat que lors de la toute dernière journée, début mai. Ce retour en D1B une fois acté, Alfred Schreuder réintègre quelques jeunes aux sélections du week-end. Nusa, un an après avoir découvert la lutte pour le maintien avec les Blåas, s'invite à celle pour le titre avec les Blauw en Zwart. Face à l'Union-Saint-Gilloise, le norvégien débloque son compteur but sur sa huitième (!) touche de balle dans notre compétition... Une stat surréaliste, mais révélatrice d'un gamin pressé d'entrer dans la cour des grands. "Il a un avenir brillant devant lui", s'enthousiasme d'ailleurs Simon Mignolet en fin de rencontre. "À l'entraînement, vous pouvez voir qu'il est incroyablement talentueux". Pour autant, Nusa ne décolle de nouveau pas du banc lors des deux rencontres suivantes (contre l'USG et à l'Antwerp). Les transferts à venir (entrants comme sortants), ainsi que le choix du nouveau coach devraient apporter des premières indications sur ce que prévoit le Club de Bruges pour sa pépite norvégienne la saison prochaine. Va-t-on le mêler à la concurrence de l'équipe première ? Ou l'envoyer acquérir de l'expérience en D1B ? À ce stade, la deuxième option semble la plus probable. Au vu des ambitions et de l'armada offensive de Bruges, difficile de l'imaginer déjà briguer une place de titulaire en C1 en septembre prochain. Même si, ces derniers années, les talents débarqués d'Eliteserien (Berge, Thorstvedt, Kara, Hanche-Olsen, Diatta, pour ne citer qu'eux) ont prouvé qu'on aurait bien tort de sous-estimer les faits d'armes d'Antonio Nusa dans son pays d'origine.