Huit jours pour retrouver la pleine confiance. Et confirmer une première ligne droite déjà très bien négociée. Anderlecht affronte Malines et rame sur son terrain, le 12 septembre. L'entrée au jeu de Yari Verschaeren à la 51e minute, en remplacement de Benito Raman, fait basculer le match. Le petit ange de Neerpede est directement dans tous les bons coups et marque son but sur la fin. Le week-end suivant, il est éblouissant, surtout en première mi-temps, sur le terrain du Standard. La victoire mauve dans le Clasico, il y est pour beaucoup.
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Huit jours pour retrouver la pleine confiance. Et confirmer une première ligne droite déjà très bien négociée. Anderlecht affronte Malines et rame sur son terrain, le 12 septembre. L'entrée au jeu de Yari Verschaeren à la 51e minute, en remplacement de Benito Raman, fait basculer le match. Le petit ange de Neerpede est directement dans tous les bons coups et marque son but sur la fin. Le week-end suivant, il est éblouissant, surtout en première mi-temps, sur le terrain du Standard. La victoire mauve dans le Clasico, il y est pour beaucoup. On est là à des années-lumière du Verschaeren dans le doute. Celui qu'on a souvent vu entre son éclosion il y a trois ans et aujourd'hui. Pendant cette période, il a eu quelques hauts. Mais aussi pas mal de bas. Avec plein de circonstances atténuantes - blessures, Covid, tracas liés à son contrat. Aujourd'hui, on a l'impression qu'il peut prendre définitivement son envol. Pour plusieurs raisons. Yari Verschaeren n'a jamais été un buteur. Dix goals lors de ses trois premières saisons pros. Mais ça, c'était avant. Cette saison, il marque régulièrement. Il l'a fait aux tours préliminaires de la Conference League, il le fait aussi en championnat. Il est en concurrence, pour le titre de meilleur réalisateur maison, avec trois joueurs qui ont une vraie étiquette de buteurs: Benito Raman, JoshuaZirkzee et ChristianKouamé. Il vise la dizaine de buts sur l'ensemble de la saison et est en avance sur ce tableau de marche. Et il s'amuse à nouveau. "Pendant les quelques secondes qui suivent un but marqué, on a l'impression que le temps s'arrête", explique-t-il dans le magazine flamand Knack. "Tu as l'impression que tu rends tout le stade heureux. Il n'y a rien de plus beau." Cette nouvelle efficacité a des explications tactiques. Longtemps, on s'est demandé quelle était sa meilleure place sur le terrain. Lui-même n'en savait trop rien. Une aile ou l'axe, dans le dos de l'attaquant de pointe? À l'époque de ses débuts en équipe première, il avouait sa préférence pour un rôle excentré. C'était dû au système pratiqué à ce moment-là. Anderlecht alignait un seul attaquant de pointe et Yari Verschaeren s'imaginait en donneur de centres caviars, à destination du front d' IvanSantini par exemple. Entre-temps, son discours a changé et il s'épanouit plus dans un rôle de deuxième attaquant. D'ailleurs, c'est dans l'axe qu'il a fait l'essentiel de sa formation. "Ma polyvalence est un atout, mais c'est la place de numéro 10 que je préfère." Pour RobertoMartínez, il n'y a pas à hésiter sur la question: le gamin doit jouer dans l'axe. Parce que, à entendre le sélectionneur, il possède une qualité très rare: "Dos au but, il est capable de pivoter à tout moment, côté gauche ou droit, et de surprendre complètement son adversaire direct." Le type d'action qui peut désarçonner une défense entière. "C'est mon action préférée", dit Verschaeren à Knack. "Je suis dos au but, je sens l'adversaire arriver près de moi, je demande le ballon dans les pieds et je pivote très vite. Avant que le défenseur ait compris ce qui lui arrive, je suis déjà parti vers l'avant. Je trouve ça magnifique. Et c'est pour ça que j'aime bien jouer à cette position." La première victime collatérale est Benito Raman, arrivé à Anderlecht pour évoluer principalement dans ce rôle. Et c'est une bonne chose pour des joueurs de flanc qui ont ainsi l'occasion d'accumuler plus de temps de jeu que s'ils étaient restés en concurrence avec Verschaeren. Des FrancisAmuzu, AnouarAitElHadj et même LiorRefaelov profitent ainsi de son replacement. Toujours dans l'hebdo flamand, il évoque sa façon de gérer mentalement son métier et son statut. On sent un jeune très détaché. Il avoue que ce n'est pas toujours simple d'être taxé de nouvel EdenHazard. "Tu dois être fort dans la tête pour justifier ça." Mais pour le reste, on a là un gars très tranquille. "Je ne suis jamais nerveux avant un match, quel que soit l'adversaire. C'est chouette de préparer un gros match. Quand il y a beaucoup d'enjeu, ça me donne une énergie supplémentaire. Je ne veux pas être nerveux ou stressé. Parce que si tu t'inquiètes, tu ne peux pas prester à un bon niveau." C'est beau, mais c'est nouveau aussi. Parce que Verschaeren n'a pas toujours eu ce côté cool et insouciant. Il avait un jour avoué qu'il avait du mal à supporter certaines attentes. Et que dans les périodes où il n'arrivait pas à être décisif, il dormait mal. Ça jouait à fond dans sa tête, ça lui faisait carrément perdre ses moyens. "Je suis quelqu'un qui réfléchit beaucoup." On avait un jeune qui éprouvait beaucoup de mal à "tourner la page" quand il sortait d'un mauvais match. C'est encore un point sur lequel il a évolué au cours des derniers mois. "Yari Verschaeren est le futur ambassadeur du football belge." Jolie punchline de Roberto Martínez. Une façon pour lui de justifier les convocations à répétition du joueur de poche, même dans les moments où il n'était guère performant avec Anderlecht. Depuis deux ans et sa première convocation, il a régulièrement été retenu. Seules ses blessures (et le fait que les Espoirs aient parfois eu besoin de lui) l'ont privé de rendez-vous avec les Diables. Et s'il ne s'était pas amoché une deuxième fois la cheville en décembre 2020 lors d'un choc contre Genk, juste un an après une blessure similaire face au Standard, il aurait probablement fait partie du noyau à l'EURO. Mais là, c'était trop court, il n'avait pas encore eu le temps de retrouver ses meilleures sensations. Qu'importe, Martínez continue à croire à fond en ce joueur qu'il avait découvert pour la première fois en face to face lorsqu'il s'était rendu en Italie pour l'EURO des Espoirs durant l'été 2019. L'Espagnol était allé discuter à l'hôtel de nos U21 avec JohanWalem, son staff et les joueurs. À ce moment-là déjà, Walem lui avait fait une grosse pub pour Verschaeren. Qui était l'invité surprise du tournoi, sélectionné in extremis alors qu'il n'avait jamais joué en Espoirs avant ça. Il était le plus jeune joueur de cet EURO et avait marqué un des plus beaux buts de la compétition. Martínez l'a appelé chez les Diables trois mois plus tard. Verschaeren sent cette confiance et reconnaît que ça lui fait le plus grand bien. Il lance dans Knack: "J'espère que je serai repris pour les prochains matches de Ligue des Nations. Ton coeur se met à battre plus vite quand tu as une occasion de battre des pays comme la France, l'Espagne et l'Italie. C'est pour jouer des matches pareils que tu fais ce métier. Je prévois des Diables au top dans ce tournoi. On sent que les joueurs n'ont toujours pas digéré que l'EURO se soit mal terminé. Mais je ne serai pas non plus fâché ou déçu si je ne suis pas sélectionné. Chez les Diables, il y a plein de stars mondiales. Si je dis que je m'attends à être repris chaque fois, je ne suis pas réaliste." Yari Verschaeren passe pour un gars discret. Une question de physique aussi, car avec son look de communiant, sa gueule d'ange, on n'attend pas directement de lui qu'il tape du poing sur la table quand l'équipe est dans le dur. Et puis il n'a jamais que vingt ans. Pourtant, il remarque que les jeunes commencent à lui demander son avis. "Ça fait bizarre, mais ça s'explique aussi parce que je suis maintenant dans le noyau depuis trois ans. Je sens que j'ai progressé sur pas mal de points. Par rapport au Yari qui a débuté en 2018, je suis plus fort physiquement, plus adulte mais surtout plus intelligent tactiquement. À l'époque, je jouais surtout à l'instinct." En novembre 2020, Yari Verschaeren déclarait que son ambition était de "rester le plus longtemps possible à Anderlecht." À l'époque, il était en négociations avec la direction pour prolonger son contrat, qui expirait en 2022. Mais c'était compliqué. Le club souhaitait trouver un accord, le joueur aussi. Mais ce n'était pas simple pour les deux parties de s'entendre sur les chiffres. Le clan Verschaeren demandait logiquement une augmentation de salaire. Problème: le contrat en cours était déjà conséquent parce que, quand il avait été signé, les hauts responsables de l'ancienne direction étaient convaincus qu'ils détenaient une nouvelle pépite. Et donc, ça a traîné. Et parfois miné le mental du joueur. Son bureau de management, représenté par le frère de LeanderDendoncker, tentait de le rassurer. En disant notamment: "Yari répondra avec ses pieds et tout se terminera bien." Mais le Yari voyait que ses potes de Neerpede avaient prolongé à tour de bras: AlbertSambiLokonga, JeremyDoku, KillianSardella, MarcoKana, AntoineColassin. Tout le monde, sauf lui. Il a fallu attendre jusqu'en mars de cette année pour que les parties trouvent un arrangement. Aujourd'hui, il est lié au Sporting jusqu'à l'été 2024. Avec de bonnes chances d'être le prochain tout gros transfert sortant parmi les joueurs formés au club. À Anderlecht, il n'y a plus que lui parmi les grands noms de l'équipe qui ont disputé deux éditions consécutives de la Youth League. Les autres sont partis pour jouer à un plus haut niveau et gagner plus d'argent dans d'autres championnats: Doku, AlexisSaelemaekers, SebastiaanBornauw, Sambi Lokonga. Lors de l'EURO Espoirs en 2019, dans la toute première longue interview qu'il avait accordée, Yari Verschaeren nous avait spontanément parlé du Barça, le club dont il a toujours été un grand fan. "Simplement parce que c'est l'équipe qui joue le mieux au foot, avec toutes ces combinaisons." Aujourd'hui, il évoque "la vision tactique que VincentKompany a reçue de PepGuardiola." On parle finalement un peu de la même chose. Depuis le début de cette saison, il semble à l'aise face aux consignes de son coach. Mais ça n'a pas toujours été le cas. Il sera, jusqu'à son dernier jour, reconnaissant envers HeinVanhaezebrouck de l'avoir lancé en D1. Déjà un football pas facile à comprendre, surtout à 17 ans. Pas le jeu qu'on lui avait enseigné à Neerpede. Après ça, les entraîneurs ont défilé et Verschaeren a eu régulièrement du mal à s'y retrouver. Plus d'une fois, on a eu l'impression de voir un gamin qui ne comprenait pas trop ce qu'on lui demandait, surtout qu'il voyageait régulièrement d'un flanc à l'axe. Il a dû intégrer les principes de FredRutten, KarimBelhocine, FrankyVercauteren, SimonDavies et Vincent Kompany. Aujourd'hui, il bosse avec le même T1 depuis plus d'un an et il reconnaît que ça lui fait du bien. Et entre les lignes, il fait comprendre que le fait de ne plus jouer avec une bande d'ados a sans doute accéléré son retour au premier plan. C'est ce qu'il sous-entend dans Knack: "La différence avec la saison passée, c'est qu'on a plus d'expérience. C'était nécessaire. Il y a beaucoup de bons jeunes joueurs à Anderlecht, mais quand tu as un noyau dur de gars qui connaissent les ficelles du métier, ça fait sûrement la différence."