VISTA

Quand il avait le ballon en U21, en début de saison, Yari Verschaeren était capable d'isoler un partenaire devant le but à la manière de Hans Vanaken ou d'Alejandro Pozuelo. A un niveau supérieur, ça arrive à peine un peu moins souvent. Au cours des huit matches qu'il a joué, il a fait preuve d'une belle vista. Il analyse très rapidement les situations de jeu.
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Quand il avait le ballon en U21, en début de saison, Yari Verschaeren était capable d'isoler un partenaire devant le but à la manière de Hans Vanaken ou d'Alejandro Pozuelo. A un niveau supérieur, ça arrive à peine un peu moins souvent. Au cours des huit matches qu'il a joué, il a fait preuve d'une belle vista. Il analyse très rapidement les situations de jeu. En U17, son entraîneur, Mohamed Ouahbi, l'obligeait à faire des changements d'aile. " C'est un peu un neuf et demi ", dit Pär Zetterberg. " Il doit encore travailler ses passes de plus de 40 mètres et entre les lignes. A terme, il peut devenir le nouveau numéro 10 d'Anderlecht. En tout cas, les réactions du public démontrent qu'il a l'ADN du club. "Cela ne se voit pas encore vraiment à l'oeil nu mais Verschaeren est capable de sprinter avec la même intensité pendant 90 minutes. En Espoirs, les high intensity runs de Verschaeren ont été analysés et Anderlecht en a conclu que, sur le plan physique, il digérerait sans problème le passage en Première. En U17, il parcourait 11 à 12 km par match sans forcer et personne n'est donc surpris que ses statistiques soient meilleures que celles d'un Sven Kums ou d'un Adrien Trebel. Seul Pieter Gerkens peut suivre. Ce grand volume de jeu, Verschaeren l'a acquis lorsque Evangelos Patoulidis, aujourd'hui au Standard, avait pris sa place de numéro 10. " Cela l'a obligé à jouer en 8 ", explique Ouahbi, son entraîneur en U17. " Ce changement de poste l'a aidé à prendre du coffre. " En interne, on a froncé les sourcils lorsque, pendant le match au Standard, Fred Rutten a remplacé le jeune joueur sous prétexte qu'il était fatigué. Deux semaines plus tard, après l'assist de Verschaeren lors de la dernière minute du match à l'Antwerp, le Néerlandais a fait son mea culpa. " Les poumons de Yari sont probablement plus grands que sa cage thoracique ", dit-il.Aucun joueur actuel n'a autant le prototype d'Anderlecht que Verschaeren. Son contrôle de balle et la façon qu'il a de se retourner font penser à Dennis Praet. Il est imprévisible. Ses contrôles intérieur/extérieur du pied ont déjà rendu fou plus d'un adversaire. Son mouvement favori ? Demander le ballon avec un adversaire dans le dos, faire semblant de partir à gauche et filer sur la droite. Dès qu'il a tourné le tronc, c'est trop tard. Stéphane Stassin a perfectionné sa technique sur le temps de midi à l'Institut Saint-Nicolas. Et lors des entraînements, c'était souvent à lui que le coach faisait appel pour montrer un exercice. " J'ai rarement vu un joueur avec une telle maîtrise des deux pieds ", dit Stassin. " Vous savez pourquoi Yari n'a pas peur de demander le ballon, même quand il y a beaucoup de monde autour de lui ? Parce qu'il sait qu'il va s'en sortir. Sa première touche de balle est tellement parfaite qu'il prend tout de suite un mètre d'avance sur l'adversaire. "A le voir bouger comme ça, on dirait qu'il est rapide. Mais c'est faux. Il ne faut pas lui demander de courir le 100 mètres en 11 secondes. On s'attend à ce qu'il progresse encore en explosivité mais ce ne sera jamais un sprinteur comme Francis Amuzu. Les distances courtes, ce n'est pas pour lui. " Ce n'est pas le joueur le plus explosif mais, quand il s'infiltre, personne n'est capable d'aller le rechercher ", dit De Roeck. " Il est aussi rapide balle au pied que sans ballon. Et c'est aussi une qualité. " Sa marge de progression est grande, surtout en matière de vitesse pure. C'est pourquoi il est promis à un bel avenir. A Neerpede, d'aucuns pensent même qu'en termes de qualités intrinsèques, il n'a rien à envier à Dries Mertens.Verschaeren est un acrobate qui ne perd jamais l'équilibre. Son centre de gravité est extrêmement bas - c'est inné, comme chez Eden Hazard -.Il est le king du test X, pendant lequel un joueur doit effectuer un parcours en dribblant des cônes. En U17, il pulvérisait les temps de ses équipiers. " C'est un test fait pour lui car il correspond aux déplacements qu'on attend de lui à son poste ", dit Stéphane Stassin. Des petits sprints de cinq à six mètres, des montées de ballon, des arrêts, des changements de direction. Ce sont ses points forts. "Verschaeren est l'exemple même du joueur qui éclot alors que sa croissance n'est pas encore terminée. Lors des tests OptoJump, qui déterminent la détente et l'explosivité des joueurs, le Flandrien n'a obtenu qu'un score moyen. Sa détente est de 50 cm. A terme, il doit arriver à 55 cm. En guise de comparaison, celle de Silvio Proto, un phénomène en la matière, est de 63 cm. Verschaeren sait que, sur le plan athlétique, il a des lacunes. Si on l'envoie travailler en salle, il suit scrupuleusement le programme, sans surveillance. Mais Anderlecht ne veut pas le brûler. Ses os, ses tendons et sa stature ne l'autorisent pas encore à travailler dur. A Neerpede, personne n'a jamais douté de ses qualités mais d'aucuns craignaient qu'il soit trop léger. " Malgré sa stature, je n'ai jamais cru qu'il allait se faire balayer ", dit Jonas De Roeck, qui a été son entraîneur pendant quelques mois en Espoirs. A Anderlecht, sur phase arrêtée, Youri Tielemans était capable de placer un boulet de canon dans le but ou de laisser flotter le ballon devant le gardien. Avec Verschaeren, Anderlecht a trouvé le successeur de spécialistes comme Pär Zetterberg, Mbark Boussoufa, Matias Suarez et Tielemans. Le jeune international belge ne placera pas un coup-franc des 25 mètres en pleine lucarne mais il peut amener le ballon devant le but avec la précision d'un chirurgien. " Yari est un spécialiste des phases arrêtées ", dit Ouahbi. " Au cours des quinze dernières années, je n'ai pas vu un seul joueur avoir le même rendement que lui sur coup de coin. Le rapport qu'il affiche entre le nombre de ballons frappés et les buts est très élevé. "Par Alain Eliasy