Ces dernières semaines, Peter Zulj a failli plusieurs fois se cogner la tête aux murs de sa chambre de l'hôtel Pullman, près de la gare du Midi à Bruxelles. Le milieu de terrain de 25 ans, engagé par Anderlecht pour accroître la créativité de l'équipe, n'aime pas être enfermé dans une chambre d'hôtel.
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Ces dernières semaines, Peter Zulj a failli plusieurs fois se cogner la tête aux murs de sa chambre de l'hôtel Pullman, près de la gare du Midi à Bruxelles. Le milieu de terrain de 25 ans, engagé par Anderlecht pour accroître la créativité de l'équipe, n'aime pas être enfermé dans une chambre d'hôtel. " Je ne suis pas fait pour cela ", dit Zulj. " Mes amis disent : à l'hôtel on n'a qu'à lever son doigt, on fait tout pour toi. Mais je me sens à l'étroit dans quelques mètres carrés. J'attends donc avec impatience le jour où je prendrai possession de mon appartement. Je suis peut-être trop difficile. J'en ai visité beaucoup et il y avait toujours quelque chose qui ne me plaisait pas. Soit c'était le style, soit c'était le quartier... En fait, je recherche la perfection. " Pour l'instant, Zulj doit se contenter d'une petite chambre dans un quartier sombre de Bruxelles. " Ce n'est pas le quartier le plus reluisant, mais il en faut pour plus m'effrayer ( il hausse les épaules). Savez-vous ce que je fais souvent ? Je tire mon capuchon au-dessus de la tête et je vais me balader seul. Dès que je serai bien installé, je partirai à la découverte de la ville. " Le fait que vous vous sentiez rapidement chez vous, est-ce lié à vos facultés d'adaptation ? PETER ZULJ : J'ai déjà vécu ce genre de situation. A 13 ans, j'ai quitté le domicile parental pour aller jouer au Red Bull Salzbourg. J'étais jeune, j'ai fait quelques bêtises et j'avais du mal à vivre aussi loin de la maison. Ma famille et mes amis me manquaient tellement que je ne suis resté qu'un an à Salzbourg. Avec le recul, je dois dire que c'était une erreur de partir. Si au moins j'avais mordu sur ma chique chez les U15... Red Bull venait d'investir dans le club, qui était connu comme le club le plus innovant du pays. Mais je n'ai jamais cru qu'il dépasserait les clubs traditionnels. Vous parlez du Rapid Vienne, entre autres. Comment êtes-vous arrivé chez les jeunes du Rapid ? ZULJ : Après une demi-saison à Linz, j'ai commencé à ressentir des fourmis dans les jambes. Je voulais retenter ma chance dans un club de pointe. Aujourd'hui, tous les gamins veulent jouer pour Salzbourg, mais il y a dix ans, les plus grands talents partaient au Rapid Vienne. J'ai visité l'internat avec ma famille et j'ai directement été conquis. Contrairement à ce qui avait été le cas à Salzbourg, je n'ai pas souffert du mal du pays. Je connaissais personnellement certains joueurs, et lorsque j'avais besoin de quelque chose, j'allais frapper à la porte de mon cousin. Je me suis surtout découvert moi-même. Pendant ces cinq saisons au Rapid, de 15 à 20 ans, j'ai beaucoup appris sur moi-même. Plus que je ne l'aurais jamais fait si j'étais resté habiter à la maison. Au Rapid, vous ne vous êtes pas imposé tout de suite... ZULJ : Je n'ai jamais réalisé mon rêve d'enfant : jouer pour le Rapid. Je ne suis pas allé plus loin qu'un match amical... ( il réfléchit) Pourtant, tout est allé très vite. J'ai joué sept matches avec les U17, un avec les U19, et à 16 ans je suis passé en équipe Réserve qui évoluait en troisième division. Au Rapid, tout le monde m'appelait le nouveau Ümit Korkmaz, un joueur qui a percé très jeune et qui a été vendu pour beaucoup d'argent à l'Eintracht Francfort. A partir de 19 ans, je me suis entraîné avec l'équipe A, mais c'est alors que j'ai stagné. J'ai été blessé pendant plusieurs mois et j'ai dû recommencer de zéro parce que le nouveau directeur technique ne me connaissait pas. J'ai refusé une prolongation de contrat, parce que j'avais l'impression que je n'aurais pas de temps de jeu. C'est durant la saison 2017-2018 que vous avez réellement percé, sous le maillot du Sturm Graz. Mais avant cela, vous avez joué en deuxième et en troisième divisions, et vous avez connu six clubs différents. ZULJ : J'ai dû passer par de nombreuses étapes intermédiaires, en effet. Que ce soit à Hartberg, à Wolfsberger, à l'Admira Wacker ou à Ried, j'ai toujours entendu le même refrain. On t'a engagé parce que tu as beaucoup de talent. Mais, sur le terrain, je n'en ai pas toujours fait étalage. Je manquais de régularité. Et dans ma tête, c'était la catastrophe. Le football ne faisait pas partie de mes priorités. Mon frère Robert, qui joue actuellement à l'Union Berlin sous forme de prêt, n'a qu'un an de plus que moi, mais il est devenu adulte beaucoup plus rapidement. J'ai eu besoin de plus de temps pour décider où je voulais aller. Avez-vous douté de vos capacités à atteindre le top autrichien ? ZULJ : ( il grimace) A l'Admira Wacker, j'avais l'air misérable. Je jouais peu : moins de dix matches au total. Ma tête ne suivait pas, parce que je passais mon temps sur le banc ou en tribune. La saison suivante, à Ried, j'ai sérieusement tourné le bouton dans ma tête. Je me suis imposé à force de travail et avec un peu de chance. Mais je l'ai fait à ma manière - descendre en deuxième division était par exemple un choix délibéré - et je suis heureux de l'avoir fait. Je connais désormais les bons et les mauvais côtés d'une carrière de footballeur. Votre ancien entraîneur au Sturm Graz, et actuel sélectionneur de l'équipe nationale autrichienne, Franco Foda, a joué un grand rôle dans votre carrière. ZULJ : Yeah ! C'est à sa demande que le Sturm Graz m'a acheté. Nous n'avons pas passé plus de six mois ensemble au niveau du club, mais durant cette période, j'ai fait des progrès considérables. Franco Foda n'était pas du genre à me féliciter après un bon match. Il me donnait une petite tape sur l'épaule et me disait : tu dois encore améliorer ceci et cela. Il m'a tellement sensibilisé que je me suis mis à analyser mes propres matches, de ma propre initiative, afin d'améliorer mes points faibles. Je dois beaucoup à Foda et l'appréciation était mutuelle. Car, cinq mois après qu'il eut quitté le Sturm Graz pour prendre ses fonctions en équipe nationale, je suis devenu international A. On dit que le Club Bruges et Gand se sont intéressés à vous par le passé. ZULJ : Je n'en sais rien... Il paraît qu'ils auraient renoncé en raison de votre mauvaise réputation. ZULJ : Les gens aiment bien raconter des carabistouilles... Et ils croient tout ce qu'ils lisent dans les journaux et sur internet. La vérité leur parle moins. Autrefois, je n'étais pas concentré à 100% sur mon métier, j'étais plutôt nonchalant. Il y a quelques petites choses qu'un footballeur professionnel devrait faire, et je ne les faisais pas. Passer chez le kiné après l'entraînement, me rendre en salle de musculation, me coucher tôt, m'alimenter de façon diététique, avoir une vie privée rangée... Au Sturm Graz, je suis devenu un vrai professionnel. Si j'avais respecté toutes les règles du jeu plus tôt, je jouerais déjà à l'étranger depuis trois ans. Dans votre pays, on vous considère comme un bad boy. Cela vous dérange ? ZULJ : I don't care. Je m'en fiche. On ne peut pas être aimé par tout le monde. On vous compare à votre compatriote Marko Arnautovic, le plus grand bad boy du football autrichien. ZULJ : Il paraît que j'ai le même caractère qu'Arnautovic, et que je cours de la même façon que lui. A chaque petit dérapage, je suis comparé à Arnautovic. Mais ces comparaisons ne se basent sur rien. Nous avons une chose en commun : chacune de nos erreurs est grossie. Je sais qu'Arnautovic n'est pas l'exemple parfait pour les jeunes, mais personne ne fait réellement l'effort de le comprendre. Les joueurs les plus créatifs ont généralement un caractère spécial. Il y a des joueurs qui ne font que ce qu'on leur demande, et d'autres qui préfèrent improviser. Vous faites partie de la deuxième catégorie. ZULJ : ( il acquiesce) J'essaie de respecter autant que possible les consignes du coach, mais j'aime aussi suivre mon instinct. Si je peux me libérer avec un petit pont, je ne m'en priverai pas. Ce n'est qu'après, lors de l'analyse-vidéo, qu'on se rend compte qu'il existait de meilleures solutions. Mais je préfère jouer à l'intuition. Chaque équipe a besoin d'un tel joueur. C'est la raison pour laquelle vous avez été élu meilleur footballeur du championnat d'Autriche pour l'année civile 2018. N'avez-vous pas placé la barre trop haut en déclarant que vous voulez aussi devenir le meilleur en Belgique ? ZULJ : Je l'ai formulé différemment... Aujourd'hui, c'est Anderlecht qui prime. Je veux terminer le plus haut possible avec Anderlecht, et si j'y parviens, les trophées individuels suivront. Qu'y a-t-il de mal à déclarer que vous voulez être le meilleur ? ZULJ : Rien. J'ose dire tout haut ce que d'autres joueurs pensent tout bas... Je ferais preuve de peu d'ambition en ne voulant pas devenir le meilleur du championnat dans lequel j'évolue. Pourquoi un footballeur de Leverkusen ne pourrait-il pas avoir l'ambition de devenir le meilleur joueur de Bundesliga ? Ce n'est pas réservé uniquement aux joueurs du Bayern ou de Dortmund. Il s'en est fallu de peu pour que vous jouiez à Empoli actuellement. ZULJ : J'ai passé deux jours sur place et ce que j'ai vu... Le stade avait l'air délabré et le centre d'entraînement avait besoin d'être complètement refait. Le temps a produit ses ravages. C'est typiquement italien ! La direction m'a accordé quelques jours de réflexion, et sur la route entre Wels et Graz, où j'étais attendu à l'entraînement, j'ai reçu un coup de fil de mon agent. Il voulait savoir à quelle heure j'arriverais à Graz, car Anderlecht était intéressé. J'ai visité Anderlecht le lendemain et j'ai directement eu un bon sentiment. Ma première impression était meilleure qu'à Empoli. On ne refuse tout de même pas une proposition de la Serie A pour jouer dans le championnat de Belgique ? ZULJ : Si l'on prend tout dans sa globalité, Anderlecht était le choix le plus évident. La réputation du club, le stade, les facilités d'entraînement... C'est ce qui a fait pencher la balance. Et j'estime qu'il y a de grandes chances qu'Anderlecht me permette de franchir un cap supplémentaire dans ma carrière. Votre arbre généalogique a des racines jusqu'en Croatie. Quand votre famille a-t-elle émigré en Autriche ? ZULJ : Mes parents ont émigré en 1990, juste avant l'éclatement de la guerre civile. Lorsqu'ils sont passés de Croatie en Autriche, ils ne parlaient pas un mot d'allemand. Ils ont appris la langue sur le tas, mais à la maison, on ne parlait que le croate. C'est encore le cas aujourd'hui. J'ai été bercé par la culture croate et je ne me pose pas de questions à ce sujet. Mon père et ma mère ont beaucoup de mérites : ils ont trouvé du travail, ils ont réussi à nourrir leurs trois enfants et à leur donner une bonne éducation. Je ne peux pas leur reprocher de ne pas parler très bien l'allemand. Mais il est vrai qu'à cause de cela, j'ai eu des difficultés à l'école, au début. Lorsque vous étiez jeune, espériez-vous un coup de fil de la fédération croate ? ZULJ : Je me sens à la fois Croate et Autrichien. Je suis né en Autriche, j'ai grandi en Autriche et j'ai suivi toute ma scolarité en Autriche. Pour moi, porter les couleurs de l'équipe nationale autrichienne était un choix logique. Je n'ai jamais dû choisir entre l'Autriche et la Croatie. Le contexte est spécial dans les pays de l'ex-Yougoslavie. Chez les jeunes, ils ne sélectionnent pas de joueurs qui vivent en dehors de la Croatie. Pas pour une quelconque mauvaise volonté, mais par choix financier. Ils n'ont pas d'argent pour payer des billets d'avion aux jeunes expatriés. Pour les instances croates, je n'étais d'ailleurs qu'un gamin avec un passeport autrichien. Et lorsque je vois qui joue à ma position en équipe nationale croate - Luka Modric, Ivan Rakitic et Marcelo Brozovic pour n'en citer que quelques-uns - je pense avoir effectué le bon choix.