Celui qui a assisté samedi soir au match d'Anderlecht à Eupen et à la conférence de presse qui a suivi sait où il faut chercher la classe des Mauves actuellement. Pendant le match, c'est le long de la touche, et après, c'est derrière une table sur laquelle un petit écriteau renseigne un nom: celui de Vincent Kompany.
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Celui qui a assisté samedi soir au match d'Anderlecht à Eupen et à la conférence de presse qui a suivi sait où il faut chercher la classe des Mauves actuellement. Pendant le match, c'est le long de la touche, et après, c'est derrière une table sur laquelle un petit écriteau renseigne un nom: celui de Vincent Kompany. Il s'en sort comme toujours avec brio, pendant que l'entraîneur local Stefan Krämer en est réduit à écouter. C'est avec beaucoup d'humour que le technicien anderlechtois s'en excuse, dans un allemand parfait: "Désolé de prendre tout le temps de parole, il n'y a que lorsque je gagne que l'on ne me pose que deux questions." Le charisme de Vincent Kompany est, avec la source presque inépuisable de jeunes talents provenant de l'académie, l'un des rares points de satisfaction qui subsistent de l'Ancien Régime. Il y a deux ans et demi, lorsque Kompany a choisi d'aider son club à retrouver sa gloire d'antan plutôt que de profiter de sa retraite, il ne s'était sans doute pas imaginé une seconde qu'en 2021, il n'aurait pas beaucoup avancé dans le " process". Car aujourd'hui, Vincent ne dispose toujours pas d'un noyau qualitativement suffisant pour lui permettre de développer le football dont il rêve. Il essaie donc d'avancer par petits pas, comme samedi à Eupen, où il a d'abord essayé d'améliorer sa défense après la douloureuse défaite concédée dans le derby contre l'Union lors de la première journée. Il a commencé avec une défense à trois, mais celle-ci s'est rapidement transformée en défense à cinq lorsque le latéral droit Amir Murillo et le latéral gauche Sergio Gómez ont reculé pour contrer les montées des latéraux locaux Andreas Beck et Konan N'Dri. Dans un passé pas si éloigné, Anderlecht ne se serait pas soucié des velléités d'un adversaire aussi modeste et aurait simplement imposé son jeu, en clamant: " We are Anderlecht!" Mais les temps ont changé. "Que nous évoluions avec cinq, quatre ou trois défenseurs, ça ne change rien", a affirmé Kompany: "Quel que soit le dispositif utilisé, notre philosophie est toujours la même. Et après les erreurs commises une semaine plus tôt, je voulais d'abord amener de la stabilité en défense. Nous y sommes parvenus. Cette équipe doit grandir étape par étape." Samedi, Wesley Hoedt a dirigé la défense en patron. Devant lui, les joueurs ont bien fait circuler le ballon. Mais sans créer beaucoup de danger. De temps en temps, les Mauves ont tenté une passe en profondeur, mais pas toujours au bon moment, lorsque Murillo, Gómez ou Benito Raman plongeait dans l'espace. Ce n'est que lorsque le Soulier d'Or Lior Refaelov est monté au jeu à vingt minutes de la fin que le Sporting a trouvé un peu plus d'inspiration dans son jeu offensif. Mais la source s'est tarie à dix minutes du coup de sifflet final, et les Bruxellois se sont de nouveau contentés de faire tourner le ballon sans même essayer d'arracher la victoire. C'eut été impensable à l'époque d' Olivier Deschacht et consorts. Le Sporting ne se serait pas contenté d'un pénible match nul contre Eupen. Heureusement, Kompany croit toujours en son projet, même s'il n'y a pas que les journalistes et les consultants qui froncent les sourcils. Le jour où lui-même ne croira plus en son process, une page sera tournée. Mais il faut entretenir la flamme de l'espoir. Les supporters d'Anderlecht, habitués depuis des décennies à voir leur équipe dominer et gagner, ont beaucoup de mal à accepter cet éternel recommencement, sans réellement constater de vrais progrès. Chaque club peut connaître une période plus compliquée, mais même dans les années difficiles du Club Bruges, les nouveaux hommes forts Bart Verhaeghe et Vincent Mannaert ont réussi à hisser chaque année les Blauw en Zwart dans le top 3. Ils ont changé beaucoup de choses, mais sans jamais toucher à l'âme du club. Au contraire. La devise No Sweat, No Glory est toujours d'application. À Anderlecht, même les élégants costumes du club ont disparu. Sur le terrain également, les Mauves font du surplace. Ces dernières années, les successeurs d' Herman Van Holsbeeck ou Luc Devroe ont aussi engagé des joueurs qui ont coûté des millions. La plupart du temps, ceux-ci n'ont fait que passer. Avec pour conséquence qu'il faut de nouveau tout recommencer. Les joueurs eux-mêmes l'ont admis à demi-mot, samedi. "Sur le plan offensif, on doit encore s'améliorer", estimait Benito Raman. "Pour l'instant, chacun doit encore chercher à quel endroit il doit adresser ses passes." "L'objectif, c'est de progresser", disait quant à lui Hendrik Van Crombrugge. "Notre problème, c'est qu'à certains moments, on joue bien, mais que ça s'arrête là. On doit apprendre à ponctuer ces périodes de beau jeu par des occasions concrètes." Les points qu'Anderlecht doit encore travailler, ne sont-ils pas exactement les mêmes qu'il y a un an? "En fait, comme la saison dernière, beaucoup de joueurs sont partis et beaucoup d'autres sont arrivés", répond le gardien, laconique. Le milieu de terrain local Jens Cools trouve qu'affronter Anderlecht est très différent d'affronter le Club Bruges: "Les Brugeois ont beaucoup plus de profondeur dans leur jeu, plus de verticalité. Contre Anderlecht, nous avons dû beaucoup plus nous déplacer horizontalement, de gauche à droite, mais leurs offensives se sont arrêtées aux seize mètres. Anderlecht n'a pas exercé la même pression sur nous, notre tâche s'en est trouvée facilitée mentalement." Ce jeudi, Anderlecht affronte un adversaire albanais totalement inconnu en tour préliminaire de la Conference League. Pourtant, personne n'ose se risquer à affirmer que ce ne sera qu'une promenade de santé pour le Sporting. Lorsqu'on lui demande si ce match occasionne une pression supplémentaire, Kompany s'en tire avec une pirouette: "À Anderlecht, la pression est permanente. Ça ne changera pas. Il faut simplement pouvoir la supporter." Lui en est capable. Mais est-ce le cas de tout le monde?