Le ciel sur la tête. Un seum de malade. La crasse poisse.
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Le ciel sur la tête. Un seum de malade. La crasse poisse. Toutes des expressions bien pratiques pour résumer les débuts de Timon Wellenreuther chez nous. Reconstruction. Ce gardien allemand débarque à Anderlecht pendant l'été 2020, à un moment où Hendrik Van Crombrugge n'arrive pas à se mettre d'accord avec la direction sur une revalorisation de son contrat et est annoncé sur le départ. Le nouvel entraîneur des gardiens, le Néerlandais Jelle ten Rouwelaar, connaît bien Wellenreuther, qui sort de trois bonnes saisons aux Pays-Bas avec Willem II. Un Timon qui s'imagine donc titulaire sur le long terme. Mais Van Crombrugge finit par rester. Et joue, évidemment. Suite des malheurs de l'Allemand. Il est un des premiers positifs au Covid du noyau mauve. Mais ce n'est pas tout. Début octobre, Bruges. Van Crombrugge commet un penalty et se blesse, il doit sortir. Le premier ballon que Wellenreuther négocie en Belgique, c'est un face-à-face avec Hans Vanaken, qui transforme l'essai. Il n'a pas encore touché un cuir en JPL... qu'il a déjà un but dans sa valise. Un seum de malade, qu'on vous disait. Pour ce fils de très bonne famille, le foot n'est pas une histoire simple. Il a seulement 25 ans, mais déjà quelques solides déconvenues au compteur. Un mot d'abord sur cette très bonne famille. Son père est un certain Ingo Wellenreuther. Inconnu chez nous, bien connu de l'autre côté de la frontière. Un homme aux multiples vies. Juge dans un premier temps, ensuite pilier du Bundestag sous le drapeau CDU, celui d' Angela Merkel. Mais aussi président d'un club de foot de haut niveau, Karlsruhe. La logique aurait voulu que le fils fasse un morceau de carrière là-bas. Justement, non. Il s'est retrouvé en équipes de jeunes de Karlsruhe. Jusqu'au jour où la coupe fut pleine, comme il l'a expliqué au magazine Voetbal International quand il jouait aux Pays-Bas. "Déjà, je n'ai pas fait un passage direct d'un tout petit club à Karlsruhe. Chez moi, ça a été progressif, plusieurs fois des petits bonds en avant, vers des clubs un rien plus forts, avant Karlsruhe. Tout simplement parce que je n'avais pas un talent exceptionnel. Mes coaches étaient unanimes là-dessus. En plus, je n'étais pas très grand, ce qui ne m'aidait pas. Je suis arrivé à Karlsruhe avant que mon père devienne président, mais ça, personne ne le faisait remarquer. Dès qu'il a été nommé, j'ai entendu plein de fois des remarques du style: Tu es ici seulement parce que tu es le fils du boss. J'en ai eu trop marre et j'ai dit un jour à mon agent: S'il te plaît, fais-moi vite partir." La sortie est belle. Il se retrouve à Schalke 04, à 18 ans. Il y termine son écolage. Puis devient pro et accède au noyau A. À peine installé, un coup de tonnerre retentit dans le ciel de Munich. Février 2015, Schalke se produit à l'Allianz Arena. Timon Wellenreuther est sur le banc et déjà bien content d'y être étant donné qu'en théorie, il n'est que le troisième gardien. Mais ce jour-là, Roberto Di Matteo le fait avancer d'un cran. C'est 0-0 à la mi-temps et pendant le quart d'heure de pause, Wellenreuther tape gentiment la balle avec les autres réservistes, histoire de maintenir les muscles à une température correcte. Le préparateur des gardiens surgit subitement du vestiaire et lui lance: "Échauffe-toi, Fabian a un peu mal à l'aine. Ça va, mais on ne sait jamais". Fabian, c'est Fabian Giefer, le titulaire. À ce moment-là, on le cache à Wellenreuther, mais le verdict tombe. Giefer est incapable de remonter sur la pelouse. On lui cache pour qu'il n'ait pas le temps de stresser avant ses débuts en Bundesliga. "Je ne l'avais vraiment pas vu venir", confie-t-il à VI. "Jusqu'au moment où les joueurs sont revenus sur le terrain. Des équipiers m'ont souhaité bonne chance. Là, j'ai compris. Mais je n'étais pas du tout prêt. J'avais les chaussettes sur les chevilles, mon maillot était resté sur le banc, je n'avais pas de protège-tibias. Di Matteo m'a crié que j'allais jouer. Dans l'Allianz blindée, devant 70.000 personnes. Le staff a sans doute bien fait de ne rien me dire avant le dernier moment. Si on m'avait prévenu un quart d'heure plus tôt, je serais devenu fou." Pendant ses trois premiers quarts d'heure comme pro, il encaisse un but. D' Arjen Robben. Mais Schalke quitte Munich avec un point et un gamin dans les buts qui a sorti plusieurs ballons chauds. Le gamin a tutoyé Manuel Neuer, Mario Götze, Xabi Alonso, Thomas Müller. Un demi-mois plus tard, il tape encore plus haut. Les infirmiers de Gelsenkirchen continuent à remettre des gardiens sur pied. Donc, Wellenreuther est toujours le choix par défaut. Et c'est le grand Real qui fait le déplacement dans la Ruhr pour un huitième de finale aller de Ligue des Champions. Raphaël Varane et Pepe derrière, Toni Kroos au milieu. Mais surtout, devant, Gareth Bale, Karim Benzema et Cristiano Ronaldo. Les Espagnols font le taf: 0-2. Avec une banderille de CR7. Wellenreuther n'est pas tout blanc sur la phase. Mais à côté de ça, il fait un gros match. En étant devenu le plus jeune gardien allemand jamais aligné en Champions League. Et Schalke va créer un petit exploit, au retour, en triomphant à Bernabéu, 3-4. Insuffisant pour passer, mais quand même. Au passage, Cristiano en a ajouté deux à ses stats. Pendant 180 minutes, Timon Wellenreuther a eu la tête dans les étoiles. Et il a fait une rencontre qui va le poursuivre très longtemps encore. Il l'a racontée dans une interview diffusée sur un site allemand. "J'ai échangé mon maillot avec Iker Casillas. C'est une légende que j'ai admirée dans ma jeunesse. Ce maillot, je ne vais jamais l'abandonner, il aura toujours une place d'honneur, il est accroché dans mon salon." Et puis, San Iker l'a complètement flatté. "Au moment de lui demander son maillot, j'étais un peu nerveux, mais il a été super. Il a mis son bras autour de mon cou et m'a dit un truc que je n'oublierai jamais: Bien joué, gamin, tu es l'avenir. Quand je serai retraité, quand je regarderai des matches à la télé, je te suivrai." Tout ça, ce sont les roses. Mais le gars a aussi eu les pots. Son histoire avec Schalke, c'est de l'amour, mais aussi de la haine. À vingt piges, il est prêté en D2 espagnole, à Majorque, histoire d'accumuler du temps de jeu - ce qu'il fait, et plutôt bien. Quand il rentre à Gelsenkirchen, il rêve un peu qu'on le transforme en titulaire. Rien de tout ça. Il est considéré au mieux comme numéro 2, au pire comme troisième. Il comprend que ça va être compliqué et qu'il a intérêt à aller voir ailleurs. La direction n'y voit pas d'inconvénient. Mais fixe un prix, non négociable: trois millions. "Ils ont joué un drôle de jeu. Il restait quatre jours avant la fermeture du mercato et je ne pouvais partir que pour un prix qui ne correspondait pas à celui d'un réserviste. Donc, forcément, je n'ai rien trouvé. Et j'ai vécu une saison de galères." Ce n'est pas le seul sale coup que Schalke lui fait cet été-là. Timon Wellenreuther, international espoir (où il a travaillé avec Horst Hrubesch), est repris dans le noyau qui doit préparer le tournoi olympique à Rio. Mais son club lui interdit d'y aller. Une croix sur une expérience qu'un footballeur ne peut vivre qu'une seule fois, et ça le fait toujours bondir aujourd'hui. Il est temps pour lui de quitter la Ruhr. Il part à Willem II, et là, il va vivre trois saisons pleines. Avec une qualification européenne à la clé. Et une séance de tirs au but un peu folle contre l'AZ, en demi-finale de la Coupe, au cours de laquelle il en arrête trois. Willem II jouera et perdra la finale face à l'Ajax. Timon Wellenreuther a vite trouvé ses repères et son rythme aux Pays-Bas. Ça aussi, il l'explique bien dans les colonnes de l'hebdo: "Il y a eu un basculement pendant la période de préparation, la première saison. On est tous partis à la kermesse de Tilburg, on s'est retrouvés dans un grand chapiteau où ils passaient une musique horrible. Les paroles étaient en néerlandais, je ne comprenais rien à ce qu'ils disaient et c'était impossible de danser sur des trucs pareils. Après ça, on est partis en ville. Et c'est comme ça, ce soir-là, que j'ai appris à connaître mes nouveaux coéquipiers. Dans un vestiaire, on parle toujours des mêmes choses: les blagues de footballeurs, le 4-4-2, le 4-3-3, la façon de mettre une pression sur l'adversaire. Cette bonne sortie m'a aidé à mieux m'intégrer au groupe." Surtout, il a découvert là-bas un monde du foot plus humain, plus chaleureux. "En Allemagne, ce n'est pas courant que des joueurs aient une vraie discussion avec leur entraîneur. En trois ans à Schalke, je ne dois pas avoir parlé cinq fois à un de mes T1. C'est complètement différent aux Pays-Bas." Depuis novembre et la blessure de Van Crombrugge, Wellenreuther est dans le but bruxellois. Et va y rester un bon moment encore. Ses objectifs sont calibrés. "N'importe quel joueur allemand rêve de s'imposer en Bundesliga." Et: "Une fois que vous avez joué en Ligue des Champions, vous voulez y retourner. C'est l'élite, une drogue." À plus court terme, il y a ses ambitions en mauve: "Bien sûr, c'est triste pour Van Crombrugge qu'il se soit blessé. Mais mon objectif est de rester titulaire. Ça n'a pas changé depuis mon arrivée."