L'espace de quelques secondes, Lukasz Teodorczyk s'est abstrait du monde au Jan Breydel. Le Polonais le plus dénigré de Belgique s'est agenouillé, il a pointé les deux index vers le ciel et s'est envolé, en pensées, vers son frère récemment décédé. Le but de Teo était l'étrange apothéose du plan de Hein Vanhaezebrouck. Un plan que HVH préparait sans doute depuis un certain temps et auquel il a consacré sa semaine depuis lundi.
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L'espace de quelques secondes, Lukasz Teodorczyk s'est abstrait du monde au Jan Breydel. Le Polonais le plus dénigré de Belgique s'est agenouillé, il a pointé les deux index vers le ciel et s'est envolé, en pensées, vers son frère récemment décédé. Le but de Teo était l'étrange apothéose du plan de Hein Vanhaezebrouck. Un plan que HVH préparait sans doute depuis un certain temps et auquel il a consacré sa semaine depuis lundi. La veille du clash à Bruges, il a même organisé un match à onze contre onze pour mettre la dernière main à sa tactique. Il savait qu'il pouvait arracher quelque chose au Club Bruges. Il avait prévenu ses joueurs et annoncé ses intentions avant le week-end : " Je n'emmènerai personne qui ne soit pas persuadé que quelque chose soit possible. Il est difficile de prendre des points au Club, c'est clair, mais difficile ne veut pas dire impossible. " Le concept de Vanhaezebrouck était basé sur plusieurs piliers : monopoliser le ballon, chercher les hommes démarqués, Lazar Markovic et Ryota Morioka, bloquer le Club très haut et neutraliser l'entrejeu Vormer-Vanaken-Nakamba. Mais surtout bien passer le cap de la première demi-heure et ne pas encaisser de but en première mi-temps. " Le plan du coach ? Nous ne voulions pas concéder dix occasions comme il y a quelques mois lors du 5-0. Je n'en dirai pas plus ", a déclaré Matz Sels avec un sourire mystérieux. Par la suite, nul n'a voulu dévoiler les manoeuvres de Vanhaezebrouck mais les joueurs étaient unanimes : la tactique avait fonctionné. " Prenez notre deuxième but : on a exercé cette phase. Mais on a surtout été bons sur le plan collectif ", a déclaré Olivier Deschacht, qui a disputé son 600e match pour Anderlecht à Bruges. Selon ses propres dires, Vanhaezebrouck était satisfait du niveau de jeu d'Anderlecht ces dernières semaines et des initiatives que l'équipe osait désormais prendre. Il n'avait qu'un reproche à adresser à ses joueurs et il l'avait déjà formulé à l'issue du premier match de PO1, contre Gand : leur manque d'efficacité. Dimanche, c'était manifeste : le Sporting des play-offs n'a plus rien à voir avec l'équipe qui a été laminée 5-0 en décembre par un Club Bruges qui survolait alors la compétition. Cette fois, les Mauves ne se sont pas déplacés dans la Venise du Nord pour y creuser des tranchées. Ils ont fait preuve d'audace en s'appuyant sur leurs points forts, ce qu'ils n'avaient plus fait depuis des années au Jan Breydel. Anderlecht a en fait joué à l'image de ses leaders, Sven Kums et Adrien Trebel. Avec beaucoup de dynamisme, de la maturité et de la volonté. Après 37 journées, Anderlecht semble enfin avoir retrouvé sa stabilité défensive. Deschacht et Andy Najar sont revenus dans le onze de base et l'arrière central Leander Dendoncker assume pleinement son rôle de faux playmaker. " C'est ce qui fait le charme des PO1. Certains joueurs se subliment ", a raconté Marc Coucke sur Proximus TV. " Le Dendoncker actuel doit être le frère jumeau de celui d'il y a deux mois. Quant à Najar, il est déjà le meilleur transfert en prévision de la saison prochaine. " Quelques jours avant l'affiche, l'ambiance était plutôt positive à Anderlecht. Le champion en titre était déjà content que la course aux lauriers ne soit pas encore pliée à ce stade de la compétition. Le Sporting n'a pas dévié d'un millimètre de son point de vue officiel suite à sa victoire inattendue et turbulente à Bruges : pour le moment, il se concentre sur la deuxième place. Nul ne s'est donc laissé entraîner dans des déclarations tonitruantes car une saison de course-poursuite a rendu Anderlecht particulièrement modeste. Joueurs, staff technique et direction sont conscients de n'être pas assurés du graal, même s'ils réalisent un 15/15 au second tour des play-offs. Dans le camp anderlechtois, nul ne se hasarde à dire qu'il va devancer son rival flandrien. Ça rappelle un peu le thriller à la Hitchcock d'il y a trois ans et la lutte livrée par Gand, le Club Bruges et Anderlecht sous le regard de milliers de supporters. Jusqu'à la fin, Vanhaezebrouck avait fermement nié toute ambition de titre à la Ghelamco Arena. Même après son succès 2-3 sur le terrain du Club, lors de la huitième journée, quand le titre était à portée de main. " Sommes-nous candidats au titre ? Permettez-moi de formuler les choses ainsi : le titre n'est pas une ambition mais je n'ai jamais dit non plus que nous ne battrions pas pour le décrocher si nous en avions l'occasion ", avait déclaré un Vanhaezebrouck apparemment franc. Le coach voulait protéger Gand de la pression le plus longtemps possible, craignant qu'elle ne fasse rompre ses joueurs. " Une tape sur l'épaule suffit à certains. D'autres ont besoin d'un bon entretien mais pour certains, il n'existe aucun remède contre le stress ", argumentait-il à l'époque. " Des footballeurs, même très chevronnés, souffriront de leurs nerfs jusqu'au dernier match. " Trois ans plus tard, Vanhaezebrouck n'a aucune raison d'adapter sa stratégie. S'il le faut, il ne prendra position que lors du dernier match, à domicile contre Genk. Dimanche, il a balayé toutes les prévisions. " Ne parlons pas du titre pour le moment. Ceci est peut-être un instantané. La dernière fois, on est revenu à trois points du Club Bruges puis on a craqué. " Ses difficiles conditions de travail ont contraint Vanhaezebrouck à se muer en people manager. Ainsi continue-t-il à soutenir Sylvère Ganvoula alors que beaucoup d'analystes et de supporters l'ont classé depuis longtemps. " Certains analystes exagèrent au sujet de Ganvoula. On ne fait pas ça à un joueur. Ganvoula est notre deuxième avant. Il doit être prêt s'il arrive quelque chose à Teodorczyk. On ne peut donc pas le juger comme s'il était le premier avant d'Anderlecht ni le comparer aux grands attaquants du Sporting, comme Dieumerci Mbokani et Aleksandar Mitrovic. " Alors qu'à Gand, il avait mis à profit son surplus de génie tactique dans les matches décisifs des PO1, l'année du titre, Vanhaezebrouck fait maintenant la différence par sa gestion du groupe. La façon dont il a mué en potentiels faiseurs de titre des joueurs comme Dendoncker, Teodorczyk, Najar et Kums, tous classés à leur tour cette saison, est impressionnante. Les footballeurs sont prêts à aller au feu pour un entraîneur pareil. Même un Desschacht, que Vanhaezebrouck avait relégué dans le noyau B. " C'est la plus belle victoire de ma carrière ", a déclaré Deschacht au terme de la première victoire bruxelloise à Bruges en deux ans et demi. " Quelqu'un m'a demandé ce que disputer mon 600e match au Club Bruges me faisait. J'ai répondu que j'aurais préféré un autre match. À domicile ou, disons, à Charleroi. On ne m'a pas fait de cadeau, vous savez. J'ai travaillé d'arrache-pied, sans jamais douter de moi-même. Je suis ambitieux, sans doute trop, mais allez me donner tort... J'ai montré qui j'étais. Maintenant, c'est à Marc Coucke de décider si je peux encore jouer un an. "Par Alain Eliasy