Au lendemain de la défaite à domicile face à Saint-Trond, les murs tremblent à Neerpede. Herman Van Holsbeeck et Roger Vanden Stock se rendent au centre d'entraînement et rappellent aux joueurs qu'ils ont des devoirs. Dans les couloirs, on assiste à un défilé de mines allongées. Le mot d'ordre est clair : ne peuvent entrer à Neerpede que ceux qui ont quelque chose à faire. En petit comité, René Weiler est de plus en plus critiqué. Personne ne nie les mérites du Suisse sur le plan de la discipline mais son approche tactique ne plaît pas à tout le monde au sein du club, où on se rend de plus en plus compte que, l'an dernier, il a eu de la chance d'être champion. " Tout le monde espérait qu'on joue mieux au football mais cela ne se produit pas ", nous dit-on. " Au contraire : on régresse. " Van Holsbeeck a beau faire semblant de rien vis-à-vis de l'extérieur, en interne, il met la pression sur l'entraîneur.
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Au lendemain de la défaite à domicile face à Saint-Trond, les murs tremblent à Neerpede. Herman Van Holsbeeck et Roger Vanden Stock se rendent au centre d'entraînement et rappellent aux joueurs qu'ils ont des devoirs. Dans les couloirs, on assiste à un défilé de mines allongées. Le mot d'ordre est clair : ne peuvent entrer à Neerpede que ceux qui ont quelque chose à faire. En petit comité, René Weiler est de plus en plus critiqué. Personne ne nie les mérites du Suisse sur le plan de la discipline mais son approche tactique ne plaît pas à tout le monde au sein du club, où on se rend de plus en plus compte que, l'an dernier, il a eu de la chance d'être champion. " Tout le monde espérait qu'on joue mieux au football mais cela ne se produit pas ", nous dit-on. " Au contraire : on régresse. " Van Holsbeeck a beau faire semblant de rien vis-à-vis de l'extérieur, en interne, il met la pression sur l'entraîneur. Mais le manager général a d'autres chats à fouetter. Sa priorité numéro un consiste à régler le dossier Mile Svilar, qui boycotte l'entraînement et fait beaucoup de bruit. L'attitude du jeune joueur ne surprend personne : début août, il avait déjà refusé de disputer l'Otten Cup à Eindhoven avec les U19. Depuis, il n'est plus venu à l'entraînement et a refusé de répondre au téléphone aux gens qui tentaient d'intervenir. Van Holsbeeck tente aussi de sortir de l'impasse en ce qui concerne le transfert de Leander Dendoncker. Dans l'entourage du joueur, on se tait mais à Anderlecht, on sait qu'il y a 90 % de chances que le Flandrien s'en aille. Son attitude le trahit. Au club, Dendoncker (22 ans) passe pour un garçon toujours de bonne humeur mais actuellement, il ne regarde personne droit dans les yeux quand il dit bonjour. À l'entraînement, Weiler remarque qu'il a la tête ailleurs. Quelques jours plus tard, il ne le reprendra d'ailleurs pas pour le match à La Gantoise. " Il n'est pas prêt mentalement ", dit-il. L'approche de la clôture du mercato, c'est le Mogi Time. Bayat est le roi des accords de dernière minute, mais ça fait quelques jours qu'on ne l'a plus vu à Neerpede. Ce n'est pas un hasard puisque Van Holsbeeck, Jo Van Biesbroeck et Vanden Stock sont à Monaco pour le tirage au sort de la Ligue des Champions. Le manager le plus actif de Belgique n'a donc rien à faire à Anderlecht. Au grand soulagement de quelques employés du club, qui n'ont pas oublié son comportement lors du récent Chaleroi-Anderlecht. Bayat aurait en effet célébré ostensiblement au moins un des buts carolos. " Il gagne beaucoup d'argent grâce à Anderlecht. Est-ce trop lui demander que de se contenir lorsque l'adversaire inscrit un but ? " Après ces quelques jours difficiles, le tirage au sort ramène l'ambiance dans la maison mauve. Tout le monde a l'impression qu'Anderlecht est de retour sur la scène européenne. De plus, avec la venue du Bayern, du PSG et du Celtic, le club bruxellois est sur le point de faire une bonne affaire sur le plan financier, quel que soit le nombre de points récoltés. Entre eux, les joueurs parlent de troisième place mais ils savent que la Ligue des Champions ne fera pas oublier leur mauvais départ en championnat. Depuis lundi, Van Holsbeeck a donc mis le doigt sur les raisons de ces débuts calamiteux : les joueurs ne se battent pas suffisamment, ils ne forment pas un bloc et ne jouent pas en équipe. Le remède semble facile à trouver. " René Weiler doit d'abord réinstaurer une bonne mentalité au sein du groupe ", dit Van Holsbeeck. " Ce n'est qu'après qu'on pourra soigner le jeu. " Anderlecht travaille donc désormais totalement différemment : d'abord on court, ensuite on joue. L'attaque, les combinaisons, la domination... c'était avant. Le patrimoine anderlechtois continue à être dilapidé sans que personne ne lève le petit doigt. Ces dernières années, Van Holsbeeck a déterminé de nouvelles valeurs. Il a fait de joueurs comme Kara et Lukasz Teodorczyk - des guerriers parfois trahis par leurs pieds - les nouveaux visages d'Anderlecht. Les deux armoires à glace du Sporting constituent à la fois le point fort et le tendon d'Achille de l'équipe : intrinsèquement, ils font partie du top 5 belge à leur place respective mais leurs limites empêchent l'équipe de développer un style de jeu offensif. Cela s'est encore vu à la Ghelamco Arena. En première mi-temps, on se serait cru la saison dernière, tellement c'était mauvais. La Gantoise a dominé, Anderlecht s'est contenté d'attendre et de répliquer par des coups d'Uros Spajic ou Kara. Après une demi-heure, les supporters anderlechtois en ont eu assez et ont commencé à chanter " Nous on veut du football. " Est-ce le début d'une révolte silencieuse contre Weiler, l'iconoclaste ? La mauvaise prestation anderlechtoise a également déplu au public gantois, qui l'a impitoyablement qualifiée d'anti-football. Les statistiques en disent long : Anderlecht n'a possédé le ballon que pendant 35 % du match. D'un côté parce que Weiler n'avait pas l'intention de prendre les choses en mains et de l'autre, parce que les joueurs ne sont pas capables de monopoliser le cuir. " On peut quand même attendre d'Anderlecht qu'il joue au football ", dit Hein Vanhaezebrouck, ajoutant avec une bonne dose de sarcasme : " Ou alors, nous étions tellement bons en première mi-temps qu'ils ne pouvaient pas faire mieux. " Après cinq matches, le bilan est inquiétant : cinq points, une différence de buts négative et une onzième place au classement. Weiler estime que l'équipe a perdu en qualité et que le groupe est en reconstruction. Une conclusion étrange quand on sait qu'il n'a véritablement perdu que Youri Tielemans. Zulte Waregem a vu partir Henrik Dalsgaard, Lukas Lerager, Mbaye Leye et Soualiho Meïté et pourtant, Francky Dury parvient à produire du beau jeu. Il faut toutefois reconnaître une qualité à Weiler : il ne panique pas. Les jours qui ont précédé le déplacement à Gand, il a conservé son calme et a mis une bonne ambiance à l'entraînement. " Les dix unités de retard sur Bruges et Charleroi ne me dérangent pas mais, à partir du mois de septembre, il faudra prendre des points ", dit-il. Sur le fond, il n'a pas tort. Par contre, la méforme de ses attaquants, Teodorczyk et Henry Onyekuru, auteurs de 44 buts ensemble l'an dernier, doit l'inquiéter. Anderlecht n'a inscrit que trois goals cette saison, c'est l'équipe la moins productive de Belgique. Mais Weiler ne parle pas de tout ça, et ses joueurs non plus. Le seul qui mette le doigt sur la plaie, c'est Ivan Obradovic. Quand on lui demande de quoi Anderlecht a besoin pour reconduire son titre, il répond : " De quelques nouveaux joueurs... Et il faudrait aussi que nous jouions mieux que la saison dernière. " Par Alain Eliasy