L'Anderlecht nouveau est arrivé. Voici quelques mois, De Tijd a même parlé de révolution commerciale depuis l'arrivée de Marc Coucke. À l'en croire, ce dernier n'aurait mis que trois mois à atteindre l'équilibre en diminuant les coûts et en augmentant les recettes. Ce que les chiffres ne disent pas, c'est que derrière la consolidation des finances se cache une véritable restructuration. Après une analyse en profondeur, les chefs de département se sont vus contraints de respecter les budgets. Dans le meilleur des cas, des collaborateurs ont été appelés au département RH afin de discuter d'une diminution de salaire. Au total, une vingtaine de personnes ont été virées. Ceux qui n'apportaient pas de plus-value ou n'avaient pas le profil adéquat ont dû partir. Après un audit, Coucke & Cie s'en sont surtout pris aux vieux serviteurs du club comme Yvon Verhoeven, Pierre Leroy, Pierre Desmet ou Robert Steeman. Au sein de la cellule scouting, les premiers départs sont attendus aussi.
...

L'Anderlecht nouveau est arrivé. Voici quelques mois, De Tijd a même parlé de révolution commerciale depuis l'arrivée de Marc Coucke. À l'en croire, ce dernier n'aurait mis que trois mois à atteindre l'équilibre en diminuant les coûts et en augmentant les recettes. Ce que les chiffres ne disent pas, c'est que derrière la consolidation des finances se cache une véritable restructuration. Après une analyse en profondeur, les chefs de département se sont vus contraints de respecter les budgets. Dans le meilleur des cas, des collaborateurs ont été appelés au département RH afin de discuter d'une diminution de salaire. Au total, une vingtaine de personnes ont été virées. Ceux qui n'apportaient pas de plus-value ou n'avaient pas le profil adéquat ont dû partir. Après un audit, Coucke & Cie s'en sont surtout pris aux vieux serviteurs du club comme Yvon Verhoeven, Pierre Leroy, Pierre Desmet ou Robert Steeman. Au sein de la cellule scouting, les premiers départs sont attendus aussi. Avec le licenciement abrupt de Herman Van Holsbeeck, le ton était donné : Coucke n'avait pas prévu de fête d'adieu pour les partants. À Neerpede, la dureté avec laquelle les dossiers de licenciement ont été traités a fait très mal. Dans le monde de Coucke, il n'y a pas de place pour les sentiments. " Pierre Leroy, qui a passé plus de cinquante ans à Anderlecht, est parti comme un étudiant en fin de stage ", raconte un collaborateur qui connaît le club comme sa poche. " On pouvait reprocher beaucoup de choses aux anciens dirigeants mais ils avaient du coeur. Ceci dit, quand on vise la Ligue des Champions, on doit être à niveau dans tous les départements. La direction précédente gérait le club comme une affaire familiale et c'est pour cela qu'Anderlecht stagnait. " La première mission de Coucke, qui consistait à mettre en place une base financière saine et à gérer le club en bon père de famille, est à présent terminée. Mais malgré la vague de licenciements, il reste des postes à pourvoir. Étonnamment, au niveau du staff sportif, certaines missions ont été confiées à deux voire trois personnes. Tom Colpaert a été engagé en tant que team manager alors que Gunter Van Handenhoven est toujours là. L'analyste-vidéo Abé Diels, issu du monde du hockey et très apprécié par René Weiler, a été remercié et remplacé par Rudy Fort et Moussa El Habchi. Enfin, dans le staff médical, tant Chris Goossens que Jochen De Coene prétendent au titre de Head of medical department d'Anderlecht. C'est en tout cas comme cela qu'ils se présentent sur Linkedin. Au sein du club, plusieurs personnes constatent également que, dans l'entourage direct du manager opérationnel, Jo Van Biesbroeck, personne n'a été licencié. Lors de l'arrivée de l'ancien homme fort d'AB InBev, il y a trois ans, le club avait beaucoup engagé. Avant lui, au premier étage de Neerpede, une demi-douzaine de personnes était en ligne directe avec les joueurs. Aujourd'hui, on assiste à un va-et-vient de cadres qui n'ont rien à voir avec le sportif. Van Biesbroeck a amené son savoir-faire du monde des affaires et s'est entouré de quelques anciens ( Bert Van den Auwera et le directeur financier Gert Boutsen) ainsi que de jeunes au CV impressionnant qui font partie de son réseau ( Emmanuel Rutsaert). Le coming man d'Anderlecht, c'est Matthijs Keersebilck qui est, depuis 2016, le directeur du département Ventes et Marketing et qui, par le passé, a travaillé au Club Bruges ainsi que chez Lagardère. Il rêvait d'une carrière de joueur égale à celle de son idole, Gaizka Mendieta, mais c'est en coulisses qu'il gravit rapidement les échelons à Anderlecht. On dit qu'il pourrait devenir directeur de la communication, à la place de David Steegen. Tout cela donne l'impression que les pions importants de l'échiquier de Herman Van Holsbeeck doivent faire place nette. " D'un côté, il est rassurant que Coucke tiennent solidement les rênes ", dit-on à Neerpede. " Certes, c'est un homme d'affaires. Il est issu du monde de la finance mais il se passionne également pour le sport et le football. Et en sport, il n'y a qu'une chose qui compte : la victoire. Regardez comme il vibre dans les tribunes et comme il aime gagner. Il ne se contentera donc pas de remettre Anderlecht sur rails sur le plan financier. " Mais le changement qui saute le plus aux yeux est celui qui s'est produit au sein du vestiaire et sur le terrain. Hein Vanhaezebrouck a fait table rase du passé : des joueurs utilisés régulièrement la saison dernière, seuls Adrien Trebel et Alexis Saelemaekers sont sûrs de leur place. La période de préparation et les quatre victoires consécutives en championnat semblent donner raison à l'entraîneur. Par moments, lors des play-offs, les Bruxellois ne suivaient pas mais trois mois plus tard, le Flandrien est parvenu à former un rouleau-compresseur. La semaine dernière, en première période, Mouscron a été acculé, ce qui doit être la marque de fabrique du nouveau Sporting. Lorsque Andy Najar, Kenny Saief et Sven Kums seront de retour, Anderlecht doit être capable de faire mal à n'importe quelle équipe. " Le pressing et la reconversion se font bien ", disait Vanhaezebrouck après le match contre Mouscron. " Sur ce plan, ce fut un de nos meilleurs matches de la saison. À la construction, nous pouvons être meilleurs et mieux trouver les espaces. Nous ne sommes pas encore là où nous voulons arriver mais cette équipe a beaucoup de potentiel. " Thomas Didillon, Elias Cobbaut, Ivan Santini, Laandry Dimata et Ognjen Vranjes, que Vanhaezebrouck considère déjà comme un des meilleurs défenseurs du pays et une plus-value pour le football belge, ont démontré leur valeur. Reste à voir si Kristal Abazaj, Luka Adzic et surtout Zakaria Bakkali apporteront quelque chose. On dit qu'ils ne sont pas encore prêts physiquement et tactiquement pour le football prôné par Vanhaezebrouck. Un football que Trebel personnifie à merveille. Il récupère un tas de ballons et fait office de rampe de lancement, s'occupe de la transition, ouvre des brèches et est capable d'éliminer un adversaire direct. Dans le football supersonique de Vanhaezebrouck, il n'y avait pas de place pour des joueurs moins dynamiques comme Olivier Deschacht, Ivan Obradovic et Lukasz Teodorczyk, même si ceux-ci ont beaucoup apporté à Anderlecht par le passé. " Teo est un type formidable et un pince-sans-rire. Il est toujours content et il n'avait pas son pareil pour faire rigoler le vestiaire mais il méritait mieux qu'une place de troisième attaquant à Anderlecht. Nous avons opté pour le changement et les deux nouveaux ( Dimata et Santini, ndlr) se trouvent les yeux fermés ", remarque le coach. La vente de Teodorczyk à Udinese est un cadeau du ciel pour Anderlecht. Le contrat royal du Polonais (1,7 million par an) avait effrayé de nombreux clubs et Teo avait refusé de partir à Nantes ou en Championship. Mogi Bayat a réussi à convaincre ses potes d'Udinese d'aider Anderlecht. Il sera plus difficile de transférer Kara à titre définitif et Luc Devroe est donc à la recherche d'un club qui accepte de louer le Sénégalais pour un an. " Avec ses genoux, Kara ne réussira les tests médicaux nulle part, même pas à Grimbergen ", dit un agent proche d'Anderlecht. Il y a quelques semaines, Kara a passé la visite médicale à Fulham mais il n'est pas allé jusqu'au bout. En coulisses, il se chuchote que Kara n'a plus de cartilage. Car avec un genou en bon état, cela ferait longtemps que King Kara jouerait en Premier League. Le tour de force de Bayat dans l'affaire Teodorczyk lui permettra-t-il de revenir aux affaires à Anderlecht ? Probablement pas. Luc Devroe avait et a encore besoin de Bayat pour se débarrasser de quelques joueurs et Coucke ne laissera pas passer une occasion de faire du bénéfice. Le Flandrien est avant tout un homme d'affaires mais il se méfie toujours énormément de Bayat. Il serait tombé à la renverse en apprenant le montant des commissions touchées par ce dernier sur les transferts de Ryota Morioka et Lazar Markovic, l'hiver dernier. De plus, en examinant les dossiers dans lesquels Bayat était impliqué, Coucke aurait découvert des cadavres dans les placards. C'est pourquoi Bayat n'a plus aucune chance d'amener un joueur à Anderlecht tant que Coucke sera là. Le modus operandi de Devroe est identique depuis des années : il scoute personnellement les joueurs, transmet les informations à ses recruteurs et en parle à l'entraîneur. Cette méthode de travail est en totale contradiction avec celle de Bayat, qui réalise des coups. Jusqu'à l'hiver dernier, Bayat était mandaté par Anderlecht pour trouver des joueurs pour des places bien déterminées. Devroe a pour ainsi dire libéralisé le marché et procède à une adjudication publique pour chaque transfert. Chaque agent est libre de présenter un joueur. Dans le cercle des agents, on constate une énorme différence avec le passé. Devroe refuse de lier son sort à celui d'un agent même si, en transférant Antonio Milic, Dimata, Cobbaut, Adzic et Didillon, il a surtout travaillé en direct ou via des intermédiaires avec Star Factory, l'agence de Didier Frenay. Mais c'était un concours de circonstances. Patrick De Koster et Jacques Lichtenstein, deux agents proches de Devroe, n'avaient pas de joueurs de ce profil dans leur portefeuille et ils misent surtout sur les mercatos hivernal et estival de 2019 pour s'imposer à Anderlecht. Lichtenstein, qui a tout de même réussi à placer Bakkali à Neerpede, espère un retour en grâce. Il est à la base du rachat d'Anderlecht par Coucke et n'est pas très heureux d'avoir vu Frenay faire les meilleures affaires au Sporting ces derniers mois. Il se sent un peu mis à l'écart par Devroe. Les prochains mois nous diront si la stratégie de Devroe en matière de transferts est une copie de ce qui se fait à Genk. Contrairement à Van Holsbeeck, qui aimait réaliser des opérations prestigieuses comme Dieumerci Mbokani, Milan Jovanovic, Sven Kums, Steven Defour et Matz Sels, le club limbourgeois n'achète pas de vedettes, il veut que le club les forme et les revende. Aucun club belge ne possède une cellule de scouting aussi efficace dans la détection des jeunes talents, tant en Belgique qu'à l'étranger, ce qui permet de réaliser de belles plus-values. Mais la direction a compris que les investissements réalisés au sein de l'académie n'apportaient pas le rendement escompté et Genk n'arrive pratiquement plus à lancer des jeunes. Sur ce plan, Anderlecht est plus fort. À Devroe de trouver l'équilibre. En mai, Coucke avait indiqué quelle direction le club souhaitait prendre avec les jeunes : il avait fait signer un premier contrat pro à 11 joueurs des U17. Mais ce sont les U21 qui doivent devenir les véritables joyaux de la couronne de la formation des jeunes. C'est pourquoi le club a résolument opté pour la voie du professionnalisme. Avec Jonas De Roeck (T1), René Peeters (T2), Sven Van der Jeugt (entraîneur des gardiens) et Hubert Lemaire (préparateur physique), le staff n'est composé que de professionnels compétents. Comme l'équipe première, les jeunes utiliseront le système Catapult afin d'analyser les données des traceurs GPS et des cardiofréquencemètres. Les échanges entre les noyaux A et B ont été réduits au minimum. De Roeck et Vanhaezebrouck discutent mais, pour le reste, il existe une barrière formelle entre les deux formations. Elles mangent et utilisent la salle de fitness ou la salle de loisirs à des horaires différents. Vanhaezebrouck n'a pas non plus l'intention de céder des joueurs. La saison dernière, Olivier Deschacht a joué quelques matches avec les Espoirs mais depuis le début de la saison, les joueurs qui ne jouent pas ne peuvent pas s'entraîner avec le noyau B. Et encore moins jouer. Vanhaezebrouck espère compenser le manque de temps de jeu par des matches amicaux et des petits matches à l'entraînement. Vanhaezebrouck fait cependant entièrement confiance au staff des U21. D'autant que celui-ci a tout de même formé huit joueurs du noyau A actuel (Sebastiaan Bornauw, Abdul Karim Dante, Mohammed Dauda, Edo Kayembe, Alexis Saelemaekers, Albert Sambi Lokonga, Francis Amuzu et Hannes Delcroix) dont les tests physiques étaient impressionnants. La plupart ont même terminé dans la première moitié du groupe. C'est ce qui explique que, malgré l'insistance d'Emilio Ferrera, Lemaire a refusé d'aller au Standard et a survécu à un conseil de guerre auquel assistaient Van Biesbroeck, De Coene, Devroe, Kindermans, Vanhaezebrouck et Coucke. Devroe veut éviter qu'après Aaron Leya Iseka, Idrissa Doumbia, Wout Faes et Jorn Vancamp, d'autres jeunes soient prêtés à gauche ou à droite et finissent par s'en aller. Jusqu'à la saison dernière, aucune structure ne permettait de suivre de près les jeunes joueurs prêtés. De ce point de vue, le départ de Jean-François Lenvain constitue un coup dur. Après le départ de Peter Smeets, père spirituel du projet Purple Talents, Lenvain était devenu le visage de la cellule sociale d'Anderlecht. Il était le mentor de Saelemaekers, Sambi Lokonga, Dauda et Kayembe, pour n'en citer que quelques-uns. Son successeur n'est pas encore connu - si la logique est respectée, Jan Verlinden reprendra ses tâches au moins pendant un certain temps -. Mais l'heure d'une nouvelle approche a sonné. À Anderlecht, on pense sérieusement à confier certaines tâches à des entreprises extérieures. Cela obligera les agents à faire leur travail car, il était devenu habituel que la cellule sociale s'occupe de tout : la logistique, l'administratif, trouver des maisons, des voitures, etc. Dans de nombreux clubs, les joueurs reçoivent une carte de visite d'un agent immobilier et d'un concessionnaire. À eux de tirer leur plan. Il en ira peut-être bientôt ainsi à Anderlecht également. En novembre, à l'occasion de l'avant-dernier match de Ligue des Champions face au Bayern Munich, Vanhaezebrouck s'était étonné du manque de soutien vocal au stade Constant Vanden Stock. " En première mi-temps, nous avons balayé le Bayern. Le stade aurait dû exploser mais tout est resté calme. Mes joueurs auraient bien eu besoin d'un peu de soutien. " Ces dernières années, en raison de la frustration d'une partie du public et du démantèlement des célèbres blocs R, O, Q et X, l'ambiance était devenue frigide à Anderlecht. Tout avait commencé à la mi-2012. Après les travaux de rénovation, la tribune debout de 2800 places dans laquelle se trouvait le O-side était devenue un no man's land de 1200 places, souvent vides. " Nous avons demandé les statistiques au club et il est apparu qu'à certains matchs 30 à 40% des abonnés de la tribune debout ne venaient pas ", explique un porte-parole de la Mauves Army, le groupe de supporters le plus important d'Anderlecht. " Il y a quatre ans, nous étions 400 à un match. Passer de 2000 à 400 supporters, ça se voit et ça s'entend. " Depuis quelques semaines, le changement est frappant, même s'il a été initié avant l'arrivée de Marc Coucke au pouvoir. En interne, cela faisait un bout de temps qu'on discutait afin d'augmenter le nombre de places debout derrière le but pour arriver plus ou moins 2100. Contre Ostende et face à Mouscron, cette tribune n'était pas tout à fait pleine mais Vanhaezebrouck a pu constater qu'il y avait désormais davantage d'ambiance à Anderlecht. Les 300 membres de la Mauves Army n'ont qu'un seul objectif : retrouver l'ambiance des grands soirs. Pour cela, il fallait un glissement de terrain. Coucke a eu le mérite de dialoguer avec la Mauves Army. Les changements - nouveau président, nouveaux joueurs et nouvelle tribune - doivent amener davantage d'enthousiasme mais à la Mauves Army, on est bien conscient qu'il va encore falloir beaucoup de temps pour que les chants contaminent le reste du stade. " Un grand club attire des gens de tous les horizons : des fanatiques, des opportunistes, des familles, des touristes, des amateurs de football, etc. Chaque tribune a son histoire et son identité. On ne peut donc pas leur demander de chanter spontanément. Dans un premier temps, nous devons sensibiliser et rééduquer les fans qui prennent place dans la tribune debout. Depuis qu'elle a été agrandie, elle a accueilli d'autres personnes qui doivent s'habituer à nous et inversement. Certains veulent profiter de l'ambiance mais n'y participent pas. Ceux qui viennent avec nous, ne chantent pas, prennent des photos, se plaignent d'être bousculés parce qu'on saute ou râlent parce qu'un drapeau leur masque la vue n'ont pas leur place dans cette tribune. Si nous voulons mettre de l'ambiance, il faut de la discipline. Pas une dictature mais tout de même certaines règles. Si on veut que ça fonctionne bien, ce nouvel élan doit être encadré. " Le vrai test, ce sera pour quand il fera plus froid ou quand le duo Santini-Dimata ne marquera plus et que les résultats ne suivront plus. " Je suis très heureux du positivisme actuel mais tout peut changer très vite ", conclut le porte-parole de la Mauves Army. " À la mi-septembre, en une semaine, nous affrontons Genk, le Standard et un adversaire européen. Nous pouvons perdre ces trois matches et vous savez comment ça va à Anderlecht. Nous sommes patients mais la majeure partie du public anderlechtois ne l'est pas. " Par Alain Eliasy