Pour que la scène respecte vraiment le scénario du guet-apens, il aurait fallu une bonne dizaine de degrés de moins. Tout le reste y est. Les tribunes désertiques, augmentant encore l'impression de solitude inévitablement donnée par la piste d'athlétisme qui installe un gouffre entre les acteurs et leur public, d'abord. L'adversaire venu du grand nord, ensuite, avec ses crinières blondes posées sur des géants glacials. Heureusement pour le Diable, le mythe islandais n'effraie plus grand monde, quatre ans après la folle épopée de l'EURO français. Privés de relève à leur génération du miracle, et de nombreux titulaires pour fouler le pré belge, les hommes de Reykjavik ont l'allure d'un Boys band passé de mode.

Dans un pays où les enfants ne se séparent jamais du prénom de leur père, on ne rigole forcément pas avec la tradition. Quart de finaliste en France avec 36% de possession de balle, l'Islande donne le coup d'envoi, mais tient six secondes avant de confier la sphère aux pieds belges pour se retrancher dans son camp. En perte de balle, les visiteurs installent leur mur en 6-3-1, et se regroupent dans un bloc très compact, disposé entre la surface et l'orée du rond central. Comme s'ils devaient se rapprocher pour se tenir chaud.

Le ballon est donc belge, mais le début de match est scandinave. Le rythme est celui des Islandais, lent et saccadé. Et s'il faut plus de deux minutes aux hôtes d'un soir pour réussir une passe, ce sont eux qui frappent les premiers. Birkir Bjarnason profite de l'absence de pressing, visiblement thème du début de soirée, pour déposer un ballon sur la tête de Holmbert Fridjonsson, qui manque le cadre. Cinq minutes plus tard, l'attaquant trouve cette fois la cible via le pied de Jason Denayer, complice involontaire d'un ballon qui semble avoir décidé de mettre Koen Casteels dans l'embarras pour son baptême international. La chandelle involontaire allume le marquoir et les rêves islandais.

DES BUTS HORS DU JEU

La Belgique n'est pas encore sur le terrain. Elle ne le sera toujours pas une minute plus tard, malgré un score qui ne traîne pas à s'équilibrer. Au bout d'une passe de Jan Vertonghen, le décrochage masqué de Michy Batshuayi s'enchaîne sur une déviation qui met Jérémy Doku sur orbite. Ceinturée dans les starting-blocks, la fusée mauve obtient un carton jaune et un coup franc, que Dries Mertens lifte vers la lucarne. Au rebond après la parade d'Ögmundur Kristinsson, Axel Witsel remet les compteurs à zéro. Comme à Copenhague, la Belgique marque avant de jouer.

Pour le jeu, il faut évidemment passer par les pieds de Kevin De Bruyne. Discret, parfois brouillon, KDB n'a besoin que d'une passe bien calibrée pour désarçonner le bloc islandais. Alerté, Thomas Meunier trouve Mertens, qui tente de se faufiler dans les interstices du mur visiteur avant de se rabattre sur Witsel. Le tir est repoussé, mais Michy est le seul à y avoir pensé. Le supersub s'offre le genre d'occasion qu'il ne rate pas, et met les Diables aux commandes.

C'est déjà presque tout pour la première mi-temps. Au bout d'un contre à la japonaise, mené à la baguette par les pieds de KDB, Mertens trouve le gardien adverse sur la route du 3-1. Dans l'autre sens, Casteels capte une frappe anonyme peu avant la demi-heure, et réalise là son seul arrêt du match. Pendant trente minutes, la Belgique cherche son rythme sans trouver la faille dans la forteresse scandinave. De Bruyne tente plus qu'il ne réussit, et c'est finalement encore le côté droit qui s'occupe du dernier frisson avant la pause, quand un relais entre Meunier et Toby Alderweireld aboutit sur un centre proche de récompenser l'opportunisme de Mertens.

LE TEMPO DE KDB

Changement de côté, et de rythme. Dès son premier ballon de la deuxième mi-temps, De Bruyne élimine quatre adversaires en une passe pour servir Batshuayi. Cinq minutes plus tard, King Kev décroche un corner, donné et conclu par Mertens. Le Napolitain alerte De Bruyne via Doku, et le Player of the Year d'outre-Manche feinte une frappe puis dépose une passe. Déséquilibré par son adversaire, Dries marque avant de tomber. On répète souvent l'importance des phases arrêtées face à un bloc regroupé. Les Diables appliquent l'adage à leur manière, avec une combinaison courte pour faire perdre le nord à la défense en zone des Islandais.

Entre la sortie de Casteels et celle de Thorgan Hazard, remplacés par Simon Mignolet et Yari Verschaeren, les Scandinaves retrouvent la route de la surface belge. Deux frappes en deux minutes, pour enlacer l'heure de jeu, puis plus rien. Les jambes fatiguent, et le ballon ne ralentit jamais. La possession belge finira par grimper à 706 passes réussies, et le marquoir l'accompagne dans son ascension.

À peine monté sur la pelouse, Verschaeren est sur tous les fronts. En une petite demi-heure, il touchera six ballons dans la surface adverse. Le premier survient au bout d'une averse de tirs, et débouche sur un corner encore joué à trois (Verschaeren, De Bruyne et Doku) et conclu par une Madjer de Batshuayi qui assomme le match à vingt minutes du terme. Le joker a le sourire.

L'EXIL DE DOKU

"Avec un dribble, tu t'ouvres tout un monde", raconte Alejandro "Papu" Gomez dans les colonnes d'El País. La formule plaît visiblement à Roberto Martinez, qui profite de la montée au jeu de Verschaeren pour installer Jérémy Doku dans le couloir gauche, et lui permettre de s'ouvrir le terrain à chaque fois qu'il repique vers son pied droit. Plus seul que jamais, et paradoxalement plus connecté au reste de l'équipe après une première heure brouillonne, le sprinter des Mauves s'offre enfin des un-contre-un qui accélèrent encore le rythme du match. Les défenseurs islandais qui s'approchent de lui ressemblent à des conducteurs de voitures sans permis, montés par erreur sur l'autoroute.

Doku se la joue fabuliste. Le lièvre et la tortue, dans une version où le premier attend le retour de la seconde, mais gagne quand même à la fin. Il boucle le match avec neuf dribbles réussis (plus que toute l'Islande, qui n'en a réussi que huit), et s'offre un but au bout d'un démarrage en trombe initié par une passe invisible de KDB. Après les phases arrêtées et les rebonds, la Belgique complète la trilogie des buts classiques face à un bloc bas en cochant la case de l'exploit individuel.

Deux frappes belges et trois coups de sifflet plus tard, les Diables concluent leur rentrée par un six sur six. De quoi enchaîner une douzième victoire de rang, depuis le coup d'envoi de l'année 2019. Le tout saupoudré de 47 buts marqués. Un but toutes les 23 minutes, et un encaissé toutes les six heures. À ceux qui s'inquiètent de l'inexorable tic-tac de leur horloge biologique, les hommes de Roberto Martinez répondent toujours à l'heure.

Pour que la scène respecte vraiment le scénario du guet-apens, il aurait fallu une bonne dizaine de degrés de moins. Tout le reste y est. Les tribunes désertiques, augmentant encore l'impression de solitude inévitablement donnée par la piste d'athlétisme qui installe un gouffre entre les acteurs et leur public, d'abord. L'adversaire venu du grand nord, ensuite, avec ses crinières blondes posées sur des géants glacials. Heureusement pour le Diable, le mythe islandais n'effraie plus grand monde, quatre ans après la folle épopée de l'EURO français. Privés de relève à leur génération du miracle, et de nombreux titulaires pour fouler le pré belge, les hommes de Reykjavik ont l'allure d'un Boys band passé de mode. Dans un pays où les enfants ne se séparent jamais du prénom de leur père, on ne rigole forcément pas avec la tradition. Quart de finaliste en France avec 36% de possession de balle, l'Islande donne le coup d'envoi, mais tient six secondes avant de confier la sphère aux pieds belges pour se retrancher dans son camp. En perte de balle, les visiteurs installent leur mur en 6-3-1, et se regroupent dans un bloc très compact, disposé entre la surface et l'orée du rond central. Comme s'ils devaient se rapprocher pour se tenir chaud.Le ballon est donc belge, mais le début de match est scandinave. Le rythme est celui des Islandais, lent et saccadé. Et s'il faut plus de deux minutes aux hôtes d'un soir pour réussir une passe, ce sont eux qui frappent les premiers. Birkir Bjarnason profite de l'absence de pressing, visiblement thème du début de soirée, pour déposer un ballon sur la tête de Holmbert Fridjonsson, qui manque le cadre. Cinq minutes plus tard, l'attaquant trouve cette fois la cible via le pied de Jason Denayer, complice involontaire d'un ballon qui semble avoir décidé de mettre Koen Casteels dans l'embarras pour son baptême international. La chandelle involontaire allume le marquoir et les rêves islandais.La Belgique n'est pas encore sur le terrain. Elle ne le sera toujours pas une minute plus tard, malgré un score qui ne traîne pas à s'équilibrer. Au bout d'une passe de Jan Vertonghen, le décrochage masqué de Michy Batshuayi s'enchaîne sur une déviation qui met Jérémy Doku sur orbite. Ceinturée dans les starting-blocks, la fusée mauve obtient un carton jaune et un coup franc, que Dries Mertens lifte vers la lucarne. Au rebond après la parade d'Ögmundur Kristinsson, Axel Witsel remet les compteurs à zéro. Comme à Copenhague, la Belgique marque avant de jouer. Pour le jeu, il faut évidemment passer par les pieds de Kevin De Bruyne. Discret, parfois brouillon, KDB n'a besoin que d'une passe bien calibrée pour désarçonner le bloc islandais. Alerté, Thomas Meunier trouve Mertens, qui tente de se faufiler dans les interstices du mur visiteur avant de se rabattre sur Witsel. Le tir est repoussé, mais Michy est le seul à y avoir pensé. Le supersub s'offre le genre d'occasion qu'il ne rate pas, et met les Diables aux commandes.C'est déjà presque tout pour la première mi-temps. Au bout d'un contre à la japonaise, mené à la baguette par les pieds de KDB, Mertens trouve le gardien adverse sur la route du 3-1. Dans l'autre sens, Casteels capte une frappe anonyme peu avant la demi-heure, et réalise là son seul arrêt du match. Pendant trente minutes, la Belgique cherche son rythme sans trouver la faille dans la forteresse scandinave. De Bruyne tente plus qu'il ne réussit, et c'est finalement encore le côté droit qui s'occupe du dernier frisson avant la pause, quand un relais entre Meunier et Toby Alderweireld aboutit sur un centre proche de récompenser l'opportunisme de Mertens.Changement de côté, et de rythme. Dès son premier ballon de la deuxième mi-temps, De Bruyne élimine quatre adversaires en une passe pour servir Batshuayi. Cinq minutes plus tard, King Kev décroche un corner, donné et conclu par Mertens. Le Napolitain alerte De Bruyne via Doku, et le Player of the Year d'outre-Manche feinte une frappe puis dépose une passe. Déséquilibré par son adversaire, Dries marque avant de tomber. On répète souvent l'importance des phases arrêtées face à un bloc regroupé. Les Diables appliquent l'adage à leur manière, avec une combinaison courte pour faire perdre le nord à la défense en zone des Islandais.Entre la sortie de Casteels et celle de Thorgan Hazard, remplacés par Simon Mignolet et Yari Verschaeren, les Scandinaves retrouvent la route de la surface belge. Deux frappes en deux minutes, pour enlacer l'heure de jeu, puis plus rien. Les jambes fatiguent, et le ballon ne ralentit jamais. La possession belge finira par grimper à 706 passes réussies, et le marquoir l'accompagne dans son ascension.À peine monté sur la pelouse, Verschaeren est sur tous les fronts. En une petite demi-heure, il touchera six ballons dans la surface adverse. Le premier survient au bout d'une averse de tirs, et débouche sur un corner encore joué à trois (Verschaeren, De Bruyne et Doku) et conclu par une Madjer de Batshuayi qui assomme le match à vingt minutes du terme. Le joker a le sourire."Avec un dribble, tu t'ouvres tout un monde", raconte Alejandro "Papu" Gomez dans les colonnes d'El País. La formule plaît visiblement à Roberto Martinez, qui profite de la montée au jeu de Verschaeren pour installer Jérémy Doku dans le couloir gauche, et lui permettre de s'ouvrir le terrain à chaque fois qu'il repique vers son pied droit. Plus seul que jamais, et paradoxalement plus connecté au reste de l'équipe après une première heure brouillonne, le sprinter des Mauves s'offre enfin des un-contre-un qui accélèrent encore le rythme du match. Les défenseurs islandais qui s'approchent de lui ressemblent à des conducteurs de voitures sans permis, montés par erreur sur l'autoroute.Doku se la joue fabuliste. Le lièvre et la tortue, dans une version où le premier attend le retour de la seconde, mais gagne quand même à la fin. Il boucle le match avec neuf dribbles réussis (plus que toute l'Islande, qui n'en a réussi que huit), et s'offre un but au bout d'un démarrage en trombe initié par une passe invisible de KDB. Après les phases arrêtées et les rebonds, la Belgique complète la trilogie des buts classiques face à un bloc bas en cochant la case de l'exploit individuel.Deux frappes belges et trois coups de sifflet plus tard, les Diables concluent leur rentrée par un six sur six. De quoi enchaîner une douzième victoire de rang, depuis le coup d'envoi de l'année 2019. Le tout saupoudré de 47 buts marqués. Un but toutes les 23 minutes, et un encaissé toutes les six heures. À ceux qui s'inquiètent de l'inexorable tic-tac de leur horloge biologique, les hommes de Roberto Martinez répondent toujours à l'heure.