Parce que tout n'est jamais noir ou blanc chez les Zèbres, il y a aussi dans la grisaille de ce début d'année 2021 quelques motifs de réjouissance. Le dernier en date n'a pas de sourire à fossettes, mais les yeux qui brillent. Le regard juvénile d'un homme dont le masque bouffe le visage, mais pas les sentiments. Ça tombe bien, ça fait longtemps qu'Amine Benchaib ne veut plus se cacher. Hier circonspect, aujourd'hui convaincu, Karim Belhocine est le dernier à avoir succombé aux charmes de son nouvel atout glam. Rencontre avec le dernier vaccin administré au jeu carolo.
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Parce que tout n'est jamais noir ou blanc chez les Zèbres, il y a aussi dans la grisaille de ce début d'année 2021 quelques motifs de réjouissance. Le dernier en date n'a pas de sourire à fossettes, mais les yeux qui brillent. Le regard juvénile d'un homme dont le masque bouffe le visage, mais pas les sentiments. Ça tombe bien, ça fait longtemps qu'Amine Benchaib ne veut plus se cacher. Hier circonspect, aujourd'hui convaincu, Karim Belhocine est le dernier à avoir succombé aux charmes de son nouvel atout glam. Rencontre avec le dernier vaccin administré au jeu carolo. Amine, tu es arrivé à Charleroi en début d'été avec l'étiquette de bonne petite pioche de D1B. À l'époque, tu avais une bonne cote en Belgique et plusieurs clubs étaient désireux de te mettre sous contrat. Pourquoi avoir choisi Charleroi? AMINE BENCHAIB: C'est vrai que j'étais libre, pas cher et que j'aurais pu aller dans beaucoup d'équipes. Mais avec mon père, on a décidé de venir ici. J'aurais pu signer en Turquie, en France, aux Pays-Bas, à Zulte, à Saint-Trond, à Courtrai ou à l'Antwerp. Partout, on m'a promis des choses. Et puis, j'ai rencontré Mehdi ( Bayat, ndlr), il sait que c'est un beau parleur, il en a profité ( Il rit), mais il ne m'a pas mis la pression. Du coup, on a pesé le pour et le contre et fait ce choix-là. Je ne pense pas que c'était celui de la facilité, mais j'aimais bien le style de Charleroi, la dynamique actuelle du club, surtout. Au vu de cette cour, as-tu été surpris de devoir attendre si longtemps pour recevoir ta chance? BENCHAIB: Au début, c'était un peu dur, mais je n'ai jamais lâché. Pourtant, je savais qu'en travaillant bien, je finirais par recevoir ma chance. C'est d'ailleurs ce que le coach me disait, y compris quand je n'étais pas dans les 18. Il n'a jamais arrêté de me parler. Il me disait que je m'entraînais bien, mais que je devais aussi m'adapter au style de Charleroi. En fait, à Lokeren, j'étais un joueur très libre, je jouais comme un vrai numéro 10, je ne faisais qu'attaquer. Ici, dès que je suis arrivé, on m'a directement demandé de travailler beaucoup plus sur l'aspect défensif de mon jeu. C'est donc normal d'avoir pris un peu de temps pour digérer cette transition. D'autant que physiquement, on a aussi l'impression que tu n'es plus le même joueur que lors de la préparation. Tu t'es épaissi. On fait plus de musculation à Charleroi qu'à Lokeren? BENCHAIB: Peut-être bien un peu plus, mais il n'y a pas que ça. Il faut reconnaître que j'ai pris sept, huit kilos depuis que je suis arrivé! Je suis passé de 68 à 76 kilos en six mois. Et je peux vous dire que ce n'est pas que de la musculation, c'est aussi une question d'alimentation. Ici, on fonctionne avec une diététicienne qui me conseille, m'oriente, me donne les vitamines dont j'ai besoin. Pour le reste, c'est surtout dans le haut du corps que je me suis musclé. Il était temps ( Il rit). Arrivé lui aussi cet été de D1B, Lucas Ribeiro Costa, prêté depuis cet hiver au RWDM, avait la préséance sur toi en début de saison. Sans être beaucoup plus costaud. Pourquoi selon toi? BENCHAIB: Ça va peut-être vous paraître bizarre, mais je crois que lui avait l'avantage de venir de Virton. Un club avec un peu la même mentalité que Charleroi. La mentalité wallonne, en fait. Ici, je constate que tout est facile, les gens sont tranquilles, tout le monde est cool. En Flandre, à Lokeren en tout cas, tout est beaucoup plus strict, tout doit aller très vite. En gros, quand Lucas est arrivé, c'est comme s'il avait toujours été là, moi, ça a pris un peu plus de temps pour que je me pose. En t'accordant désormais sa confiance régulièrement (sept titularisations sur les dix derniers matches de championnat), Karim Belhocine accepte quelque part de revoir ses plans vu qu'à ta place, en début de saison, on voyait souvent évoluer le gabarit imposant de Shamar Nicholson... C'est facile de jouer comme numéro 10 dans une équipe cornaquée par Karim Belhocine? BENCHAIB: C'est vrai que je n'ai pas exactement le même profil qu'un Shamar, voire d'un Kaveh ( Rezaei, ndlr) quand je joue derrière l'attaquant. Mais je dirais que ce n'est pas tant une question de coach, mais plutôt de club et de la culture qui l'accompagne. Et que ce n'est donc pas facile de jouer numéro 10 dans une équipe comme Charleroi. Parce que dans le passé, c'est une équipe qui a souvent joué avec deux numéros 9. D'entrée, en arrivant, je savais donc que ce serait compliqué. Justement, en début de saison, les Zèbres marchaient sur l'eau. S'en est suivie cette série de 18 sur 18 à laquelle tu n'as pas pu prendre part. Est-ce que malgré tout, tu es parvenu à profiter de l'euphorie ambiante de l'époque? BENCHAIB: Honnêtement, j'étais vraiment content pour l'équipe, mais j'étais surtout content pour moi de faire partie de ce club. Parce que le feeling global a tout de suite été bon. Et que quand tu sors comme moi de plusieurs saisons compliquées avec Lokeren, ça veut dire quelque chose. En fait, même en mettant les résultats de côté, je dois dire que je n'avais jamais ressenti une ambiance familiale similaire à Lokeren. Ici, je sais que quand les résultats sont moins bons, l'ambiance reste bonne. C'est la preuve que les bases sont solides et que le groupe est vraiment soudé. On est vraiment très proches les uns des autres. Moi, je suis très pote avec Ali ( Gholizadeh, ndlr), par exemple. Mais c'est tout le groupe qui est soudé. Tu parlais de "saisons compliquées". C'est un euphémisme pour un gars comme toi, qui a fêté par un but ses débuts en Pro League contre le Standard il y a trois ans et demi, mais qui a depuis connu deux descentes et une faillite avec Lokeren. Comment as-tu vécu ce début de carrière, personnellement? BENCHAIB: Je crois que j'ai ma part de responsabilité aussi. Par exemple, j'ai fait des erreurs à certains moments. Ma deuxième saison avec Lokeren ( 2018-2019, ndlr) n'était pas bonne. Et puis, il faut être honnête, j'ai perdu une année entière à ne pas jouer à cause d'un coach. Tu parles de Glen De Boeck. BENCHAIB: Je n'avais pas de relation avec lui, donc je ne peux même pas le juger. Je ne sais pas ce que j'avais fait pour qu'il me tienne à l'écart de la sorte. Et quand je lui posais des questions, il me répondait: "Ce sont les choix du coach, Amine, tu dois les respecter." Mais en vrai, je pense qu'il me faisait payer d'avoir dit dans la presse que je voulais partir pendant le mercato. Finalement, ça ne s'est pas fait et je crois qu'il n'a jamais pu tourner la page. Alors que moi, j'étais à 200% concerné par Lokeren à partir du moment où je restais. Tu lui en veux encore aujourd'hui? BENCHAIB: Vous savez, il y a différents styles d'entraîneurs. Prenez Peter Maes. Lui, il m'a donné ma chance, je le respecterai toujours pour ça, mais il était tellement dur qu'à l'époque, c'était difficile de rentrer chez moi avec un sentiment positif. À l'entraînement, tu pouvais réussir dix passes, mais si tu avais le malheur d'en rater une seule, il te tuait devant tout le monde. Pour un jeune joueur, toutes ces critiques, ce n'est pas facile à vivre. Au début, ça peut être utile, mais à la fin, mentalement surtout, ça devient compliqué, frustrant. Donc quelque part, chaque coach est comme il est. Nous n'avons pas à leur en vouloir, ce sont des coaches, pas nos amis.