Journaliste en Angleterre, agent de joueurs (Robert Pirès, Claude Makelele, Florent Malouda, ...) puis vice-président du FC Lorient, Alex Hayes avait déjà connu plusieurs vies quand il a débarqué comme directeur sportif à l'Union Saint-Gilloise, en même temps que les repreneurs anglais, à l'aube de la saison 2018-2019.

Si les Saint-Gillois réalisent leur plus belle saison depuis plusieurs décennies, l'histoire s'est terminée brutalement, début février, pour le Franco-Britannique. Deux mois après ce licenciement qui a surpris tout le monde, nous l'avons rencontré dans un prestigieux hôtel bruxellois, histoire de revenir sur cette belle mais courte aventure.

Vous êtes arrivé à l'Union en même temps que les repreneurs anglais. Comment est-ce que vous vous êtes retrouvé là ?

ALEX HAYES : Via un chasseur de têtes. Il m'a appelé pour me dire que les dirigeants de Brighton allaient reprendre un club en D2 belge. Est-ce que ça pourrait m'intéresser d'en être le directeur sportif ? J'ai dit que j'étais à l'écoute. Je les ai rencontrés et le projet qu'on m'a annoncé me semblait vraiment intéressant. Quand j'ai commencé à regarder l'histoire du club, ça m'a très vite passionné. Et quand j'ai vu le stade, que j'ai vraiment goûté à tout ce qu'était l'Union, j'ai tout de suite été séduit.

Vous connaissiez le football belge ?

HAYES : Pas bien. Évidemment, c'est un football que j'avais un petit peu côtoyé en tant qu'agent et en tant que dirigeant mais c'est un foot qui est très sous-estimé. Il y a énormément de bons joueurs produits ici. Au-delà de ça, il y a une ferveur, un amour autour du foot qui me rappelle beaucoup l'ancienne façon de vivre le football en Angleterre. Celle qu'on retrouvait dans les années 80, début des années 90 et qui a un peu disparu avec l'argent. Le foot belge a gardé ça et c'est quelque chose qui est vraiment très particulier : les supporters, l'ambiance, les odeurs, tout ce qu' il y a autour des stades.

" Embaucher Elsner a été ma meilleure décision "

Une de vos premières décisions a été d'investir l'ancien centre d'entraînement du Lierse. Pourquoi ?

HAYES : Quand je suis arrivé, l'équipe s'entraînait sur un terrain vague, au Bempt. Les joueurs allaient au stade, ils se changeaient, ils faisaient du covoiturage pour aller jusqu'au terrain. Il n'y avait pas de toilettes, il n'y avait rien du tout. Ils remontaient en voiture, ils allaient se doucher au stade, ils avaient droit à un massage s'il y avait un peu de place sur des vieilles tables de massage puis ils rentraient chez eux.

Pour moi, si l'Union voulait être ambitieuse et remonter en D1A, il fallait un centre d'entraînement. J'ai passé des semaines et des semaines à en chercher un sur Bruxelles mais il n'y a avait tout simplement rien de disponible. Donc, la meilleure solution que j'ai trouvée, c'était l'ancien centre du Lierse. Pendant que les joueurs étaient en stage en Allemagne, je suis allé faire les courses et j'ai remis à neuf le centre qui était vide.

Petit à petit, il y a un tas de choses qui ont été faites avec des gens qui s'occupent des terrains, avec la construction de 11 chambres twins pour que les joueurs puissent dormir sur place. Maintenant, le centre d'entraînement doit être l'un des meilleurs. En D1B c'est sûr mais probablement en D1A aussi, et c'est quelque chose dont je suis très fier.

Une autre des tâches premières était de trouver un coach. Pourquoi Luka Elsner ?

HAYES : Les dirigeants anglais avaient proposé une liste, moi aussi. On a fait l'amalgame et ils m'ont demandé de regarder ce que je pensais de son profil. J'ai trouvé ses résultats plutôt bons mais, pour moi, c'était un jeune coach slovène dont je ne connaissais rien. Son expérience était limitée, en Slovénie et à Chypre, et je ne savais pas quelle langue il parlait. Je lui ai envoyé un message sur LinkedIn, il m'a tout de suite envoyé son numéro. Je l'ai appelé, 4-5 minutes pas plus, et je me rappelle avoir dit à ma femme qu'il avait quelque chose.

Quand je l'ai rencontré pour la première fois, je l'ai trouvé très charismatique, charmant. On avait la même vision football. Il est très rigoureux, travaille beaucoup, prône le beau jeu, la possession de balle, le jeu balle à terre, il cherche à marquer des buts, à améliorer les joueurs. Ça a tout de suite fait clic et ça a été la première personne que j'ai employé au club. Je dois dire que c'est ma meilleure décision. Il a montré qu'il est un coach vraiment impressionnant et qu'il a un grand avenir devant lui.

On dit qu'il plaît beaucoup à Mehdi Bayat, vous l'imaginez succéder à Felice Mazzù ?

HAYES : Je ne veux pas manquer de respect à quelqu'un qui est en poste, donc je ne me permettrais pas de commenter. Mais, ce qui est sûr, c'est qu'il a absolument l'étoffe, les compétences, le charisme et l'ambition pour entraîner en D1A avec succès. Il est jeune mais il est très respecté parce qu'il est entier, honnête. La D1A serait meilleure avec Luka Elsner à la tête d'une équipe, quelle qu'elle soit.

" Je n'ai jamais regardé le passeport d'un joueur avant de le recruter "

Vous avez également transféré énormément de joueurs. C'était une volonté de repartir d'une page blanche ?

HAYES : On était tous conscients que le club n'avait pas été en D1A depuis longtemps, qu'il s'était sauvé par miracle la saison dernière. Ce n'était pas cohérent de repartir avec les mêmes joueurs et espérer obtenir des résultats différents. Il y avait une vraie volonté de changement.

Au final, si on compte janvier, je crois que j'ai dû faire 19 ou 20 arrivées. C'est beaucoup mais je suis content. À part une ou deux recrues, ce qui est normal sur autant de joueurs, il n'y a eu presque que des succès et je suis très fier de l'équipe qui a été créée.

Pourquoi n'avoir quasiment recruté que des joueurs étrangers ?

HAYES : D'abord, je pensais qu'il y avait un vrai noyau de joueurs belges intéressants : Ferber, Perdichizzi, Fixelles, Kis, Sausez, Tabekou qui est assimilé, Hamzaoui, Morren. Ensuite, je n'ai jamais regardé le passeport d'un joueur avant de le recruter. Je voulais prendre les meilleurs possibles aux postes qu'on avait définis.

Si j'avais mieux connu le championnat belge, peut-être que je serais allé chercher un ou deux joueurs belges en plus. Mais le marché est compliqué. Comme partout, tout le monde s'arrache les nationaux.

On a parlé de recrutement sur base de données. C'est quelque chose que vous avez utilisé ?

HAYES : C'est un critère. Il y a des données sur les joueurs et on m'a donné une liste de joueurs, de possibilités. Après, personne ne dira jamais : ce joueur-là, il faut le prendre parce que les chiffres le disent. C'est un outil, c'est important mais il y a aussi l'aspect humain, l'environnement.

Il faut s'assurer que le joueur est dans la bonne mentalité. Qu'il comprend qu'il vient dans un championnat de deuxième division, dans un pays étranger, qu'il faut respecter ce pays et avoir de l'envie, de la niaque, la détermination de transformer un club qui a une histoire fantastique mais qui n'avait plus rien fait depuis très longtemps. Ce n'est pas de la PlayStation, pas juste coller des joueurs ensemble et penser que ça va marcher.

" L'Union est de nouveau respectée sur et en dehors des terrains "

Qu'est-ce qui a manqué à l'Union par rapport à Malines et au Beerschot ?

HAYES : Il n'y a pas une énorme différence de qualité. Ces clubs ont des joueurs fantastiques, bien sûr, mais je pense en effet que l'expérience a beaucoup joué. Ça a vite bien fonctionné mais on n'avait pas l'habitude de gérer ce genre de situation. Un De Camargo qui joue à Malines, a forcément une certaine aura qui aide pas mal. Un joueur comme Niakaté, quand je suis allé le chercher, il jouait dans un 4-3-3 sur le côté gauche à Boulogne.

Avec le coach, on pensait qu'il pouvait jouer dans l'axe et être un vrai buteur. Il a beaucoup marqué puis il est retombé parce ça ne lui était jamais arrivé, il ne savait pas comment gérer, il se posait trop de questions. Maintenant, il a digéré le bon et le mauvais et vous allez voir le meilleur de lui durant les play-offs, contre des équipes de D1A où il aura peut-être un peu plus d'espaces (entretien réalisé avant le début des PO2).

Comment avez-vous vécu le parcours en Coupe jusqu'en demi-finale ?

HAYES : Ça a été quelque chose de vraiment extraordinaire. Je pense notamment à la victoire en quarts de finale contre Genk, sur penalty, avec la Panenka de Selemani. Atteindre la première demi-finale depuis 50 ans, voir des gens très attachés à ce club fantastique pleurer avec des larmes de joie et vivre des moments si intenses, ça a été quelque chose de vraiment fantastique et une énorme fierté. Ça prouve aussi que la Coupe, qui est souvent une épreuve délaissée, peut avoir un effet positif sur un club et je pense que ce parcours a beaucoup contribué à la saison.

C'est ce dont vous êtes le plus fier ?

HAYES : Ma plus grande fierté c'est que l'Union peut se regarder dans la glace et être un club de nouveau très fier. C'était devenu un club qu'on ne prenait pas au sérieux et l'Union est de nouveau respectée sur et en dehors des terrains. Je ne pense pas qu'il y ait beaucoup d'équipes qui ont hâte de jouer contre elle en pensant que ça va être facile. Par contre, les gens ont hâte parce qu'ils savent que ça va être un beau match, que ça va bien jouer au foot. On a redoré le blason comme on dit.

" J'estime avoir fait un travail honnête et exhaustif "

Venons-en à la fin de votre aventure à l'Union. C'est une nouvelle qui a surpris tout le monde. Comment cela s'est-il passé ?

HAYES : J'ai été convoqué pour un rendez-vous avec Alex Muzzio, qui est le président du comité de direction, et Paul Mullen, qui est un des membres de ce comité. Je pensais qu'on allait évoquer le mercato d'été à venir, faire le point, parler des play-offs. Quand je suis arrivé, ils étaient tous les deux en costume. Ce n'est jamais un bon signe. J'ai vite compris que ça n'allait pas être une réunion comme celle que j'avais imaginée et on m'a juste fait part du fait que l'aventure s'arrêtait là.

Vous n'avez pas eu d'explications ? De motif ?

HAYES : Absolument pas, non. Je dois aussi avouer que je n'ai pas cherché à en demander. Ce qui est sûr, c'est qu'on ne peut rien me reprocher. Il n'y a pas eu de faute grave.

Il se dit que l'on vous reproche d'avoir pris l'initiative d'octroyer des primes aux joueurs. Notamment les recettes des matches de Coupe qui leur seraient revenues.

HAYES : D'accord (il marque une pause). Soyons très clairs : moi, on ne m'a jamais parlé de ça ni de quoi que ce soit d'autre. Je ne sais pas trop quoi vous dire. Vous semblez en savoir plus que moi. Tout ce qui concerne les décisions de primes a toujours été discuté avec la direction. Je n'ai jamais pris de décisions tout seul au club. Tout a toujours été très fluide à ce niveau-là. On ne m'a jamais signifié quoi que ce soit.

J'estime avoir fait un travail très honnête et exhaustif. Je suis arrivé en mai dernier, j'ai travaillé 14-15 heures par jour pendant 9 mois. J'ai déraciné ma famille pour venir ici. Mon fils était à l'école à Londres, je l'ai installé dans une école ici, j'ai pris une maison ici avec un bail à long terme parce que je pensais que cela allait durer. Et tout à coup on m'a signifié que c'était la fin. J'estime qu'au vu du travail accompli, je ne pense pas qu'on puisse me reprocher quoi que ce soit.

" J'avais des relations cordiales avec tout le monde "

Pourquoi n'avoir pas cherché à obtenir des justifications ?

HAYES : Parce que je pense que quand quelqu'un vous dit que c'est fini... Déjà, vous savez que c'est fini. Ce n'est pas un avertissement. Non, c'est fini, point. À partir de là, les gens peuvent avoir les raisons qu'ils veulent. Je sais qu'il n'y a pas de faute grave, que je n'ai rien fait qui mérite ça. C'est une décision, une opinion, un point de vue. Je n'ai pas envie de me torturer à demander pourquoi et obtenir une raison qui de toute façon ne sera pas, à mon sens, une raison valable ou véridique. C'est le football. C'est leur décision. Ils avaient envie de changer de direction, de faire les choses différemment.

En termes personnels, vous aviez de bonnes relations avec les Anglais ou avec les personnes que vous côtoyiez au club ?

HAYES : J'avais de bonnes relations avec les dirigeants anglais, je le pensais en tout cas. Je pense avoir accompli plus que le travail demandé. J'avais une bonne image, j'avais fait beaucoup d'interviews, je faisais tout comme il fallait, le club a développé une bonne image donc je ne vois pas du tout comment ce que j'ai fait aurait pu être nuisible au club, de quelque manière que ce soit. Et par rapport aux gens qui travaillaient au club, j'avais des relations tout à fait cordiales. Il suffit de le demander aux gens qui travaillaient dans les bureaux. Je les voyais très rarement de toute façon, il y avait très peu d'interactions, mais j'avais des relations tout à fait cordiales avec eux aussi.

Alex Hayes, belgaimage
Alex Hayes © belgaimage

C'est réglé maintenant ? Vous avez trouvé un accord avec le club pour la rupture de votre contrat ?

HAYES : Non, pas encore et c'est une grosse déception pour moi. J'ai été viré en février je dois avouer que c'est la seule chose qui me touche beaucoup. Qu'il n'y ait toujours pas d'accord. J'espère vraiment que ça va se régler rapidement à l'amiable parce que je pense que je mérite qu'on me traite avec respect. On ne veut plus de moi, je l'accepte, c'est le football, c'est comme ça. Mais j'aimerais juste que ma famille et moi puissions envisager l'avenir de façon sereine.

" J'ai beaucoup aimé mon passage en Belgique "

Aujourd'hui, vous suivez encore les matches de l'Union ?

ALEX HAYES : Oui, bien sûr. J'ai été invité par les supporters pour le dernier match de phase classique contre Tubize. Je suis allé en tribune debout avec eux, je leur avais promis que je le ferais. À la fin du match, les joueurs ont brandi un maillot qu'ils avaient tous dédicacé pour moi et je suis allé le chercher. C'était un moment sympa, ça compte. Ça a été assez émouvant et ça a été une bonne façon pour moi de clore la page Union. C'est un club qui restera toujours dans mon coeur parce que c'est un club unique, un club qui m'a fait découvrir la Belgique mais aussi, comme je l'ai dit, un club où j'ai tout donné.

Qu'en est-il de votre futur ? Comment est-ce que vous envisagez la suite ?

HAYES : Déjà, j'espère trouver un accord et régler ma situation. Le timing de mon renvoi a été assez catastrophique, évidemment. En me virant le 12 février, il n'y avait pas beaucoup de jobs disponibles à ce moment-là. Il est encore tôt mais j'ai pas mal de touches. Mes représentants sont en contact avec pas mal de monde en Belgique. J'ai beaucoup aimé mon passage ici et je pense que ma cote est plutôt bonne.

On va encore vous revoir dans le football belge, donc ?

HAYES : C'est à voir. Aujourd'hui, je suis obligé de penser à un retour en Angleterre. Je me dirige plus vers un retour familial mais c'est sûr que je suis également très ouvert à la possibilité de trouver quelque chose ici en Belgique. Mais tout est question de timing. À quel poste ? J'ai été vice-président à Lorient et directeur sportif à l'Union : je pense que j'ai fait mes preuves dans les deux rôles. Donc, c'est plutôt le projet qui va primer dans mon prochain choix. Qu'est ce qui va m'exciter ? Me séduire ? C'est ça qui sera le plus important. Pour moi et aussi pour ma famille.

Journaliste en Angleterre, agent de joueurs (Robert Pirès, Claude Makelele, Florent Malouda, ...) puis vice-président du FC Lorient, Alex Hayes avait déjà connu plusieurs vies quand il a débarqué comme directeur sportif à l'Union Saint-Gilloise, en même temps que les repreneurs anglais, à l'aube de la saison 2018-2019. Si les Saint-Gillois réalisent leur plus belle saison depuis plusieurs décennies, l'histoire s'est terminée brutalement, début février, pour le Franco-Britannique. Deux mois après ce licenciement qui a surpris tout le monde, nous l'avons rencontré dans un prestigieux hôtel bruxellois, histoire de revenir sur cette belle mais courte aventure. Vous êtes arrivé à l'Union en même temps que les repreneurs anglais. Comment est-ce que vous vous êtes retrouvé là ? ALEX HAYES : Via un chasseur de têtes. Il m'a appelé pour me dire que les dirigeants de Brighton allaient reprendre un club en D2 belge. Est-ce que ça pourrait m'intéresser d'en être le directeur sportif ? J'ai dit que j'étais à l'écoute. Je les ai rencontrés et le projet qu'on m'a annoncé me semblait vraiment intéressant. Quand j'ai commencé à regarder l'histoire du club, ça m'a très vite passionné. Et quand j'ai vu le stade, que j'ai vraiment goûté à tout ce qu'était l'Union, j'ai tout de suite été séduit. Vous connaissiez le football belge ? HAYES : Pas bien. Évidemment, c'est un football que j'avais un petit peu côtoyé en tant qu'agent et en tant que dirigeant mais c'est un foot qui est très sous-estimé. Il y a énormément de bons joueurs produits ici. Au-delà de ça, il y a une ferveur, un amour autour du foot qui me rappelle beaucoup l'ancienne façon de vivre le football en Angleterre. Celle qu'on retrouvait dans les années 80, début des années 90 et qui a un peu disparu avec l'argent. Le foot belge a gardé ça et c'est quelque chose qui est vraiment très particulier : les supporters, l'ambiance, les odeurs, tout ce qu' il y a autour des stades. Une de vos premières décisions a été d'investir l'ancien centre d'entraînement du Lierse. Pourquoi ? HAYES : Quand je suis arrivé, l'équipe s'entraînait sur un terrain vague, au Bempt. Les joueurs allaient au stade, ils se changeaient, ils faisaient du covoiturage pour aller jusqu'au terrain. Il n'y avait pas de toilettes, il n'y avait rien du tout. Ils remontaient en voiture, ils allaient se doucher au stade, ils avaient droit à un massage s'il y avait un peu de place sur des vieilles tables de massage puis ils rentraient chez eux. Pour moi, si l'Union voulait être ambitieuse et remonter en D1A, il fallait un centre d'entraînement. J'ai passé des semaines et des semaines à en chercher un sur Bruxelles mais il n'y a avait tout simplement rien de disponible. Donc, la meilleure solution que j'ai trouvée, c'était l'ancien centre du Lierse. Pendant que les joueurs étaient en stage en Allemagne, je suis allé faire les courses et j'ai remis à neuf le centre qui était vide. Petit à petit, il y a un tas de choses qui ont été faites avec des gens qui s'occupent des terrains, avec la construction de 11 chambres twins pour que les joueurs puissent dormir sur place. Maintenant, le centre d'entraînement doit être l'un des meilleurs. En D1B c'est sûr mais probablement en D1A aussi, et c'est quelque chose dont je suis très fier. Une autre des tâches premières était de trouver un coach. Pourquoi Luka Elsner ? HAYES : Les dirigeants anglais avaient proposé une liste, moi aussi. On a fait l'amalgame et ils m'ont demandé de regarder ce que je pensais de son profil. J'ai trouvé ses résultats plutôt bons mais, pour moi, c'était un jeune coach slovène dont je ne connaissais rien. Son expérience était limitée, en Slovénie et à Chypre, et je ne savais pas quelle langue il parlait. Je lui ai envoyé un message sur LinkedIn, il m'a tout de suite envoyé son numéro. Je l'ai appelé, 4-5 minutes pas plus, et je me rappelle avoir dit à ma femme qu'il avait quelque chose. Quand je l'ai rencontré pour la première fois, je l'ai trouvé très charismatique, charmant. On avait la même vision football. Il est très rigoureux, travaille beaucoup, prône le beau jeu, la possession de balle, le jeu balle à terre, il cherche à marquer des buts, à améliorer les joueurs. Ça a tout de suite fait clic et ça a été la première personne que j'ai employé au club. Je dois dire que c'est ma meilleure décision. Il a montré qu'il est un coach vraiment impressionnant et qu'il a un grand avenir devant lui. On dit qu'il plaît beaucoup à Mehdi Bayat, vous l'imaginez succéder à Felice Mazzù ? HAYES : Je ne veux pas manquer de respect à quelqu'un qui est en poste, donc je ne me permettrais pas de commenter. Mais, ce qui est sûr, c'est qu'il a absolument l'étoffe, les compétences, le charisme et l'ambition pour entraîner en D1A avec succès. Il est jeune mais il est très respecté parce qu'il est entier, honnête. La D1A serait meilleure avec Luka Elsner à la tête d'une équipe, quelle qu'elle soit. Vous avez également transféré énormément de joueurs. C'était une volonté de repartir d'une page blanche ? HAYES : On était tous conscients que le club n'avait pas été en D1A depuis longtemps, qu'il s'était sauvé par miracle la saison dernière. Ce n'était pas cohérent de repartir avec les mêmes joueurs et espérer obtenir des résultats différents. Il y avait une vraie volonté de changement. Au final, si on compte janvier, je crois que j'ai dû faire 19 ou 20 arrivées. C'est beaucoup mais je suis content. À part une ou deux recrues, ce qui est normal sur autant de joueurs, il n'y a eu presque que des succès et je suis très fier de l'équipe qui a été créée. Pourquoi n'avoir quasiment recruté que des joueurs étrangers ? HAYES : D'abord, je pensais qu'il y avait un vrai noyau de joueurs belges intéressants : Ferber, Perdichizzi, Fixelles, Kis, Sausez, Tabekou qui est assimilé, Hamzaoui, Morren. Ensuite, je n'ai jamais regardé le passeport d'un joueur avant de le recruter. Je voulais prendre les meilleurs possibles aux postes qu'on avait définis. Si j'avais mieux connu le championnat belge, peut-être que je serais allé chercher un ou deux joueurs belges en plus. Mais le marché est compliqué. Comme partout, tout le monde s'arrache les nationaux. On a parlé de recrutement sur base de données. C'est quelque chose que vous avez utilisé ? HAYES : C'est un critère. Il y a des données sur les joueurs et on m'a donné une liste de joueurs, de possibilités. Après, personne ne dira jamais : ce joueur-là, il faut le prendre parce que les chiffres le disent. C'est un outil, c'est important mais il y a aussi l'aspect humain, l'environnement. Il faut s'assurer que le joueur est dans la bonne mentalité. Qu'il comprend qu'il vient dans un championnat de deuxième division, dans un pays étranger, qu'il faut respecter ce pays et avoir de l'envie, de la niaque, la détermination de transformer un club qui a une histoire fantastique mais qui n'avait plus rien fait depuis très longtemps. Ce n'est pas de la PlayStation, pas juste coller des joueurs ensemble et penser que ça va marcher. Qu'est-ce qui a manqué à l'Union par rapport à Malines et au Beerschot ? HAYES : Il n'y a pas une énorme différence de qualité. Ces clubs ont des joueurs fantastiques, bien sûr, mais je pense en effet que l'expérience a beaucoup joué. Ça a vite bien fonctionné mais on n'avait pas l'habitude de gérer ce genre de situation. Un De Camargo qui joue à Malines, a forcément une certaine aura qui aide pas mal. Un joueur comme Niakaté, quand je suis allé le chercher, il jouait dans un 4-3-3 sur le côté gauche à Boulogne. Avec le coach, on pensait qu'il pouvait jouer dans l'axe et être un vrai buteur. Il a beaucoup marqué puis il est retombé parce ça ne lui était jamais arrivé, il ne savait pas comment gérer, il se posait trop de questions. Maintenant, il a digéré le bon et le mauvais et vous allez voir le meilleur de lui durant les play-offs, contre des équipes de D1A où il aura peut-être un peu plus d'espaces (entretien réalisé avant le début des PO2). Comment avez-vous vécu le parcours en Coupe jusqu'en demi-finale ? HAYES : Ça a été quelque chose de vraiment extraordinaire. Je pense notamment à la victoire en quarts de finale contre Genk, sur penalty, avec la Panenka de Selemani. Atteindre la première demi-finale depuis 50 ans, voir des gens très attachés à ce club fantastique pleurer avec des larmes de joie et vivre des moments si intenses, ça a été quelque chose de vraiment fantastique et une énorme fierté. Ça prouve aussi que la Coupe, qui est souvent une épreuve délaissée, peut avoir un effet positif sur un club et je pense que ce parcours a beaucoup contribué à la saison. C'est ce dont vous êtes le plus fier ? HAYES : Ma plus grande fierté c'est que l'Union peut se regarder dans la glace et être un club de nouveau très fier. C'était devenu un club qu'on ne prenait pas au sérieux et l'Union est de nouveau respectée sur et en dehors des terrains. Je ne pense pas qu'il y ait beaucoup d'équipes qui ont hâte de jouer contre elle en pensant que ça va être facile. Par contre, les gens ont hâte parce qu'ils savent que ça va être un beau match, que ça va bien jouer au foot. On a redoré le blason comme on dit. Venons-en à la fin de votre aventure à l'Union. C'est une nouvelle qui a surpris tout le monde. Comment cela s'est-il passé ? HAYES : J'ai été convoqué pour un rendez-vous avec Alex Muzzio, qui est le président du comité de direction, et Paul Mullen, qui est un des membres de ce comité. Je pensais qu'on allait évoquer le mercato d'été à venir, faire le point, parler des play-offs. Quand je suis arrivé, ils étaient tous les deux en costume. Ce n'est jamais un bon signe. J'ai vite compris que ça n'allait pas être une réunion comme celle que j'avais imaginée et on m'a juste fait part du fait que l'aventure s'arrêtait là. Vous n'avez pas eu d'explications ? De motif ? HAYES : Absolument pas, non. Je dois aussi avouer que je n'ai pas cherché à en demander. Ce qui est sûr, c'est qu'on ne peut rien me reprocher. Il n'y a pas eu de faute grave. Il se dit que l'on vous reproche d'avoir pris l'initiative d'octroyer des primes aux joueurs. Notamment les recettes des matches de Coupe qui leur seraient revenues. HAYES : D'accord (il marque une pause). Soyons très clairs : moi, on ne m'a jamais parlé de ça ni de quoi que ce soit d'autre. Je ne sais pas trop quoi vous dire. Vous semblez en savoir plus que moi. Tout ce qui concerne les décisions de primes a toujours été discuté avec la direction. Je n'ai jamais pris de décisions tout seul au club. Tout a toujours été très fluide à ce niveau-là. On ne m'a jamais signifié quoi que ce soit. J'estime avoir fait un travail très honnête et exhaustif. Je suis arrivé en mai dernier, j'ai travaillé 14-15 heures par jour pendant 9 mois. J'ai déraciné ma famille pour venir ici. Mon fils était à l'école à Londres, je l'ai installé dans une école ici, j'ai pris une maison ici avec un bail à long terme parce que je pensais que cela allait durer. Et tout à coup on m'a signifié que c'était la fin. J'estime qu'au vu du travail accompli, je ne pense pas qu'on puisse me reprocher quoi que ce soit. Pourquoi n'avoir pas cherché à obtenir des justifications ? HAYES : Parce que je pense que quand quelqu'un vous dit que c'est fini... Déjà, vous savez que c'est fini. Ce n'est pas un avertissement. Non, c'est fini, point. À partir de là, les gens peuvent avoir les raisons qu'ils veulent. Je sais qu'il n'y a pas de faute grave, que je n'ai rien fait qui mérite ça. C'est une décision, une opinion, un point de vue. Je n'ai pas envie de me torturer à demander pourquoi et obtenir une raison qui de toute façon ne sera pas, à mon sens, une raison valable ou véridique. C'est le football. C'est leur décision. Ils avaient envie de changer de direction, de faire les choses différemment. En termes personnels, vous aviez de bonnes relations avec les Anglais ou avec les personnes que vous côtoyiez au club ? HAYES : J'avais de bonnes relations avec les dirigeants anglais, je le pensais en tout cas. Je pense avoir accompli plus que le travail demandé. J'avais une bonne image, j'avais fait beaucoup d'interviews, je faisais tout comme il fallait, le club a développé une bonne image donc je ne vois pas du tout comment ce que j'ai fait aurait pu être nuisible au club, de quelque manière que ce soit. Et par rapport aux gens qui travaillaient au club, j'avais des relations tout à fait cordiales. Il suffit de le demander aux gens qui travaillaient dans les bureaux. Je les voyais très rarement de toute façon, il y avait très peu d'interactions, mais j'avais des relations tout à fait cordiales avec eux aussi. C'est réglé maintenant ? Vous avez trouvé un accord avec le club pour la rupture de votre contrat ? HAYES : Non, pas encore et c'est une grosse déception pour moi. J'ai été viré en février je dois avouer que c'est la seule chose qui me touche beaucoup. Qu'il n'y ait toujours pas d'accord. J'espère vraiment que ça va se régler rapidement à l'amiable parce que je pense que je mérite qu'on me traite avec respect. On ne veut plus de moi, je l'accepte, c'est le football, c'est comme ça. Mais j'aimerais juste que ma famille et moi puissions envisager l'avenir de façon sereine.