Il y en a qui ont l'art de faire tout plus tôt que les autres. Prenez cet Alen Halilovic. Première précision : fils de Sejad du même nom, ex-international croate et bosnien. Et donc, en septembre 2012, Alen devient le plus jeune joueur à porter le maillot du Dinamo Zagreb en D1 croate. Il a 16 ans et quelque dizaines de jours. Le mois suivant, il devient le plus jeune buteur de l'histoire du championnat de ce pays. Et le deuxième plus jeune joueur à évoluer en Ligue des Champions. Son histoire est en marche. Juin 2013 : il est le plus jeune international croate de l'histoire.
...

Il y en a qui ont l'art de faire tout plus tôt que les autres. Prenez cet Alen Halilovic. Première précision : fils de Sejad du même nom, ex-international croate et bosnien. Et donc, en septembre 2012, Alen devient le plus jeune joueur à porter le maillot du Dinamo Zagreb en D1 croate. Il a 16 ans et quelque dizaines de jours. Le mois suivant, il devient le plus jeune buteur de l'histoire du championnat de ce pays. Et le deuxième plus jeune joueur à évoluer en Ligue des Champions. Son histoire est en marche. Juin 2013 : il est le plus jeune international croate de l'histoire. Pas étonnant que les plus grands soient vite sur le coup. Barcelone, les deux Manchester, Tottenham, Arsenal, le Real, le Bayern. C'est " le joueur le plus talentueux du football croate depuis LukaModric ", copyright Daily Mirror. C'est " le nouveau Lionel Messi " pour plein d'autres au pays. Même taille et un pied gauche qui vaut le détour. L'ado a directement le bon goût de ne pas tomber dans le piège. " Ne m'appelez pas Messi, il n'y a qu'un Messi. " Janvier 2019, communiqué officiel sur le site rouche : Le Standard de Liège, l'AC Milan et Alen Halilovic ont trouvé un accord. Le milieu offensif international croate est prêté à notre club jusqu'en juin 2020 (avec option d'achat). International, il ne l'est plus trop. La dernière fois qu'il a côtoyé Danijel Subasic, Luka Modric, Ivan Perisic et les autres, c'était en mai 2016. Bientôt trois ans. Trois années compliquées. En fait, tout est compliqué pour lui depuis qu'il a quitté Zagreb. Un transfert retentissant à Barcelone mais un seul match officiel là-bas. Un prêt à Gijón. Un transfert à Hambourg pour un séjour sous forme de flop. Un nouveau prêt, à Las Palmas. Puis un transfert à l'AC Milan durant l'été de l'année dernière et, provisoirement en tout cas, une nouvelle feuille blanche. L'ex-Messi des Balkans est donc à la relance chez nous. Allô Tonci Martic ? L'ancien Mouscronnois, reconverti comme agent, connaît personnellement Alen Halilovic Il s'est carrément chargé de lui glisser à l'oreille qu'il ferait bien de tenter de se reconstruire chez nous ! " Ça remonte à quelques semaines. Des amis communs m'ont appelé pour me demander mon avis. Il avait des offres d'Espagne, ils voulaient savoir ce que j'en pensais. Et quand ils m'ont dit que Halilovic pouvait aussi aller en prêt au Standard, je leur ai dit de foncer. " Quand il évoque le phénomène, Martic ne parle pas de gâchis. Quoique... " C'est un joueur hyper talentueux. Son pied gauche est vraiment extraordinaire. Ce gars, il a reçu un don de Dieu. Malheureusement, il a été très mal soigné en jeunes. Avec lui, ils ont tout fait à l'envers. Comme à tous les surdoués dans les équipes d'âge en Croatie, on lui disait des trucs du style : Joue ton jeu. Fais du spectacle. Éclate-toi. Pas besoin de suivre ton homme. Pas la peine de défendre. Dribble et va marquer des buts. On lui a rendu un très mauvais service. Parce que si tu rates ces choses-là à 12, 13 ou 14 ans, si tu n'apprends pas des bases, tu ne vas peut-être jamais les récupérer. Lui, il les a clairement ratées. Il est passé à côté d'aspects essentiels de la formation. Son père sait de quoi il parle, vu qu'il a joué à un haut niveau. Alors, il a vite compris ça. Et il l'a sorti du Dinamo Zagreb. Mais pour moi, c'était une nouvelle erreur de l'envoyer à Barcelone à 16 ans. Si on m'avait déjà demandé mon avis à ce moment-là, je lui aurais déjà conseillé de venir en Belgique. Ivan Perisic est un bon exemple. Il a quitté la Croatie pour aller à Sochaux, et là-bas, il s'est complètement planté. Parce que lui non plus, il n'était pas prêt. C'est en Belgique qu'il est devenu un vrai footballeur. Le championnat belge est un très bon laboratoire. " L'analyse de Tonci Martic est dure. Celle de Zoran Ban, un autre Croate passé par notre championnat (Mouscron, Genk, Mons, également devenu agent entre-temps), ne l'est pas moins. Lui aussi était parti trop haut trop tôt, à la Juventus puis au Portugal. " J'ai parlé avec le père d'Alen Halilovic il y a quelques jours. Il est maintenant optimiste pour l'avenir de son fils. Moi, je ne le serai que quand j'aurai la confirmation qu'il a enfin compris certaines choses essentielles. Une technique exceptionnelle, c'est magnifique. Mais si tu n'as que ça, ça ne te permettra jamais de percer au plus haut niveau. Il n'était pas prêt pour Barcelone. Pas prêt pour Hambourg. Pas prêt pour Milan. Si tu veux avoir une chance dans des clubs pareils, dans des championnats pareils, tu dois être capable de t'arracher au quotidien. Pour lui, il est grand temps de montrer qu'il a quelque chose en plus que son talent. Temps de montrer qu'il sait y ajouter du caractère. Ça ne marchera pas mieux en Belgique s'il ne met pas de la niaque dans son jeu. Le championnat belge n'est pas facile, je l'ai vite compris quand j'y suis allé. Et je ne pense pas que le public du Standard apprécierait un joueur qui fait ce que Halilovic a trop souvent fait jusqu'ici : attendre le ballon, ne pas courir. Il ne joue que quand il a le ballon, c'est son gros problème. " À Barcelone, le petit génie n'a évolué qu'avec l'équipe B, à l'exception d'un seul match officiel avec les grands, en Coupe d'Espagne. Il s'est refait une santé et fait un nom là-bas lors de ses prêts à Gijón puis à Las Palmas. Entre-temps, il s'est planté à Hambourg où le Barça l'avait vendu en prenant toutefois soin de prévoir une clause de rachat. Lors de l'été 2018, l'AC Milan l'a mis sous contrat. Il est trop tôt pour tirer un bilan de son expérience dans le Calcio. Mais la première conclusion est négative. Sa troisième tentative dans un gros club est jusqu'ici un troisième échec. Il impute son flop catalan à son jeune âge, son bouillon allemand à un changement d'entraîneur, sa mésaventure italienne à un coach qu'il accuse de ne pas croire en lui. " Je ne dis pas que le Standard est sa toute dernière chance mais ça pourrait y ressembler quand même ", analyse Tonci Martic. " Tu ne peux pas faire toute ta carrière sur des excuses. Il a été beaucoup trop gâté, trop épargné pendant sa formation. Ça, ce n'était pas sa faute. Ses entraîneurs auraient dû être beaucoup plus bruts, plus sauvages avec lui. Il n'est pas responsable si on ne lui a jamais appris à défendre, si on ne l'a jamais obligé à faire aussi le sale boulot. Je le voyais jouer quand il avait 13 ou 14 ans, il était au-dessus du lot mais avec des grosses lacunes que beaucoup de gens ne voulaient pas voir. On ne lui a pas fait un cadeau quand on l'a qualifié de nouveau Messi, quand on l'a comparé à Luka Modric et à Ivan Rakitic. Il passait pour le prodige. Mais en Croatie, chez les jeunes, des prodiges, il y en a des camions entiers. Il a été appelé en équipe nationale A à 17 ans. Est-ce qu'il le méritait ? Je n'en suis pas sûr. Je vais rester diplomate... il a peut-être eu les bonnes personnes pour le pousser à ce moment-là. À nouveau, dans ce cas-là, on ne lui a pas fait un cadeau. Parce que mets-toi dans la tête du mec qui est dans le noyau d'un des meilleurs pays du monde à 17 ans, puis au Standard à 22 ans... Mets-toi dans la tête du gars qui a un salaire digne de Barcelone puis des revenus qui correspondent au championnat de Belgique. S'il a un raisonnement logique, il voit ça comme un échec. Mais il doit raisonner autrement. Il doit considérer le Standard et la Belgique comme sa vraie rampe de lancement. Son avenir dépend de lui. Ce n'est pas simple de changer sa philosophie à 22 ans mais il n'aura pas le choix. Le talent dans les jambes, il l'a toujours. Il a toujours la technique pour s'imposer en Espagne ou en Italie. Aujourd'hui, il a besoin de temps de jeu et ça passera par une grosse dépense physique. Il doit aller au charbon. Il a besoin de rythme, d'agressivité, de bagarres, de matches pourris où on prend des coups. Il va être bien reçu par ses coéquipiers s'il commence à dire : Donne-moi le ballon et cours dans mon dos parce que je suis un génie... En Croatie, tu es considéré comme un super joueur dès que tu fais un crochet ou un petit pont. Les gens apprécient beaucoup plus les techniciens que les travailleurs. En Belgique, c'est quand même assez différent ! " Zoran Ban évoque lui aussi la notion de dernière chance : " Il est moins cinq pour Halilovic Les Croates le considèrent comme un talent exceptionnel qui est occupé à se perdre. Autant il a été considéré comme une incarnation du futur du football croate, autant il est loin de l'équipe nationale aujourd'hui. La Croatie est la deuxième meilleure nation du monde, elle a autre chose en magasin qu'un joueur qui vient d'enchaîner des échecs. " Le Rouche se consolera, dans un premier temps, avec les Espoirs de son pays. Ils disputeront l'EURO en juin et il est le capitaine de la sélection.