"C'était mon deuxième match de D1, début août 2016, face à Zulte Waregem. Après une heure de jeu, alors que nous étions menés 0-1, je suis monté au jeu. J'étais tellement excité qu'en 20 minutes, j'ai pris deux cartons jaunes justifiés pour des tackles trop appuyés. J'avais joué le ballon mais j'avais pris l'homme. Quand j'ai vu le carton rouge sous mon nez, je me suis dit : I'm finished. Mon monde s'effondrait. Ce fut l'une des journées les plus sombres de ma vie. Cette nuit-là, j'ai très mal dormi car je me suis senti responsable de la défaite ( après l'exclusion d'Ampomah, le score passa à 0-2, ndlr). Regardez : sur mon smartphone, j'ai la photo de l'arbitre au moment où il me montre la carte rouge. Je la garde pour me rappeler d'où je viens, combien j'ai changé depuis : j'ai tiré les leçons de mes erreurs.
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"C'était mon deuxième match de D1, début août 2016, face à Zulte Waregem. Après une heure de jeu, alors que nous étions menés 0-1, je suis monté au jeu. J'étais tellement excité qu'en 20 minutes, j'ai pris deux cartons jaunes justifiés pour des tackles trop appuyés. J'avais joué le ballon mais j'avais pris l'homme. Quand j'ai vu le carton rouge sous mon nez, je me suis dit : I'm finished. Mon monde s'effondrait. Ce fut l'une des journées les plus sombres de ma vie. Cette nuit-là, j'ai très mal dormi car je me suis senti responsable de la défaite ( après l'exclusion d'Ampomah, le score passa à 0-2, ndlr). Regardez : sur mon smartphone, j'ai la photo de l'arbitre au moment où il me montre la carte rouge. Je la garde pour me rappeler d'où je viens, combien j'ai changé depuis : j'ai tiré les leçons de mes erreurs. Au cours des premières semaines et même des premiers mois à Waasland Beveren, j'étais trop impatient, je voulais à tout prix me montrer. Je me disais qu'à 35 ans, ma carrière serait terminée et qu'il était temps d'en tirer le maximum. Alors, je forçais les choses, j'étais crispé, je m'énervais dès que je ratais un dribble. Quand on a des pensées négatives, on commet encore plus d'erreurs. Malgré tout, j'avais quand même la chance d'entrer au jeu pour quelques minutes mais j'étais trop nerveux, surtout lors des matches à domicile, devant nos supporters. Assis sur le banc, je tremblais réellement, mes équipiers me regardaient avec de grands yeux (il rit). Ce n'était pas l'adversaire qui me faisait peur et, une fois sur le terrain, les tremblements s'arrêtaient mais j'étais crispé. Je voulais absolument m'imposer en Europe. C'était une obligation que je m'imposais moi-même. Contrairement à ce qui se passe parfois avec d'autres Africains, ma famille n'y était pour rien. Certains représentent le seul espoir d'une famille d'échapper à la misère. Pour ma part, je viens d'une famille de la classe moyenne. Mes parents ont une ferme avec beaucoup d'animaux. Ils ne sont pas riches mais nous n'avons jamais eu faim. Mon père ne voulait pas que je devienne joueur de foot. Pour lui, c'était l'école qui comptait. Ma soeur étudie l'économie à l'université de Leicester, en Angleterre. Et mon grand frère est à l'université de Cleveland, aux Etats-Unis. Il veut devenir ophtalmologue et il sera très fort." "Mais pour moi, la seule chose qui comptait, c'était le foot. Lorsque mon père a vu à quel point je m'accrochais, il m'a soutenu à 100 %. Il n'aimait pas le football mais il est venu voir mes matches car il savait que ça me rendait heureux. Mais ce n'est ni lui, ni mon frère, ni ma soeur qui m'ont mis la pression. Quand je suis parti en Belgique, ils m'ont juste dit de prendre soin de moi et qu'ils prieraient Dieu afin qu'il me donne la force de réaliser mon rêve. Même quand je jouais peu, en U21 à Malines ou la saison dernière à Waasland Beveren, ils ont toujours cru en moi. Et ils m'ont laissé le temps de m'affirmer. Ce que j'ai fait dans ces moments difficile ? (il remonte sa manche et montre un tatouage sur son bras) C'est mon leitmotiv : tudo passa. En portugais, ça veut dire : tout passe. En portugais, c'est mieux qu'en anglais : tout le monde le remarque et me demande ce que ça signifie. Alors j'explique que dans la vie, la roue tourne. Il ne faut pas trop s'arrêter aux choses négatives. Neymar a le même tatouage. A 17 ans, j'ai passé un an dans une équipe d'âge du FC Santos, son ex-club, au Brésil. Je lui ai même serré la main une fois. Un moment inoubliable car c'est une de mes idoles. A chaque fois que je marque, j'embrasse ce tatouage. Grâce à lui, je ne sombre jamais dans la dépression et je ne pleure pas. Il y a des choses plus graves dans la vie que de rester une saison sur le banc. Je suis en bonne santé, je m'entraîne, je perçois un bon salaire pour exercer mon hobby alors que des gens ont le cancer, d'autres aveugles ou boiteux, et que d'autres encore vivent dans des pays en guerre. Ça, c'est dur. Bien sûr, j'étais déçu de ne pas jouer mais ça ne m'empêchait pas d'être heureux ni de prendre du plaisir à l'entraînement. Là, contrairement à ce qui se passait en match, j'étais libéré et je me disais que je finirais par recevoir ma chance, que ce n'était qu'une question de temps." "Tout a changé lors du dernier match des play-off 2 de la saison dernière, à l'Union. Titularisé pour la première fois, j'ai inscrit deux buts et nous avons gagné 1-3. J'ai fait taire mes détracteurs et j'ai pris confiance. En vacances, au Ghana, je me suis entraîné chaque jour afin d'être prêt pour la nouvelle saison. Quand je suis rentré, l'ambiance au sein du club avait changé, grâce à Philippe Clement. Il m'a mis en confiance et m'a obligé à repousser mes limites. Il me parlait beaucoup, me disait d'oser dribbler. Perdre la balle, ce n'était pas grave, à condition de me battre pour la récupérer. Je dois le remercier de m'avoir soutenu, tout comme Sven Vermant, Merveille Goblet, Laurent Jans, Niels De Schutter, Rudy Camacho... Grâce à eux, je suis moi-même sur le terrain, je n'ai plus peur de commettre des erreurs. Au cours des quatre premiers matches, j'ai inscrit deux buts et délivré deux assists. Mais mon meilleur moment, ce fut en novembre : j'ai fait 2-0 contre Mouscron et, une semaine plus tard, je jouais pour la première fois en équipe nationale. " J'ai percé mais je reste les pieds sur terre car tout a une fin, même les bons moments. Et on est vite oublié. Quand j'étais petit, mon idole, c'était Ronaldinho, le meilleur joueur du monde. Aujourd'hui, il y a Messi et Ronaldo, plus personne ne connaît Ronaldinho. C'est pourquoi je ne prends personne de haut. Au Ghana, on dit qu'on rencontre les mêmes personnes quand on gravit les échelons que quand on redescend. Je ne veux donc blesser personne intentionnellement, je ne supporterais pas le fait qu'un joueur ne puisse exercer son métier pendant des mois à cause de moi. Dieu pourrait même me punir. C'est mon guide, je remets mon sort entre ses mains car je sais qu'avec lui, je peux tout avoir. C'est pourquoi je prie avant chaque match dans le vestiaire, pour qu'il me protège des blessures. Puis je lis un passage de la Bible. Un psaume de David, par exemple." "Je me prépare aussi en écoutant de la musique africaine ou du rap dans le vestiaire. Le coach et mes équipiers m'autorisent à en mettre dans le vestiaire. En tout cas, ils ne m'ont jamais dit que je devais couper le haut-parleur (il rit). Ça m'aide à me relaxer et à ne plus trembler (il rit). Pour me concentrer, j'essaye de visualiser. Je m'imagine en train de dribbler cinq joueurs pour aller marquer ou de lober le gardien des 30 mètres. J'y pense souvent depuis que j'y suis arrivé avec les réserves de Malines face à... Waasland Beveren. Cette saison, j'ai essayé de le faire contre Eupen mais le gardien est revenu juste à temps. J'espère y arriver encore rapidement, même si les gardiens qui lisent cet article seront peut-être plus prudents. (il rit).J'essaye toujours de dribbler ( en phase classique, il l'a fait en moyenne 4,6 fois par match, ndlr). Clement et Vermant m'ont toujours incité à provoquer l'adversaire. J'étudie attentivement ce que font des joueurs comme Neymar, Marco Reus ouAlexis Sánchez, qui rentrent dans le jeu au départ du flanc gauche. C'est une arme qu'il faut affûter. Je dois être plus efficace, marquer davantage et délivrer plus d'assists. Cette saison, j'ai inscrit sept buts mais j'aurais pu en mettre le double. Si je progresse sur ce plan, je serai repéré par de grands clubs européens. C'est mon rêve, je me donne encore cinq ans pour y arriver. Est-ce réaliste pour un joueur de Waasland Beveren ? Pourquoi ne pas faire comme Yaya Touré ? Hormis voler comme un oiseau, rien n'est impossible à l'homme. Mon frère dit toujours qu'il suffit de le vouloir vraiment. Il y a cinq ans, l'Europe et l'équipe nationale n'étaient que des rêves lointains pour moi. Mais j'y suis arrivé. J'en suis très fier et je suis convaincu que ça ne s'arrêtera pas là. Après ma carrière, j'aimerais aussi fonder une académie au Ghana, pour remercier Dieu de m'avoir donné ces dons. "Jonas Creteur