Le soir du centième anniversaire de l'Armistice, le 11 novembre 2018, Paul-José Mpoku signale sur Instagram que le racisme a refait son apparition à Courtrai. Au terme d'une rencontre qu'il a bouclée en inscrivant le but décisif sur penalty, le capitaine du Standard fait également part de ses doléances auprès des journalistes. " L'ambiance est toujours très tendue ici ", déclare-t-il. " Les provocations fusent et on doit éviter de tomber dans le piège. "

Il rappelle qu'un cas similaire s'était produit un an plus tôt : le 27 décembre 2017, son équipier Uche Agbo avait été insulté par le public après avoir reçu un deuxième carton jaune, juste avant le repos, et avait refusé pendant sept longues minutes de quitter le terrain en guise de protestation.

Lorsqu'un soigneur l'avait finalement convaincu de regagner le vestiaire, il avait été provoqué par le noyau dur de la tribune debout, et avait répondu en montrant son majeur et en lançant une bouteille pleine d'eau en direction du public. Après coup, il avait déclaré avoir été offensé par des cris de singe, ce qui ne correspondait pas au rapport du match delegate, de l'arbitre et de la police.

Deux ans plus tôt, Christian Kabasele s'était également plaint de cris bestiaux au stade des Éperons d'Or, alors qu'il s'y produisait avec le KRC Genk. Après ces incidents, il a déclaré, lors d'une interview accordée à Sport/Foot Magazine, que le problème du racisme se concentrait principalement à Courtrai.

GESTES DE SINGE

Au lendemain de son message posté sur Instagram, le jour de l'Armistice, Mpoku a reçu un message privé d'un supporter de Courtrai qui s'excusait pour son comportement :

I'm that one guy you searched at the end of the game because of the monkey things, the guy you pointed at... I'm sure you know who I am. I'm very sorry for what I did. I saw the articles in the newspaper about the racist things, first I'm not a rascist, just so much emotions after this game where KV Kortrijk was so much better... You're a great player, stay yourself and move on ! Excuse-moi !

Mpoku lui a répondu par une autre message privé :

Geen probleem, we all make mistakes, the most important is to recognise the mistake and not to make it again. God bless you.

Il est apparu que le jeune homme était un entraîneur de jeunes dans un club de football multiculturel de la région de Courtrai. À notre demande, il a accepté de témoigner de ce qui s'était produit ce soir-là. À la condition de conserver l'anonymat, car il n'avait pas envie de rester indéfiniment " l'homme par qui l'incident raciste avec Mpoku est arrivé ".

" Au coup de sifflet final, Mpoku et Luyindama ont pris la direction du tunnel des joueurs qui passe sous le kop, en adoptant une attitude un peu provocatrice ", explique-t-il. " C'était sans doute lié à la victoire du Standard et à l'incident qui s'était produit un an plus tôt avec Agbo. Mpoku a donné l'impression qu'il tenait sa revanche et a pointé son majeur dans notre direction.

Aujourd'hui, je suis capable de replacer ce geste dans son contexte, mais avec la frustration engendrée par une défaite imméritée selon moi, je me suis senti assailli et j'ai réagi de manière impulsive avec des gestes de singe, dans le but de le blesser encore davantage qu'il ne m'avait blessé à moi. Il est ressorti du tunnel et m'a pointé du doigt, l'air de dire : " Je sais qui tu es, je te retrouverai ! " Malgré la barrière qui nous séparait, il cherchait la confrontation, mais le cameraman du Standard l'a retenu."

PRIS DE REMORDS

" Après le match, en rentrant à la maison et en retrouvant ma copine, j'ai eu des remords. Je me suis dit que ce comportement ne me ressemblait pas. Je ne suis pas du tout raciste. Le lendemain, j'ai donc présenté mes excuses à Mpoku. En anglais, car mon français n'est pas top. Vous devez savoir que j'entraîne une petite équipe dont 15 des 20 enfants sont d'origine étrangère. Deux de mes collègues entraîneurs sont musulmans, et nous collaborons trois fois par semaine.

Parfois, nous sommes ensemble derrière le comptoir du club house. Je veux exercer une influence positive sur les gens et certainement pas passer pour un raciste. Je vais voir jouer Courtrai depuis dix ans et c'est la première fois que j'ai des gestes déplacés. Ce sera aussi la dernière fois. J'aime mettre l'ambiance et encourager mon équipe. Mais en football, il existe de nombreux scénarios qui peuvent provoquer un dérapage, surtout lorsqu'on a bu un verre."

C'est aussi ce qu'il a expliqué au club de Courtrai, qui a plaidé auprès de la Pro League en faveur d'une peine alternative plutôt que deux ans d'interdiction de stade et une amende de 5.000 euros. " Parce que le garçon a émis des regrets et était prêt à accepter ce genre de sanction ", explique Simon Clinckemaillie, fanbase et community manager du club de Courtrai. " Selon moi, une longue suspension ne produit pas les effets escomptés, car lorsque le supporter reviendra au stade après deux ans, il sera encore plus aigri que précédemment. "

Un avis que partage le manager général Matthias Leterme. " Les amendes et les interdictions de stade ne sont pas la meilleure manière d'inciter les contrevenants à changer de comportement, car on n'attaque pas le mal à la racine ", affirme-t-il. " Après un incident, la première chose à faire est d'identifier la personne. Nous discutons alors avec elle et nous essayons de provoquer chez elle une prise de conscience, en lui proposant de suivre une formation et en lui infligeant une peine alternative. "

PAS UN CLUB RACISTE

La peine alternative a obligé the guy of the monkey things à servir pendant 30 heures dans un centre d'accueil pour réfugiés érigé dans un ancien monastère à Menin. " 70 personnes sont dans l'attente d'un permis de séjour, elles logent à trois ou à quatre dans de toutes petites chambres alors qu'elles ne se connaissent pas ", a-t-il constaté. " J'ai dû donner un coup de main, j'ai eu l'occasion de discuter avec ces gens et ils m'ont raconté leur voyage, c'était très instructif. "

Mais sa plus grande crainte, c'était d'être perçu à l'avenir comme un raciste et comme la figure de proue du noyau dur de Courtrai. Depuis lors, il fait doublement attention à son comportement et surveille également l'attitude des autres supporters dans la tribune. " Lorsque j'entends des propos inappropriés, j'en fais directement la remarque à la personne. Je ne veux pas que Courtrai passe pour un club raciste dans les médias, ni que d'autres supporters aient peur de venir au stade parce qu'ils craignent d'être entourés par des racistes.

L'image du club ne doit pas être salie. On a même parlé du comportement raciste des supporters courtraisiens dans la presse américaine. C'est tout juste si on ne classait pas le club dans la catégorie des nazis de la Lazio. J'essaie régulièrement de redorer l'image de Courtrai en postant des messages positifs sur Facebook et Instagram. Il y aura toujours des cas isolés.

Lorsqu'on voit le résultat des dernières élections, on ne doit pas s'étonner que l'idéologie de certains se retrouve dans les stades de football. Mais c'est surtout à l'école que je constate l'évolution des comportements. Dans les stades, il y a toujours des têtes brûlées qui recherchent la confrontation avec l'adversaire, et ce n'est pas propre à Courtrai. Mais la majorité est là pour encourager son équipe.

Avant, il y avait plus de skinheads quadragénaires qu'aujourd'hui. Désormais, ce sont surtout des jeunes de 16 à 25 ans qui viennent s'amuser avec les copains et qui s'inspirent du comportement des supporters anglais ou italiens qu'ils trouvent sur les réseaux sociaux."

PERCEPTION NÉGATIVE

" Je suis convaincu qu'on n'est pas plus raciste chez nous que dans d'autres clubs ", dit Clinckemaillie, " Mais nous sommes victimes d'une perception négative, et la spirale sur les réseaux sociaux est difficile à enrayer. " Leterme confirme. " Il y a certainement des racistes parmi les supporters, car le football est le reflet de la société. Mais ils ne sont pas plus nombreux chez nous qu'ailleurs.

Nous ne pouvons pas être tenus pour responsables du comportement d'un individu. C'est un problème de société. Le phénomène du racisme est largement répandu, et je crois qu'une personne d'une autre couleur de peau en ressent encore davantage les effets à l'école ou à la piscine, ou lors de la recherche d'un emploi ou de la location d'un appartement ou d'une maison."

On signalera que Courtrai a tenu à présenter ses excuses à Kabasele et que le joueur les a acceptées. Le club l'a également invité à venir constater lui-même comment fonctionne le club de Courtrai et à s'entretenir avec les joueurs africains du club.

Au Stade des Éperons d'Or, le tunnel des joueurs passe sous la tribune debout, derrière le but, et les joueurs doivent traverser le noyau dur pour entrer sur la pelouse ou rejoindre leur vestiaire. Et cette situation contribue certainement à échauffer les esprits.

" C'est peut-être la raison pour laquelle des incidents éclatent plus rapidement ici qu'ailleurs ", estime Leterme. " Nous payons cash chaque gobelet qui atterrit sur la pelouse. La saison dernière, ça nous a coûté entre 10 et 15.000 euros d'amende. Dans les autres stades, la distance entre les joueurs et les supporters est plus grande. Nous travaillons d'arrache-pied pour changer le comportement des supporters, car cela ne donne pas une bonne image du club. "

APPEL AUX SUPPORTERS

Lors du premier match à domicile contre Charleroi, le club a lancé un appel aux supporters, via les réseaux sociaux, pour qu'ils encouragent leur équipe de manière positive. " Sans jeter d'objets sur le terrain, sans entonner des chants à connotation négative ", précise Clinckemaillie.

" Les supporters ont bien réagi, et le lien entre la direction du club et eux s'est renforcé. Nous ne voulons pas nous contenter de sanctionner, nous voulons également informer et sensibiliser. Nous avons, par exemple, prévu une rencontre entre nos supporters et l'un de nos joueurs d'origine africaine pour évoquer la question du racisme.

La Pro League est en train d'élaborer un plan pour lutter contre les chants discriminatoires, et moi-même, j'écris un article sur les encouragements positifs. Nous voulons, en tant que club, jouer un rôle de pionnier dans ce domaine."

Pelé Mboyo : " Si Courtrai était un club raciste, je n'y aurais pas signé. ", BELGAIMAGE
Pelé Mboyo : " Si Courtrai était un club raciste, je n'y aurais pas signé. " © BELGAIMAGE

" On ne doit pas généraliser des cas isolés "

L'attaquant de Courtrai Ilombe Mboyo a joué avec Christian Kabasele à Genk, et il considère Paul-José Mpoku comme un petit frère. Ils sont tous les trois Belges d'origine congolaise. " J'en suis à mon troisième passage à Courtrai et je n'ai jamais rencontré les mêmes problèmes qu'eux ", dit Mboyo.

" J'ai toujours évolué dans une équipe très métissée. Elimane Coulibaly est toujours le bienvenu ici. Karim Belhocine a été coach et directeur technique dans le club. C'est le public auprès duquel je me sens le plus apprécié. Si c'était un club raciste, je n'aurais pas signé. "

La saison dernière, il avait disputé le match à domicile contre le Standard au terme duquel l'incident avec Mpoku s'était produit, mais il affirme qu'il ne l'a pas vu arriver. " Polo m'a téléphoné après ça et je me suis renseigné auprès du club. J'ai compris qu'il s'agissait d'un geste de frustration d'un garçon qui n'était pas du tout raciste, et qui travaillait même avec de jeunes Africains dans son équipe.

J'ai dit à Polo qu'il ne fallait pas faire une généralité de l'un ou l'autre cas isolé. Mais nous devons continuer à combattre ce genre de comportement. Qu'il s'agisse de racisme ou pas, c'est intolérable. Le football est un sport qui engendre des émotions, mais il y a des limites à ne pas dépasser.

Je n'ai pas encore été confronté à du racisme pur et dur. Il existe, mais il se passe des choses bien plus graves en Italie. J'ai déjà vécu l'un ou l'autre incident mineur. À Gand, les supporters m'ont pris à partie après un penalty raté. Le ton de la discussion était à connotation raciste, et l'effet de groupe a incité d'autres personnes à suivre le mouvement.

Mais lorsqu'on rencontre ces gens de manière isolée, ils sont totalement différents. Ils vous demandent alors un autographe. L'envie de gagner, le fanatisme et les effets de l'alcool provoquent des comportements stupides. Et dans la masse, il se trouve toujours quelqu'un qui est encore plus stupide que les autres et qui jette de l'huile sur le feu.

Les supporters doivent comprendre que, lorsqu'ils insultent un joueur de couleur de l'équipe adverse, ils touchent aussi le joueur de couleur de leur propre équipe. La multiculturalité, c'est la beauté du sport. Il incombe aux clubs et à la fédération d'essayer d'éradiquer le phénomène du racisme, car les supporters, comme les footballeurs, doivent montrer le bon exemple aux enfants."

Pour entrer sur la pelouse, au stade des Eperons d'Or, les joueurs empruntent un tunnel qui traverse le noyau dur. Une situation qui contribue parfois à échauffer certains esprits., BELGAIMAGE
Pour entrer sur la pelouse, au stade des Eperons d'Or, les joueurs empruntent un tunnel qui traverse le noyau dur. Une situation qui contribue parfois à échauffer certains esprits. © BELGAIMAGE
Matthias Leterme, BELGAIMAGE
Matthias Leterme © BELGAIMAGE
Le soir du centième anniversaire de l'Armistice, le 11 novembre 2018, Paul-José Mpoku signale sur Instagram que le racisme a refait son apparition à Courtrai. Au terme d'une rencontre qu'il a bouclée en inscrivant le but décisif sur penalty, le capitaine du Standard fait également part de ses doléances auprès des journalistes. " L'ambiance est toujours très tendue ici ", déclare-t-il. " Les provocations fusent et on doit éviter de tomber dans le piège. " Il rappelle qu'un cas similaire s'était produit un an plus tôt : le 27 décembre 2017, son équipier Uche Agbo avait été insulté par le public après avoir reçu un deuxième carton jaune, juste avant le repos, et avait refusé pendant sept longues minutes de quitter le terrain en guise de protestation. Lorsqu'un soigneur l'avait finalement convaincu de regagner le vestiaire, il avait été provoqué par le noyau dur de la tribune debout, et avait répondu en montrant son majeur et en lançant une bouteille pleine d'eau en direction du public. Après coup, il avait déclaré avoir été offensé par des cris de singe, ce qui ne correspondait pas au rapport du match delegate, de l'arbitre et de la police. Deux ans plus tôt, Christian Kabasele s'était également plaint de cris bestiaux au stade des Éperons d'Or, alors qu'il s'y produisait avec le KRC Genk. Après ces incidents, il a déclaré, lors d'une interview accordée à Sport/Foot Magazine, que le problème du racisme se concentrait principalement à Courtrai. Au lendemain de son message posté sur Instagram, le jour de l'Armistice, Mpoku a reçu un message privé d'un supporter de Courtrai qui s'excusait pour son comportement : I'm that one guy you searched at the end of the game because of the monkey things, the guy you pointed at... I'm sure you know who I am. I'm very sorry for what I did. I saw the articles in the newspaper about the racist things, first I'm not a rascist, just so much emotions after this game where KV Kortrijk was so much better... You're a great player, stay yourself and move on ! Excuse-moi ! Mpoku lui a répondu par une autre message privé : Geen probleem, we all make mistakes, the most important is to recognise the mistake and not to make it again. God bless you.Il est apparu que le jeune homme était un entraîneur de jeunes dans un club de football multiculturel de la région de Courtrai. À notre demande, il a accepté de témoigner de ce qui s'était produit ce soir-là. À la condition de conserver l'anonymat, car il n'avait pas envie de rester indéfiniment " l'homme par qui l'incident raciste avec Mpoku est arrivé ". " Au coup de sifflet final, Mpoku et Luyindama ont pris la direction du tunnel des joueurs qui passe sous le kop, en adoptant une attitude un peu provocatrice ", explique-t-il. " C'était sans doute lié à la victoire du Standard et à l'incident qui s'était produit un an plus tôt avec Agbo. Mpoku a donné l'impression qu'il tenait sa revanche et a pointé son majeur dans notre direction. Aujourd'hui, je suis capable de replacer ce geste dans son contexte, mais avec la frustration engendrée par une défaite imméritée selon moi, je me suis senti assailli et j'ai réagi de manière impulsive avec des gestes de singe, dans le but de le blesser encore davantage qu'il ne m'avait blessé à moi. Il est ressorti du tunnel et m'a pointé du doigt, l'air de dire : " Je sais qui tu es, je te retrouverai ! " Malgré la barrière qui nous séparait, il cherchait la confrontation, mais le cameraman du Standard l'a retenu." " Après le match, en rentrant à la maison et en retrouvant ma copine, j'ai eu des remords. Je me suis dit que ce comportement ne me ressemblait pas. Je ne suis pas du tout raciste. Le lendemain, j'ai donc présenté mes excuses à Mpoku. En anglais, car mon français n'est pas top. Vous devez savoir que j'entraîne une petite équipe dont 15 des 20 enfants sont d'origine étrangère. Deux de mes collègues entraîneurs sont musulmans, et nous collaborons trois fois par semaine. Parfois, nous sommes ensemble derrière le comptoir du club house. Je veux exercer une influence positive sur les gens et certainement pas passer pour un raciste. Je vais voir jouer Courtrai depuis dix ans et c'est la première fois que j'ai des gestes déplacés. Ce sera aussi la dernière fois. J'aime mettre l'ambiance et encourager mon équipe. Mais en football, il existe de nombreux scénarios qui peuvent provoquer un dérapage, surtout lorsqu'on a bu un verre." C'est aussi ce qu'il a expliqué au club de Courtrai, qui a plaidé auprès de la Pro League en faveur d'une peine alternative plutôt que deux ans d'interdiction de stade et une amende de 5.000 euros. " Parce que le garçon a émis des regrets et était prêt à accepter ce genre de sanction ", explique Simon Clinckemaillie, fanbase et community manager du club de Courtrai. " Selon moi, une longue suspension ne produit pas les effets escomptés, car lorsque le supporter reviendra au stade après deux ans, il sera encore plus aigri que précédemment. " Un avis que partage le manager général Matthias Leterme. " Les amendes et les interdictions de stade ne sont pas la meilleure manière d'inciter les contrevenants à changer de comportement, car on n'attaque pas le mal à la racine ", affirme-t-il. " Après un incident, la première chose à faire est d'identifier la personne. Nous discutons alors avec elle et nous essayons de provoquer chez elle une prise de conscience, en lui proposant de suivre une formation et en lui infligeant une peine alternative. " La peine alternative a obligé the guy of the monkey things à servir pendant 30 heures dans un centre d'accueil pour réfugiés érigé dans un ancien monastère à Menin. " 70 personnes sont dans l'attente d'un permis de séjour, elles logent à trois ou à quatre dans de toutes petites chambres alors qu'elles ne se connaissent pas ", a-t-il constaté. " J'ai dû donner un coup de main, j'ai eu l'occasion de discuter avec ces gens et ils m'ont raconté leur voyage, c'était très instructif. " Mais sa plus grande crainte, c'était d'être perçu à l'avenir comme un raciste et comme la figure de proue du noyau dur de Courtrai. Depuis lors, il fait doublement attention à son comportement et surveille également l'attitude des autres supporters dans la tribune. " Lorsque j'entends des propos inappropriés, j'en fais directement la remarque à la personne. Je ne veux pas que Courtrai passe pour un club raciste dans les médias, ni que d'autres supporters aient peur de venir au stade parce qu'ils craignent d'être entourés par des racistes. L'image du club ne doit pas être salie. On a même parlé du comportement raciste des supporters courtraisiens dans la presse américaine. C'est tout juste si on ne classait pas le club dans la catégorie des nazis de la Lazio. J'essaie régulièrement de redorer l'image de Courtrai en postant des messages positifs sur Facebook et Instagram. Il y aura toujours des cas isolés. Lorsqu'on voit le résultat des dernières élections, on ne doit pas s'étonner que l'idéologie de certains se retrouve dans les stades de football. Mais c'est surtout à l'école que je constate l'évolution des comportements. Dans les stades, il y a toujours des têtes brûlées qui recherchent la confrontation avec l'adversaire, et ce n'est pas propre à Courtrai. Mais la majorité est là pour encourager son équipe. Avant, il y avait plus de skinheads quadragénaires qu'aujourd'hui. Désormais, ce sont surtout des jeunes de 16 à 25 ans qui viennent s'amuser avec les copains et qui s'inspirent du comportement des supporters anglais ou italiens qu'ils trouvent sur les réseaux sociaux." " Je suis convaincu qu'on n'est pas plus raciste chez nous que dans d'autres clubs ", dit Clinckemaillie, " Mais nous sommes victimes d'une perception négative, et la spirale sur les réseaux sociaux est difficile à enrayer. " Leterme confirme. " Il y a certainement des racistes parmi les supporters, car le football est le reflet de la société. Mais ils ne sont pas plus nombreux chez nous qu'ailleurs. Nous ne pouvons pas être tenus pour responsables du comportement d'un individu. C'est un problème de société. Le phénomène du racisme est largement répandu, et je crois qu'une personne d'une autre couleur de peau en ressent encore davantage les effets à l'école ou à la piscine, ou lors de la recherche d'un emploi ou de la location d'un appartement ou d'une maison." On signalera que Courtrai a tenu à présenter ses excuses à Kabasele et que le joueur les a acceptées. Le club l'a également invité à venir constater lui-même comment fonctionne le club de Courtrai et à s'entretenir avec les joueurs africains du club. Au Stade des Éperons d'Or, le tunnel des joueurs passe sous la tribune debout, derrière le but, et les joueurs doivent traverser le noyau dur pour entrer sur la pelouse ou rejoindre leur vestiaire. Et cette situation contribue certainement à échauffer les esprits. " C'est peut-être la raison pour laquelle des incidents éclatent plus rapidement ici qu'ailleurs ", estime Leterme. " Nous payons cash chaque gobelet qui atterrit sur la pelouse. La saison dernière, ça nous a coûté entre 10 et 15.000 euros d'amende. Dans les autres stades, la distance entre les joueurs et les supporters est plus grande. Nous travaillons d'arrache-pied pour changer le comportement des supporters, car cela ne donne pas une bonne image du club. " Lors du premier match à domicile contre Charleroi, le club a lancé un appel aux supporters, via les réseaux sociaux, pour qu'ils encouragent leur équipe de manière positive. " Sans jeter d'objets sur le terrain, sans entonner des chants à connotation négative ", précise Clinckemaillie. " Les supporters ont bien réagi, et le lien entre la direction du club et eux s'est renforcé. Nous ne voulons pas nous contenter de sanctionner, nous voulons également informer et sensibiliser. Nous avons, par exemple, prévu une rencontre entre nos supporters et l'un de nos joueurs d'origine africaine pour évoquer la question du racisme. La Pro League est en train d'élaborer un plan pour lutter contre les chants discriminatoires, et moi-même, j'écris un article sur les encouragements positifs. Nous voulons, en tant que club, jouer un rôle de pionnier dans ce domaine."