Je n'étais pas né quand Niagara chantait "L'amour à la plage" en 1986, mais pour être tout à fait honnête, je ne voyais pas ça comme ça. Je ne m'imaginais pas forcément cette escapade amoureuse prendre place sur la plage d'Ostende. Alors j'ai tourné le dos à la mer du Nord et à la plage de Mariakerke, traversé Troonstraat en veillant à ne pas me prendre un tram, puis je suis tombé nez à nez avec la Diaz Arena, ce stade à taille humaine, posé là comme on trouverait un Delhaize, en face d'habitations dont j'espère que les occupants aiment les choix musicaux proposés avant la rencontre, même si je peine à y croire. C'est en pénétrant dans l'enceinte que je me suis rappelé qu'ici, l'amour n'était pas à la plage, mais un petit peu plus loin et que contrairement à ce que chantait Niagara, ce n'était pas "mes yeux dans tes yeux", mais "mes yeux sur les pieds de Maxime D'Arpino". Épatant derrière l'écran, le Fr...

Je n'étais pas né quand Niagara chantait "L'amour à la plage" en 1986, mais pour être tout à fait honnête, je ne voyais pas ça comme ça. Je ne m'imaginais pas forcément cette escapade amoureuse prendre place sur la plage d'Ostende. Alors j'ai tourné le dos à la mer du Nord et à la plage de Mariakerke, traversé Troonstraat en veillant à ne pas me prendre un tram, puis je suis tombé nez à nez avec la Diaz Arena, ce stade à taille humaine, posé là comme on trouverait un Delhaize, en face d'habitations dont j'espère que les occupants aiment les choix musicaux proposés avant la rencontre, même si je peine à y croire. C'est en pénétrant dans l'enceinte que je me suis rappelé qu'ici, l'amour n'était pas à la plage, mais un petit peu plus loin et que contrairement à ce que chantait Niagara, ce n'était pas "mes yeux dans tes yeux", mais "mes yeux sur les pieds de Maxime D'Arpino". Épatant derrière l'écran, le Français devient hypnotisant vu du stade. Je ne sais pas si c'est aussi bon que les tomates-crevettes dont m'a parlé Pascal Scimé, puisque je n'ai pas pu les goûter, mais ces presque deux heures passées à regarder le milieu de terrain du KVO face au Standard m'ont rappelé qu'à Lyon, même si on excelle aussi en gastronomie, on produit de sacrés joueurs de foot. À l'époque où Maxime D'Arpino signe pro à Lyon, c'est Hubert Fournier qui entraîne l'Olympique Lyonnais. Aujourd'hui, celui-ci est Directeur Technique National pour la Fédération Française de Football, turbulente institution dont les préceptes sont actuellement remis en cause, notamment sportivement, sur la manière de concevoir le ballon en France. L'une des manières de concevoir ce sport est par le prisme physique. À ce petit jeu, l'enfant de Villeurbanne fait partie des milieux de terrain travailleurs de moins d'1m80 et globalement à cette caste de joueur à qui on aime bien parler de "manque d'impact physique" au moment de leur expliquer pourquoi on ne leur donne pas leur chance. Alors c'est l'exil, à Orléans, en Ligue 2, avec un autre lyonnais de petite taille, Gaëtan Perrin. Un pas en arrière pour mieux sauter? Oui pour certains, non pour d'autres, qui trouvent le moyen de juger le passage de la Ligue 2 française vers le KV Ostende comme une potentielle régression dans la carrière de l'homme du 69. S'il est évidemment facile de juger a posteriori, notamment après l'immense saison des joueurs d' Alexander Blessin, la trajectoire de D'Arpino fait forcément réfléchir sur la manière de considérer une certaine typologie de joueur en France, mais aussi sur le fameux recrutement basé sur les datas côté côtier. Car si Maxence Caqueret, dans un profil légèrement différent, mais de gabarit similaire, a prouvé à Lyon que l'on pouvait être un gros bosseur et récupérer des ballons en faisant 1m74, on ne compte pas les joueurs passés sous les radars pour des raisons de gabarit et de supposé manque d'impact physique. Supposé, car ces mots font forcément rire quand on les juxtapose au profil actuel de D'Arpino. Joueur le plus utilisé par Blessin, chef d'orchestre du pressing le plus éreintant du championnat, épatant coureur à intensité et plus bagarreur dans les duels que son poids le laisse penser, le Français est, à sa manière, un joueur d'impact. Plus que ça, il est un joueur lyonnais, une ode au 69, le département du Rhône. Dans l'utilisation du ballon, il respire l'Olympique Lyonnais. La vie lui a donné un pied droit d'une efficacité redoutable, notamment sur phase arrêtée, mais sa manière de voir les espaces, d'oser mettre le ballon dans une zone vide sans pour autant qu'il y ait d'appels et son aisance à faire les bons choix naturellement parce que "c'est le jeu", ne sont pas si "naturels", justement. Oui, il y a du talent chez D'Arpino, mais il y a une école de football derrière, et cette école c'est l'Olympique Lyonnais. Un sceau posé sur votre identité en tant que footballeur que D'Arpino véhicule dans le jeu côtier. Une science qui se vit, s'apprend, ne s'explique pas tellement, mais se voit: amusez-vous à chercher et regarder des joueurs passés par l'OL ces quinze dernières années, sans même vous concentrer sur les plus connus, et vous verrez. Dans le cas de Maxime D'Arpino, il n'est jamais allé au bout du cursus lyonnais, comme tant d'autres avant ou après lui. Mais même sans minute chez les pros, le Gone - la version lyonnaise du ket, devrait trouver le moyen d'aller au bout de ses rêves. Et c'est déjà pas mal.