L'Atlético est au coeur de la cible. Jugé coupable par la FIFA dans un dossier d'achat de joueurs mineurs, l'autre club de Madrid est privé de transferts l'été dernier. Une interdiction qui n'empêche pas le club de lâcher généreusement les liasses. Chelsea et Séville se partagent les 91 millions d'euros investis par les Colchoneros pour le retour au bercail de Diego Costa et l'arrivée dans la capitale de Vitolo, privés de temps de jeu avant le mois de janvier.
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L'Atlético est au coeur de la cible. Jugé coupable par la FIFA dans un dossier d'achat de joueurs mineurs, l'autre club de Madrid est privé de transferts l'été dernier. Une interdiction qui n'empêche pas le club de lâcher généreusement les liasses. Chelsea et Séville se partagent les 91 millions d'euros investis par les Colchoneros pour le retour au bercail de Diego Costa et l'arrivée dans la capitale de Vitolo, privés de temps de jeu avant le mois de janvier. L'opération coûte cher. Les comptes de l'Atlético font la gueule, et ce n'est certainement pas l'élimination inattendue, dès la phase de poules de la fructueuse Ligue des Champions, qui va leur rendre le sourire. La dette du club, encore aggravée par les investissements consentis dans la construction du nouveau stade, ne fait que s'accroître. Les Matelassiers de la capitale doivent absolument vendre pour rester dans les clous financiers. Le mercato de janvier a pourtant fermé ses portes sans grandes rentrées d'argent. La Chine est la dernière opportunité. Quelques milliers de kilomètres plus à l'est, il y a justement le Dalian Yifang. Voici quelques semaines, le club, tout juste promu en Chinese Super League, voit débarquer la fortune de Wang Jianlin, propriétaire du groupe Wanda. Visiblement poliment convié par son gouvernement à investir dans le football local plutôt que dans les superpuissances européennes, le milliardaire chinois a revendu 17 % des parts qu'il possédait au sein de l'Atlético (achetées pour une cinquantaine de millions d'euros en 2015), et a posé ses billes à la tête du Dalian Yifang. Est-ce un genre de cadeau d'adieu ? Si l'Atlético conserve les stigmates du groupe Wanda, dont le nom continuera à rimer avec celui du nouveau stade des Colchoneros, les Chinois offrent sans doute une bulle d'air financière à leur partenaire espagnol en déposant quelques millions sur la table en échange de la venue de plusieurs membres du vestiaire madrilène à Dalian. Le nom de Fernando Torres est, un temps, évoqué, mais ce sont finalement Nicolás Gaitán et Yannick Carrasco qui quittent le navire de Diego Simeone. Un paquebot dont l'équipage est réduit à la portion congrue, puisqu'il ne reste que 17 joueurs de champ dans le groupe d' El Cholo pour conclure la saison. Tiago, fraîchement retraité pour intégrer le staff, doit même faire le nombre lors de certaines séances d'entraînement. Si le départ de Gaitán, jamais vraiment intégré, n'est qu'une demi-surprise, celui de Carrasco est plus étonnant. " La première fois que j'ai entendu parler de la Chine, je me suis dit : Ah ouais, quand même ", concède Carmen Carrasco, la mère du Diable rouge. La surprise enfle encore quand le montant du transfert est révélé. Trente millions. Seulement. Cédric Bakambu, attaquant congolais qui a récemment quitté Villarreal pour l'Empire du milieu, a coûté plus cher. Et Yannick bénéficie d'une cote flatteuse en Europe, lui qui a encore récemment éveillé l'intérêt d'écuries du calibre du Bayern Munich ou de la Juventus. Depuis l'Espagne, certains évoquent un deal secret entre Dalian et l'Atlético, visant à se débarrasser subtilement d'un membre gênant d'un dossier rémunérateur. Lors de la vente de Carrasco à Madrid, l'AS Monaco avait négocié un imposant pourcentage à la revente de 25 %. De quoi faire rêver de sommes folles sur le Rocher quand la clause libératoire du Belge avait été fixée à 100 millions d'euros, lors de sa prolongation de contrat jusqu'en 2022 à l'Atlético. Mais avec ce montant, l'ASM ne touchera " que " 7,5 millions. Les supporters des Colchoneros, incrédules, s'imaginent déjà voir Carrasco sous le maillot d'un grand du foot européen l'été prochain, après la Coupe du monde. Le tout pour une somme flatteuse, inférieure aux 100 millions mais bien supérieure aux 30, qui serait partagée entre les amis de Wanda. L'idée n'était pourtant pas au goût de Diego Simeone. Si le temps de jeu de Yannick Carrasco s'était considérablement réduit ces derniers temps, c'est autant à cause de l'équilibre retrouvé des Colchoneros autour d'un milieu de terrain plus conservateur (avec Saúl et Koke sur les flancs) que pour ménager la cheville du Diable rouge, freiné en plein boom par sa blessure. Même s'il n'était pas toujours enclin à multiplier les efforts défensifs, Carrasco avait le don d'être décisif. Cette saison, seuls Antoine Griezmann et Kevin Gameiro avaient fait mieux que les 4 buts et 7 passes décisives de l'ancien Monégasque. Assez pour que Simeone continue à le défendre. " Il n'a pas eu de commentaire négatif de la part du coach ", assure Carmen Carrasco. Effectivement, El Cholo, convaincu du potentiel énorme de son ailier belge, a tout tenté pour que ça fonctionne. Il y croyait. Et dans le vestiaire, c'était peut-être l'un des derniers. Certains poids lourds du groupe madrilène, Gabi et Diego Godín en tête, avaient de plus en plus de mal à supporter le caractère solitaire de Carrasco. S'il avait une bonne relation avec les Français, Thomas Partey ou José Maria Gimenez, Yannick, perpétuel électron libre, n'a jamais vraiment fait partie d'un vestiaire où l'esprit d'équipe est élevé au rang de religion. Son implication était jugée insuffisante par les cadres du groupe, et les événements des derniers mois ont exacerbé sa mise à l'écart des intérêts collectifs. Le 30 septembre dernier, au bout d'un déplacement périlleux à Butarque conclu par un 0-0 face à Leganés, les mots auraient été très durs entre Gabi, Godín et Carrasco dans le vestiaire. Deux semaines plus tard, en Ligue des Champions, Simeone sort son Belge de la pelouse à vingt minutes du terme à Qarabag, alors que le marquoir est encore vierge. L'Atlético a absolument besoin d'un but pour croire à la qualification, mais Yannick quitte le terrain en marchant. Une attitude qui l'éloigne encore plus du groupe. Son temps de jeu diminue. " Ces derniers mois, il a parfois été triste, déçu, énervé... Mais jamais abattu ", affirme pourtant sa mère. La perspective d'une fin de saison passée sur le banc, à quelques mois du Mondial, a-t-elle incité Yannick à se montrer plus avenant envers l'offre chinoise ? Qui connaît mieux son fils que Carmen Carrasco ? La madre est catégorique : " Mon fils, c'est un battant. Si sa route est barrée, il trouvera toujours une échappatoire. " Par Guillaume Gautier et Alain Eliasy