Réputé pour sa propension à écumer les différentes boîtes de nuit bruxelloises durant son passage à Anderlecht, c'est avec grande surprise que Christian Wilhelmsson donne rendez-vous à Karlstad, une bourgade perdue au sud-ouest de la Suède et que l'on n'atteint pas en moins de quatre heures de train de Stockholm.

L'ancien ailier droit, reconverti en agent depuis sa retraite en 2015, semble loin de l'époque des soirées de clubbers. Son look - cheveux courts, chemise blanche à la Wilmots - va dans le même sens et son discours ouvert et nostalgique fait découvrir un homme qui se reverrait bien capturer des grenouilles dans le bois derrière chez lui...

Vous venez d'Hällevik, un nom qui ne dit absolument rien en Belgique...

CHRISTIAN WILHELMSSON : C'est un petit village d'environ 1000-1200 habitants, ce qui ne l'a pas empêché d'avoir une équipe en première division : Mjällby AIF. Je pense d'ailleurs que c'est le plus petit village du monde à avoir eu une équipe en première division nationale !

Vous retournez parfois là-bas ?

WILHELMSSON : Oui, ma famille y est toujours et avec ma femme et mes enfants, quand on revient en Suède, on passe quelques semaines là-bas et quelques semaines ici, à Karlstad. Je ne suis pas un gars de ville, c'est pour ça que je ne vis pas à Stockholm, Malmö, etc. Si je pouvais choisir, je vivrais même dans une forêt... mais ma femme préfère la ville, il faut donc trouver des compromis. Karlstad en est un : une ville pas trop grande et pas trop petite.

Vous êtes un vrai homme de nature ?

WILHELMSSON : J'ai toujours adoré jouer dehors, vivre plein d'aventures et faire des choses folles. Avec mes amis, on était tout le temps dans la forêt à attraper des souris, collectionner des grenouilles, construire des cabanes... Ma femme était aux scouts et en est extrêmement fière (rires), elle pourrait vous en parler des heures. Mais pour moi, c'était trop organisé, je préfère vivre l'aventure comme je l'entends. Bon, parfois je dépasse les limites...

Comment ?

WILHELMSSON : À l'école, ça m'arrivait de rater des cours parce qu'on traînait avec mes potes, mais la plupart du temps, quand je séchais l'école, c'était à cause du football. Et je revenais par la suite entièrement couvert de sueur, obligé de devoir reprendre mon cahier et mon stylo.

" C'EST DANS LES CLUBS QUI M'ONT DONNÉ LE PLUS DE LIBERTÉ QUE J'AI LE MIEUX RÉUSSI "

Plus tard, toujours à Hällevik, vous allez connaître une "histoire folle" qui sera tout proche de mal tourner...

WILHELMSSON : Je pense que je venais de signer à Anderlecht quand je suis revenu en Suède pour les vacances. On a été faire du jet-ski avec mes amis, mais ici, l'eau n'est pas comme à la Riviera ou Saint-Tropez : elle n'est pas chaude. Ni calme. Et ce jour-là, il y a des énormes vagues, même les poissons ne sont pas de sortie. Mais j'étais trop excité de tester mon nouveau jet-ski donc j'y ai été. On sautait sur d'incroyables vagues jusqu'au moment où l'engin s'est tout simplement cassé en deux. Sauf qu'on était au milieu de nulle part et la terre était trop loin à atteindre à la nage... surtout dans de l'eau à 3-4°C. Heureusement, j'avais placé mon gsm dans un sac plastique dans ma combinaison. J'ai donc contacté ma mère pour qu'elle prévienne un bateau de pêcheurs de venir nous chercher. On a attendu environ une heure, mais quand on a voulu quitter le jet-ski, la mer était déchaînée et on s'est retrouvé dans cette eau glaciale à devoir nager. Quand le bateau nous a ramenés à la base, on est passé par un restaurant bondé pour se sécher... On était frigorifié. C'était une fameuse aventure, mais elle se situe entre le fun et le pas fun.

Votre spécialité, le dribble, ne découlait-il pas, lui aussi, de cet esprit aventurier ?

WILHELMSSON : C'est dans les clubs qui m'ont donné le plus de liberté que j'ai le mieux réussi : Stabaek, Anderlecht, Deportivo et Al-Hilal sont les clubs qui m'ont donné le plus de confiance, qui m'ont laissé jouer comme je suis, sans rien modifier. En équipe nationale suédoise, je devais m'adapter, penser à la défense, au collectif, etc. parce qu'il y avait d'autres grands joueurs comme Freddy Ljungberg, qui avait déjà le rôle d'électron libre, et lui jouait à Arsenal, c'était donc à moi de m'adapter.

Est-ce que vous vous sentiez également libre en dehors du terrain dans les clubs que vous avez cités ?

WILHELMSSON : J'avais une vie terrible. À Anderlecht, c'était différent de ce que j'avais connu au village, mais je n'étais pas non plus dans un appartement en plein centre de Bruxelles, je vivais à Dilbeek, qui fait "un peu" campagne (rires). Quoi qu'il en soit, j'avais de l'espace, un grand jardin... j'ai vraiment pris du bon temps là-bas avec mes amis et mes coéquipiers avec qui on formait un groupe vraiment parfait, d'où nos bons résultats en championnat et en Champions League.

" JE VEUX SONGER AU BIEN DU JOUEUR AVANT DE SONGER À MON PORTEFEUILLE "

Christian Wilhelmsson avec la Suède, c'est 80 sélections et 9 buts inscrits., EPA
Christian Wilhelmsson avec la Suède, c'est 80 sélections et 9 buts inscrits. © EPA

Vous voilà désormais agent. Vous vous inspirez de la manière de faire de votre ancien agent Mino Raiola ?

WILHELMSSON : C'est plutôt avec Fabio Alho, son ancien partenaire,que j'ai travaillé en tant que joueur. Mais sans vouloir critiquer les agents, j'essaie surtout de ne pas faire ce qu'ils font. Aujourd'hui, il y a tellement d'argent que tout agent réalise des transactions rapides dans le but d'avoir de grosses commissions. Mais il met de côté les sentiments du joueur et ne se soucie guère de savoir si tel autre club ne lui conviendrait pas mieux. Je veux être plus responsable de la situation, connaître le club, son système et ce dont il a besoin avant de lui fourguer un joueur. Je veux le meilleur pour le club et pour le joueur. L'argent est important, bien sûr, mais j'en ai de côté donc je peux me permettre de tenter ce système.

Vous seriez prêt à dire à un joueur : " Ne signe pas dans ce club ! " même si la commission prévue est énorme ?

WILHELMSSON : Oui, c'est ce que j'essaie de faire, tout comme quand je pense qu'un club ne doit pas dépenser de l'argent pour un joueur qui ne lui convient pas. Et je perdrai de l'argent, ils risquent même de faire le deal sans moi, mais c'est ma philosophie. Je ne survivrai peut-être pas, mais tant que je peux le faire, je continuerai. Et j'espère pouvoir convaincre d'autres agents de faire pareil.

Vous semblez adorer la découverte de nouvelles cultures, vous êtes un vrai ouvert d'esprit ?

WILHELMSSON : J'essaie de l'être, en tout cas. Dès que je peux rencontrer de nouvelles personnes ou faire des découvertes, j'essaie de m'ouvrir, peu importe ton origine, ce que tu as fait... Evidemment, ça a des désavantages parce que quand tu t'amènes avec tes yeux bleus, tu peux facilement te faire avoir par des gens mal intentionnés. Heureusement, ma femme est très attentive et sent directement les gens qui essaient de m'attraper. Mais ça ne change pas le fait que je suis persuadé que chaque personne a du bon en elle !

Vous avez renforcé cet esprit depuis les actualités de crises, d'attentats, de montées du nationalisme ?

WILHELMSSON : Avec trois enfants, je suis désormais plus prudent dans mon ouverture, même si je n'aime pas trop ça. J'aimerais que mes enfants soient libres de parler à qui ils veulent, d'aller où ils veulent... Mais dans le même temps, le monde n'est plus comme il était quand j'étais jeune. C'est normal qu'il évolue, mais en voyant ce qui se passe actuellement, je suis sûr que nous allons nous détruire nous-mêmes. Le monde renaîtra par la suite, mais il faudra d'abord que l'humain quitte la planète. Je pense qu'on ne peut pas faire grand-chose pour changer cela : le monde est de plus en plus peuplé et il n'évolue peut-être pas dans la meilleure des directions.

" POUR MON ÉPOUSE, C'ÉTAIT PAS TOUJOURS FACILE EN ARABIE "

Vous avez évolué dans 11 pays différents. Y en a-t-il un dont la culture vous a marqué car proche de votre philosophie de vie ?

WILHELMSSON : (Hésitation) C'est une question délicate... Mais je dois dire que tout le monde - moi compris - a cette culture de l'ego, cela ne change donc rien que tu rencontres quelqu'un de Namibie ou de Los Angeles : il va faire en sorte de passer pour la meilleure personne du monde auprès de toi. C'est donc difficile de dire ce qui se rapproche véritablement de ma vision des choses, j'ai pris un peu partout où je suis passé.

Peut-être un peu moins à Nantes, non ?

WILHELMSSON : La langue a été un des facteurs de mon échec là-bas. Quand tu ne parles pas français, tu es directement placé dans une boîte, ça complique un peu l'intégration... Et puis c'est la mentalité, aussi : règles, règles, règles ! Il n'y a pas de place pour la liberté. À la Beaujoire, il y a eu plein de petites choses qu'on a rendues importantes pour créer un bordel...

Comment une personne comme vous peut vivre en Arabie Saoudite là où la vision du gouvernement va à l'encontre de votre manière de voir le monde ?

WILHELMSSON : C'est vraiment opposé, c'est un autre monde. Mais dans le même temps, j'étais concentré sur le football donc je ne prenais pas de position politique, ça aurait été dangereux.

Et pour votre femme ?

WILHELMSSON : C'était plus difficile pour elle. Elle était à la maison, elle ne pouvait pas faire grand-chose d'autre que du shopping. C'était ennuyeux : " Tu ne peux pas faire ça ; ça non plus ; tu ne peux pas conduire... " Mais à ce propos, pour avoir parlé avec beaucoup de gens sur place, je peux dire que les femmes ne veulent pas spécialement conduire non plus. Je ne nie pas que certaines sont vraiment maltraitées, mais sur cette question, 80 % d'entre elles sont contentes d'être conduites : elles ont moins de responsabilités et paient quelqu'un qui va pouvoir nourrir sa famille. On croit beaucoup de choses sur le quotidien des gens sur place, mais je les ai rencontrés et ce n'est pas toujours comme on le pense.

" ZLATAN EST TROP BON POUR LES AUTRES "

Zlatan Ibrahimovic et Christian Wilhelmsson en équipe nationale, en 2004., BELGAIMAGE
Zlatan Ibrahimovic et Christian Wilhelmsson en équipe nationale, en 2004. © BELGAIMAGE

Parlons de l'EURO : que vous inspire la Suède ?

WILHELMSSON : Cette année, mes compatriotes ont eu ce brin de chance qui leur a permis de se qualifier. C'est probablement la première fois que nos joueurs se battent autant pour avoir du temps de jeu dans les championnats européens. On a toujours eu l'habitude des grands joueurs qui évoluaient régulièrement en Eredivisie, en Liga, en Premier League. Désormais ils sont sur le banc, mais je les crois toujours capables de réaliser quelque chose de magique.

Quel est le plus grand danger suédois pour la Belgique ? Zlatan ?

WILHELMSSON : Yeah, et pas seulement pour la Belgique (rires) ! C'est lui qui a amené la Suède au Championnat d'Europe et il a réussi une saison incroyable malgré son âge. Le problème, c'est qu'il est peut-être trop bon pour les autres. Et paradoxalement, quand il n'est pas là, l'équipe produit un beau football. Mais dès qu'il revient, ils sont tous dépendants de lui, ils regardent directement où il est pour lui donner le ballon sans imaginer d'autres options. Peut-être qu'ils ont trop de respect pour lui... ou qu'ils ont peur. Mais bon, s'ils font de la merde pendant 85 minutes et que Zlatan marque un but incroyable qui nous fait gagner, on s'en fout !

Vous avez toujours eu une bonne relation avec Zlatan, mais pouvez-vous enfin expliquer clairement ce qui s'est passé quand il vous met ce fameux coup de pied au cul lors d'un entraînement avec la Suède en 2011 ?

WILHELMSSON : C'était de l'humour, mais de l'humour dur (rires) ! Il était en train de me provoquer et il ne s'attendait probablement pas à ce que je riposte donc il s'est énervé. Il est plutôt du genre : " Je peux me moquer de toi, mais pas toi... "

Les gens qui côtoient Zlatan aiment dire qu'il met une carapace en public, mais qu'il n'est pas du tout comme ça en privé. Pourtant, cette anecdote semble prouver le contraire...

WILHELMSSON : Il conserve un caractère très fort ! C'est le genre de personnes qui peut diriger une armée. Tu dois donc te comporter de manière à rentrer dans les rangs. Mais il a une famille, désormais, il est plus calme et stable. En privé, il est similaire à ce qu'on voit dans les médias, mais en plus doux.

Le sélectionneur suédois, Erik Hamren, n'a pas hésité à calmer les ardeurs suédoises en disant qu'il ne fallait pas confondre rêve et réalité...

WILHELMSSON : Nous devons rester réalistes, mais les rêves ne doivent pas disparaître pour autant. En étant réaliste, tu peux parler de la tactique à mettre en place pour être bien préparé et conserver un espoir que les choses se passent bien. Les rêves de gagner l'EURO, tu les gardes en toi parce que tu ne dois pas avoir peur. Je suis impatient de voir ça avec mes amis au village.

" JE SORTAIS AVEC AKIN ET KOMPANY "

Vincent Kompany et Christian Wilhelmsson, à l'entraînement à Anderlecht., BELGA
Vincent Kompany et Christian Wilhelmsson, à l'entraînement à Anderlecht. © BELGA

Vous avez regardé Anderlecht cette saison ?

WILHELMSSON : J'ai un peu suivi les résultats, mais j'ai surtout entendu que ce n'était plus comme du temps où j'y jouais. Ça m'étonne parce qu'à mon époque, on n'était jamais nerveux avant les matchs, même contre Bruges ou le Standard. Je me disais : " Nous allons gagner, ou peut-être partager. " J'étais tellement sûr de nos qualités ! Et là, c'est tellement étrange d'entendre que ça fait deux ans qu'Anderlecht n'a plus remporté de titre. C'est clair que les autres clubs ont dû faire du bon boulot aussi, mais bon...

Est-il vrai que vous auriez pu revenir à Anderlecht en 2012 ?

WILHELMSSON : C'était plutôt des spéculations parce que j'étais en train de changer de club. Je crois qu'on m'a demandé si ça me plairait de rejouer à Anderlecht, j'ai répondu " Bien sûr, s'il y a une opportunité de revenir ! " Et les journaux ont fait une histoire avec cela. Certainement parce qu'ils savent qu'Anderlecht constitue une période très importante dans ma carrière.

L'ancien team manager d'Anderlecht, Pierre Leroy, disait que vous étiez tête en l'air, toujours à oublier vos clés, votre GSM, votre planning... Ça ne doit pas être évident en tant qu'agent ?

WILHELMSSON : C'était surtout très difficile en tant que joueur : je n'étais jamais complètement impliqué. Parfois, je ne savais même pas contre qui on jouait ou à quelle heure était prévu le départ en avion. Une fois sur le terrain, j'étais totalement dans mon élément, mais avant, je profitais des bons moments avec mes amis !

Qui était le meilleur partenaire de soirée ?

WILHELMSSON : J'étais toujours avec Serhat Akin et Vincent Kompany. Ce n'était pas spécialement de grosses soirées avec de l'alcool : Vincent était jeune et ne pouvait pas toujours boire et je n'en ai jamais été vraiment fan. Mais on pouvait très bien se décider à partir une soirée profiter d'un bon restaurant à Gand avant de revenir.

C'est un beau combo de joueurs : le Nord, le Sud et le centre de l'Europe rassemblés. Encore un bouillon de culture.

WILHELMSSON : Je ne sais pas comment on a fait pour si bien s'entendre... Mais je me souviens de la première fois que j'ai vu Vincent. On était tous les deux nouveaux dans le groupe d'Anderlecht et on a fait le premier jogging ensemble. Je lui parlais comme s'il était n'importe quel joueur de l'équipe, c'est lui qui a dû me dire qu'il n'avait que 16 ans. Il reste encore aujourd'hui un de mes meilleurs amis footballeurs.

Par Émilien Hofman

Réputé pour sa propension à écumer les différentes boîtes de nuit bruxelloises durant son passage à Anderlecht, c'est avec grande surprise que Christian Wilhelmsson donne rendez-vous à Karlstad, une bourgade perdue au sud-ouest de la Suède et que l'on n'atteint pas en moins de quatre heures de train de Stockholm. L'ancien ailier droit, reconverti en agent depuis sa retraite en 2015, semble loin de l'époque des soirées de clubbers. Son look - cheveux courts, chemise blanche à la Wilmots - va dans le même sens et son discours ouvert et nostalgique fait découvrir un homme qui se reverrait bien capturer des grenouilles dans le bois derrière chez lui... Vous venez d'Hällevik, un nom qui ne dit absolument rien en Belgique... CHRISTIAN WILHELMSSON : C'est un petit village d'environ 1000-1200 habitants, ce qui ne l'a pas empêché d'avoir une équipe en première division : Mjällby AIF. Je pense d'ailleurs que c'est le plus petit village du monde à avoir eu une équipe en première division nationale ! Vous retournez parfois là-bas ?WILHELMSSON : Oui, ma famille y est toujours et avec ma femme et mes enfants, quand on revient en Suède, on passe quelques semaines là-bas et quelques semaines ici, à Karlstad. Je ne suis pas un gars de ville, c'est pour ça que je ne vis pas à Stockholm, Malmö, etc. Si je pouvais choisir, je vivrais même dans une forêt... mais ma femme préfère la ville, il faut donc trouver des compromis. Karlstad en est un : une ville pas trop grande et pas trop petite. Vous êtes un vrai homme de nature ? WILHELMSSON : J'ai toujours adoré jouer dehors, vivre plein d'aventures et faire des choses folles. Avec mes amis, on était tout le temps dans la forêt à attraper des souris, collectionner des grenouilles, construire des cabanes... Ma femme était aux scouts et en est extrêmement fière (rires), elle pourrait vous en parler des heures. Mais pour moi, c'était trop organisé, je préfère vivre l'aventure comme je l'entends. Bon, parfois je dépasse les limites... Comment ? WILHELMSSON : À l'école, ça m'arrivait de rater des cours parce qu'on traînait avec mes potes, mais la plupart du temps, quand je séchais l'école, c'était à cause du football. Et je revenais par la suite entièrement couvert de sueur, obligé de devoir reprendre mon cahier et mon stylo. " C'EST DANS LES CLUBS QUI M'ONT DONNÉ LE PLUS DE LIBERTÉ QUE J'AI LE MIEUX RÉUSSI " Plus tard, toujours à Hällevik, vous allez connaître une "histoire folle" qui sera tout proche de mal tourner...WILHELMSSON : Je pense que je venais de signer à Anderlecht quand je suis revenu en Suède pour les vacances. On a été faire du jet-ski avec mes amis, mais ici, l'eau n'est pas comme à la Riviera ou Saint-Tropez : elle n'est pas chaude. Ni calme. Et ce jour-là, il y a des énormes vagues, même les poissons ne sont pas de sortie. Mais j'étais trop excité de tester mon nouveau jet-ski donc j'y ai été. On sautait sur d'incroyables vagues jusqu'au moment où l'engin s'est tout simplement cassé en deux. Sauf qu'on était au milieu de nulle part et la terre était trop loin à atteindre à la nage... surtout dans de l'eau à 3-4°C. Heureusement, j'avais placé mon gsm dans un sac plastique dans ma combinaison. J'ai donc contacté ma mère pour qu'elle prévienne un bateau de pêcheurs de venir nous chercher. On a attendu environ une heure, mais quand on a voulu quitter le jet-ski, la mer était déchaînée et on s'est retrouvé dans cette eau glaciale à devoir nager. Quand le bateau nous a ramenés à la base, on est passé par un restaurant bondé pour se sécher... On était frigorifié. C'était une fameuse aventure, mais elle se situe entre le fun et le pas fun. Votre spécialité, le dribble, ne découlait-il pas, lui aussi, de cet esprit aventurier ? WILHELMSSON : C'est dans les clubs qui m'ont donné le plus de liberté que j'ai le mieux réussi : Stabaek, Anderlecht, Deportivo et Al-Hilal sont les clubs qui m'ont donné le plus de confiance, qui m'ont laissé jouer comme je suis, sans rien modifier. En équipe nationale suédoise, je devais m'adapter, penser à la défense, au collectif, etc. parce qu'il y avait d'autres grands joueurs comme Freddy Ljungberg, qui avait déjà le rôle d'électron libre, et lui jouait à Arsenal, c'était donc à moi de m'adapter. Est-ce que vous vous sentiez également libre en dehors du terrain dans les clubs que vous avez cités ? WILHELMSSON : J'avais une vie terrible. À Anderlecht, c'était différent de ce que j'avais connu au village, mais je n'étais pas non plus dans un appartement en plein centre de Bruxelles, je vivais à Dilbeek, qui fait "un peu" campagne (rires). Quoi qu'il en soit, j'avais de l'espace, un grand jardin... j'ai vraiment pris du bon temps là-bas avec mes amis et mes coéquipiers avec qui on formait un groupe vraiment parfait, d'où nos bons résultats en championnat et en Champions League. " JE VEUX SONGER AU BIEN DU JOUEUR AVANT DE SONGER À MON PORTEFEUILLE "Vous voilà désormais agent. Vous vous inspirez de la manière de faire de votre ancien agent Mino Raiola ? WILHELMSSON : C'est plutôt avec Fabio Alho, son ancien partenaire,que j'ai travaillé en tant que joueur. Mais sans vouloir critiquer les agents, j'essaie surtout de ne pas faire ce qu'ils font. Aujourd'hui, il y a tellement d'argent que tout agent réalise des transactions rapides dans le but d'avoir de grosses commissions. Mais il met de côté les sentiments du joueur et ne se soucie guère de savoir si tel autre club ne lui conviendrait pas mieux. Je veux être plus responsable de la situation, connaître le club, son système et ce dont il a besoin avant de lui fourguer un joueur. Je veux le meilleur pour le club et pour le joueur. L'argent est important, bien sûr, mais j'en ai de côté donc je peux me permettre de tenter ce système. Vous seriez prêt à dire à un joueur : " Ne signe pas dans ce club ! " même si la commission prévue est énorme ? WILHELMSSON : Oui, c'est ce que j'essaie de faire, tout comme quand je pense qu'un club ne doit pas dépenser de l'argent pour un joueur qui ne lui convient pas. Et je perdrai de l'argent, ils risquent même de faire le deal sans moi, mais c'est ma philosophie. Je ne survivrai peut-être pas, mais tant que je peux le faire, je continuerai. Et j'espère pouvoir convaincre d'autres agents de faire pareil. Vous semblez adorer la découverte de nouvelles cultures, vous êtes un vrai ouvert d'esprit ? WILHELMSSON : J'essaie de l'être, en tout cas. Dès que je peux rencontrer de nouvelles personnes ou faire des découvertes, j'essaie de m'ouvrir, peu importe ton origine, ce que tu as fait... Evidemment, ça a des désavantages parce que quand tu t'amènes avec tes yeux bleus, tu peux facilement te faire avoir par des gens mal intentionnés. Heureusement, ma femme est très attentive et sent directement les gens qui essaient de m'attraper. Mais ça ne change pas le fait que je suis persuadé que chaque personne a du bon en elle !Vous avez renforcé cet esprit depuis les actualités de crises, d'attentats, de montées du nationalisme ?WILHELMSSON : Avec trois enfants, je suis désormais plus prudent dans mon ouverture, même si je n'aime pas trop ça. J'aimerais que mes enfants soient libres de parler à qui ils veulent, d'aller où ils veulent... Mais dans le même temps, le monde n'est plus comme il était quand j'étais jeune. C'est normal qu'il évolue, mais en voyant ce qui se passe actuellement, je suis sûr que nous allons nous détruire nous-mêmes. Le monde renaîtra par la suite, mais il faudra d'abord que l'humain quitte la planète. Je pense qu'on ne peut pas faire grand-chose pour changer cela : le monde est de plus en plus peuplé et il n'évolue peut-être pas dans la meilleure des directions. " POUR MON ÉPOUSE, C'ÉTAIT PAS TOUJOURS FACILE EN ARABIE "Vous avez évolué dans 11 pays différents. Y en a-t-il un dont la culture vous a marqué car proche de votre philosophie de vie ? WILHELMSSON : (Hésitation) C'est une question délicate... Mais je dois dire que tout le monde - moi compris - a cette culture de l'ego, cela ne change donc rien que tu rencontres quelqu'un de Namibie ou de Los Angeles : il va faire en sorte de passer pour la meilleure personne du monde auprès de toi. C'est donc difficile de dire ce qui se rapproche véritablement de ma vision des choses, j'ai pris un peu partout où je suis passé. Peut-être un peu moins à Nantes, non ? WILHELMSSON : La langue a été un des facteurs de mon échec là-bas. Quand tu ne parles pas français, tu es directement placé dans une boîte, ça complique un peu l'intégration... Et puis c'est la mentalité, aussi : règles, règles, règles ! Il n'y a pas de place pour la liberté. À la Beaujoire, il y a eu plein de petites choses qu'on a rendues importantes pour créer un bordel... Comment une personne comme vous peut vivre en Arabie Saoudite là où la vision du gouvernement va à l'encontre de votre manière de voir le monde ?WILHELMSSON : C'est vraiment opposé, c'est un autre monde. Mais dans le même temps, j'étais concentré sur le football donc je ne prenais pas de position politique, ça aurait été dangereux. Et pour votre femme ? WILHELMSSON : C'était plus difficile pour elle. Elle était à la maison, elle ne pouvait pas faire grand-chose d'autre que du shopping. C'était ennuyeux : " Tu ne peux pas faire ça ; ça non plus ; tu ne peux pas conduire... " Mais à ce propos, pour avoir parlé avec beaucoup de gens sur place, je peux dire que les femmes ne veulent pas spécialement conduire non plus. Je ne nie pas que certaines sont vraiment maltraitées, mais sur cette question, 80 % d'entre elles sont contentes d'être conduites : elles ont moins de responsabilités et paient quelqu'un qui va pouvoir nourrir sa famille. On croit beaucoup de choses sur le quotidien des gens sur place, mais je les ai rencontrés et ce n'est pas toujours comme on le pense. " ZLATAN EST TROP BON POUR LES AUTRES " Parlons de l'EURO : que vous inspire la Suède ? WILHELMSSON : Cette année, mes compatriotes ont eu ce brin de chance qui leur a permis de se qualifier. C'est probablement la première fois que nos joueurs se battent autant pour avoir du temps de jeu dans les championnats européens. On a toujours eu l'habitude des grands joueurs qui évoluaient régulièrement en Eredivisie, en Liga, en Premier League. Désormais ils sont sur le banc, mais je les crois toujours capables de réaliser quelque chose de magique. Quel est le plus grand danger suédois pour la Belgique ? Zlatan ?WILHELMSSON : Yeah, et pas seulement pour la Belgique (rires) ! C'est lui qui a amené la Suède au Championnat d'Europe et il a réussi une saison incroyable malgré son âge. Le problème, c'est qu'il est peut-être trop bon pour les autres. Et paradoxalement, quand il n'est pas là, l'équipe produit un beau football. Mais dès qu'il revient, ils sont tous dépendants de lui, ils regardent directement où il est pour lui donner le ballon sans imaginer d'autres options. Peut-être qu'ils ont trop de respect pour lui... ou qu'ils ont peur. Mais bon, s'ils font de la merde pendant 85 minutes et que Zlatan marque un but incroyable qui nous fait gagner, on s'en fout ! Vous avez toujours eu une bonne relation avec Zlatan, mais pouvez-vous enfin expliquer clairement ce qui s'est passé quand il vous met ce fameux coup de pied au cul lors d'un entraînement avec la Suède en 2011 ?WILHELMSSON : C'était de l'humour, mais de l'humour dur (rires) ! Il était en train de me provoquer et il ne s'attendait probablement pas à ce que je riposte donc il s'est énervé. Il est plutôt du genre : " Je peux me moquer de toi, mais pas toi... " Les gens qui côtoient Zlatan aiment dire qu'il met une carapace en public, mais qu'il n'est pas du tout comme ça en privé. Pourtant, cette anecdote semble prouver le contraire... WILHELMSSON : Il conserve un caractère très fort ! C'est le genre de personnes qui peut diriger une armée. Tu dois donc te comporter de manière à rentrer dans les rangs. Mais il a une famille, désormais, il est plus calme et stable. En privé, il est similaire à ce qu'on voit dans les médias, mais en plus doux. Le sélectionneur suédois, Erik Hamren, n'a pas hésité à calmer les ardeurs suédoises en disant qu'il ne fallait pas confondre rêve et réalité...WILHELMSSON : Nous devons rester réalistes, mais les rêves ne doivent pas disparaître pour autant. En étant réaliste, tu peux parler de la tactique à mettre en place pour être bien préparé et conserver un espoir que les choses se passent bien. Les rêves de gagner l'EURO, tu les gardes en toi parce que tu ne dois pas avoir peur. Je suis impatient de voir ça avec mes amis au village. Par Émilien Hofman