Rosario n'a pas toujours été la terre de Lionel Messi. Avant d'héberger les premiers pas du meilleur joueur de l'histoire, la ville posée au nord-ouest de Buenos Aires avait hérité du surnom peu flatteur de " Chicago de l'hémisphère sud ". C'est là, quelques années après La Pulga, que Mauro Icardi a vu le jour. Le capitaine de l'Inter est issu du Barrio di Sarratea, et joue les guides touristiques du lieu de ses souvenirs d'enfance dans son autobiographie : " C'est un des quartiers sud-américains avec le plus haut taux de criminalité, avec des morts amassés dans les rues. " Le genre d'endroit dont on sort seulement avec une balle, placée dans un chargeur ou au bout d'un pied.
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Rosario n'a pas toujours été la terre de Lionel Messi. Avant d'héberger les premiers pas du meilleur joueur de l'histoire, la ville posée au nord-ouest de Buenos Aires avait hérité du surnom peu flatteur de " Chicago de l'hémisphère sud ". C'est là, quelques années après La Pulga, que Mauro Icardi a vu le jour. Le capitaine de l'Inter est issu du Barrio di Sarratea, et joue les guides touristiques du lieu de ses souvenirs d'enfance dans son autobiographie : " C'est un des quartiers sud-américains avec le plus haut taux de criminalité, avec des morts amassés dans les rues. " Le genre d'endroit dont on sort seulement avec une balle, placée dans un chargeur ou au bout d'un pied. Couvé par un père amoureux de football, Mauro s'engage dans la deuxième voie, sur les terrains en terre de football à sept de son quartier natal. Ses premiers matches se jouent toujours par deux : gardien avec les plus âgés, puis attaquant quand il affronte les autres enfants datés 1993. La trajectoire est partie pour épouser le storytelling classique de l'émergence d'un buteur latino, amoureux des exploits de Gabriele Batistuta et du club populaire de sa ville, les Newell's Old Boys. Le scénario prémâché de la vie d'Icardi est déchiré et jeté à la poubelle par la crise économique qui traumatise l'Argentine au tournant du millénaire. Le père, comme tant d'autres de ses compatriotes, perd son emploi, et son portefeuille subit les conséquences indirectes des mesures d'économie draconiennes imposées au pays par le FMI. Il décide alors de franchir l'Atlantique et s'installe dans les Iles Canaries, rejoint par sa femme et ses trois enfants dès les premiers jours de l'été 2001. Mauro range définitivement les gants quand il enfile le maillot de l'UD Vecindario, club aujourd'hui disparu des compétitions officielles à cause de dettes excessives. L'Argentin devient la terreur des benjamines et des alevines à travers les Canaries. " Il marquait environ cent buts par an ", se rappelle Suso Hernandez, interrogé sur l'enfant prodige par El Español. Comme si une teinture blonde au goût douteux ne suffisait pas pour ne pas passer inaperçu sur les terrains de l'archipel, Icardi poursuit à un rythme effréné quand il commence les matches à onze contre onze, conservant une moyenne qui avoisine les 50 buts par saison. Las Palmas, l'ogre de l'île, ne résiste pas au talent venu de Rosario, qui permet à son équipe de remporter cinq titres en cinq ans. " À l'époque, il me faisait penser à Thierry Henry, avec sa conduite de balle et son élégance ", poursuit Hernandez. " Vous vous souvenez du but de Ronaldo contre Compostela ? Même en infantil, Mauro marquait des buts comme ça, ici. Il était capable de marquer après avoir débordé cinq adversaires. Il gagnait des finales à lui tout seul. " Il en gagne une dernière en 2008, lors du Canaries Deportivo. Face à l'AC Huracán, emmené par le talent de Jesé Rodriguez (qui rejoindra rapidement le Real Madrid), Icardi fait encore la différence, et tape définitivement dans l'oeil des scouts rassemblés sous l'éternel soleil canarien. Sixto Alfonso, recruteur pour le Real, parle avec enthousiasme d'un " joueur qui peut marquer son époque s'il poursuit sa progression ". Manchester City est prêt à rembourser l'hypothèque familiale, et à loger tous les Icardi en Angleterre pour s'offrir les services de Mauro. Mais le matador des Canaries, invité à visiter la Masia au mois de septembre 2007 par Pep Boada, le coordinateur des scouts du Barça, opte finalement pour le géant catalan, qu'il rejoint quelques mois plus tard. Les premiers mois au sein de la machine à talent blaugrana sont difficiles, entre une petite amie abandonnée dans les Iles et une vie en solitaire, loin d'un père que Mauro aimait accompagner à la pêche. Pourtant, une fois l'adaptation digérée, Icardi commence à dévorer les défenses qui osent se mesurer à lui sur les pelouses de Sant Joan Despi, siège de la Masia catalane. Son front se régale des centres millimétrés déposés par les déroutants ailiers barcelonais, et son C.V. en rouge et bleu signale 38 buts claqués en deux petites saisons. La comparaison avec Messi, plutôt géographique, née à l'arrivée de Mauro au Barça, laisse rapidement place à un parallèle sportif établi avec Samuel Eto'o, alors buteur redouté par toutes les défenses de Liga. Hors du terrain, Icardi détonne avec l'approche studieuse du football dans laquelle vivent la plupart des prodiges du centre. S'il aime voir jouer son aîné camerounais à la pointe du Barça de Pep Guardiola, il s'installe surtout dans les tribunes du Camp Nou pour bronzer lors des après-midi ensoleillées. Un stade devenu solarium, qu'il déserte lorsque la nuit et la Ligue des Champions y élisent domicile. Alors qu'il bénéficie de places offertes par le club, il préfère rester dans sa chambre pour la demi-finale entre son Barça et les Blues de Chelsea en 2009. Un an plus tard, pourtant, Mauro Icardi est là. Avec lui, il y a Nunzio Marchione, un agent italien qui vit à Barcelone et qu'il emmène voir la demi-finale retour contre l'Inter. Au coup de sifflet final, ils fêtent ensemble la qualification des Nerazzurri de José Mourinho, sous les yeux perplexes du jeune Gerard Deulofeu, installé un siège plus loin. Très tôt, l'Inter s'est fait une place dans le coeur d'Icardi. D'abord dans son âme d'enfant quand, manette de PlayStation en mains, il ne se séparait jamais des inarrêtables Adriano et Obafemi Martins pour régner en maître de la console. La suite a des airs de roman à l'eau de rose. Il la raconte à la Gazzetta dello Sport : " Quand je vivais aux Iles Canaries, des amis de ma famille étaient partis en vacances à Milan, et ils en avaient profité pour visiter San Siro. Ils sont revenus avec deux casquettes : une de l'Inter et une du Milan. Il y en avait une pour moi, et une autre pour un ami. J'ai pu choisir en premier, et j'ai pris celle de l'Inter, sans hésiter une seconde. C'est sans doute à ce moment précis que je suis devenu un fan de l'Inter. " Une fois encore, le destin de Mauro Icardi est lié à celui de Messi. Au bout de la brève ère Ibrahimovic, la Pulga devient " faux neuf " dans le système installé par Pep Guardiola pour dominer l'Europe. Comme toujours à Barcelone, la Masia suit le mouvement pour conserver la cohérence avec l'équipe première. Chez les jeunes, c'est donc Rafinha qui monte d'une case sur l'échiquier, et envoie Icardi sur le banc. Barré par un football trop éloigné de ses qualités, l'Argentin décide de chercher son bonheur et du temps de jeu ailleurs. Marchione lui ouvre les portes de l'Italie, qu'il rejoint via Gênes. Nous sommes en 2011, et Mauro enfile le maillot de la Sampdoria, sous forme d'un prêt avec option d'achat fixée à 400.000 euros. Tout ce qu'il connaît du club, Icardi le découvre sur le web. Les noms de Cassano et Pazzini lui sont familiers, et la proximité de la mer lui permet de poursuivre la pêche avec son père, activité principale de sa vie hors des terrains. Sur le pré, le buteur fait parler de lui dès le tournoi de jeunes de Viareggio, où il prend place en pointe aux côtés de Simone Zaza et marque six minutes après sa montée au jeu face au Dukla Prague. Ses 19 buts en 23 matches avec la Primavera (l'équipe espoirs) la saison suivante incitent Giuseppe Iachini à le lancer dans le grand bain de la Serie B. La Samp', qui a besoin d'une victoire pour s'offrir une place en barrages et une montée potentielle, est contrainte au partage contre la Juve Stabia, et réduite à dix après la deuxième carte jaune reçue par Graziano Pellè. Icardi monte au jeu et, huit minutes plus tard, prolonge un centre venu de son arrière gauche au fond des filets. Les play-offs sont validés. Ils se jouent sans Icardi, mais permettent aux Blucerchiati de retrouver la Serie A. C'est l'explosion. Icardi est partout. Dans les pages sportives, d'abord, parce qu'il devient titulaire, marque un but contre le Genoa dans le bouillant Derby de la Lanterne, un doublé au Juventus Stadium pour venir à bout de l'escouade insubmersible d'Antonio Conte, puis un quadruplé face à Pescara pour se faire une place à la table très convoitée des canonniere les plus redoutés du Calcio. Et dans la rubrique people, ensuite, pour son idylle naissante et affichée sur tous les réseaux sociaux avec Wanda Nara, bimbo argentine passée à la postérité pour avoir prétendument partagé la couche de Diego Maradona. Surtout, Wanda est alors la compagne et mère des enfants de Maxi Lopez, équipier d'Icardi à Gênes. Lors d'un asado organisé par les Sud-Américains du noyau, elle se rapproche de Mauro, lui confie son malheur, et ils finissent par se tomber dans les bras. L'histoire éclate, et la guerre est déclarée entre les deux Argentins. L'année suivante, quand Icardi revient à Marassi sous le maillot de l'Inter, il est copieusement hué par la Curva et Maxi Lopez refuse de lui serrer la main. Lopez rate un penalty, Icardi plante un doublé et fête son premier but sous les tifosi de la Samp', les mains posées autour des oreilles, comme s'il affirmait se délecter du bruit de ses ennemis. Icardi développe alors une réputation de golden boy provocateur. À la trêve, il se fait tatouer sur le bras les trois enfants que Maxi Lopez a eu avec Wanda, et dont il s'occupe désormais à mi-temps. La provoc' est à portée de tweet, pour celui qui partage même sur les réseaux sociaux une photo de son premier enfant, pendu au sein de sa mère quelques minutes après l'accouchement. Même le brassard de capitaine de l'Inter ne l'apaise pas. La publication de son autobiographie fait naître une guerre ouverte avec les Ultras de l'Inter, basés dans la Curva Nord. Il y raconte un épisode houleux avec l'un des capos, suite à un match contre Sassuolo, les menaces qui s'ensuivent, et écrit qu'il n'a pas peur, car il connaît des assassins qui pourraient venir de Rosario pour régler leur compte aux gros bras de la Curva. C'est alors " le grand chaos ", selon les mots du président Massimo Moratti. Les Ultras déploient des banderoles sous les fenêtres d'Icardi, et l'accueillent au Meazza avec un tifo éloquent : " Tu n'es pas un homme, pas un capitaine, juste une merde. " Le divorce semble consumé, mais l'histoire s'arrange. Avec quelques excuses et beaucoup de buts. Il est rapidement devenu l'un des plus jeunes capocanonniere du Calcio, à 22 ans à peine. Seuls les légendaires Paolo Rossi et Giuseppe Meazza ont fait mieux. Hors du terrain, Icardi se marie, Wanda devient son agent, et la paternité semble les éloigner des projecteurs qu'ils cherchaient systématiquement. Une fois sur la pelouse, Mauro fait trembler tous les filets. Surtout ceux de Gianluigi Buffon, car il a fait de la Juve sa victime préférée, avec sept buts et deux passes décisives en dix matches de Serie A disputés contre les Bianconeri. Pour le plus grand bonheur des tifosi, qui vouent à la Vieille Dame une haine au moins aussi féroce que celle cultivée envers les Cugini du Milan. Face aux Rossoneri, justement, Icardi s'offre une célébration en forme de rédemption définitive. Auteur du 3-2 sur penalty dans les arrêts de jeu, son troisième but de la rencontre, il enlève son maillot et le présente à une Curva en délire. Le buteur est devenu une bandiera, qui clame son amour pour l'Inter à chaque interview qui évoque l'intérêt du Real ou des grosses écuries de Premier League. Icardi raconte qu'il veut découvrir la Ligue des Champions avec les Nerazzurri. Sans doute rêve-t-il même d'un retour au Camp Nou dans son costume bleu et noir. Et pas seulement pour faire le plein de vitamine D.