En fait, c'est le scénario parfait pour une série. Les Game of Thrones version Ville des Lumières. Avec, dans les rôles principaux, un footballeur doué, son père, un riche Arabe, un prodige français, un Basque et maintenant un entraîneur allemand. Et dans les rôles secondaires, d'autres personnages riches en couleurs : un directeur sportif portugais, un killer uruguayen, des soldats brésiliens, italiens et français, plus, en marge, un Belge qui se demande pourquoi, au coeur de Paris, il ne découvre rien de la culture française.
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En fait, c'est le scénario parfait pour une série. Les Game of Thrones version Ville des Lumières. Avec, dans les rôles principaux, un footballeur doué, son père, un riche Arabe, un prodige français, un Basque et maintenant un entraîneur allemand. Et dans les rôles secondaires, d'autres personnages riches en couleurs : un directeur sportif portugais, un killer uruguayen, des soldats brésiliens, italiens et français, plus, en marge, un Belge qui se demande pourquoi, au coeur de Paris, il ne découvre rien de la culture française. Un sélectionneur bien informé l'a qualifié de "very complicated dressing room". La lecture des analyses réalisées par les journaux de qualité français suite aux adieux d'Unai Emery est édifiante. Après deux saisons, l'entraîneur basque s'est retiré de ce nid de vipères. En mauvais état. La première année, il a dû laisser le titre à Monaco mais il a fait trembler Barcelone à Paris (4-0) avant de couler 6-1 en Catalogne. Le killer de service ce soir-là : Neymar, qui allait rejoindre le PSG quelques mois plus tard. L'année suivante, malgré le titre et les deux coupes nationales, Emery était dehors. C'est que les trophées nationaux n'intéressent pas les Qataris. Les autres formations de ce championnat tactiquement difficile, marqué par de nombreux duels et la défensive, sont impuissantes face à cette palette de stars. Le PSG écrase tout. C'est la loi des chiffres. Le budget, estimé à 560 millions d'euros est dix à vingt fois plus important que celui de la plupart des autres clubs de l'Hexagone. Ce n'est plus la Ligue 1 mais l'Europe qui constitue la référence du PSG. Mais sans Neymar, blessé pour le match retour, le PSG a été éliminé en huitièmes de finale par le Real, 3-1 et 1-2. Emery a laissé derrière lui un vestiaire plein d'intrigues. Le Basque a étalé son impuissante dans une interview étonnante accordée à The Tactical Room, un magazine digital espagnol qui paraît quelques fois par an. Emery y évoque la fuite de Neymar ( " S'il a quitté Barcelone, c'est parce que le jeu était complètement axé autour de Lionel Messi et qu'il était obligé de travailler à son service ") mais aussi la puissance du Brésilien au PSG. Emery encore : " Je sais quand je suis la personne la plus importante d'un groupe ou pas. Au PSG, c'est Neymar le leader. A Manchester City, c'est Pep Guardiola. Ma priorité consistait à satisfaire Neymar. Par n'importe quel moyen. Nous avions beaucoup de discussions. Parfois utiles, parfois pas. " Tous au service de Neymar, donc. Utile en France, pas en Europe. Une fois blessée, la vedette a disparu pendant des mois. En fuite au Brésil, sans plus s'intéresser à ce qui se passait en France. Il préférait jouer au poker que fêter le titre. On a rapidement appris que le père Neymar, toujours aux basques de son fils, s'était rendu à Paris. Le clan n'était plus heureux et voulait partir. Certainement pas en Angleterre ni à Barcelone. Au Real, donc... Les langues de ses coéquipiers se sont déliées, grâce à la presse. En interne, pendant ses négociations pour un nouveau contrat, le sien arrivant à terme en 2019, AdrienRabiot a raconté : " Tout tourne autour de Neymar, ici. Qu'il joue donc tout seul ! " EdinsonCavani, le meilleur buteur du club, s'est aussi épanché en public, sur SFR, une radio française. Christophe Dugarry, l'ancien footballeur devenu analyste, parlait du comportement individuel sur le terrain. Le joueur a tout confirmé. Au micro : " Dans notre équipe, tout le monde sait qui ne pense qu'à lui-même et qui pense à l'équipe. La société (Cavani voulait dire la direction) le sait aussi. " En Bavière, dont Thomas Tuchel est originaire, on a tout noté. Enter Tuchel. Fidèle à son image, le PSG a regardé de toutes parts pour assurer la succession d'Emery. Le directeur sportif Antero Henrique, que le manager Pini Zahavi aurait placé là en échange du transfert de Neymar, plaidait la cause de son compatriote Sergio Conceição. En vain. Henrique a vite compris quel était son poids. Nasser al-Khelaïfi, le président du PSG, voulait encore un Espagnol et songeait à Luis Enrique. Il n'a pas davantage eu gain de cause. Son pouvoir au Qatar s'effrite, selon les Français. Des entraîneurs, libres ou non, ont aussi postulé : le Chilien ManuelPellegrini, l'Italien AntonioConte et même José Mourinho. Aucun d'entre eux n'a décroché le poste. C'est l'émir du Qatar qui a décidé. Conscient que le PSG était le porte-drapeau du Qatar dans un Paris si important dans le milieu des affaires, il voulait un coach indiscutable et a invité Tuchel à Doha. À la grande stupéfaction de l'ancien entraîneur de Dortmund et de Mainz. Tuchel a déclaré à L'Équipe, à la mi-septembre : " J'ai été surpris qu'il me téléphone. J'ai demandé s'il était bien sûr de me connaître et de me vouloir comme entraîneur. " Oui, donc, et plutôt rapidement car quand le Bayern s'est manifesté, un rien plus tard, Tuchel avait déjà pris sa décision. Il allait mettre les pieds dans le guêpier. Pourquoi l'Allemand ? Les Français se sont cassé la tête sur le sujet. Ce n'est pas sur base de son palmarès. Tuchel n'a décroché qu'un prix, la coupe d'Allemagne. Pour son caractère ? Tuchel s'est disputé avec la direction de Mainz quand il est parti et avec celle de Dortmund, quand elle a obligé l'équipe à jouer malgré l'attentat sur son bus. Il n'était pas d'accord. Il a été remercié quelques mois plus tard. Au début de cette année, lors du procès, on lui a demandé : " Sans cet attentat, seriez-vous encore l'entraîneur du Borussia ? " Tuchel a répondu que oui, signifiant que quelque chose s'était brisé dans ses rapports avec la direction à cette époque. Selon une théorie très répandue en France, les Qataris le voulaient pour sa virginité : il n'est impliqué dans aucun scandale. Et il serait obéissant. Ça ne tient pas la route, même si les observateurs doivent bien constater que, (un petit peu) bridé par le fair-play financier, le PSG n'a pas été pressé par Tuchel d'écumer le marché des transferts. L'entraîneur aurait souhaité un médian défensif, considérant Rabiot et MarcoVerratti comme des huit et non des six, mais ne l'a pas obtenu et il a avancé Marquinhos d'un cran. Le PSG a transféré un arrière gauche offensif, Juan Bernat, dont le Bayern voulait se débarrasser, puisqu'il avait failli lui coûter son élimination contre Séville, dixit Uli Hoeness. " Nous avons alors décidé de le vendre. " Le PSG n'a donc pas écumé le marché des transferts mais que faire quand on possède déjà deux des cinq meilleurs footballeurs du monde ? Tuchel a surtout provoqué une révolution interne, pour essayer de faire du PSG un nouveau club. Son impact ? France Football croit savoir que Tuchel a déjà fait le tour des boîtes de nuit parisiennes, pour savoir où ses joueurs passent leur temps libre. Il a changé l'endroit où les joueurs se préparaient physiquement. Les bureaux ont été refaits et l'Allemand a même réalisé un audit de l'hôtel qui abrite les mises au vert. Il a un autre dada : la diététique. Tuchel, maigre et végétarien, a fait établir un régime individuel pour chaque joueur, en fonction de son âge et de sa forme. Il est fort dans son approche psychologique. De chacun, pas seulement de Neymar, bien que celui-ci ait vraiment changé de comportement, de l'avis général. Le nouveau Neymar est arrivé, un joueur qui s'intéresse plus à ses coéquipiers. Tuchel a l'oeil sur tout le monde. Il a complimenté les jeunes lancés cet été ( Stanley Nsoki ou Moussa Diaby, entré en fin de match contre Naples mercredi) pour leur travail, il a soutenu Bernat dans ses moments difficiles. Il fait régulièrement des compliments à Julian Draxler et à AngelDi Maria, qui ont souffert, la saison passée, l'un de Neymar (Draxler), l'autre d'un manque de confiance d'Emery. Di Maria l'a remercié mercredi en égalisant dans les arrêts de jeu. Durant les séances publiques, on voit souvent Tuchel passer les bras autour d'un joueur et avoir un entretien privé. La presse française ne peut se défaire de l'impression que toutes les apparitions médiatiques de Tuchel comportent des messages à ses joueurs. Tuchel utilise la presse, comme ses joueurs. Cet été, quand l'un d'entre eux s'est plaint de ne pas bénéficier d'assez de temps de jeu avec le nouvel entraîneur, Tuchel lui a fourni une liste avec les noms de ses coéquipiers, dès le lendemain. Faute de comprendre, le garçon a demandé des explications. L'Allemand lui a répondu : " C'est la liste de ceux qui jouent encore moins que toi mais ne s'en plaignent pas auprès des journalistes. " L'essentiel, c'est évidemment ce qui se passe sur le terrain. Et là aussi, après quatre mois, sa marque est claire. Tuchel n'hésite pas à sortir des chemins battus. Ses entraînements sont différents, histoire de sortir ses joueurs de leur zone de confort. Parfois, ils doivent tenir des balles de tennis en mains, pour perdre l'habitude de tirer le maillot de leurs adversaires. Neymar occupe une position beaucoup plus centrale, comme Mbappé, pour obliger les deux hommes à collaborer davantage mais aussi pour les libérer un peu du travail défensif. La pression est beaucoup plus agressive, plus haute, avec des arrières latéraux qui peuvent s'exprimer. De toute façon, le PSG a toujours le ballon. En championnat, le PSG a signé un score parfait lors des dix premières journées. Dimanche soir, à l'heure d'affronter Marseille au Stade-Vélodrome, le club parisien avait trente points sur trente et un goal-average de 37-6. Pourtant, son meilleur buteur, Mbappé, le seul titulaire champion du monde à évoluer en Ligue 1, a été suspendu plusieurs matches. C'est que les adversaires du PSG s'inclinent avant même le coup d'envoi, dit-on. A moins qu'ils ne jettent très vite l'éponge en cours de match... C'est une autre paire de manches en coupe d'Europe. Une défaite à Liverpool (3-2), un nul difficile contre Naples (2-2 dans les arrêts de jeu) et entre les coups, un 6-1 convaincant contre l'Étoile Rouge, même si ce résultat sent le match truqué. L'enquête est en cours mais une chose est sûre : le PSG est loin d'être assuré de disputer les huitièmes de finale de la LC. Pourtant, c'est dans les joutes européennes que Thomas Meunier situe le revirement. Après Liverpool, l'équipe a pris conscience qu'elle ne réussirait pas grâce à son seul talent. Le score de 2-0 est passé à 2-2 mais les Reds ont inscrit le but de la victoire en toute fin de match. Et contre Naples, l'équipe a fait preuve d'une grande souplesse tactique. Elle a procédé en 4-2-3-1 en première mi-temps puis en 3-4-2-1. AndréSchürrle, qui a travaillé trois ans avec Tuchel, l'a confié à L'Équipe : " Tuchel est capable de changer de schéma à trois ou quatre reprises en un match. " Il n'est absolument pas fataliste. On demande souvent à Tuchel si la Ligue 1 oblige suffisamment le PSG à y aller à fond et si la faiblesse de la concurrence a des répercussions en Europe. Le maniaque qu'est Tuchel a longuement réfléchi à la question avant d'y apporter une réponse, il y a peu : " C'est tout le contraire ! Si vous acceptez l'idée que cette compétition n'est pas assez relevée, ça veut dire que les autres équipes françaises sont responsables du fait que nous sommes ou non prêts pour la Ligue des Champions. Alors que ça ne dépend que de nous, de notre travail et de notre mentalité. "