"Il est important d'offrir leur chance aux jeunes issus de nos rangs, pour qu'ils réalisent qu'il n'est pas impossible de grimper les échelons et de rallier l'équipe première. Cela demandera du temps mais peut-être serons-nous un jour en mesure d'aligner à nouveaux onze joueurs-maison. " Ce ne sont pas les propos du président ni de l'entraîneur du FC Barcelone mais de Lionel Messi, lors d'une longue interview accordée à Marca en décembre. L'Argentin a ainsi plaidé la cause de La Masia, le centre de formation du club, par lequel il a transité.
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"Il est important d'offrir leur chance aux jeunes issus de nos rangs, pour qu'ils réalisent qu'il n'est pas impossible de grimper les échelons et de rallier l'équipe première. Cela demandera du temps mais peut-être serons-nous un jour en mesure d'aligner à nouveaux onze joueurs-maison. " Ce ne sont pas les propos du président ni de l'entraîneur du FC Barcelone mais de Lionel Messi, lors d'une longue interview accordée à Marca en décembre. L'Argentin a ainsi plaidé la cause de La Masia, le centre de formation du club, par lequel il a transité. C'est que la cantera, la pierre angulaire du FC Barcelone depuis l'ère de Johan Cruijff, gagne à nouveau en importance, après avoir été dédaignée de nombreuses années, ce qui a entraîné l'exode de quelques grands talents. En 2013, Thiago Alcantara, considéré comme le successeur d' Andrés Iniesta, a quitté le Camp Nou pour le Bayern à 22 ans. Depuis, d'autres l'ont imité à un âge encore plus tendre. Nous pensons notamment à Eric Garcia, qui avait seize ans quand il a opté pour Manchester City, et à Jordi Mboula, parti à l'AS Monaco à 18 ans. Le Barça a désormais compris qu'il doit l'essentiel de son succès à quelques canteranos qui sont les ambassadeurs du style de la maison : Gerard Piqué, Sergio Busquets et l'inévitable Messi. Quand la direction a prolongé le contrat d'Ernesto Valverde d'un an avec option jusqu'en 2021, elle lui a demandé de veiller à ce que le centre de formation retrouve l'attention qu'il mérite. Ça veut dire qu'à partir de la prochaine saison, des jeunes doivent intégrer le noyau A. L'entraîneur, qui sait très bien ce qui se passe au sein de l'équipe B, contrairement à ce qu'on croit, a déjà couché quelques noms dans son calepin ( voir encadré). Ces derniers temps, Josep Bartomeu ne cesse d'insister sur l'importance de La Masia. Le président devra céder sa place à un autre à l'été 2021. Quand Le Figaro lui a demandé si Adrien Rabiot, le médian du PSG, l'intéressait, il a répondu : " Le Barça accorde toujours la priorité aux joueurs de sa propre équipe B. Si nous ne trouvons pas chaussure à notre pied, nous cherchons ailleurs. On parle beaucoup des footballeurs que nous enrôlons en équipe première mais nous investissons 18 millions par an dans notre centre de formation. C'est notre stratégie : nous formons nous-mêmes nos talents. " Interrogé sur l'ère post-Messi, le président a eu une réaction intéressante, même s'il a répondu de manière détournée. " Nous y réfléchissons déjà mais c'est encore très lointain. Messi est encore jeune, il a 31 ans, son rendement est excellent. Mieux, il se bonifie encore, je ne sais pas comment il fait ! Il est encore sous contrat pour deux saisons mais je pense qu'il va rester au-delà. Nous devons évidemment penser aux jeunes. Mais quand Messi ne jouera plus pour nous, personne ne pourra le remplacer. C'est impossible. Il n'y a personne, après Messi. Ni au Barça, ni ailleurs. L'entraîneur qui sera confronté à son départ devra réfléchir à son style de jeu, même si le Barça restera fidèle à son concept : possession du ballon, récupération, jeu compact, pressing élevé, avec des ailiers, en 4-3-3, parfois en 4-4-2... " L'esprit de Cruijff n'a jamais été aussi présent. D'ailleurs, cet été, le Barça va inaugurer le stade Johan Cruijff, qui comporte 6.000 places, au centre d'entraînement. L'arène de douze millions est destinée aux matches des dames et de l'équipe B. Si la direction s'en remet à la formule du Messie, on ne le remarque que sporadiquement sur le terrain cette saison. Les soldats de Guardiola, adepte de Cruijff - Messi, Piqué, Busquets - ne rajeunissent pas et depuis quelques années, le club a transféré des joueurs qui n'avaient pas précisément son ADN ou avaient du mal à assimiler son style de jeu. Nous pensons à Alex Song, Jérémy Mathieu, Paulinho, Arda Turan, Aleix Vidal, Yerry Mina, Arturo Vidal ou encore à Philippe Coutinho. On n'a même plus entendu parler de certains footballeurs à peine achetés. L'arrière droit brésilien Douglas est arrivé l'été 2015 pour quatre millions. Il n'a disputé que 116 minutes de jeu durant sa première saison en Catalogne. Le transfert de Kevin-Prince Boateng en janvier a suscité le doute. L'avant-centre de 31 ans a été enrôlé pour ménager Luis Suarez mais l'Uruguayen est trop important à ce stade des différentes compétitions pour être laissé au repos. Vidal et Boateng ont été titularisés ensemble contre Villareal en championnat, un match gagné 1-0. Les amateurs du Barça ont eu mal aux yeux. De temps en temps, Barcelone déniche de vraies perles. Frenkie de Jong, qui se produira au Camp Nou dès cet été, est taillé à la mesure du Barça et Arthur Melo, un Brésilien qui n'a encore que 22 ans, fait mieux que tirer son plan sous le maillot azulgrana. Malgré sa nonchalance en-dehors du terrain, Ousmane Dembélé va devenir une valeur sûre, par son explosivité et ses dribbles. Le Frankfurter Allgemeine Zeitung affirme que le club a trouvé un accord pour la saison à venir avec Luka Jovic, l'avant de 21 ans de l'Eintracht Francfort, mais les deux clubs doivent encore accorder leurs violons. Jovic doit doubler Suarez, qui a déjà 32 ans mais d'autres grands clubs s'intéressent aussi au buteur serbe. À terme, on attend énormément de Jean-Claire Todibo, un jeune défenseur central français dont le transfert a été conclu en janvier et auquel Eric Abidal croit dur comme fer. Abidal a été engagé l'été dernier comme bras droit du directeur sportif Pep Segura. L'ancien arrière gauche français doit arpenter le marché des transferts mais aussi rétablir les liens de la direction avec les joueurs : Segura est en effet persona non grata dans le vestiaire depuis qu'en 2017, il a ouvertement critiqué Gerard Piqué, qui avait marqué contre son camp en Supercoupe contre le Real Madrid. La césure entre direction et joueurs est apparue à plusieurs reprises ces dernières années. Messi a tenu Bartomeu en haleine pendant des mois, avant de prolonger son contrat. L'été dernier, il y a eu le feuilleton Antoine Griezmann : viendra, viendra pas ? Plusieurs footballeurs du Barça, parmi lesquels Piqué, savaient qu'il resterait à l'Atlético bien avant que leur direction ne l'apprenne. Ça a provoqué une sérieuse discussion en interne mais l'affaire a surtout mis en relief la solidité de la position de certains joueurs au Camp Nou. Le FC Barcelone est bien plus qu'un simple club mais est-il aussi davantage qu'un joueur ? Sa Messidependencia, sa dépendance à Messi, prend parfois des proportions effrayantes. Messi, qui a déjà 31 ans, reste en mesure de plier un match à lui seul mais il n'est plus capable de tenir une saison complète. Il n'en est pas moins résolu à tout jouer, ce qui donne l'impression qu'il décide seul de fouler ou non la pelouse. Le match aller des demi-finales de la coupe d'Espagne contre le Real Madrid, au début du mois de février, illustre bien sa position. En méforme, Lionel Messi a débuté sur le banc. À une demi-heure de la fin, à 1-1, Messi a fait signe à Ernesto Valverde : je veux jouer. Une fois sur le terrain, l'Argentin a tout juste été capable de marcher. Valverde éprouve trop de respect pour la hiérarchie du vestiaire, selon la presse ibérique. Une manière gentille de dire que l'entraîneur est à la botte de Messi et des autres poids lourds de l'équipe. Certains pensent d'ailleurs que la récente prolongation de contrat de Valverde n'a été acceptée qu'avec l'aval de Messi. L'entraîneur du Barça ne peut que se mettre à genoux face au tout-puissant Argentin. Luis Enrique a été le dernier à se confronter à lui. Il voulait instaurer un système de rotation dont toute l'équipe avait besoin. Il voulait ainsi que les footballeurs les plus déterminants soient plus frais dans la dernière phase de la saison. Ce n'était pas au goût de Messi, déterminé à jouer même à l'aide de béquilles. Il y a eu escalade et l'Argentin a brossé l'entraînement. Après un entretien avec le président et les principaux joueurs, Enrique a dû faire marche arrière : à partir de ce moment, Messi a toujours joué. Messi est sous contrat jusqu'en 2021 et a la possibilité de le prolonger s'il le souhaite. Quand le président affirme que Messi ne cesse de se bonifier, c'est évidemment pour la galerie. La question qui se pose, c'est dans quelle mesure cette Messidependencia ne va pas nuire aux prestations de l'équipe dans les années à venir.