Interrogé, après la démonstration contre Chypre, Kevin De Bruyne a été franc et direct, comme à son habitude : il n'apprécie pas la manière dont le tirage au sort a été goupillé. Une méthode qui, pour lui, ôte tout son piment au tirage.
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Interrogé, après la démonstration contre Chypre, Kevin De Bruyne a été franc et direct, comme à son habitude : il n'apprécie pas la manière dont le tirage au sort a été goupillé. Une méthode qui, pour lui, ôte tout son piment au tirage. C'est exact, à une nuance près : ce piment n'a disparu que pour le groupe B, soit la Belgique, qui sait déjà qu'elle va affronter la Russie et le Danemark et ne doit attendre que l'identité du troisième adversaire : va-t-elle jouer le match de la revanche contre le pays de Galles ou croiser le fer avec la Finlande ? Ce sera le seul objet de suspense samedi. Ce n'est pas à cause des manipulations de l'UEFA mais des tensions politiques auxquelles la Russie est confrontée. Son conflit avec l'Ukraine est en voie d'apaisement mais pas suffisamment pour un duel sportif avec celle-ci et c'est donc la Belgique qui doit se rendre à Saint-Pétersbourg. Il y a aussi le problème du Kosovo, qui peut encore se qualifier par le biais des play-offs en mars mais ne peut pas être versé dans le groupe B. Ce problème n'avait pas été abordé il y a quelques mois lors du tirage au sort des qualifications pour l'EURO 2021 féminin. L'UEFA avait versé la Russie et le Kosovo dans la même poule mais le 4 octobre, quand les dames russes ont dû se rendre à Pristina, au Kosovo, la Russie a demandé le report du match pour des raisons de sécurité. Elle n'a toujours pas reconnu l'indépendance du Kosovo, qui s'est séparé de la Serbie en 2008. L'UEFA a accédé à la demande et comme elle avait déjà procédé à la répartition des groupes, les deux matches, y compris le retour, le 9 juin 2020, se dérouleront en terrain neutre. Le 18 octobre, l'UEFA a décidé que jusqu'à nouvel ordre, la Russie et le Kosovo ne pouvaient plus être dans la même poule. Pas de groupe B donc pour le vainqueur du groupe théoriquement le plus faible des play-offs. Ce qui pose problème à De Bruyne, c'est l'attribution des villes organisatrices aux grandes nations et la formation des poules. Plusieurs pays jouissent ainsi de l'avantage du terrain dans leur poule et le tirage est encore un peu plus dirigé. Michel Platini, le père de ce monstre européen, a eu cette idée en 2012, dans un élan de romantisme : un format spécial pour fêter les 60 ans du tournoi. Du 12 juin au 12 juillet dans douze villes et douze pays. Ce n'était pas par manque de candidats pour l'organisation d'un tournoi selon la formule usuelle. La Turquie briguait le tournoi, l'Écosse, l'Irlande et le Pays de Galles avaient rentré une candidature commune, de même que la Géorgie et l'Azerbaïdjan, mais Platini ne les a pas retenues. Le Français nourrissait des ambitions politiques et promettre quelque chose à tout le monde est très utile. Toute l'Europe était intéressée. La Belgique, avec un nouveau stade à Bruxelles, l'Espagne, avec quatre arènes, l'Allemagne, l'Angleterre et le Pays de Galles, voulaient la finale, comme la Turquie et l'Ukraine. 26 autres pays souhaitaient organiser des matches au premier tour mais plusieurs ont ensuite renoncé, comme la Finlande, qui va participer à son premier EURO. La Tchéquie a reculé aussi, de même que ceux qui ont organisé des championnats d'Europe récemment et la Turquie, qui espérait ainsi obtenir la totalité du tournoi 2024. Elle n'a plus rien puisque l'EURO suivant a été attribué à l'Allemagne entre-temps. 19 pays ont finalement posé leur candidature. Les villes de Minsk (Biélorussie), Sofia (Bulgarie), Jérusalem (Israël), Skopje (Macédoine), Solna-Stockholm (Suède) et Cardiff (Galles) ont été recalées. Bruxelles a obtenu le tournoi puis l'a perdu suite aux difficultés politiques suscitées par la construction d'un nouveau stade sur le parking C. Sont restés : Bakou (Azerbaïdjan), Copenhague (Danemark), Londres (Angleterre), Munich (Allemagne), Budapest (Hongrie), Dublin (Irlande), Rome (Italie), Amsterdam (Pays-Bas), Bucarest (Roumanie), Saint-Pétersbourg (Russie), Glasgow (Écosse) et Bilbao (Espagne). Rome organise le premier match, mais c'est Wembley, le plus grand stade, qui accueille les demi-finales et la finale. Douze stades dans douze pays, avec la promesse que l'équipe nationale qualifiée pourrait disputer les matches du premier tour sur ses terres. Et donc un tirage au sort encore un peu plus piloté. Pour éviter de trop longs vols, on a accouplé les villes organisatrices : Rome à Bakou, Copenhague à Saint-Pétersbourg, Amsterdam à Bucarest, Londres à Glasgow, Dublin à Bilbao et Munich à Budapest. Notez qu'on a bien veillé à séparer les grandes nations. Heureusement pour l'UEFA, tous les pays organisateurs n'ont pas réussi à se qualifier pour l'EURO, sinon elle aurait pu remplir encore plus de cases à l'avance que maintenant. Le tirage au sort ne présente donc aucun intérêt pour les Belges. Le groupe C est déjà bien rempli aussi avec l'Ukraine comme tête de série et les Pays-Bas en deuxième position. L'Espagne sait également qu'elle affrontera le lauréat des PO B. Seul le groupe A semble encore totalement ouvert, puisque l'Azerbaïdjan est éliminé. Il se pourrait donc que malgré tous les chipotages, l'EURO ait un groupe de la mort, qui réunirait trois ténors. Le tirage au sort pourrait très bien associer l'Italie à la France, championne du monde, et au Portugal, champion d'Europe. Les sélectionneurs de ces équipes seront bien plus nerveux que Martinez, samedi à Bucarest. Un dernier mot : les deux premiers de chaque poule et les quatre meilleurs troisièmes disputeront la phase par élimination directe.