En début de semaine, le Norvégien Morten Thorsby (25 ans, Sampdoria) et le gardien slovaque Patrik Le Giang (29 ans, Bohemians 1905 Prague) on respectivement été récompensés par le prix de l'activisme et le prix de l'impact. Ce vendredi, c'est Tim Sparv qui s'est vu remettre un prix auquel sera ajouté une somme de 10 000 dollars américains pour l'aider à financer ses activités.

Le combat du vétéran finlandais porte sur la situation des droits de l'homme au Qatar. Ceux-ci ont été très souvent violés pendant la construction des stades de la Coupe du monde. Dans une interview accordée à Der Spiegel, l'international finlandais explique le sentiment qui l'habite lorsqu'il joue au football dans des arènes où des ouvriers du bâtiment sont morts.

Vous avez déclaré par le passé que vous avez fermé les yeux pendant longtemps à propos de ce qui se passait au Qatar. Quand les as-tu ouvert ?

Tim Sparv : "Tout a commencé il y a deux ans, lorsque Riku Riski, un autre international, n'a pas voulu prendre l'avion pour le Qatar pour un camp d'entraînement. Bien sûr, je savais que la situation des droits de l'homme n'était pas comparable à la nôtre, mais j'ai été surpris que quelqu'un reste à la maison. Cela a renforcé ma curiosité. C'était le début d'une longue prise de conscience au cours de laquelle j'ai beaucoup appris."

Comment cela s'est-il passé ?

Sparv : "Au début, je ne lisais que les journaux. Plus tard, j'ai essayé d'obtenir des informations supplémentaires. Grâce à mes contacts avec l'organisation de joueurs FIFPRO, j'ai pu m'entretenir avec certains travailleurs immigrés. Ces rencontres m'ont ouvert les yeux. J'ai toujours pensé que les choses s'étaient améliorées au Qatar. Le système de la Kafala (la stipulation selon laquelle tous les travailleurs immigrés non qualifiés doivent avoir un parrain local) a été progressivement supprimé et il est question d'un salaire minimum. Mais il y avait tellement de choses à améliorer".

En avez-vous parlé avec d'autres joueurs ?

Sparv : "Bien sûr. Nous parlons de tout, y compris de la Coupe du monde au Qatar. Beaucoup de gens imaginent probablement le vestiaire comme un endroit où de jeunes hommes ne parlent que de voitures rapides, de bijoux et de femmes."

Peu de footballeurs professionnels se sont positionnés aussi ouvertement que vous.

Sparv : "C'est vrai. Mais, on nous disait souvent de nous taire et de se contenter de faire notre travail, car cela ne faisait pas partie des discussions sociales. Je pense que la situation est en train de changer."

Le Al-Thumama Stadium sera l'un des 8 stades hôtes de la prochaine Coupe du monde au Qatar. Il est situé dans la capitale Doha., iStock
Le Al-Thumama Stadium sera l'un des 8 stades hôtes de la prochaine Coupe du monde au Qatar. Il est situé dans la capitale Doha. © iStock

Est-ce qu'un boycott de cette Coupe du monde aurait un sens ou non ?

Sparv : "Je ne crois pas que le boycott soit la bonne solution. Il y aurait alors le danger de voir le Qatar revenir à la situation du passé. Au cours des derniers mois, j'ai parlé à certains travailleurs. L'histoire d'une domestique kenyane m'a particulièrement marqué. Elle a parlé de certaines de ses amies qui ont été maltraitées par leurs employeurs, de journées de 18 heures sans jours de congé et des accusations de viol... Quand elles sont allées à la police, elles n'ont même pas été écoutées."

Pensez-vous que des messages critiques seront autorisés pendant cette Coupe du monde au Qatar ?

Sparv : "Ce serait comme marquer contre son camp pour la FIFA si elle interdisait aux joueurs d'ouvrir la bouche."

Depuis quand ressentez-vous l'influence que vous pouvez exercer en tant que footballeur ?

Sparv : "Peut-être à partir du moment où je suis devenu capitaine de l'équipe nationale finlandaise. Je me suis alors rendu compte que mes mots avaient du poids. Des millions de personnes s'intéressent à notre sélection. Ils veulent connaître les valeurs que nous représentons et écouter les opinions que nous exprimons. En tant que sportif, vous portez une certaine responsabilité sociétale. Vous devez donc être clair sur ce que vous défendez".

Pourquoi si peu de vos collègues osent-ils le faire alors ?

Sparv : "Cela s'explique aussi par le fonctionnement du monde du football. Dès notre plus jeune âge, nous faisons partie d'un monde privilégié. Une bulle artificielle qui n'a pas grand-chose à voir avec la réalité. En tant que joueur, vous pouvez rapidement vous y perdre. Peut-être nous sentons-nous si bien dans cette bulle que nous sommes trop protégés et ne cherchons pas à nous éduquer sur le monde qui nous entoure. Ce n'est certainement pas sain pour notre développement en tant qu'être humain."

Les bulles finissent par éclater à un moment donné, n'est-ce pas ?

Sparv : "Tout à fait. Nous étions comme des moutons et nous avons simplement suivi ce qu'on nous disait de faire, sans nous soucier des conséquences. Cette période touche à sa fin. Les sportifs se font de plus en plus entendre. Ils s'organisent mieux et sont de moins en moins seuls à agir chacun de leur côté."

Interview réalisée par Anne Armbrecht (Der Spiegel) et Frédéric Vanheule (SportFoot Magazine)

En début de semaine, le Norvégien Morten Thorsby (25 ans, Sampdoria) et le gardien slovaque Patrik Le Giang (29 ans, Bohemians 1905 Prague) on respectivement été récompensés par le prix de l'activisme et le prix de l'impact. Ce vendredi, c'est Tim Sparv qui s'est vu remettre un prix auquel sera ajouté une somme de 10 000 dollars américains pour l'aider à financer ses activités. Le combat du vétéran finlandais porte sur la situation des droits de l'homme au Qatar. Ceux-ci ont été très souvent violés pendant la construction des stades de la Coupe du monde. Dans une interview accordée à Der Spiegel, l'international finlandais explique le sentiment qui l'habite lorsqu'il joue au football dans des arènes où des ouvriers du bâtiment sont morts.Vous avez déclaré par le passé que vous avez fermé les yeux pendant longtemps à propos de ce qui se passait au Qatar. Quand les as-tu ouvert ?Tim Sparv : "Tout a commencé il y a deux ans, lorsque Riku Riski, un autre international, n'a pas voulu prendre l'avion pour le Qatar pour un camp d'entraînement. Bien sûr, je savais que la situation des droits de l'homme n'était pas comparable à la nôtre, mais j'ai été surpris que quelqu'un reste à la maison. Cela a renforcé ma curiosité. C'était le début d'une longue prise de conscience au cours de laquelle j'ai beaucoup appris."Comment cela s'est-il passé ?Sparv : "Au début, je ne lisais que les journaux. Plus tard, j'ai essayé d'obtenir des informations supplémentaires. Grâce à mes contacts avec l'organisation de joueurs FIFPRO, j'ai pu m'entretenir avec certains travailleurs immigrés. Ces rencontres m'ont ouvert les yeux. J'ai toujours pensé que les choses s'étaient améliorées au Qatar. Le système de la Kafala (la stipulation selon laquelle tous les travailleurs immigrés non qualifiés doivent avoir un parrain local) a été progressivement supprimé et il est question d'un salaire minimum. Mais il y avait tellement de choses à améliorer".En avez-vous parlé avec d'autres joueurs ?Sparv : "Bien sûr. Nous parlons de tout, y compris de la Coupe du monde au Qatar. Beaucoup de gens imaginent probablement le vestiaire comme un endroit où de jeunes hommes ne parlent que de voitures rapides, de bijoux et de femmes." Peu de footballeurs professionnels se sont positionnés aussi ouvertement que vous.Sparv : "C'est vrai. Mais, on nous disait souvent de nous taire et de se contenter de faire notre travail, car cela ne faisait pas partie des discussions sociales. Je pense que la situation est en train de changer."Est-ce qu'un boycott de cette Coupe du monde aurait un sens ou non ?Sparv : "Je ne crois pas que le boycott soit la bonne solution. Il y aurait alors le danger de voir le Qatar revenir à la situation du passé. Au cours des derniers mois, j'ai parlé à certains travailleurs. L'histoire d'une domestique kenyane m'a particulièrement marqué. Elle a parlé de certaines de ses amies qui ont été maltraitées par leurs employeurs, de journées de 18 heures sans jours de congé et des accusations de viol... Quand elles sont allées à la police, elles n'ont même pas été écoutées."Pensez-vous que des messages critiques seront autorisés pendant cette Coupe du monde au Qatar ?Sparv : "Ce serait comme marquer contre son camp pour la FIFA si elle interdisait aux joueurs d'ouvrir la bouche."Depuis quand ressentez-vous l'influence que vous pouvez exercer en tant que footballeur ?Sparv : "Peut-être à partir du moment où je suis devenu capitaine de l'équipe nationale finlandaise. Je me suis alors rendu compte que mes mots avaient du poids. Des millions de personnes s'intéressent à notre sélection. Ils veulent connaître les valeurs que nous représentons et écouter les opinions que nous exprimons. En tant que sportif, vous portez une certaine responsabilité sociétale. Vous devez donc être clair sur ce que vous défendez".Pourquoi si peu de vos collègues osent-ils le faire alors ?Sparv : "Cela s'explique aussi par le fonctionnement du monde du football. Dès notre plus jeune âge, nous faisons partie d'un monde privilégié. Une bulle artificielle qui n'a pas grand-chose à voir avec la réalité. En tant que joueur, vous pouvez rapidement vous y perdre. Peut-être nous sentons-nous si bien dans cette bulle que nous sommes trop protégés et ne cherchons pas à nous éduquer sur le monde qui nous entoure. Ce n'est certainement pas sain pour notre développement en tant qu'être humain."Les bulles finissent par éclater à un moment donné, n'est-ce pas ?Sparv : "Tout à fait. Nous étions comme des moutons et nous avons simplement suivi ce qu'on nous disait de faire, sans nous soucier des conséquences. Cette période touche à sa fin. Les sportifs se font de plus en plus entendre. Ils s'organisent mieux et sont de moins en moins seuls à agir chacun de leur côté."Interview réalisée par Anne Armbrecht (Der Spiegel) et Frédéric Vanheule (SportFoot Magazine)