Au fil des années, le Limbourgeois s'est façonné un statut d'invincibilité qui ne laisse place à aucune erreur. Un attaquant peut rater une occasion franche, un médian peut céder un ballon en retrait et le perdre, un défenseur peut marquer contre son camp : c'est signalé puis classé. Un gardien est jugé autrement et ne peut pas se permettre grand-chose. C'est inhérent à sa solitude.
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Au fil des années, le Limbourgeois s'est façonné un statut d'invincibilité qui ne laisse place à aucune erreur. Un attaquant peut rater une occasion franche, un médian peut céder un ballon en retrait et le perdre, un défenseur peut marquer contre son camp : c'est signalé puis classé. Un gardien est jugé autrement et ne peut pas se permettre grand-chose. C'est inhérent à sa solitude. Thibaut Courtois a également le droit à l'erreur, évidemment, surtout après les performances extraterrestres qu'il a livrées dans le passé. Sans Courtois, les portes des Coupes du monde 2014 et 2018 nous auraient été fermées, sans Courtois, nous n'aurions jamais remporté ce match historique contre le Brésil l'été dernier et nous n'aurions donc pas disputé la demi-finale du Mondial. Thibaut Courtois traverse une passe difficile. Il s'est retrouvé sur le banc au Real, depuis le retour de Zinédine Zidane, et même si celui-ci reste sous le charme du Costaricien Keylor Navas, qu'il a connu lors de son premier mandat, aucun entraîneur ne boude celui qui signe les prestations requises. Courtois ne le faisait plus, ce qui doit l'inciter à la réflexion. Il lui faudra une grande force mentale pour surmonter cette mauvaise passe et saisir au Real la chance qu'on lui accordera sûrement. De ce point de vue, l'équipe nationale lui donnait l'occasion de refaire le plein de confiance mais il est retourné dans la capitale ibérique avec de nouveaux doutes, même s'il n'en laisse rien transparaître. Une image peut changer rapidement. En juin 2011, quand Eden Hazard avait été remplacé pendant le match de qualification pour l'EURO contre la Turquie, il avait ignoré la main tendue de Georges Leekens. Il s'était rendu sur le parking du stade Roi Baudouin pour y manger un hamburger, sans la moindre gêne. Il s'était attiré l'étiquette d'un garçon trop gâté et d'aucuns n'hésitaient pas à prédire qu'avec pareille arrogance, Hazard, qui avait vingt ans, ne réussirait jamais. En coulisses, Marc Wilmots, l'adjoint de Leekens, avait plaidé en faveur d'une longue suspension. Il avait été question de trois matches mais la sanction n'a jamais été appliquée. Dimanche, à Chypre, Hazard a disputé son centième match pour la Belgique. On vante sa classe mais aussi la modestie avec laquelle il vit ses succès. C'est également ce qui ressort des cent témoignages que nous avons recueillis sur lui dans ce numéro. Le capitaine des Diables Rouges mérite ces compliments car il est parfaitement équilibré. Il est un footballeur adulte, qui ne ressent pas le besoin de jouer les coquets. Et qui répond présent quand il le faut. Comme contre la Russie et au début du match à Chypre. Avec un six sur six, les Diables Rouges sont dans les temps. Il leur reste huit matches de qualification contre des adversaires de second plan. Les rencontres des prochains mois ne leur permettront pas de repousser leurs limites. C'est notamment pour ça qu'il est dommage qu'ils ne se soient pas qualifiés pour la finale de la Ligue des Nations, à cause de ce douloureux faux-pas en Suisse, où le bloc s'est désagrégé sans que quiconque, Hazard pas plus que les autres, ne parvienne à secouer l'équipe. Entre-temps, Roberto Martinez a repris le contrôle. Le sélectionneur a même acquis beaucoup de crédit. Pourtant, lui aussi a été victime d'une autre image, il y a neuf mois, le lundi de Pentecôte, quand il n'a pas repris Radja Nainggolan pour la Coupe du monde. Il a été attaqué de toutes parts. C'est tout juste si on ne l'a pas cloué au pilori. En sport plus qu'en d'autres domaines, les avis changent très vite.