Pep Guardiola a été impressionné et il n'a pas hésité à le dire à son collègue Frank Lampard, qu'il a félicité pour son jeu après la victoire de justesse (2-1) de Manchester City sur Chelsea. Comme toujours cette saison, les Londoniens avaient joué la carte de l'attaque, s'octroyant 46,7 % de possession de balle à l'Etihad Stadium.
...

Pep Guardiola a été impressionné et il n'a pas hésité à le dire à son collègue Frank Lampard, qu'il a félicité pour son jeu après la victoire de justesse (2-1) de Manchester City sur Chelsea. Comme toujours cette saison, les Londoniens avaient joué la carte de l'attaque, s'octroyant 46,7 % de possession de balle à l'Etihad Stadium. En 381 matches de championnat avec Barcelone, le Bayern Munich et Manchester City, jamais l'équipe de Guardiola n'avait eu aussi peu le ballon. " Chelsea est une équipe très forte, dirigée par un entraîneur courageux qui ose jouer offensivement ", a déclaré le Catalan. N'Golo Kanté avait méritoirement ouvert le score d'un tir dévié avant que Kevin De Bruyne n'égalise. Puis il avait fallu un éclair de classe de Riyad Mahrez pour faire pencher la balance en faveur de Manchester City. " Mais à ce moment-là du match, Chelsea était la meilleure équipe sur le terrain ", a admis Guardiola. C'était la première défaite des Blues depuis septembre mais Lampard n'était pas catastrophé pour autant. Les Citizens sont en avance sur son club, toujours à la recherche d'une nouvelle identité depuis qu'il s'est vu interdire de transferts par la FIFA pour avoir engagé pas moins de 69 mineurs ! " Sans nouveaux joueurs, nous pouvons difficilement lutter avec Manchester City et Liverpool. Nous ne transférerons pas dix nouveaux, sans quoi il sera difficile de progresser mais nous prendrons un ou deux renforts ciblés ", avait dit Maurizio Sarri, le manager précédent, en apprenant la sanction. Quelques mois plus tard, après avoir remporté l'Europa League, l'Italien était parti à la Juventus. Chelsea avait dû se mettre à la recherche d'un successeur. Erik ten Hag (Ajax), Massimiliano Allegri (Juventus) et Nuno Espírito Santo (Wolverhampton) étaient les plus cités mais la directrice, Marina Granovskaia, avait surpris tout le monde en optant pour Frank Lampard. Une icône des Blues, certes, mais un grand point d'interrogation comme manager. Pour sa première saison, à Derby County, il avait loupé la montée en Premier League d'un cheveu, - Aston Villa avait remporté le match pour la montée à Wembley - mais ses statistiques n'étaient pas impressionnantes : il n'avait pris que 42 % des points. De plus, à Stamford Bridge, le défi était plus important que jamais. Granovskaia, bras droit de Roman Abramovich et une des femmes les plus puissantes du monde du football, était sûre de son coup. Depuis 2010, elle est impliquée de près dans la direction quotidienne du club et elle était au premier rang lorsque Lampard a mis un terme à sa carrière. Elle avait vu en lui un médian intelligent, plus productif que certains attaquants - 211 buts, personne n'a fait mieux dans l'histoire des Blues - mais aussi travailleur qu'un débutant qui doit convaincre son entraîneur chaque semaine. " Nos scouts nous ont dit que Frank n'avait pas changé depuis qu'il était devenu manager. Et il sait ce que ce club représente. " L' Iron Lady a convaincu son patron et, à la mi-juillet, Lampard a signé un contrat de trois ans. Elle a négocié avec lui un salaire annuel " modeste " de 6,4 millions d'euros, ce qui le plaçait en huitième position au classement des revenus des entraîneurs de Premier League derrière Guardiola, Mauricio Pochettino, Ole Gunnar Solskjær, Jürgen Klopp, Manuel Pellegrini, Ralph Hasenhüttl et Unai Emery. Granovskaia est le cerveau financier du club qui a gagné des millions en vendant Oscar, Diego Costa et Thibaut Courtois. Cet été, elle a même fait encore mieux en vendant Eden Hazard pour une centaine de millions d'euros (plus des bonus éventuels de 46 millions). Tout cela pour un joueur qui n'était plus sous contrat que pour un an. Depuis son arrivée au poste de CEO, en 2014, l'époque où Abramovich (qu'on n'a plus vu à Stamford Bridge depuis plus d'un an) jetait l'argent par les fenêtres est définitivement révolue. C'est elle qui, en 2016, a mis un terme au contrat d'Adidas et s'est engagée avec Nike, qui versera 66 millions d'euros au club jusqu'en 2032. Elle impose sa loi et ce n'est pas Antonio Conte qui prétendra le contraire. Champion pour sa première saison (2017), il avait rejeté les responsabilités de l'échec de l'année suivante sur le dos de ses patrons. Granovskaia avait été très claire : c'est lui qui serait sacrifié et personne d'autre. Et elle avait actionné le couperet. En raison du départ de Hazard, meilleur buteur et meilleur passeur ces deux dernières saisons, et en raison de l'interdiction de transferts, Lampard a dû chercher des solutions en interne. Comme chaque été, plus de 30 joueurs sont revenus de prêts mais l'intention du club était de les prêter à nouveau dans l'espoir qu'un club les transfère. La plupart d'entre eux étaient de toute façon trop légers pour la Premier League. A une exception près : Mason Mount (20 ans) qui s'est imposé dès ses premières minutes en équipe première et peut déjà être considéré comme une des révélations de la saison. Le médian est arrivé au centre de formation de Chelsea en 2005. En 2016, il a remporté l'UEFA Youth League et un an plus tard, il a été champion d'Europe U19 avec l'Angleterre. La même année, il est parti à Vitesse. Un an, 13 buts et 10 assists en D1 hollandaise plus tard, il avait pris le chemin de Derby County. L'Ajax et le PSV avaient pris contact avec le club londonien mais Mount voulait absolument travailler avec Lampard, chez les Rams. Lorsqu'il était arrivé au centre de formation à l'âge de 6 ans Lamps évoluait à la même place que lui et était l'icône du club. C'était sa grande idole. Mais l'adolescent reconnaissait dans Voetbal International que son père l'avait mis en garde : " Au cours des vingt dernières année, John Terry est le seul jeune formé au club qui soit arrivé en équipe première. " Sa réponse avait fusé : " Alors, je serai le prochain. " Ça en disait long sur sa personnalité : ambitieux mais pas hautain. En Championship, une compétition épuisante avec ses 46 matches, Lampard l'avait directement aligné en 10. Son corps avait lâché de temps en temps mais ses statistiques (11 buts et 6 assists) étaient suffisamment convaincantes pour lui permettre de revenir à Stamford Bridge. Et quand Lampard est revenu aussi, personne n'a été étonné de voir le jeune joueur imprévisible signer un contrat jusqu'en 2024. Pourtant, à Old Trafford, tout avait mal commencé : 4-0, une équipe de Chelsea balayée par Manchester United et des mots très durs de José Mourinho. Le Portugais, consultant pour la télévision, estimait que les jeunes n'avaient pas le niveau de la Premier League. Lampard l'avait taclé : " J'opte pour la meilleure équipe, sans tenir compte de l'âge. Je n'ai pas peur d'aligner des jeunes. Ils joueront un rôle important. " La semaine suivante, Mount avait répondu par un but qui avait rapporté un point contre Leicester. Et la confiance du manager allait l'aider à faire mieux encore : 4 buts et 2 assists. Ruben Loftus-Cheek (23) et Callum Hudson-Odoi (19), deux autres joueurs formés au club, ont prolongé jusqu'en 2024 mais ils sont blessés et dans l'ombre du rapide Tammy Abraham, la révélation de la saison avec 10 buts et 2 assists. Gareth Southgate l'a même sélectionné en équipe nationale. " Certains joueurs auraient dû recevoir une véritable chance dès la préparation de la saison dernière mais nous les avons envoyés vers d'autres clubs ", disait Gianfranco Zola, adjoint de Sarri, qui ne s'était pas opposé à la décision de louer Fikayo Tomori (21) à Derby County. A la demande expresse de Lampard, qui connaissait parfaitement les qualités du défenseur central élu Joueur de l'Année par les supporters des Rams, Tomori est revenu et, depuis le départ de David Luiz (Arsenal), c'est lui le verrou de la défense de Chelsea. Il y a quelques semaines, au Kosovo, le Canadien d'origine nigériane formé à Chelsea depuis 2005 a également porté pour la première fois le maillot des Three Lions. " C'est fou. L'an dernier, je n'imaginais même pas pouvoir m'entraîner avec Chelsea ", dit-il. D'autres jeunes sont prêts. Face à l'Ajax, lorsque Chelsea a pris le point de l'espoir après avoir été mené 1-4 ( voir encadré), c'est l'arrière latéral droit Reece James (19) qui a égalisé. Blessé en début de saison, il a pris de plus en plus d'importance et est devenu une alternative valable à César Azpilicueta, qui peut aussi jouer à gauche ou dans l'axe. " Reece nous apporte de la qualité, ce qui est notre premier critère. Azpi peut toujours changer de place ", disait Lampard après avoir titularisé pour la première fois Reece contre Grimsby Town (un assist et un but). " C'est une de nos stars de demain. " " Chelsea n'a pas pu transférer mais il a gagné du temps. Lampard et les jeunes ont du crédit ", disait Mourinho après le 4-0 à Old Trafford. Lampard n'est pas d'accord. " Les jeunes jouent parce qu'ils le méritent, pas parce qu'ils ont été formés ici. On travaille beaucoup à l'académie pour former des joueurs talentueux et dotés d'une bonne mentalité mais par le passé, ce n'était manifestement pas suffisant ", dit Lampard, qui a fait appel à plusieurs entraîneurs des jeunes dans son staff. Joe Edwards entraînait les U23 la saison dernière tandis que l'ancien joueur Jody Morris a été longtemps entraîneur au centre de formation et se montre très dur envers quelques ex-managers des Blues. " Nous avons eu des entraîneurs qui, alors que les U19 jouaient en Youth League tout près d'ici, préféraient rester dans leur bureau. C'était très décourageant pour tous les gens du centre de formation. Selon moi, il n'y en a pas de meilleur en Angleterre mais l'absence de jeunes joueurs en équipe première donne à penser que ce n'est pas le cas. Les managers doivent vouloir voir les joueurs. Il ne s'agit pas de les complimenter dans les médias mais de les voir à l'oeuvre en vrai. Ce n'est que comme ça qu'on peut les toucher. " Les Lampard Lads font souffler un vent de fraîcheur sur une Premier League qui, ces dernières années, a été envahie par les propriétaires, investisseurs et pseudo-vedettes étrangers. Par moment, comme lors de la double confrontation contre l'Ajax, Chelsea a produit un jeu tourbillonnant. Seuls Liverpool, Leicester et Manchester City ont inscrit davantage de buts que le quatrième au classement mais les consultants mettent surtout l'accent sur la naïveté de l'équipe. Car au nombre de buts encaissés, Chelsea est dans la colonne de droite. Même Frank Lampard senior, le père du manager, a souvent remis le style de jeu de l'équipe en question. Et cela a poussé son fils à se remettre en question. " Mon père est d'une génération qui n'a pas connu ce style de jeu en Angleterre. J'essaye donc de lui expliquer qu'ici, nous tentons de jouer avec le gardien plutôt que de balancer de longs ballons. Pourtant, ses commentaires m'interpellent. Nous ne devons pas toujours soigner le jeu. Face à des adversaires qui pressent de façon fanatique, il est parfois bon de varier. Je veux que nous soyons imprévisibles. " Pedro (32), Jorginho (27), Willian (31), Azpilicueta (30) et Kanté (28), un des meilleurs pare-chocs d'Europe, sont les rares routiniers de cette jeune équipe qui, après plus d'un tiers du championnat, est confortablement installée à la quatrième place, dans le sillage de Leicester et Manchester City. C'est inespéré. Selon Azpilicueta, tout le mérite en revient à Lamps. " Il nous répète chaque jour que nous devons honorer ce maillot, être fier de représenter ce club, comme il l'était lui-même. "