"Il est encore un peu tôt mais nous le suivons ", avait répondu Gareth Southgate à ceux qui lui reprochaient de ne pas avoir sélectionné Tammy Abraham, alors auteur de quatre buts en Premier League. Craignait-il de le jeter dans la fosse aux lions ? L'Angleterre n'affrontait pourtant que la Bulgarie et le Kosovo, à l'époque. Mais les Anglais, eux, avaient peur que Kevin Oghenetega Tamaraebi Bakumo-Abraham - son vrai nom - ne finisse par opter pour le Nigeria, le pays de son père.

Quand j'étais ado, je voulais être Didier Drogba et marquer des buts. " Tammy Abraham

Il y a deux ans, Amaju Pinnick, président de la fédération nigériane et grand ami du père d'Abraham, avait déclaré que le centre-avant envisageait de porter le maillot des Super Eagles. " Il est bien conscient qu'ici, il aura tout de suite sa chance. " Mais le président avait parlé un peu vite. L'adolescent avait confirmé qu'il y avait bien eu des tractations mais qu'il n'entendait pas porter le maillot du Nigeria.

Deux mois plus tard, en novembre 2017, il disputait ses premières minutes avec l'Angleterre face à l'Allemagne et au Brésil. Il avait bien progressé mais la concurrence était forte : Harry Kane, Marcus Rashford, Jadon Sancho, Raheem Sterling, Jamie Vardy et Callum Wilson passaient avant lui.

Le jeune attaquant n'en a pas moins obtenu sa première cap avec l'Angleterre en République tchèque, le 11 octobre. Un mois plus tard, il marquait son premier but en sélection lors de la plantureuse victoire 7-0 contre le Montenegro à Wembley. " C'est un jeune joueur que j' apprécie ", disait Southgate en septembre. " Il fait toujours ce qu'on attend de lui : marquer. "

Menaces de mort

Le fédé anglais ne croyait alors pas si bien dire. Car quelques jours plus tard, à l'occasion d'un match aux Wolverhampton Wanderers, Abraham signait son premier hat-trick en Premier League. Cette saison, il peut se targuer d'être la révélation de Stamford Bridge, où il a relégué Michy Batshuayi sur le banc.

En début de saison, pourtant, les supporters ne lui avaient pas pardonné d'avoir loupé le penalty décisif lors du match de Supercoupe européenne face à Liverpool. Il avait fait l'objet de tweets assassins et racistes, voire de menaces de mort. " C'était horrible mais je suis suffisamment fort mentalement pour relativiser ", avait-il dit. " Ma mère, par contre... Lorsque je lui en ai parlé, elle a éclaté en sanglots. "

Abraham a grandi à Camberwell, un des quartiers les plus dangereux de Southwark, au sud de Londres. Mais le clan nigérian était chaleureux. Ses copains de l'école et du football venaient souvent chez lui, où on mangeait bien et où la religion avait beaucoup d'importance.

En 2004, à l'âge de sept ans, il a intégré le centre de formation de Chelsea. En U8, il était entraîné par Joe Edwards, l'actuel adjoint de Frank Lampard. " A l'époque, déjà, Tammy était presque aussi grand que moi ", dit Edwards.

Ils ont suivi le même parcours, remportant deux fois la FA Youth Cup (2015 et 2016) et l'UEFA Youth League. A chaque fois grâce aux buts d'Abraham : 74 en deux saisons. José Mourinho l'autorisait régulièrement à s'entraîner avec l'équipe première, où il côtoyait Didier Drogba, revenu à Stamford Bridge.

" Alors qu'il jouait encore en U8, il venait souvent voir nos entraînements avec ses copains ", raconte l'Ivoirien, qui était l'idole d'Abraham. " Je voulais sans cesse l'imiter, marquer des buts. "

Avec l'aide de Drogba

Selon Joe Edwards, le club avait un plan pour Abraham. " Il devait apprendre à mieux conserver le ballon, surtout avec un défenseur dans le dos. Sur ce plan, Drogba l'a beaucoup aidé et il en récolte à présent les fruits. Il a beaucoup progressé sur le plan technique. Son contrôle de balle est bon, il ne ralentit pas le jeu et il fait souvent les bons choix : y aller seul ou servir un équipier. "

Après le départ de Mourinho, Guus Hiddink, manager ad interim, l'a lancé en Premier League mais il n'était pas encore prêt. Il a donc été prêté à Bristol City, en Championship, où il s'est endurci. The Robins luttaient pour le maintien : ils se classaient finalement 17e et les 23 buts d'Abraham les sauvaient.

" Ce qui m'avait surpris, à l'époque, c'était sa façon de se faire de la place dans les 16 mètres ", se souvient le manager Lee Johnson, très contesté. " Il s'est battu pour moi. De la part d'un gamin de 18 ans, c'est exceptionnel. Normalement, ces gars-là se fichent pas mal du nom de l'entraîneur. Lui bien. C'était une preuve de maturité. "

Chelsea prolongeait son contrat de cinq ans et le prêtait pour une saison à Swansea. Là aussi, il luttait pour le maintien mais c'était la Premier League. Il marquait moins que jamais - 8 buts en 39 matches - mais il apprenait beaucoup.

" Il était souvent seul en pointe et n'avait pratiquement pas d'occasions mais c'était enrichissant. Il devait garder davantage le ballon ", dit Leon Britton, son ex-équipier chez les Swans.

Maurizio Sarri était sous le charme du jeune attaquant qui, lors du match de Supercoupe face à Manchester City, remplaçait Álvaro Morata. Abraham souhaitait cependant être prêté à Aston Villa. " J'avais besoin de jouer des matches complets et de sentir la pression. Villa, qui devait monter, était un meilleur choix que le banc de Stamford Bridge. "

Merci Lampard

Quelques mois plus tard, les Wolverhampton Wanderers frappaient à la porte. " Mais il s'en souciait peu, il voulait rester chez nous et faire ce pourquoi on l'avait transféré : inscrire des buts ", dit Steve Bruce. Et des buts, il en avait inscrit 26.

" Il nous a pratiquement fait monter à lui tout seul. C'est un attaquant complet. Il est fort physiquement et toujours disponible. Il marque beaucoup mais n'est pas égoïste. De plus, c'est un bon gars, comme le prouve le fait qu'il ait souhaité lui-même reculer pour mieux sauter. "

Il aurait pu rester à Birmingham mais Chelsea n'était pas d'accord. Le club était interdit de transfert et Lampard voulait en profiter pour lancer des jeunes. Aujourd'hui, l'avenir des Blues est dans les pieds de Fikayo Tomori, Callum Hudson-Odoi, Mason Mount et Tammy Abraham, quatre joueurs formés au club.

"Il est encore un peu tôt mais nous le suivons ", avait répondu Gareth Southgate à ceux qui lui reprochaient de ne pas avoir sélectionné Tammy Abraham, alors auteur de quatre buts en Premier League. Craignait-il de le jeter dans la fosse aux lions ? L'Angleterre n'affrontait pourtant que la Bulgarie et le Kosovo, à l'époque. Mais les Anglais, eux, avaient peur que Kevin Oghenetega Tamaraebi Bakumo-Abraham - son vrai nom - ne finisse par opter pour le Nigeria, le pays de son père. Il y a deux ans, Amaju Pinnick, président de la fédération nigériane et grand ami du père d'Abraham, avait déclaré que le centre-avant envisageait de porter le maillot des Super Eagles. " Il est bien conscient qu'ici, il aura tout de suite sa chance. " Mais le président avait parlé un peu vite. L'adolescent avait confirmé qu'il y avait bien eu des tractations mais qu'il n'entendait pas porter le maillot du Nigeria. Deux mois plus tard, en novembre 2017, il disputait ses premières minutes avec l'Angleterre face à l'Allemagne et au Brésil. Il avait bien progressé mais la concurrence était forte : Harry Kane, Marcus Rashford, Jadon Sancho, Raheem Sterling, Jamie Vardy et Callum Wilson passaient avant lui. Le jeune attaquant n'en a pas moins obtenu sa première cap avec l'Angleterre en République tchèque, le 11 octobre. Un mois plus tard, il marquait son premier but en sélection lors de la plantureuse victoire 7-0 contre le Montenegro à Wembley. " C'est un jeune joueur que j' apprécie ", disait Southgate en septembre. " Il fait toujours ce qu'on attend de lui : marquer. " Le fédé anglais ne croyait alors pas si bien dire. Car quelques jours plus tard, à l'occasion d'un match aux Wolverhampton Wanderers, Abraham signait son premier hat-trick en Premier League. Cette saison, il peut se targuer d'être la révélation de Stamford Bridge, où il a relégué Michy Batshuayi sur le banc. En début de saison, pourtant, les supporters ne lui avaient pas pardonné d'avoir loupé le penalty décisif lors du match de Supercoupe européenne face à Liverpool. Il avait fait l'objet de tweets assassins et racistes, voire de menaces de mort. " C'était horrible mais je suis suffisamment fort mentalement pour relativiser ", avait-il dit. " Ma mère, par contre... Lorsque je lui en ai parlé, elle a éclaté en sanglots. " Abraham a grandi à Camberwell, un des quartiers les plus dangereux de Southwark, au sud de Londres. Mais le clan nigérian était chaleureux. Ses copains de l'école et du football venaient souvent chez lui, où on mangeait bien et où la religion avait beaucoup d'importance. En 2004, à l'âge de sept ans, il a intégré le centre de formation de Chelsea. En U8, il était entraîné par Joe Edwards, l'actuel adjoint de Frank Lampard. " A l'époque, déjà, Tammy était presque aussi grand que moi ", dit Edwards. Ils ont suivi le même parcours, remportant deux fois la FA Youth Cup (2015 et 2016) et l'UEFA Youth League. A chaque fois grâce aux buts d'Abraham : 74 en deux saisons. José Mourinho l'autorisait régulièrement à s'entraîner avec l'équipe première, où il côtoyait Didier Drogba, revenu à Stamford Bridge. " Alors qu'il jouait encore en U8, il venait souvent voir nos entraînements avec ses copains ", raconte l'Ivoirien, qui était l'idole d'Abraham. " Je voulais sans cesse l'imiter, marquer des buts. " Selon Joe Edwards, le club avait un plan pour Abraham. " Il devait apprendre à mieux conserver le ballon, surtout avec un défenseur dans le dos. Sur ce plan, Drogba l'a beaucoup aidé et il en récolte à présent les fruits. Il a beaucoup progressé sur le plan technique. Son contrôle de balle est bon, il ne ralentit pas le jeu et il fait souvent les bons choix : y aller seul ou servir un équipier. " Après le départ de Mourinho, Guus Hiddink, manager ad interim, l'a lancé en Premier League mais il n'était pas encore prêt. Il a donc été prêté à Bristol City, en Championship, où il s'est endurci. The Robins luttaient pour le maintien : ils se classaient finalement 17e et les 23 buts d'Abraham les sauvaient. " Ce qui m'avait surpris, à l'époque, c'était sa façon de se faire de la place dans les 16 mètres ", se souvient le manager Lee Johnson, très contesté. " Il s'est battu pour moi. De la part d'un gamin de 18 ans, c'est exceptionnel. Normalement, ces gars-là se fichent pas mal du nom de l'entraîneur. Lui bien. C'était une preuve de maturité. " Chelsea prolongeait son contrat de cinq ans et le prêtait pour une saison à Swansea. Là aussi, il luttait pour le maintien mais c'était la Premier League. Il marquait moins que jamais - 8 buts en 39 matches - mais il apprenait beaucoup. " Il était souvent seul en pointe et n'avait pratiquement pas d'occasions mais c'était enrichissant. Il devait garder davantage le ballon ", dit Leon Britton, son ex-équipier chez les Swans. Maurizio Sarri était sous le charme du jeune attaquant qui, lors du match de Supercoupe face à Manchester City, remplaçait Álvaro Morata. Abraham souhaitait cependant être prêté à Aston Villa. " J'avais besoin de jouer des matches complets et de sentir la pression. Villa, qui devait monter, était un meilleur choix que le banc de Stamford Bridge. " Quelques mois plus tard, les Wolverhampton Wanderers frappaient à la porte. " Mais il s'en souciait peu, il voulait rester chez nous et faire ce pourquoi on l'avait transféré : inscrire des buts ", dit Steve Bruce. Et des buts, il en avait inscrit 26. " Il nous a pratiquement fait monter à lui tout seul. C'est un attaquant complet. Il est fort physiquement et toujours disponible. Il marque beaucoup mais n'est pas égoïste. De plus, c'est un bon gars, comme le prouve le fait qu'il ait souhaité lui-même reculer pour mieux sauter. " Il aurait pu rester à Birmingham mais Chelsea n'était pas d'accord. Le club était interdit de transfert et Lampard voulait en profiter pour lancer des jeunes. Aujourd'hui, l'avenir des Blues est dans les pieds de Fikayo Tomori, Callum Hudson-Odoi, Mason Mount et Tammy Abraham, quatre joueurs formés au club.