Même Gerry Sutcliffe, alors ministre des Sports, s'en mêle. Dans la dernière ligne droite de l'hiver 2010, l'Angleterre est en émoi. Son capitaine, John Terry, est accusé d'avoir préféré les bras de la femme de son coéquipier et compatriote Wayne Bridge à ceux de sa femme. Les rumeurs d'adultère s'invitent même aux abords de Big Ben pour devenir une affaire d'état. Le brassard de l'emblématique défenseur des Blues est en péril.
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Même Gerry Sutcliffe, alors ministre des Sports, s'en mêle. Dans la dernière ligne droite de l'hiver 2010, l'Angleterre est en émoi. Son capitaine, John Terry, est accusé d'avoir préféré les bras de la femme de son coéquipier et compatriote Wayne Bridge à ceux de sa femme. Les rumeurs d'adultère s'invitent même aux abords de Big Ben pour devenir une affaire d'état. Le brassard de l'emblématique défenseur des Blues est en péril. Face à la pression populaire, Fabio Capello annonce finalement la déchéance de capitanat de Terry. Sa succession est réglée le 3 mars, à l'occasion d'un match amical face à l'Égypte. Si JT est bien présent sur la pelouse de Wembley, c'est Steven Gerrard qui emmène les Three Lions. " C'est un joueur important pour l'Angleterre ", justifie le sélectionneur Capello. " Il transmet des choses aux autres joueurs. Il les inspire. " Huit longues années plus tard, Stevie G a raccroché les crampons et transmet désormais ses émotions depuis l'autre côté de la ligne de touche. " En tant que capitaine, je devais seulement motiver une équipe. Aujourd'hui, j'ai dû apprendre comment diriger les gens individuellement. La gestion des individus, c'est la clé. Si tu le fais de la bonne manière, alors ton équipe ira bien ", raconte au Guardian celui qui a franchi le mur d'Hadrien pour vivre sa première expérience de coach chez les pros, après une pige à la tête des jeunes de Liverpool. Steven Gerrard est désormais le manager des Rangers. La suite de sa légende s'écrit à Ibrox Park. Attiré hors de son Liverpool natal par Mark Allen, ancien directeur de l' Academy de Manchester City devenu directeur sportif des Rangers, Steven Gerrard débarque du côté de Glasgow qui a perdu la saveur des titres. Relégués en quatrième division en 2012, les Gers ont regardé le voisin honni du Celtic empiler les sacres alors qu'ils remontaient les échelons. Revenus au sein de l'élite à l'été 2016, ils ont immédiatement conquis une troisième place (à 39 points du Celtic) avant de s'installer dans le costume du dauphin dès la saison dernière (avec 15 points de retard). Pour relever le défi colossal que représente le retour à une concurrence équitable avec le Celtic, Stevie G a incité le club à claquer douze millions d'euros pour emmener quinze nouveaux joueurs dans ses valises. Des jeunes de Liverpool, des laissés-pour-compte (comme Gareth McAuley, vétéran de la Premier League resté sans club après la relégation de West Brom) ou des revanchards comme le taulier Scott Arfield. Un cocktail construit autour de valeurs communes, décrites par le nouveau manager : " Mon premier critère de recrutement, c'était la rage des joueurs à défendre ce maillot. Je voulais connaître leur caractère, savoir s'ils étaient taillés pour le combat ", raconte à France Football un jeune coach qui doit composer avec un football écossais rugueux et musculeux, loin des standards aujourd'hui établis sur le continent. " J'ai pris des joueurs frustrés, en manque de temps de jeu dans leur ancien club. L'important, c'est de retrouver l'identité des Rangers. Je veux surtout que mes joueurs aient l'envie en eux. C'est souvent l'envie qui te pousse vers la victoire. Il ne suffit pas d'enfiler le maillot. Il faut l'honorer. " Le discours sonne comme celui d'un homme qui a sacrifié ses plus belles années pour un club au noyau parfois indigne de son niveau, mais qui n'a jamais quitté les bords de la Mersey par amour pour le blason des Scousers. " Quoi que tu lui demandes, il le fait à 100%. Je pourrais même le faire jouer gardien ", raconte Rafael Benitez, ancien mentor du capitaine emblématique des Reds. L'Espagnol, vainqueur de la mythique Ligue des Champions 2005 avec Liverpool, est l'un des exemples cités par Steven Gerrard, qui n'oublie pas non plus son premier manager à Anfield, le Français Gérard Houllier : " Ils m'ont beaucoup inspiré. Tout ce que j'avais aimé dans leurs séances, dans leur façon de voir le job, je l'écrivais dans un carnet. Je me suis toujours dit que ça pourrait me servir plus tard. " Pour compléter son expérience, Stevie G a pu compter sur une saison dans l'ombre, avec les jeunes des Reds, non loin des séances animées par Jürgen Klopp : " J'ai beaucoup appris de Jürgen. Avec lui, j'étais comme une éponge, en train de regarder et d'emmagasiner. Chez les jeunes, j'ai appris sur la préparation et l'animation d'une séance, sur les discussions individuelles avec les joueurs et sur la façon d'utiliser les différentes formations sur un terrain. C'était un peu comme une année d'auto-école avant de commencer à conduire. " Steven Gerrard prend le volant à Ibrox, et démarre en trombe. Ses hommes, emmenés par les buts à répétition du Colombien Alfredo Morelos (voir cadre), réussissent leur tour d'Europe estival (Macédoine, Croatie, Slovénie et Russie) pour se hisser en phase de poules de l'Europa League. En championnat aussi, les Rangers ne lâchent rien, et tiennent tête au Celtic au classement malgré une défaite dans le fameux Old Firm disputé à Celtic Park. La mentalité de Gerrard contamine le noyau, qui brille également sur phase arrêtée grâce à la superbe patte droite du capitaine James Tavernier (9 buts et 13 passes décisives depuis le début de saison, en jouant comme arrière droit). Au bout d'une victoire sans appel contre Dundee (4-0), le manager déplore le relâchement de ses troupes après un 3-0 précoce. " Il incarne la culture de la gagne et le fighting-spirit. Ce sens du combat qu'on avait à Liverpool, il veut l'imprimer ici ", détaille Grégory Vignal, ancien équipier de Gerrard chez les Reds devenu responsable de la formation à Glasgow. Au goût du combat, Stevie ajoute celui du détail. Il s'inspire des modifications effectuées par Jürgen Klopp à Melwood, le centre d'entraînement de Liverpool, au moment de suggérer des aménagements dans l'écrin des Rangers. Gerrard insiste pour augmenter la qualité des repas offerts aux joueurs, ainsi que pour un rafraîchissement des vestiaires et de la cantine. Des décisions prises pour inciter le noyau à passer plus de temps ensemble au centre d'entraînement, et ainsi renforcer les liens existants entre les joueurs d'un noyau fortement remanié au coeur de l'été. La recette fonctionne d'entrée, puisque les Gers enchaînent douze matches sans connaître la défaite en début de saison avant de tomber face au Celtic de Brendan Rodgers, ancien coach de Gerrard à Liverpool. Les curieux s'accumulent, forcément, du côté d'Ibrox, pour connaître les secrets de Stevie G, déjà estampillé manager à succès après ces débuts qui semblent permettre de combler le gouffre qui existait avec le rival historique, écart incarné par la cinglante défaite 5-0 en fin de saison dernière. " Je ne m'attendais pas à l'offre des Rangers. Elle est probablement arrivée un peu tôt ", reconnaît pourtant humblement le manager, qui préfère déclarer son amour aux buts décisifs de Morelos plutôt que de mettre ses propres atouts en avant. " Un job de cette taille, ça vous frappe en plein visage. Quand vous avez 25 gars qui vous regardent, qui attendent chacun des mots qui va sortir de votre bouche... Je n'ai jamais eu aucune formation pour m'exprimer en public. Ma seule expérience, c'est celle que j'ai eu comme capitaine de Liverpool. Mais j'ai toujours voulu être authentique. " Gerrard avance la sincérité de son discours et l'humilité de sa rage de vaincre comme les ingrédients principaux de son succès. Mark Allen confirme que l'ancien capitaine des Reds a été choisi par ce qu'il " réunissait trois caractéristiques essentielles : c'est un leader, un gagnant et quelqu'un qui peut résister à l'adversité. " Celle d'un public passionné, capable de voyager à travers toute l'Écosse pour soutenir ses couleurs dans les divisions inférieures, mais aussi de gronder quand l'amour du maillot n'est pas au rendez-vous sur le terrain. Avec Gerrard, les Rangers ont hérité d'un homme qui sait ce que représente un blason. Les 10.000 supporters présents à Ibrox le jour de sa présentation ne mentent pas. Stevie ne ment pas, lui non plus. " Je ne veux pas que quelqu'un me change en orateur avec de grands mots pour faire croire des choses aux gens. Je suis un Scouser. Je ne veux jamais perdre, parce que ça fait partie de moi. C'est la raison pour laquelle je suis ici, aux Rangers. " En attendant un retour à Anfield ? The Kop en rêve déjà. D'autant plus depuis que Jürgen Klopp a affirmé qu'il ne tenterait pas de concurrencer Arsène Wenger ou Sir Alex Ferguson en termes de longévité. Après avoir tenté de le faire pendant 17 longues saisons sur le terrain, Gerrard pourrait tenter de remporter la Premier League depuis le banc de touche. Histoire de mettre un terme à l'un des chants les plus célèbres des tribunes anglaises depuis le début du millénaire. Have you ever seen Gerrard win the league ?