Il y a un an, lorsque l'EURO aurait dû se jouer avant d'être reporté en raison du coronavirus, Stefan de Vrij et Matthijs de Ligt s'étaient déjà réunis. Ils avaient passé une journée au calme sur le Lac de Côme, avec leur petite amie, après une saison éprouvante en Serie A. Ce n'est pas exceptionnel: ils se fixent régulièrement rendez-vous pour aller manger un bout ensemble, entre Néerlandais. Stefan de Vrij, formé à Feyenoord, et Matthijs de Ligt, éduqué à l'Ajax, s'entendent bien. Depuis qu'ils ont appris à se connaître, ils ont tissé des liens.
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Il y a un an, lorsque l'EURO aurait dû se jouer avant d'être reporté en raison du coronavirus, Stefan de Vrij et Matthijs de Ligt s'étaient déjà réunis. Ils avaient passé une journée au calme sur le Lac de Côme, avec leur petite amie, après une saison éprouvante en Serie A. Ce n'est pas exceptionnel: ils se fixent régulièrement rendez-vous pour aller manger un bout ensemble, entre Néerlandais. Stefan de Vrij, formé à Feyenoord, et Matthijs de Ligt, éduqué à l'Ajax, s'entendent bien. Depuis qu'ils ont appris à se connaître, ils ont tissé des liens. Le fait qu'ils jouent tous les deux en Italie les a encore renforcés. Ils s'encouragent mutuellement. Normalement, les deux hommes sont associés au sein de la défense néerlandaise, mais De Ligt était absent lors du premier duel contre l'Ukraine, car il n'était pas encore à 100% physiquement. Pour les matchs contre la Macédoine du Nord et l'Autriche, il devrait être de retour dans le onze de départ. Le moment était donc propice pour poser quelques questions aux deux hommes. À propos de l'équipe nationale néerlandaise, de l'EURO, de leur amitié et de ce qu'ils ont appris en Italie. Les Pays-Bas doivent-ils au moins atteindre les demi-finales à l'EURO? STEFAN DE VRIJ: Certains pays auront toujours plus de qualités que nous. Mais je sais par expérience que l'esprit d'équipe est très important. Lors de la Coupe du monde au Brésil, il y a sept ans déjà, on n'avait pas non plus les meilleurs joueurs de tous les pays participants, mais on avait la meilleure équipe. On a loupé la finale d'un cheveu et on a terminé troisièmes. Mon expérience m'apprend qu'en premier lieu, il faut d'abord passer la phase de poules. Après, lors des matches à élimination directe, tout peut arriver. Tout se joue en un match, divers facteurs peuvent jouer un rôle, et tout le monde peut battre tout le monde. On ne peut pas se permettre d'avoir un mauvais jour, sous peine d'être éliminés. On doit veiller à former une véritable équipe. Si c'est le cas, tout sera possible. MATTHIJS DE LIGT: Je ne vois pas les choses de la même façon. Les Pays-Bas ont été absents d'un grand tournoi deux fois d'affilée. Certes, on a beaucoup de qualités au sein de l'équipe, mais une demi-finale signifierait qu'on fait partie du top 4 en Europe. On doit être honnêtes et reconnaître que quelques pays ont plus de qualités que nous, même s'il s'agit de qualités individuelles. Mais s'il y a une qualité qu'on possède avec certitude, c'est l'esprit d'équipe. Il est très particulier et il nous aidera pendant le tournoi, d'autant qu'il va encore s'améliorer. On dispose d'un groupe qui s'entend bien, il n'y a pas de pomme pourrie, et on s'aide mutuellement sur le terrain. On doit grandir au fil du tournoi, et regarder match après match, afin d'arriver le plus loin possible. On a certainement les qualités pour atteindre les demi-finales, mais de là à dire qu'on doit absolument y arriver, il y a de la marge. C'est trop vite dit. Concentrons-nous d'abord sur la phase de groupe, et après ça dépendra aussi de l'adversaire sur lequel on tombera. En Italie, en tant que défenseurs néerlandais, vous avez dû réapprendre à défendre? DE LIGT: Réapprendre à défendre, c'est un peu exagéré. Mais apprendre à défendre d'une autre manière, ça, oui. Aux Pays-Bas, on est habitués à la défense individuelle: le défenseur central prend en charge un attaquant, l'autre défenseur s'occupe par exemple du numéro 10. En Italie, on préfère la défense en zone, je l'ai surtout constaté l'an passé. Avec Maurizio Sarri, il fallait se replier lorsqu'il n'y avait pas de pressing sur le ballon, afin de réduire l'espace dans le dos. C'est la manière italienne de défendre, elle présente moins de risques que la manière néerlandaise. Mais c'est aussi plus compliqué de défendre vers l'avant, ce qui constitue une force du modèle néerlandais. Cette saison, notre manière de défendre à la Juventus se rapprochait de celle qui était la nôtre à l'Ajax. Aujourd'hui, j'ai intégré les deux principes, que ce soit la défense de zone ou la défense individuelle. Sur ce point, je suis heureux d'avoir fréquenté l'école néerlandaise et l'école italienne. DE VRIJ: Comme l'a dit Matthijs, on s'occupe plus de défendre sur l'homme aux Pays-Bas, alors qu'en Italie on préfère procéder en zone. Donc, lorsqu'un attaquant se déplace, on ne le suit pas automatiquement. Aux Pays-Bas, on suit l'attaquant. Au début, il faut s'y habituer, ne pas s'inquiéter lorsqu'on n'a plus l'attaquant en point de mire. Mais on constate vite qu'on peut très bien défendre de cette manière-là. En Italie, on porte beaucoup plus d'attention à la tactique sans ballon, alors qu'aux Pays-Bas, on se préoccupe davantage du ballon: les passes, la technique, etc. En Italie, c'est toujours une combinaison de 1. le ballon, 2. le placement de mes équipiers et 3. la couverture de l'espace au sein duquel on doit défendre en fonction de notre adversaire direct. Mentalement, c'est difficile, oui. En plus du physique, il faut être concentré et discipliné. Jour après jour, et certainement les jours de match. Ça demande une grosse débauche d'énergie: cette prise de conscience, ces répétitions pour assimiler les automatismes aux entraînements et ensuite la mise en pratique pendant le match. Si l'on ne fait pas attention et qu'on néglige une tâche, on ouvre des boulevards et un but est presque inévitable. On ne peut jamais se déconcentrer, et ça commence dès l'entraînement. Les Pays-Bas, c'est aujourd'hui le pays des défenseurs? DE VRIJ: Je n'irai pas jusque-là. Car avec Memphis Depay, Luuk de Jong, Wout Weghorst et j'en oublie, on a toujours de très bons attaquants et de remarquables ailiers. On continue à former des joueurs créatifs, mais il est évidemment exact qu'avec Matthijs, Virgil van Dijk - qui ne sera malheureusement pas présent - Nathan Aké, Daley Blind et moi-même, on a des joueurs qui excellent dans leur rôle défensif. On joue tous dans de grands clubs européens. Ce n'est pas un hasard. Aux Pays-Bas, on est bien formés sur le plan défensif et on est doués techniquement. Du coup, en plus de contrôler son homme en défense, un défenseur néerlandais est capable de s'illustrer ballon au pied, ce qui est un atout à l'étranger. DE LIGT: Le fait d'être très bien formé avec le ballon, en tant que défenseur aux Pays-Bas, est évidemment un avantage. Aujourd'hui, ce que l'on demande à un bon défenseur en Europe, c'est d'être capable de bien défendre, mais aussi de participer au jeu lorsque l'équipe est en possession du ballon. Combiner les deux facettes est très important, et c'est la raison pour laquelle des joueurs comme Virgil van Dijk, Stefan, Nathan Aké et moi jouons dans des grands clubs en Europe. C'est tout de même aux Pays-Bas qu'on a acquis les bases. Lorsqu'on était jeunes, on a pu se familiariser avec le ballon, c'est très ancré en nous. Et lorsqu'en plus, on est capable de bien défendre, ça aide. C'est la raison pour laquelle les Pays-Bas comptent actuellement de très bons défenseurs au plus haut niveau. L'absence de Virgil van Dijk pourra-t-elle être compensée? DE LIGT: Son absence est un gros handicap, mais avec les Pays-Bas, on a la chance de posséder de très bons remplaçants. Regardez qui peut jouer en défense centrale: Stefan de Vrij, Nathan Aké et moi. Daley Blind peut aussi constituer une solution. Certes, j'aurais préféré que Virgil soit présent. Pas seulement pour ses qualités footballistiques, mais aussi pour son leadership. Virgil excelle dans ce rôle, c'est le véritable capitaine de l'équipe, il resserre les liens. Il s'entend bien avec tout le monde, il peut donc parler avec tout le monde quand ça tourne moins bien, ou inversement lorsque quelqu'un a tendance à en faire trop parce que ça va trop bien. C'est un exemple pour nous tous, y compris pour ses prestations sur le terrain, en tant que vainqueur de la Ligue des Champions, leader de Liverpool, deuxième à l'élection du Ballon d'Or. L'apport de Virgil est considérable, et son absence se fera ressentir. DE VRIJ: Virgil nous manquera beaucoup, c'est sûr. Matthijs a raison lorsqu'il affirme qu'il est bien plus qu'un très bon défenseur. On doit également se passer de sa personnalité. Ce n'est pas notre capitaine pour rien, il est très important dans le groupe. Il a véritablement un rôle de leader. Mais ça ne sert à rien de se lamenter, la situation est ce qu'elle est. C'est peut-être un peu dingue de dire ça, mais pour sa carrière, c'est peut-être préférable qu'il ne soit pas présent. La santé passe avant tout, et il pourra maintenant récupérer calmement, avant de revenir au plus haut niveau. Il ne doit pas prendre de risques insensés. Notre avantage, c'est qu'on a des alternatives très valables avec Matthijs, Nathan Aké, Daley Blind et moi-même. Les méthodes du sélectionneur Frank de Boer ne semblent pas différer de celles de Ronald Koeman. DE VRIJ: Un entraîneur n'est jamais complètement l'autre, bien sûr. Chaque entraîneur a ses propres méthodes, sa propre vision. Mais comme les méthodes de Koeman nous ont valu beaucoup de succès, le nouveau sélectionneur n'a pas voulu trop changer. Ce qui est resté, c'est la liberté qu'il nous accorde sur le terrain, l'obligation qui nous incombe de prendre nos responsabilités, individuellement et collectivement. Pour le reste, De Boer a bien sûr des préférences sur la manière dont on doit jouer pendant cet EURO. Il a aussi sa propre façon de se comporter vis-à-vis des joueurs. Ça varie d'un entraîneur à l'autre. Ce qui ne change pas, c'est l'objectif final: retirer le maximum du groupe. DE LIGT: Frank de Boer a sa propre manière de voir les choses et ça influence ses méthodes. Il regarde ce qui peut apporter le plus de succès à l'équipe. Qu'il y ait des similitudes avec les méthodes de Ronald Koeman, c'est logique. Il a aussi constaté que tout se passait bien avec Koeman, mais aussi que certaines choses pouvaient encore être améliorées. Il essaie de trouver la meilleure combinaison. Avec pour objectif que le rendement soit optimal. Finalement, le principal n'est pas que les deux méthodes se ressemblent, mais qu'on se sente bien dans chacune d'elles. Et, de ce point de vue-là, Frank de Boer a réussi à améliorer certains aspects de notre jeu. Vous vous entendez bien en dehors du terrain, vous tenez à le démontrer sur la pelouse? DE LIGT: Absolument! Je n'ai pas encore joué souvent avec Stefan en équipe nationale des Pays-Bas, peut-être trois fois au total. Et souvent dans une défense à trois. Mais j'ai très envie de démontrer que Stefan et moi pouvons être très complémentaires. Je pense que le fait qu'on s'entende bien en dehors du terrain peut nous aider à mieux nous comprendre sur le terrain. DE VRIJ: On a vraiment joué aussi peu ensemble? Je me souviens effectivement que, lorsque c'était le cas, c'était dans une défense à trois. Moi aussi, j'ai très envie de jouer avec Matthijs. En dehors du football, on a tissé des liens solides. Comme on n'habite pas très loin l'un de l'autre, en Italie, on se voit régulièrement. Je suis certain que si le sélectionneur choisit de nous faire confiance sur le terrain, on pourra démontrer que le courant passe bien entre nous. Par Freek Jansen et Martijn Krabbendam (Voetbal International)