À l'entrée Nord-Est du Volksparkstadion, le pied géant de Uwe Seeler impose le respect. Avec ses trois bons mètres de hauteur, la sculpture en bronze rend hommage à celui qui a frappé près de 500 fois en 570 matchs pour le HSV. Tout autour, les moules des pieds (ou des mains) de légendes du club offrent un aspect "Hollywood boulevard" aux abords du stade.

Mladen Petric, Kevin Keegan, Ernst Happel ou encore Horst Hrubesch ont droit à leur gaufrier. S'il devait inscrire dans la durée les prestations de haut vol qu'il sort depuis le début de la saison avec Le Dinosaure, Orel Mangala aurait peut-être de quoi espérer un jour laisser sa marque.

Problème : le milieu défensif (21 ans) est seulement de passage à Hambourg, prêté par Stuttgart. Rien qui l'empêche pourtant de situer son ambition entre un retour en Bundesliga et les Diables Rouges.

Au printemps 2017, tu termines ta première saison en Bundesliga à Stuttgart avec un bilan de 20 apparitions. Comment le club t'annonce-t-il qu'il aimerait te prêter ?

OREL MANGALA : Ils voulaient absolument me garder mais moi j'avais des ambitions élevées. 2018-19 était important pour moi, c'était la saison où je devais passer une étape dans ma carrière, celle du jeu. Suite à l'arrivée de Gonzalo Castro, qui évolue au même poste que moi, j'ai accentué les discussions, estimant que je n'aurais pas le temps de jeu que j'espérais. Ça a été difficile. Stuttgart ne voulait pas forcément me lâcher, mais ils ont fini par accepter ma décision. Même si c'était hors de question pour eux de mettre une option d'achat.

Est-ce que tu as eu des contacts avec la Belgique ?

MANGALA : Non, mais le plus important pour moi était de rester en Allemagne, un pays que je connaissais depuis deux ans, pour confirmer mon statut. J'ai eu des offres de clubs de Bundesliga, mais Stuttgart ne voulait pas renforcer un concurrent. Quand Hambourg est venu avec son projet de remontée en D1, je n'ai pas hésité une seconde.

Kompany et Van Buyten sont des noms respectés à Hambourg

Tu te souviens de tes premières impressions en arrivant ici ? Ça ne devait pas être très rigolo, quelques semaines après la première relégation du club depuis la création de la Bundesliga...

MANGALA : En plus, je suis arrivé mi-août, juste après le premier match de championnat perdu 0-3 contre Kiel à la maison. Je voyais bien que ça faisait mal à tout le monde de se retrouver là. La pression était forte : il n'y avait pas d'autre solution que de remonter en fin de saison. Mais on m'a bien accueilli, on m'a fait comprendre que j'étais un élément important dans l'équipe, donc je me suis directement bien senti.

Est-ce qu'on te parle parfois de Van Buyten et de Kompany ?

MANGALA : On m'a rapidement demandé si je connaissais le grand joueur belge actuel qui était passé par ici. Évidemment, je sais même que Kompany avait le numéro 10 dans le dos. Lui et Van Buyten sont des noms respectés, ici à Hambourg. On me parle souvent d'eux. Pas nécessairement parce que je suis Belge mais parce qu'ils sont vus comme des exemples.

En septembre dernier, tu as disputé ton premier derby de la ville entre Hambourg et Sankt Pauli. C'était comment ?

MANGALA : On a senti que ce n'était plus un match de championnat, c'était un match historique. Le jour avant la rencontre, près de 500 supporters sont venus nous soutenir en chants et en musique à l'entraînement. On a parlé avec eux et certains nous ont dit que c'était un match qui pouvait arranger beaucoup de choses en ville.

Pourquoi ?

MANGALA : Il y a huit ans, la dernière fois que les deux équipes se sont affrontées officiellement, Sankt Pauli l'a emporté. Du coup, même si Hambourg est le plus grand club, c'est un peu comme si Sankt Pauli avait pris le pouvoir sur la ville et qu'on ne pouvait plus rien leur dire. Là, Hambourg est à nouveau à nous. Il existe vraiment une grosse rivalité entre les deux équipes.

A Sankt-Pauli, on a été accueillis avec des oeufs et de la bière

Au point que le jour du match, les fans de Hambourg ont accueilli ceux de Sankt Pauli avec des bombes puantes et des excréments à l'entrée de leur tribune...

MANGALA : Ça, je n'ai pas vu ( rires). Mais je me souviens que " l'accueil " des supporters de Sankt Pauli était aussi très chaud au match retour. À notre arrivée en bus, ils nous ont lancé des oeufs et des canettes de bières. Puis juste avant l'entrée sur le terrain, dans le tunnel, c'était une expérience dingue. Les fans tapaient de toutes leurs forces dessus pour nous faire sentir qu'on n'était pas chez nous. Puis il y avait ces inscriptions " Bienvenue en enfer ", des têtes de mort partout, etc. C'était la première fois que j'avais droit à un accueil de derby. Mais j'aime bien ce genre d'ambiance, ça me donne envie de jouer ( sourire).

Orel Mangala : tout feu tout flamme à Hambourg., BELGAIMAGE
Orel Mangala : tout feu tout flamme à Hambourg. © BELGAIMAGE

Cologne, Hambourg, Union Berlin et Sankt Pauli. Quatre des prétendants à la montée en Bundesliga sont des clubs historiques. Est-ce que tu peux confirmer cette affirmation des Allemands selon laquelle la Bundesliga 2 est la meilleure D2 du monde ?

MANGALA : Le championnat est d'un très bon niveau. Certaines équipes ont clairement les qualités pour jouer en Bundesliga, mais d'autres sont nettement plus faibles. Beaucoup de prétendants abandonnent des points à gauche et à droite, mais l'objectif du club et des fans est de toute façon la montée, même si ça passe par la deuxième place.

Malgré la descente, il y a encore jusqu'à 50.000 personnes qui viennent au Volksparkstadion.

MANGALA : La moyenne est de 40 000. spectateurs par match. Mais c'est parce qu'on joue beaucoup le vendredi et le lundi. Si tous nos matchs à domicile se déroulaient le samedi, on serait facilement à 50.000. De manière générale, beaucoup d'ambiances de D2 sont plus impressionnantes que certaines de D1 : Sankt Pauli, Cologne et Dresde en font partie. Je découvrirai celle de l'Union Berlin fin avril.

Stuttgart a voulu calmer les autres clubs qui s'intéressaient à moi

Ça fait trois fois que tu joues sous les ordres de Hannes Wolf (Dortmund, Stuttgart et Hambourg). Il y a vraiment un truc entre vous...

MANGALA : ( rires) Cette fois, c'est lui qui m'a suivi ici ! Hannes m'a ouvert beaucoup de portes en Allemagne. Il me donne une certaine confiance et je la lui rends sur le terrain. Il est lui-même très jeune ( 37 ans, ndlr), donc il sait comment nous parler et comment motiver l'équipe.

Dès le mois de novembre, Stuttgart annonçait ton retour au club en fin de saison. Pourquoi si rapidement ?

MANGALA : J'étais en train de faire une bonne première partie de saison et on m'a dit qu'il y avait beaucoup de bruit autour de moi, en Bundesliga et à l'étranger. Stuttgart a donc voulu calmer les autres clubs qui s'intéressaient à moi. Mais il n'a jamais été question d'un retour là-bas en janvier : depuis le début, l'idée était que je prenne de l'expérience pendant une saison entière.

Comment décrirais-tu ta jeunesse à Etterbeek ?

MANGALA : Je vivais près du quartier de La Chasse. On jouait beaucoup dans la rue : vélo, trottinette, football avec des garages pour faire les buts... Il n'y avait pas beaucoup de circulation ( sourire). Et puis, il y avait les matchs au Parc du Cinquantenaire. C'est là que j'ai pris goût au foot.

Tes parents ont fui le Congo pendant la guerre. Est-ce qu'ils t'ont raconté leur histoire ?

MANGALA : Non ce n'était pas un sujet qu'on a souvent évoqué à ce moment-là. Je ne suis jamais allé dans le pays de mes ancêtres, mais j'ai quelques idées de projets que je pourrais peut-être développer dans le futur. Je suis sensible à l'histoire des jeunes prisonniers, j'aimerais les aider et comprendre comment certains on autant de mal à se remettre en question.

Les médecins ont dit que je resterais dans un fauteuil roulant

Très tôt dans ta vie, un événement a bouleversé ton existence...

MANGALA : Je n'ai pas beaucoup de souvenirs, mais ça s'est passé comme ça : j'avais deux ans, je voulais suivre mon frère qui traversait la rue pour aller chez le voisin. Il n'a pas vu que j'étais derrière lui et une voiture m'a percuté. Je n'ai jamais voulu savoir combien de temps j'étais resté dans le coma, mais je me rappelle de cette impression d'être dans un autre univers.

J'ai un flash-back bien précis : je me vois sur un lit d'hôpital qui n'en finit pas de descendre comme un ascenseur qui ne peut pas s'arrêter. Autour de moi, j'entends beaucoup de bruit, mais la sensation n'est pas désagréable, je suis plutôt à l'aise, je n'ai pas le vertige. Le premier souvenir de mon réveil à l'hôpital, c'est celui de ma mère. J'ai directement commencé à pleurer en me rendant compte qu'il m'était arrivé quelque chose.

Est-ce que tu as eu des séquelles de cet accident ?

MANGALA : Au départ, les médecins ont dit que je resterais en fauteuil roulant pour le reste de ma vie. Mais j'ai directement pu me lever. Après, il a fallu réapprendre à marcher. C'était un exercice quotidien que je faisais avec mes parents. Je me souviens qu'ils me félicitaient comme on fait avec un bébé lorsque je réussissais quelques pas.

Cinq ans plus tard, tu te retrouves à Anderlecht.

MANGALA : Au début je n'étais pas chaud d'y aller ( rires). Je voulais rester avec mes amis à Etterbeek. Je ne connaissais pas Anderlecht, je ne savais pas que ce club existait, moi je jouais au foot pour le fun. Mon père m'a fait comprendre que c'était le meilleur club de Belgique et que je devais y aller, mais sur la route pour le premier entraînement, je pleurais. Finalement, on n'est pas arrivé à temps à cause des embouteillages - ce qui m'arrangeait - mais on y est retourné le lendemain. Et ça s'est bien passé...

Orel Mangala : " L'équipe nationale est un rêve, mais la première chose, c'est l'EURO avec les Espoirs. "

On ne m'a jamais proposé l'équipe première à Anderlecht

Tu as fait toutes tes classes au Sporting jusqu'aux portes de l'équipe première, avec laquelle tu n'as jamais pu t'entraîner. Comment as-tu ressenti ce refus ?

MANGALA : On ne m'a pas refusé l'équipe première, on ne m'a simplement jamais proposé d'y aller. Mais je ne le prends pas mal du tout. Je me disais que mon tour allait arriver.

Qu'est-ce qui a changé dans ton esprit pour rejoindre Dortmund avant même que ton tour arrive ?

MANGALA : J'ai fini par comprendre que je n'aurais pas beaucoup de chances d'atteindre l'équipe première. Et puis, Dortmund, ça ne se refuse pas.

Est-ce que tu regrettes ce manque de confiance d'Anderlecht ?

MANGALA : Quand j'étais plus jeune, je voulais vraiment jouer pour Anderlecht. Mais je ne suis pas déç u d'être passé par l'Allemagne.

Qu'est-ce qui t'a marqué le plus au Borussia : la science du coach Thomas Tuchel ou le fait de côtoyer des gars comme Reus et Götze ?

MANGALA : J'ai fait la préparation d'été avec l'équipe première, c'est quelque chose de se retrouver avec des joueurs de qualité au quotidien ! J'ai eu l'occasion de voir des mecs qui sont à mon poste et qui ne font pratiquement pas d'erreur. Ça m'a beaucoup aidé à travailler ma concentration sur mes contrôles de balle, mes passes, etc. Et puis, là-bas, tout le monde court, tout le monde se bat.

Ce n'était pas le cas avant ?

MANGALA : J'étais plus un numéro 10 et à ce poste-là, en Belgique, on n'est pas toujours porté sur la défense ( sourire). C'est en Allemagne que j'ai compris que dans une équipe, tout le monde doit défendre.

Quels sont tes souvenirs de l'attaque du bus des joueurs de Dortmund en avril 2017 ?

MANGALA : J'étais en famille d'accueil à Dortmund et je me dirigeais vers le stade quand j'ai reç u un message sur le groupe WhatsApp de notre équipe de U19. Comme je vivais à maximum dix minutes de marche du Signal Iduna Park, j'ai continué ma route, mais je voyais de plus en plus de gens faire demi-tour. " Il n'y a pas match, il n'y a pas match ! " Les jours qui ont suivi, il régnait une atmosphère chaotique au club. Je me souviens d'ailleurs d'une interview forte de Nuri Sahin sur le sujet. Il a fallu quelque temps pour que ça aille mieux. Heureusement les bons résultats ont aidé.

" 50% de chances d'être à l'EURO "

Qu'est-ce qui peut faire la différence en ta faveur pour que Walem te sélectionne pour l'EURO ?

OREL MANGALA : Je suis dans une bonne dynamique, donc il faut que je continue à travailler pour y rester. Si ça continue, je peux espérer être en Italie en juin. Mais là, je dirais que j'ai 50% de chances.

Il paraît que tu es l'ambianceur du groupe.

MANGALA : Ça m'arrive de brancher le baffle, je le mets fort dans le couloir et je chante du Naza, par exemple ! Je suis souvent de bonne humeur, donc j'essaie de la faire passer au groupe ( rires).

Tu fais partie des rares rescapés des U17 qui avaient terminé troisièmes au Mondial 2015...

MANGALA : C'est un peu trop tôt pour tirer des conclusions parce qu'il y avait beaucoup de qualité dans ce groupe. Derrière, il y a des choix de carrière et des blessures, comme celle d'Isamel Azzaoui ( le joueur de Wolfsburg a du mal à se remettre d'une blessure aux ligaments, ndlr). Mais on est encore jeunes, on n'est pas perdus !

Qu'est-ce que ça te fait de voir Tielemans et Dendoncker titulaires contre la Russie et Chypre ?

MANGALA : Je suis content pour ces joueurs avec lesquels j'ai grandi et je me dis que c'est possible d'arriver à ce niveau-là. Mais je n'ai pas encore eu de contacts avec Roberto Martinez ou un membre de son staff. L'équipe nationale est un rêve, mais la première chose, c'est l'EURO avec les espoirs.

À l'entrée Nord-Est du Volksparkstadion, le pied géant de Uwe Seeler impose le respect. Avec ses trois bons mètres de hauteur, la sculpture en bronze rend hommage à celui qui a frappé près de 500 fois en 570 matchs pour le HSV. Tout autour, les moules des pieds (ou des mains) de légendes du club offrent un aspect "Hollywood boulevard" aux abords du stade. Mladen Petric, Kevin Keegan, Ernst Happel ou encore Horst Hrubesch ont droit à leur gaufrier. S'il devait inscrire dans la durée les prestations de haut vol qu'il sort depuis le début de la saison avec Le Dinosaure, Orel Mangala aurait peut-être de quoi espérer un jour laisser sa marque. Problème : le milieu défensif (21 ans) est seulement de passage à Hambourg, prêté par Stuttgart. Rien qui l'empêche pourtant de situer son ambition entre un retour en Bundesliga et les Diables Rouges. Au printemps 2017, tu termines ta première saison en Bundesliga à Stuttgart avec un bilan de 20 apparitions. Comment le club t'annonce-t-il qu'il aimerait te prêter ? OREL MANGALA : Ils voulaient absolument me garder mais moi j'avais des ambitions élevées. 2018-19 était important pour moi, c'était la saison où je devais passer une étape dans ma carrière, celle du jeu. Suite à l'arrivée de Gonzalo Castro, qui évolue au même poste que moi, j'ai accentué les discussions, estimant que je n'aurais pas le temps de jeu que j'espérais. Ça a été difficile. Stuttgart ne voulait pas forcément me lâcher, mais ils ont fini par accepter ma décision. Même si c'était hors de question pour eux de mettre une option d'achat. Est-ce que tu as eu des contacts avec la Belgique ? MANGALA : Non, mais le plus important pour moi était de rester en Allemagne, un pays que je connaissais depuis deux ans, pour confirmer mon statut. J'ai eu des offres de clubs de Bundesliga, mais Stuttgart ne voulait pas renforcer un concurrent. Quand Hambourg est venu avec son projet de remontée en D1, je n'ai pas hésité une seconde. Tu te souviens de tes premières impressions en arrivant ici ? Ça ne devait pas être très rigolo, quelques semaines après la première relégation du club depuis la création de la Bundesliga... MANGALA : En plus, je suis arrivé mi-août, juste après le premier match de championnat perdu 0-3 contre Kiel à la maison. Je voyais bien que ça faisait mal à tout le monde de se retrouver là. La pression était forte : il n'y avait pas d'autre solution que de remonter en fin de saison. Mais on m'a bien accueilli, on m'a fait comprendre que j'étais un élément important dans l'équipe, donc je me suis directement bien senti. Est-ce qu'on te parle parfois de Van Buyten et de Kompany ? MANGALA : On m'a rapidement demandé si je connaissais le grand joueur belge actuel qui était passé par ici. Évidemment, je sais même que Kompany avait le numéro 10 dans le dos. Lui et Van Buyten sont des noms respectés, ici à Hambourg. On me parle souvent d'eux. Pas nécessairement parce que je suis Belge mais parce qu'ils sont vus comme des exemples. En septembre dernier, tu as disputé ton premier derby de la ville entre Hambourg et Sankt Pauli. C'était comment ? MANGALA : On a senti que ce n'était plus un match de championnat, c'était un match historique. Le jour avant la rencontre, près de 500 supporters sont venus nous soutenir en chants et en musique à l'entraînement. On a parlé avec eux et certains nous ont dit que c'était un match qui pouvait arranger beaucoup de choses en ville. Pourquoi ? MANGALA : Il y a huit ans, la dernière fois que les deux équipes se sont affrontées officiellement, Sankt Pauli l'a emporté. Du coup, même si Hambourg est le plus grand club, c'est un peu comme si Sankt Pauli avait pris le pouvoir sur la ville et qu'on ne pouvait plus rien leur dire. Là, Hambourg est à nouveau à nous. Il existe vraiment une grosse rivalité entre les deux équipes. Au point que le jour du match, les fans de Hambourg ont accueilli ceux de Sankt Pauli avec des bombes puantes et des excréments à l'entrée de leur tribune... MANGALA : Ça, je n'ai pas vu ( rires). Mais je me souviens que " l'accueil " des supporters de Sankt Pauli était aussi très chaud au match retour. À notre arrivée en bus, ils nous ont lancé des oeufs et des canettes de bières. Puis juste avant l'entrée sur le terrain, dans le tunnel, c'était une expérience dingue. Les fans tapaient de toutes leurs forces dessus pour nous faire sentir qu'on n'était pas chez nous. Puis il y avait ces inscriptions " Bienvenue en enfer ", des têtes de mort partout, etc. C'était la première fois que j'avais droit à un accueil de derby. Mais j'aime bien ce genre d'ambiance, ça me donne envie de jouer ( sourire). Cologne, Hambourg, Union Berlin et Sankt Pauli. Quatre des prétendants à la montée en Bundesliga sont des clubs historiques. Est-ce que tu peux confirmer cette affirmation des Allemands selon laquelle la Bundesliga 2 est la meilleure D2 du monde ? MANGALA : Le championnat est d'un très bon niveau. Certaines équipes ont clairement les qualités pour jouer en Bundesliga, mais d'autres sont nettement plus faibles. Beaucoup de prétendants abandonnent des points à gauche et à droite, mais l'objectif du club et des fans est de toute façon la montée, même si ça passe par la deuxième place. Malgré la descente, il y a encore jusqu'à 50.000 personnes qui viennent au Volksparkstadion. MANGALA : La moyenne est de 40 000. spectateurs par match. Mais c'est parce qu'on joue beaucoup le vendredi et le lundi. Si tous nos matchs à domicile se déroulaient le samedi, on serait facilement à 50.000. De manière générale, beaucoup d'ambiances de D2 sont plus impressionnantes que certaines de D1 : Sankt Pauli, Cologne et Dresde en font partie. Je découvrirai celle de l'Union Berlin fin avril. Ça fait trois fois que tu joues sous les ordres de Hannes Wolf (Dortmund, Stuttgart et Hambourg). Il y a vraiment un truc entre vous... MANGALA : ( rires) Cette fois, c'est lui qui m'a suivi ici ! Hannes m'a ouvert beaucoup de portes en Allemagne. Il me donne une certaine confiance et je la lui rends sur le terrain. Il est lui-même très jeune ( 37 ans, ndlr), donc il sait comment nous parler et comment motiver l'équipe. Dès le mois de novembre, Stuttgart annonçait ton retour au club en fin de saison. Pourquoi si rapidement ? MANGALA : J'étais en train de faire une bonne première partie de saison et on m'a dit qu'il y avait beaucoup de bruit autour de moi, en Bundesliga et à l'étranger. Stuttgart a donc voulu calmer les autres clubs qui s'intéressaient à moi. Mais il n'a jamais été question d'un retour là-bas en janvier : depuis le début, l'idée était que je prenne de l'expérience pendant une saison entière. Comment décrirais-tu ta jeunesse à Etterbeek ? MANGALA : Je vivais près du quartier de La Chasse. On jouait beaucoup dans la rue : vélo, trottinette, football avec des garages pour faire les buts... Il n'y avait pas beaucoup de circulation ( sourire). Et puis, il y avait les matchs au Parc du Cinquantenaire. C'est là que j'ai pris goût au foot. Tes parents ont fui le Congo pendant la guerre. Est-ce qu'ils t'ont raconté leur histoire ? MANGALA : Non ce n'était pas un sujet qu'on a souvent évoqué à ce moment-là. Je ne suis jamais allé dans le pays de mes ancêtres, mais j'ai quelques idées de projets que je pourrais peut-être développer dans le futur. Je suis sensible à l'histoire des jeunes prisonniers, j'aimerais les aider et comprendre comment certains on autant de mal à se remettre en question.Très tôt dans ta vie, un événement a bouleversé ton existence... MANGALA : Je n'ai pas beaucoup de souvenirs, mais ça s'est passé comme ça : j'avais deux ans, je voulais suivre mon frère qui traversait la rue pour aller chez le voisin. Il n'a pas vu que j'étais derrière lui et une voiture m'a percuté. Je n'ai jamais voulu savoir combien de temps j'étais resté dans le coma, mais je me rappelle de cette impression d'être dans un autre univers. J'ai un flash-back bien précis : je me vois sur un lit d'hôpital qui n'en finit pas de descendre comme un ascenseur qui ne peut pas s'arrêter. Autour de moi, j'entends beaucoup de bruit, mais la sensation n'est pas désagréable, je suis plutôt à l'aise, je n'ai pas le vertige. Le premier souvenir de mon réveil à l'hôpital, c'est celui de ma mère. J'ai directement commencé à pleurer en me rendant compte qu'il m'était arrivé quelque chose. Est-ce que tu as eu des séquelles de cet accident ? MANGALA : Au départ, les médecins ont dit que je resterais en fauteuil roulant pour le reste de ma vie. Mais j'ai directement pu me lever. Après, il a fallu réapprendre à marcher. C'était un exercice quotidien que je faisais avec mes parents. Je me souviens qu'ils me félicitaient comme on fait avec un bébé lorsque je réussissais quelques pas. Cinq ans plus tard, tu te retrouves à Anderlecht. MANGALA : Au début je n'étais pas chaud d'y aller ( rires). Je voulais rester avec mes amis à Etterbeek. Je ne connaissais pas Anderlecht, je ne savais pas que ce club existait, moi je jouais au foot pour le fun. Mon père m'a fait comprendre que c'était le meilleur club de Belgique et que je devais y aller, mais sur la route pour le premier entraînement, je pleurais. Finalement, on n'est pas arrivé à temps à cause des embouteillages - ce qui m'arrangeait - mais on y est retourné le lendemain. Et ça s'est bien passé... Tu as fait toutes tes classes au Sporting jusqu'aux portes de l'équipe première, avec laquelle tu n'as jamais pu t'entraîner. Comment as-tu ressenti ce refus ? MANGALA : On ne m'a pas refusé l'équipe première, on ne m'a simplement jamais proposé d'y aller. Mais je ne le prends pas mal du tout. Je me disais que mon tour allait arriver. Qu'est-ce qui a changé dans ton esprit pour rejoindre Dortmund avant même que ton tour arrive ? MANGALA : J'ai fini par comprendre que je n'aurais pas beaucoup de chances d'atteindre l'équipe première. Et puis, Dortmund, ça ne se refuse pas. Est-ce que tu regrettes ce manque de confiance d'Anderlecht ? MANGALA : Quand j'étais plus jeune, je voulais vraiment jouer pour Anderlecht. Mais je ne suis pas déç u d'être passé par l'Allemagne. Qu'est-ce qui t'a marqué le plus au Borussia : la science du coach Thomas Tuchel ou le fait de côtoyer des gars comme Reus et Götze ? MANGALA : J'ai fait la préparation d'été avec l'équipe première, c'est quelque chose de se retrouver avec des joueurs de qualité au quotidien ! J'ai eu l'occasion de voir des mecs qui sont à mon poste et qui ne font pratiquement pas d'erreur. Ça m'a beaucoup aidé à travailler ma concentration sur mes contrôles de balle, mes passes, etc. Et puis, là-bas, tout le monde court, tout le monde se bat. Ce n'était pas le cas avant ? MANGALA : J'étais plus un numéro 10 et à ce poste-là, en Belgique, on n'est pas toujours porté sur la défense ( sourire). C'est en Allemagne que j'ai compris que dans une équipe, tout le monde doit défendre. Quels sont tes souvenirs de l'attaque du bus des joueurs de Dortmund en avril 2017 ? MANGALA : J'étais en famille d'accueil à Dortmund et je me dirigeais vers le stade quand j'ai reç u un message sur le groupe WhatsApp de notre équipe de U19. Comme je vivais à maximum dix minutes de marche du Signal Iduna Park, j'ai continué ma route, mais je voyais de plus en plus de gens faire demi-tour. " Il n'y a pas match, il n'y a pas match ! " Les jours qui ont suivi, il régnait une atmosphère chaotique au club. Je me souviens d'ailleurs d'une interview forte de Nuri Sahin sur le sujet. Il a fallu quelque temps pour que ça aille mieux. Heureusement les bons résultats ont aidé.