La Rudi-Assauer-Platz, du nom de l'ancien manager du club, décédé en février 2019, est située devant le stade. Il y a dix jours, avant le match contre Hoffenheim, elle était quasi déserte. Les spectateurs sont évidemment interdits, coronavirus oblige. On n'y aperçoit que quelques femmes qui poussent des landaus sur le béton rouge. Quelques heures plus tard, Schalke 04 s'imposera sur le score de 4-0, sa première victoire après 29 matches de championnat sans succès. Ce n'est qu'une petite lueur d'espoir tant les chiffres bruts sont désespérants: Schalke 04 n'avait plus gagné en championnat depuis le 17 janvier 2020. Durant l'année civile écoulée, le club n'a glané que treize points sur nonante.
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La Rudi-Assauer-Platz, du nom de l'ancien manager du club, décédé en février 2019, est située devant le stade. Il y a dix jours, avant le match contre Hoffenheim, elle était quasi déserte. Les spectateurs sont évidemment interdits, coronavirus oblige. On n'y aperçoit que quelques femmes qui poussent des landaus sur le béton rouge. Quelques heures plus tard, Schalke 04 s'imposera sur le score de 4-0, sa première victoire après 29 matches de championnat sans succès. Ce n'est qu'une petite lueur d'espoir tant les chiffres bruts sont désespérants: Schalke 04 n'avait plus gagné en championnat depuis le 17 janvier 2020. Durant l'année civile écoulée, le club n'a glané que treize points sur nonante. La Ruhr semble encore plus désolée que d'habitude en cette période de pandémie. Le chômage a augmenté. Beaucoup d'entreprises ont dû fermer leurs portes. Schalke 04 devrait apporter une certaine consolation à la population: ses résultats ont toujours eu un impact sur le moral des gens. Ils sont heureux en cas de victoires, mais sombres quand leur club perd. Pour les supporters, leur club est une véritable religion. Leur amour du club va très loin. Trop. En 2018, quand Schalke s'est déjà retrouvé dans les bas fonds du classement, un membre du noyau dur s'est suicidé. À l'heure actuelle, le regard des supporters a toutefois changé. Ils ont d'autres soucis et redoutent que le virus ne leur prenne un parent ou leur emploi. Du coup, la triste réalité sportive de leur club passe au second plan Schalke 04 vient d'embaucher son quatrième entraîneur de la saison, Christian Gross. Le Suisse a remplacé le Néerlandais Huub Stevens, qui a assuré l'intérim en fin d'année. Durant ce bref intermède, il a qualifié l'équipe pour le tour suivant de la Coupe, sur le terrain d'Ulm, un pensionnaire de D4, mais a perdu le match à six points contre l'Arminia Bielefeld. "On ne peut bien jouer que quand on éprouve du plaisir", a déclaré Stevens avant son premier entraînement. Le vent a emporté ses paroles. Schalke est et reste un panier de crabes. Les disputes et les règlements de compte s'y succèdent. Il y a quelques semaines, l'homme fort du club, Clemens Tönnies, qui a démissionné en été, a voulu soutenir le club financièrement. Son offre a été refusée. Pourtant, Schalke affiche une dette de 240 millions d'euros et a essuyé 85 millions de pertes depuis le début de la saison en cours. Tönnies n'était prêt à l'aider que si l'ensemble du conseil d'administration marquait son accord. Deux membres ont refusé, et l'affaire ne s'est pas faite. Schalke 04 ne peut donc pas embaucher les renforts nécessaires pendant le mercato hivernal. Tönnies, un richissime entrepreneur actif dans l'agroalimentaire, dont on estime la fortune à 1,4 milliard d'euros, a déclaré, avec le pathos nécessaire, qu'il ne voulait pas assister au déclin du club de son coeur. S'il a démissionné, c'est notamment parce que son usine déplorait une série de contaminations, attribuées à des conditions de travail insalubres. Tönnies n'a pas toujours eu la main heureuse dans certaines décisions concernant le club. Avant le début de la pandémie, les supporters avaient déployé des banderoles exigeant son retrait. Jochen Schneider est un de ceux qui se sont opposés à l'aide financière de Tönnies. Le directeur sportif a énormément de poids au sein du club. Mais il sait ses jours comptés si Schalke 04 est relégué. Pour l'heure, la direction rassemble ses ultimes réserves financières pour tenter d'assurer son maintien. Elle a ainsi rappelé l'arrière gauche Sead Kolasinac, un produit du cru que lui prête Arsenal pour six mois. Celui-ci doit apporter sa vitesse et sa robustesse à l'équipe, des atouts dont elle manque. Kolasinac a immédiatement reçu le brassard. Les supporters considèrent son retour, annoncé juste avant les fêtes, comme la meilleure nouvelle de l'année, même si les 2,2 millions que coûte le prêt du Bosnien s'ajoutent à la dette déjà colossale du club. Schalke 04 compte 850 clubs de supporters et 56.000 membres à travers toute l'Allemagne. Il a même des clubs de supporters aux États-Unis, en Angleterre et au Bénin. Le club regrette ses fans, l'ambiance dont les supporters ont besoin pour se sublimer, la chimie née entre joueurs et spectateurs. Ces derniers semblent apathiques, sans inspiration sur le terrain. Après le limogeage de David Wagner et de Manuel Baum, Stevens s'est également loupé. Le club a alors engagé Christian Gross. C'est une décision de Schneider, qui avait déjà fait appel au Suisse en 2010, quand il était directeur sportif du VfB Stuttgart. Le charismatique Helvète insiste sur la discipline. Il est dur. En fait, il avait pris congé du football en mai dernier, mais s'est laissé convaincre d'entamer cette mission apparemment sans espoir. Peu après son embauche, il a prévenu: "Je veux sentir l'ambition des joueurs chaque seconde." C'est justement un des problèmes de Schalke 04: les joueurs se comportent comme de simples passants, dépourvus de toute passion, comme si tout ça ne les intéressait guère. Le tweet de l'attaquant américain, Matthew Hoppe, avant Noël était donc surprenant: "Je suis prêt à me casser le cul pour le club." Son langage a irrité, mais Hoppe ne voulait qu'une chose: mettre en avant son engagement. Il a ajouté que Schalke avait sa place parmi les meilleurs clubs du monde, ce qui a fait rire les supporters les plus cyniques. Ceux-ci considèrent que leur équipe n'est même plus l'une des meilleures de la Ruhr. Début janvier, Hoppe a inscrit trois des quatre buts lors du succès face à Hoffenheim, alors qu'il n'avait trouvé les chemins des filets qu'une seule fois en seize matches avec l'équipe B. Durant cette rencontre, on a même parlé d'esprit d'équipe. Schalke 04 est un club de tradition, ce qui constitue un plus pour la Bundesliga. Le club passionne, émeut, même. Même si ses succès commencent à dater. Les Königsblauen n'ont plus été champions depuis 1958 et la Coupe d'Allemagne 2011 est leur dernier trophée. La victoire en Coupe UEFA en 1997 est cependant considérée comme un des plus grands succès de l'histoire. Marc Wilmots était alors une des figures de proue de l'équipe. Le club de Gelsenkirchen a toujours joué en Bundesliga, depuis la mise sur pied de celle-ci en 1963, à cinq saisons près. Durant cette période, il a usé 48 entraîneurs et en a limogé 32 prématurément. Rien que durant les dix dernières années, il a procédé à onze remplacements d'entraîneurs, changeant constamment de tactique. Schalke 04 baigne dans l'instabilité, et les erreurs de gestion constituent le fil rouge de son histoire. Les mauvais achats s'accumulent, ne serait-ce que parce que certains joueurs ne parviennent pas à s'intégrer. Le scouting est catastrophique. Tous ces éléments sont à l'origine de l' annus horribilis que vit le club. Les dirigeants vont et viennent, les joueurs aussi, et la température à l'étage de la direction est descendue sous zéro, comme à l'extérieur. Le club doit payer quatre entraîneurs et a dû demander de nouveaux crédits. Avant le début de la saison, Schalke 04 était convaincu d'avoir suffisamment de talent pour vivre une campagne dénuée de soucis. Il a initialement attribué ses premières défaites, parmi lesquelles un 8-0 corsé au Bayern lors de la première journée de championnat, à la poisse. Ces mauvais calculs font partie intégrante du club, qui est incapable de procéder à des analyses en profondeur. Schalke 04 entame chaque saison avec de grands objectifs. Comme en 2018. Deuxièmes de l'exercice précédent, les Köningsblauen débordaient d'ambition, mais l'équipe n'a pas quitté le bas du classement et après une douloureuse défaite à domicile contre le Fortuna Düsseldorf, en mars 2019, la haine qui a déferlé des tribunes a franchi un cap choquant. Après avoir essuyé un revers 7-0 en Ligue des Champions à Manchester City, la direction a décidé de rappeler Huub Stevens. Celui-ci a sauvé le club et a été quasiment béatifié, mais il l'était déjà depuis la victoire en Coupe UEFA en 1997. C'est pour cela que, quand il est au bord du gouffre, le club se tourne toujours vers le Néerlandais. Compte tenu de la précarité de sa situation financière, on peut se demander si le club obtiendra une licence pour la deuxième Bundesliga. De toute façon, Schalke tomberait dans un engrenage sans perspective. Ce serait sa quatrième relégation et nul n'oserait assumer ses responsabilités dans cette chute. Personne ne pense cependant que l'équipe sera vraiment rétrogradée. Schalke 04 a perdu beaucoup de plumes, mais il reste un club de tradition. On lui pardonne beaucoup de choses. Comme d'avoir perdu son intégrité morale en s'alliant avec la société russe Gazprom. Le club a appris à gérer les crises, au fil des années, et même si sa situation actuelle irrite les supporters, ceux-ci lui vouent toujours un amour fou. Ses partisans forment limite une sorte de secte. Frustrée de devoir suivre son équipe à la maison. Nulle part ailleurs le lien entre football et culture du travail n'est aussi fort qu'à Gelsenkirchen. Christian Gross doit réanimer un club qui est en train de se noyer. Il ne cesse de répéter qu'il n'y a rien de pire, en football, que de travailler dans une zone grise. Mercredi, il reçoit le FC Cologne, également menacé de relégation. Samedi, il affronte le Bayern. Gross a déjà modifié le système tactique de l'équipe. Il procède avec quatre défenseurs, deux médians défensifs et quatre footballeurs au tempérament offensif. Benito Raman doit trouver ses marques au sein de ce nouveau système. Jusqu'à présent, l'ancien Buffalo a coulé avec son équipe. Il a signé un contrat de cinq ans en juin 2019. Ce genre de contrat de longue durée, conclu sans discernement, est également typique du club de Gelsenkirchen. Une soirée de milieu de semaine à Schalke 04? Ce sont quelques lumières qui brillent dans le stade. On travaille dans les bureaux. La Veltins-Arena est entourée d'un réseau de rues. On y aperçoit peu de véhicules. L'éclairage public dégage une lumière bleuâtre. On distingue clairement l'emblème du club. Schalke 04 rêve de pouvoir à nouveau accueillir des supporters. Ce temple peut en abriter 62.217. Ils sont bien plus qu'un douzième homme. Actuellement, les matches à domiciles sont horribles pour le club. Schalke 04, c'est du folklore, mais aussi un mythe. Un club qui domine la région. La seule raison d'exister pour ses supporters. Schalke est der Himmel im Revier, le paradis de la région, comme le répète le speaker à plusieurs reprises, à chaque match. Mais un club qui ne parvient pas à adopter une ligne claire dans sa gestion, ni à unir tous les egos qui siègent à l'étage de la direction. Comme quelqu'un l'a dit un jour, le cas de Schalke 04 relève de la psychiatrie.