Dimanche 7 février, fin de soirée. Le Paris Saint-Germain vient de remporter le Classique face à l'Olympique de Marseille, 0-2. Mais l'histoire ne se joue pas au Vélodrome. Au même moment, à Paris, Anne- Laure Bonnet, animatrice du Vrai Mag, l'émission dominicale, s'apprête à donner le clap de fin de la chaîne Téléfoot, en larmes. À peine six mois d'antenne et c'est déjà l'écran noir. L'idylle entre le groupe sino-espagnol et les championnats professionnels français n'aura pas duré.
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Dimanche 7 février, fin de soirée. Le Paris Saint-Germain vient de remporter le Classique face à l'Olympique de Marseille, 0-2. Mais l'histoire ne se joue pas au Vélodrome. Au même moment, à Paris, Anne- Laure Bonnet, animatrice du Vrai Mag, l'émission dominicale, s'apprête à donner le clap de fin de la chaîne Téléfoot, en larmes. À peine six mois d'antenne et c'est déjà l'écran noir. L'idylle entre le groupe sino-espagnol et les championnats professionnels français n'aura pas duré. Pour comprendre, revenons un peu en arrière. Nous sommes le 29 mai 2018. La Ligue de Football Professionnel (LFP) annonce avoir vendu les droits TV du foot tricolore sur la période 2020-2024 pour plus d'un milliard d'euros par an. Un bond de 60% par rapport à l'ancien contrat signé par Canal+ et beIN Sports en 2014! Mediapro remporte le plus gros lot avec huit des dix affiches de la Ligue 1, pour 800 millions d'euros. BeIN Sports décroche les deux autres matches. Canal+, diffuseur historique de la Ligue 1, est K.O. Une semaine plus tôt, le groupe fait déjà parler de lui. Désireux d'acheter les droits TV en Italie, il essuie un premier échec. Son offre est rejetée, faute de garanties financières suffisantes pour finaliser l'opération. À l'époque, les décideurs français ne s'en inquiètent pas. "Dès ce moment-là, il devenait prévisible que ça allait aussi capoter en France. Il y avait un risque en tout cas", explique Pierre Maes, auteur du livre "Le business des droits TV du foot, enquête sur une bulle explosive" . Une caution solidaire d'un des actionnaires de Mediapro suffit pour convaincre la LFP au moment des négociations. Le 21 août dernier, la chaîne Téléfoot débarque en grandes pompes. Une grande fête qui ne va pas durer très longtemps. À l'époque, personne n'imagine le fiasco qu'on connaît aujourd'hui. Le groupe a fait ses armes en Liga et paraît solide financièrement. Pourtant, si la première échéance du 5 août est respectée, le groupe de Jaume Roures n'honore pas la deuxième (le 5 octobre) ni la troisième (début décembre). Quelques jours plus tard, la sentence tombe: la LFP décide de rompre le contrat le liant à Mediapro. Si la chaîne Téléfoot s'est engagée à diffuser le championnat jusqu'à l'arrivée d'un nouveau diffuseur, il faut lancer un nouvel appel d'offres. En vain, car seulement trois candidats répondent à l'appel: Amazon, Discovery et DAZN, une sorte de Netflix du sport. Aucune des offres proposées ne dépasse le prix plancher défini par la LFP. Il faut donc trouver une solution en urgence. Finalement, à la surprise générale, c'est Canal+ qui décroche la timbale. La chaîne cryptée rachète l'entièreté de la Ligue 1 et de la Ligue 2, jusqu'en fin de saison. Le tout pour un montant de 203 millions d'euros, soit une baisse de 40% par rapport au contrat initial. "Nous n'avions aucun intérêt à ce que le système s'effondre", explique Maxime Saada, PDG de Canal+ sur RTL France. Pourtant, la chaîne cryptée avait boycotté l'appel d'offres, car la LFP n'avait pas remis sur le marché les deux matches qu'elle avait rachetés à beIN Sports. Attention, le deal conclu ne court que jusqu'à la fin de la saison. L'incertitude est donc toujours de mise pour les clubs français, qui subissent de plein fouet les erreurs de la LFP. "Si on ajoute le Covid-19 et un marché des transferts très compliqué, la situation financière des clubs est proche de la catastrophe", développe Pierre Maes. "Plusieurs clubs professionnels risquent la faillite dès cette saison ou la saison prochaine." La Ligue a quand même réclamé une aide exceptionnelle à l'État pour éviter la banqueroute au football professionnel. Le prochain appel d'offres sera capital. En cas de nouvel échec, l'image du football français prendrait, une nouvelle fois, un fameux coup.Arthur Gosset