Dès le premier match à domicile, Cristiano Ronaldo a montré son vrai visage aux tifosi de la Juventus. Les mains en l'air, le sourire cynique, il s'est tourné vers la Curva Sud pour voir si eux comprenaient pourquoi rien ne lui réussissait ce jour-là. Son raté en fin de match contre la Lazio était pratiquement inexplicable pour le meilleur finisseur de sa génération.
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Dès le premier match à domicile, Cristiano Ronaldo a montré son vrai visage aux tifosi de la Juventus. Les mains en l'air, le sourire cynique, il s'est tourné vers la Curva Sud pour voir si eux comprenaient pourquoi rien ne lui réussissait ce jour-là. Son raté en fin de match contre la Lazio était pratiquement inexplicable pour le meilleur finisseur de sa génération. Sur un centre venu de la droite, le gardien Thomas Strakosha avait réussi à mettre la main sur le ballon et Ronaldo avait repris du pied droit mais le ballon avait heurté son talon gauche. Heureusement, Mario Mandzukic avait suivi mais le Portugais devait encore attendre avant d'inscrire son premier but. Nous étions le 25 août. Finalement, il aura fallu 320 minutes à Ronaldo pour marquer en Serie A. Pendant tout ce temps, son attitude en disait long. Sa frustration s'était transformée en cynisme. Comme si une force supérieure l'empêchait de marquer. En début de saison dernière, en Liga, il ne marquait pas non plus. " Ce n'est pas ma faute si le ballon ne veut pas rentrer ", avait-il dit. Quand un équipier scorait, il souriait à peine, ce qui ne favorisait pas son image. Il n'était pas jaloux mais il aurait voulu se mettre davantage en évidence. Finalement, c'est à la 50e minute du quatrième match de championnat, à l'Allianz Stadium, qu'il a secoué les filets. Sur sa 28e tentative de la saison. Son soulagement faisait presque peine à voir et prouvait que marquer n'est jamais évident, même quand on l'a fait à 450 reprises pour le compte du Real Madrid. Ronaldo applique à la lettre le leitmotiv de son sponsor, Nike. À la veille de ses débuts à la Juventus, d'énormes affiches avaient envahi le centre de Turin. L'équipementier y reprenait tous les trophées et les objectifs atteints par CR7 tout en ajoutant : " Oublie tout et repars de zéro. " Treize minutes après avoir ouvert le score face à Sassuolo, Ronaldo inscrivait directement un second but. Lors de la journée suivante, c'était encore lui qui empêchait la Juventus de perdre des points à Frosinone. La machine sur laquelle l'Italie comptait depuis son premier entraînement, le 30 juillet, était en route. La question est désormais de savoir si la star de la Juventus franchira le cap des 35 buts et deviendra le premier joueur de Serie A à remporter le Soulier d'Or européen depuis Francesco Totti (2006/07). Depuis le premier jour, Massimiliano Allegri est confronté à la question du meilleur rôle pour Ronaldo mais il ne se laisse pas enfermer dans un seul système. L'Italien insiste sur l'importance de la chimie entre ses attaquants et sur l'importance des points de repère. C'est surtout à ce niveau que Ronaldo a effectué le plus de sacrifices après neuf ans au Real Madrid. Le club espagnol suivait surtout les mouvements de son attaquant. Surtout lors de la dernière saison, lorsque Karim Benzema dépendait beaucoup de lui. Le Français était un assistant de luxe. Benzema quittait sa place en pointe pour faire de l'espace pour Ronaldo, combinait adroitement et mettait la star sur orbite en un-contre-un en attirant un défenseur central. Benzema était l'exemple-même du joueur dont le jeu convenait parfaitement aux qualités de Ronaldo qui, en devenant le finisseur du Real Madrid, dépendait de plus en plus du travail préparatoire de Marcelo, Toni Kroos, Luka Modric ou Isco. Oublie tout et repars de zéro ! À la Juventus, ça fait des mois qu'on travaille afin de mettre au point un système qui permette d'être plus efficace en pointe. Au départ, Allegri jouait souvent en 4-3-3, avec un ailier classique et Ronaldo qui plongeait de la gauche vers Mario Mandzukic. Le Croate jouait le rôle de Benzema. En plus costaud, certes, mais il se montrait tout aussi altruiste. Dans l'entrejeu, la Juventus peut compter sur le meilleur meneur de jeu de Serie A, Miralem Pjanic, tandis que Sami Khedira et Blaise Matuidi apportent du dynamisme à l'équipe. En défense, Leonardo Bonucci est revenu de l'AC Milan, où il n'est resté qu'un an. La plus grande difficulté, pour Allegri, consistait à trouver une place pour Paulo Dybala ( voir encadré). Au cours des dernières semaines, en effet, le coach est parvenu à aligner l'Argentin et Ronaldo ensemble. Le noyau de la Juventus est tellement fort qu'il est évident qu'elle doit rafler tous les trophées en Italie. Mais depuis des années, c'est sur le plan international que se situe son plus grand objectif. Les sept titres d'affilées doivent être couronnés par une victoire en Ligue des Champions. En 2017, le Real Madrid de Ronaldo était trop fort. En 2015, la Juventus s'est inclinée face à Barcelone mais elle a démontré qu'après le départ d'Antonio Conte, elle avait comblé le fossé qui la séparait du top européen. Avant de partir à Chelsea, Conte avait mis la direction sous pression : " On ne va pas manger dans un restaurant étoilé quand on n'a que dix cents en poche. " En 2016, la Juventus a acheté Gonzalo Higuaín pour 90 millions d'euros. À l'époque, l'Argentin était considéré comme l'attaquant capable de faire la différence mais il n'a pas supporté la pression. Il avait déjà sombré lors de la finale de Coupe du monde 2014 et il allait en être de même trois ans plus tard en Ligue des Champions. La saison dernière, Pipita n'a pas non plus marqué lors des deux matches de quart de finale face au Real Madrid. Et à Turin, c'est Mister Champions League que les fans avaient applaudi. Ceux qui ont vu ce but en direct ne l'oublieront jamais. Un retourné parfait. " Sans doute le plus beau but de ma carrière, il restera longtemps gravé dans les mémoires ", dit Ronaldo. Son pied droit s'était élevé plus haut que la tête de Mattia De Sciglio, pourtant en extension. Un but qui ne devait rien au hasard, un geste de classe salué par ses admirateurs comme par ses détracteurs. Incrédule, Zinédine Zidane s'était pris la tête entre les mains et même les supporters de la Juventus s'étaient inclinés devant Ronaldo. Leur silence s'était rapidement transformé en applaudissements, puis carrément en standing ovation. " Je remercie les supporters de la Juventus, grazie. Je n'ai jamais vécu cela ", disait-il après le match. Impossible de ne pas imaginer que ces applaudissements ont pesé dans sa décision de porter le maillot de la Juventus. Parce que c'est justement cette reconnaissance que Ronaldo ne ressentait plus lors de sa dernière saison à Madrid. Ni de la part des supporters et encore moins de Florentino Pérez. Le président lui avait promis un nouveau contrat mais il ne voulait pas satisfaire à ses exigences. Le Ballon d'Or gagnait beaucoup moins que Lionel Messi et Neymar. Pour lui, c'était devenu une question de principe. Son salaire net à la Juventus (estimé à 30 millions d'euros par an) serait en effet légèrement inférieur à la dernière proposition madrilène. Acheté pour 100 millions d'euros, le Portugais a bien insisté sur ce point le jour de sa présentation : il n'est pas venu à Turin pour l'argent. " En principe, les joueurs de mon âge vont au Qatar ou en Chine. Je sais que le championnat d'Italie est dur et très fort tactiquement mais j'aime les défis. Je ne veux pas me reposer sur mes lauriers. " Les tests médicaux permettent de lever les doutes sur un contrat de quatre ans. Selon le staff médical, son âge physiologique est largement inférieur à 33 ans. D'ailleurs, selon les données de la FIFA, Ronaldo fut encore le joueur le plus rapide de la dernière Coupe du monde, avec une vitesse de pointe de 33,98 km/h. L'image d'un football italien très défensif est basée sur un passé lointain ou sur une fausse impression. Lors des trois dernières saisons, on a en effet marqué autant de buts par match en Serie A qu'en Liga. Mais il est vrai que, face à la Juventus, à Naples ou, dans une moindre mesure, aux deux clubs de Rome et de Milan, beaucoup d'équipes s'enterrent encore dans leur rectangle. " Ce n'est peut-être pas le championnat le plus difficile mais en Italie, on sait défendre, surtout dans le rectangle ", disait Allegri, histoire de tempérer un peu les attentes au sujet de Ronaldo. " On aime dire du mal du championnat d'Italie mais ici, il est difficile de marquer 40 buts. Souvent, le meilleur buteur tourne autour de 26 réalisations. " On avait dit que les défenseurs italiens se montreraient impitoyables envers Ronaldo mais cela ne s'est pas encore vérifié. Ils commettent cependant plus de fautes sur le Portugais que leurs collègues de Liga la saison dernière ( voir encadré). En tout cas, Ronaldo ne joue pas à l'économie : il n'a pas encore loupé la moindre minute en championnat et redescend parfois dans son rectangle pour défendre, ce qui était impensable au Real Madrid. De plus, c'est lui qui amène le plus d'occasions et qui tire le plus souvent au but sur un match. Il en est déjà à six assists alors qu'il n'en avait délivré que huit sur l'ensemble de la saison dernière. Il prépare ainsi les soirées magiques de Ligue des Champions, dont il est le meilleur buteur de tous les temps (121 buts) et lors desquelles il a si souvent brillé. La Juventus est déjà pratiquement assurée de sortir des poules et on va bientôt savoir si elle est beaucoup plus forte avec Ronaldo. Car il faut bien reconnaître que, jusqu'ici, elle ne faisait pas tellement peur. Par Bas Van Den Hoven